DÉPENSE
/• Charges ordinaire», annuelles.
Cens de la chambre de ville, au Doyen et Chapitre de N.-D. . T* *T 'îT
Gages d'assistance du bailli aux assemblées municipales . . 15 •
Id. du lieutenant-général du bailliage 1î> ■
Id. du greffier de la chambre 15 »
ld. du clerc du greffier .
Id. de l'avocat de la ville
Id. du procureur de la ville 5
Id. du procureur de la ville au Parlement 5
Id. du contrôleur pour le Roi des deniers communs. 75
Id. du receveur de la ville 40 •
Id. du clerc et serviteur de la ville 5 »
Au même , pour sa robe de livrée 5 »
Gages du clerc charge" des réparations 5i 18
Au même , pour sa robe de livrée 5 .
Gages du messager de la ville alhint de Chartres à Paris . . 1 10
Pour le tour de cire de la Vierge-Noire 75 .
Gages du marguillier allumeur dudil tour » 20
Pour les torches et bonnets des Echevins et officiers de la ville . 69 »
Gages des sergents chargés de la police pendant les processions . 2 »
Id. du principal et des deux régente du collège .... 100
Loyer de la maison du collège 22 »
Gratification aux deux prédicateurs du Carême (un Jacobin et
un Corde lier 1 10 «
Aumône d'un baril de harengs aux couvents des Jacobins et
des Cordelicrs 20 »
Gratification aux arbalétriers pour l'entretien des buttes . . Ï3 •
Prix du bois et du charbon , brûlés l'hiver en la chambre . . 7 10 Façon et audition des comptes en parchemin , rendus par le*
receveurs de la ville en présence des gens du Roi . 00 *
Total des charges ordinaires annuelles . . . ~~ 630 19
2" Rentes annuelles.
A Etienne Grcnet , bourgeois 50
A Claude Cheron , id 16 13 4
A Guy Tardiveau , id 25
A la veuve Olivier Fournicr 25
A la recette du Roi, pour le vieux château 16 * »
A l'abbé de Coulombs , pour la porte à bateaux ... 16 »
Total des rentes annuelles. . . 148 ~Ï3~
3« Etat de et que la ville a fourni au Roi depuis dix ans, jK>ur ses guerres.
H janvier 1529 3 075 » »
I" août 1535 750 . ,
15 avril! 537 739 7 10
2 janvier 1538 2,000
Total. . . 7,899
les conseillers île la couronne. Iàî collège à peine naissant fut la première victime de cette prévision; on supprima, le 14 avril 1542, la subvention de cent livres tournois octroyée au principal et aux deux régents Le 20 juillet suivant, huit jours après la reprise des hostilités , les cardinaux do Meudon et de Bourbon invitèrent les habitants à députer deux notables à Paris pour traiter, de par le Roi , d'affaires très-urgentes ; MM. Antoine Souchct, échevin, et Charles Lcmaçon, greffier, lurent élus à la pluralité des voix, et le résultat de leur mission se manifesta au mois d'avril 1543 par l'assiette, sur les villes closes du bailliage, d'une taxe de 14,400 livres, pour solde de gens de pied pendant quatre mois \
C'était une mauvaise nouvelle pour une ville qui , depuis dix ans, avait eu bien de la peine à payer 7,000 livres au Trésor; d'autant plus qu'il ne se passait pas une année sans que des charges imprévues vinssent |»escr sur le budget municipal. En 1543 et 1544, il fallut donner des gratifications au sieur Agasse, lieutenant du Prévôt des maréchaux de France, et à ses archers qui rendaient, d'ailleurs, de fort bons services en donnant la chasse aux rôdeurs de nuit \ L'armement des tours et tourelles et la refonte de quelques pièces d'artillerie nécessitèrent aussi de grandes dépenses. Iaî 22 janvier 1544 ,
1 \\f(j. <l> s Echevins.
* lb.; Séances îles 20 juillet 1542 et 4 avril 154.1 — Le km et l'arrière-ban «lu bailliage de Chartres furent mis sur pied, par ordre du lloi du 2.1 septembre 1542, et conduits en garnison A Amiens, ville frontière, pour le temps de leur service, (lettre eu original, datée de Saint-Just-sur-Lyon et contresignée de L Aubespine. Arch. de la Mairie.)
3 1^ sieur Michel Amasse , lieutenant du prévôt des maréchaux pour les bailliages de Chartres, Mantes, MoiUfort-rAmaury , Etampes et Dourdan, était venu résider a Chartres en 1517, sur le commandement exprès de la chambre de ville. On lui accorda le 20 mai 15W une gratification de 10 livres tournois, attendu qu'il s'employait avec zèle a délivrer la ville et le pays des maniais //atn,ns. Sur la litière de cet olticicr, les échevins déridèrent, le 15 août 151V), qu'ils solliciteraient «lu Roi la création de six nouvelles charges d'archers; mais il paraît que ce désir ne lut pas exaucé, car le sieur Egasse revint à la < barge le 11 janvier 1541, en ajoutant à si première demande celle d'une augmentation de gages par muis. La ville consentit à l'appuyer, à la condition que les archers de la maréchaussée feraient patrouille deux ou trois fois par semaine pour chasser hors des murs les bandits el vagabonds arméqui prenaient chaque nuit |Missession des rues. (H*g. <i Krlmim>.)
le Roi fit part à la chambre île ville île l'heureux accouchement île la Dauphine ; ce qui procura aux Chartrains l'occasion de chanter un Te Deum et à François Itr celle de demander une petite capitation de deux écus sur chaque officier de justice du bailliage \
On comprenait que le Hoi Ot argent de tout, car, malgré la bataille de Cerisolles, gagnée sur les Impériaux par le duc il'Enghien le 14 avril 1544, Charles-Quint et Henri Vlll étaient entrés en France, le premier par la Picardie, le second par la Champagne. Le camp français, formé entre Châlons et Epcrnay , fut alimenté en partie par les marchands de blé chartrains; chaque jour, pendant quatre mois, ils livrèrent aux troupes dix mille pains, sur marchés et soumissions \ I,e baron de Soubisc n'avait pas rempli longtemps les fonctions de bailli ; ce poste appartenait alors à un personnage d'origine chartraine, Mire Michel de Champrond, baron de Croissy, qui déploya le plus grand zèle pour la défense de la ville ; en exécution d'ordonnances rendues par ce magistrat aux mois de juin, juillet, août et septembre 1544, on fit un guet sévère afin d'éviter les suqmses, on dressa un inventaire exact des bâtons de guerre déposés chez les particuliers, on ferma toutes les portes à cinq heures du soir, et les poudres nécessaires au service des pièces en batterie sur les remparts furent confiées aux quarteniers 3. L'Empereur s'avança jusqu'à Château-Thierry, et son approche causa une telle panique aux dames de la cour, que la Dauphine et Mmc Marguerite de France s'enfuirent vers Chartres où elles entrèrent sans cérémonie le 1 2 septembre \ Cependant la bonne contenance des Parisiens et l'arrivée de l'année royale arrêtèrent Charles-Quint qui
1 Iteg. des Echevins et Journal de Jean Bouvart.
1 Hcy. des Echevins; Séance du 0 juin I5il. — Cependant une lettre du Roi , du 2l juillet, Ont connaître qui; les conditions posées par les marchands charl/ains . pour celte fourniture, liaient déraisonnables et impertinentes ( lb.)
» lb.; Séances des 23 juin, 12 et 10 septembre. 21 octobre 15H.
; lb.; 12 septembre.
signa la paix le 1 8 septembre , à Crépy-en-I^aonnois. La campagne de loii se termina pour les gens de Chartres par la demande que lit François 1", au mois d'octobre, d'un subside de 4,000 livres convertissable en rentes sur les deniers et fermes du Roi \
En 1545, toutes les forces de terre et de mer de la France furent concentrées contre P Angleterre; aussi Chartres eut-il à souffrir du passage continuel des soldats dirigés vers les eûtes de Picardie. Les gens d'armes de la compagnie du baron de Curlon, envoyés, au mois de février, par le Roi, pour protéger la ville, se signalèrent , en particulier, par leurs violences *. Une taxe de 4,722 livres 15 sous 2 deniers tournois fut assise sur les habitants, au mois de mars *; en juin on eut à défrayer une bande de 1 0,000 gascons \ et en juillet arriva
1 Reg. des Echevins; Séance du 24 octobre 1544.
* 26 février i5i5. Lettres du Roi au bailli , annonçant l'arrivée de la compagnie du baron de Curton à Chartres , de celle du sieur de Boutiéres à Châteaudun , de relie du sieur de Lorges à Bonneval , et de celle du sieur d'Espinac au pays du Perche. — itT mars. On remontre au bailli les privilèges de la ville et on le prie de les faire valoir. (Iteg. des Echevins.)
1545. Garnison à Chartres de la compagnie du baron de Curton , qui fit grands domages et oprexsions. (Journal de Jean Ilouvart.)
â Heg. des Echevins; Assemblée générale du 30 mars 1515, pour la répartition de ce subside. A cette assemblée les éviers firent reconnaître de nouveau les privilèges à eux octroyés dès l'an 1370, en vertu desquels ils étaient exempts de tous subsides, tailles et impôts, a la charge de porter de l'eau, nuit et jour, sans salaire, partout où besoin serait, en cas d'incendie.
* lb.; Séance du 10 juin 1515.
On fit le 7 juillet un inventaire général des pièces d'artillerie braquées sur les remparts et ce travail constata la situation survante :
/" Porte des Epars.
La Serpentine . pièce de fer garnie de deux boites, montée sur un chevalet a deux roues. — Une pièce sur deux roues, portant les armes des chausseliers. — Un |»elit fauconneau marqué d'une petite croix. — Un fauconneau double portant les armes de la ville. — Un fauconneau semblable monté sur deux roues. Deux courtaux de métal fermant a boîtes enchâssées de bois. — l>eux autres courtaux fermant à boites.
iw Tourelle Courlepinte.
Deux pièces de fer chargées à boîtes. — Deux petits fauconneaux dont l'un est la pièce des bouchers, l'autre est à la ville.
5° Porte Chdtelet.
Quatre hacquebules à crochet. — Deux courtaux de fer — Une hacquebutc non moulée
la peste qui sévit cinq mois entiers et dont mourut le jeune duc d'Orléans, deuxième fils du Roi
La compagnie du sieur de Rrissac vint tenir garnison dans nos murs au mois de février 1546; le sieur de Rambouillet, commissaire du Roi, en fil l'assiette, nonobstant les protestations ordinaires et toujours inutiles des échevins \ A la même époque , les villes closes du bailliage eurent à supporter une taxe do 7,200 livres, pour la solde de 25,000 hommes de pied \ Si les Chartrains furent moins foulés cette année que les précédentes par les garnisons de gens de guerre , ils le durent au sieur de Monbazon , commissaire en cette partie , dont ils
4» Tourelle du Fer-à- Cheval.
Deux pièces ou courtaux fermant à licites.
5° Parle Saint-Jean.
Quatre hacquebutes a crochet.
«° Tourelle derrière les Jacobins.
Deux petits passcvolants
7° Porte Drouaise.
Un passcvolant. — La pièce des tanneurs. — La pièce nommée Colette. — Un petit fauconneau. — La hacquebutc à crochet des maçons et couvreurs. — Au haut de la porte , deux petits passe volants.
8° Tourelle de la Léthinière.
Un double courtaut de fer. — Trois hacquebutes à crocs , dont une est la pièce des serruriers.
0° Porte Guillaume.
Un double courtaut avec boîte. — En une tourelle, deux fauconnaux aux armes de la ville. — En l'autre tourelle, trois hacquebutes à crocs. — En l'une des basses tourelles, un gros canon de 1er, monté, fermant à boîte de cuivre. — Deux passcvolants, dont un est à la ville et l'autre des avocats et procureurs, avec leurs roues et montures. — En l'autre tourelle, un canon de cuivre garni de Imite.
10° Porte Morard.
Un courtaut de fer garni de boite. — Deux pièces montées sur roues, dont l'une est celle des merciers. — Une autre pièce sur chevalet et une hacquebute à croc.
/ /« Porte Saint-Michel.
Un courtaut de fer. — Un passcvolant à chevalet. — Deux courtaux de fer. — Une pièce de fer chargée à boite. — Trois hacquebutes de fer à crocs. — Cinq hacquebutes de cuivre à crocs. — Trois autres hacquebutes.
En tout 70 pièces. (Iley des Echevius; 7 juillet 1545.)
1 lb.; décembre 1515. — Plusieurs taverniers étant décédés de la peste, le fermier du dixième demanda une diminution de fermage
9 II»., 21 février 1546.
8 Ib.; Séances des \ février et I" avril I5W
surent reconnaître les bons offices par un présent de six aunes de velours noir 1 .
La peste reparut dans le mois d'octobre ; mais sa périodicité, en rendant son étude plus facile , permit de lui opposer quelques remèdes efficaces. Le service de l'édilité gagna aux terreurs salutaires qu'inspirait le fléau ; on réglementa pour la première fois, en 1546, le curage des rues, et chaque propriétaire de maison fut taxé à trois deniers par mois pour le salaire du boueur; on n'en était pas encore arrivé à tirer un revenu municipal de l'entreprise du bouage 1 . En même temps, on adopta contre la peste les mesures suivantes: un chirurgien et un barbier, aux gages de dix livres tournois par mois , furent commis pour visiter et panser les malades; on fit défense à ces csculapes, ainsi qu'aux infirmiers et infirmières qui portaient les vivres aux pestiférés et ensevelissaient les morts, de communiquer avec les personnes saines ; on leur prescrivit de tenir à la main une grande verge blanche pour se faire reconnaître ; par ordre du prévôt , les maisons envahies par la contagion furent marquées à la craie et leurs portes fermées et barrées ; les malades n'obtinrent l'autorisation de sortir dans les rues que (murante jours après leur guérison. Une quête faite à domicile par deux notables de chaque paroisse donna les moyens de pourvoir aux dépenses nécessitées par la maladie \
L' avènement du roi Henri II au trône, le 31 mars 1547, ne modifia en rien la vie de Chartres, qui semblait fatalement destiné à s'épuiser chaque année sous l'étreinte des trois calamités du siècle : la peste , les garnisons de gens de guerre
• Hegislren «Va Krhevins , Séance <lu H mai 15 M». 3 llj.; octobre 151(5.
* Six inlirmiers et douze inlirmières au\ t;ai:es de 5 sous tournois par jour, outre i'c qu'ils pourront avoir tics jicstiférés. f Ht ; Séance du 5 décemhre 151(1.)
La |w>te ayant eessé, on |>ermel à Charpentier, dix leur en médecine, et à Papineau, harhicr, de laisser le> verp- blanchi»- et de reprendre leur étal ( lh ; Séance du 11 oelobre 1517 )
et les impôts '. Li peste dura jusqu'au mois d'octobre et elle fut remplacée par la compagnie de 40 lances du sire de Meslay, vidame ; puis vint une commande de 6,000 livres de salpêtre pour l'armée et une taxe de 14,400 livres sur les villes closes du bailliage , pour la solde de 50,000 hommes de pietl (octobre et décembre) \
Quoique cet état de choses ne lût pas de nature à favoriser l'essor du commerce , les grands avantages que présentai! la navigation de la rivière ne laissaient pas que d'être appréciés depuis quelques années. Tous les vins de l'Orléanais et de la Touraine, à destination de Rouen et de Paris, suivaient la voie de l'Eure ; Chartres et Orléans recevaient du sel et des épices par les bateaux de retour, lxs marchands de Rouen , de concert avec ceux de Chartres , avaient môme fait établir de vastes entrepôts sur le quai de la ville, pour le compte de ceux de la haute rivière \ 11 importait de protéger cette utile exploitation contre les vexations incessantes des meuniers et des riverains ; les échevins chartrains y pourvurent de leur mieux. Ils sollicitèrent au mois d'octobre 1547 des lettrespatentes du Roi , dans le but d'obliger les propriétaires des moulins, depuis Chartres jusqu'à Nogent-le-Roi , à entretenir les portes et écluses comme ils y étaient tenus audessous de ce dernier endroit jusqu'à la Seine , et requirent l'adjonction des corps municipaux de Rouen , Orléans et Paris et du con-
• Henri 11 confirma les privilèges de la ville par lettres-patentes de mars 15-W. (Pancarte municipale.)
* Rfff. des Echevins; Séances des f» octobre el 28 décembre 1517.
Le 23 mai 1518, on alla aii-Jcvant de François de Vendôme, seigneur de Meslay, vidame, capitaine des 10 lances en garnison à Chartres; on lui offrit deux |»oinçons de vin , l'un blanc , l'autre clairet , et trois échevins lui firent la révérence en son logis, (lb.; 15i8.)
Le 22 septembre suivant , le connétable de .Montmorency ayant averti la ville du passage prochain de onze enseignes de lauskenets, conduites de l'icardie en Guyenne nar Jean Leprétre , valet de chambre du Roi , on décida , en présence du maître des boulangers, que l'on donnerait à ces soldats 0,000 pains de 3 deniers pièce, 12 poinçons de vin par enseigne , et 2 poinçons |w>ur les capitaines , et que les bouchers de la ville leur fourniraient du boni el du mouton (lb )
' lb ; Séance du 17 août 1510.
seil privé ilu «lue de (Chartres*, Ces efforts louables devaient céder plus tard aux prétentions des riverains protégées par la misère publique, niais leur souvenir est resté comme un témoignage des lionnes intentions de l'échevinage pour les intérêts de la cité.
Nous avons déjà parlé de la compagnie des arbalétriers ou vidamiers , créée pour la défense de la ville lors des guerres du XIV" siècle. Les jeunes compagnons qui la composaient recevaient une subvention annuelle de 13 livres tournois pour l'entretien des buttes, et, chaque année, le 1er mai, un papégaut fiché à la pointe du clocher de l'église Saint- Michel servait de but aux tireurs; celui qui abattait l'oiseau était proclamé Uoi des arbalétriers et il avait à ce titre le commandement de la compagnie. Ce dignitaire jouissait pendant son règne de privilèges assez étendus : il était exempt de la taille et de toutes les charges et contributions ordinaires et extraordinaires, exerçait, sous le contrôle de la chambre municipale, une juridiction sur les gens de métiers engagés dans sa bande et avait une place d'honneur dans les cérémonies publiques. La compagnie du vidame , seule force armée aux ordres de la ville, avait rendu et rendait encore de grands services en partageant les corvées de police avec les sergents du prévôt et les archers du lieutenant des maréchaux. Aussi l'échevinage l'avait-il prise sous sa protection ; il veillait à ce que le bon ordre et la discipline y régnassent sans cesse et exigeait que les compagnons se livrassent assidûment aux exercices prescrits par les vieilles coutumes. 11 advint qu'au mois de septembre I oi8, un nommé Triquet, de la paroisse de Saint-Hilaire, s'ingéra île former une compagnie rivale et de faire tirer à l'arbalète dans un jardin du faubourg Morard. Cette innovation déplut aux échev ins qui firent faire coniman-
1 Ht'ff. des Efhn-ins; Séante du (i octobre 1517
Le 30 juin 1518, il fut déridé l'on rm[>nuiterail 200 hn* pour ré|»arcr Ie< fH«iits, jinrtes el guaizo délérioré>. ilb.i
demcnl à Triquet, à la requête du Roi des arbalétriers , d'abattre ses buttes et de cesser de débaucher les jeunes confrères du vidame
Aussi bien , ce n'était pas le moment de semer la division dans les rangs de la milice urbaine, car elle avait à parader à la réception que Ton se disposait à faire à la jeune reine d'Ecosse Marie Stuart , promise au dauphin François. Cette princesse, âgée de six ans, arriva à Chartres le 22 novembre 1548, escortée par les grauds dignitaires du royaume, le connétable de Montmorency et le duc d'Aumale en tète. La ville déploya à cette occasion une grande magniûcence , et les registres de la Chambre décrivent complaisammenl la marche du cortège dans lequel figurèrent les clercs de la Rasoche et de la Tour, les arbalétriers commandés par leur Roi , les enfants d'honneur à cheval , les bourgeois et marchands sous la conduite du Prévôt, les sergents royaux à cheval, les notaires royaux à cheval , les enquêteurs du bailliage , les greffiers, M. le lieutenant-général pour le Roi , M. l'avocat et M. le procureur du Roi , MM. les conseillers au bailliage , MM. du corps de ville , tous à cheval et en bon ordre. U» lieutenant-général , au nom des habitants , et M" Louis Charpentier, docteur et chanoine théologal , au nom du Chapitre . adressèrent à la jeune reine des compliments qui furent fort applaudis ". On n'eut garde d'oublier de faire la révérence
1 Iteg. (1rs Eclicvuis; septembre 15 IN.
* lit.; Sciure «lu ±1 novembre 1"iVH.
Lo discours de Mc Louis Charcutier mérite do trouver place dans cette histoire :
• Haute Dame et de grande exportation, attendu votre lionne et diligente institution en laquelle jusques à présent ave/ été nourrie, je ne ferai dillieullé d'user devant vous d'une sentence pris»' des Latins, scavoir est que ulu.s ooW»/ le .vo/eiV levuni f/we lorsqu'il se c»u<lie , si véritable que , comme écrit Pline , les éléphants lorsqu'ils voient le soleil commençant à donner son rayon sur la terre , selon qui! permet leur petite cognoissaiicc ,],■ njture, lut tout caresse et révérence telle qu ils peuvent. Kt IMirtant que jusque* à présent ave/ été connue une vraie et liien claire étoile et dorénavant espérons que comme parfaite lune serez unie au vrai soleil de ce présent royaume, pour cette cause, vos Irès-huiuldes orateurs et serviteurs les chanoines de l'église de Chartres vous ollrent par moi ce qu'ils pensent être plus nécessaire |mmii à tel hul parvenir , s< avoir est sull'i'age* et prières de leur église tant eu général que eu particulier et pareillement de leur pain et vin , le.-queU ll> Vous prient le»e-
aux (Unix favoris Montmorency et d'Aumale, et on leur offrit deux poinçons de vin pour les engager à avoir en recommandation près du Roi les privilèges de la ville \
La guerre qui continuait avec l'Angleterre sur les côtes de Picardie donna lieu, pendant l'année 1549, à de fréquents passages de troupes par Chartres. Douze enseignes de lauskenets venant de Blois traversèrent la ville au mois de juin , quoiqu'on pût faire pour les en empêcher \ On reçut ensuite une garnison de 18 hommes d'armes et de 22 archers de la compagnie de M. le duc d'Aumale ; on aurait bien voulu exciper des exemptions de logement de gens de guerre , on en parla même à M. de Rambouillet, commissaire en cette partie, mais d'Aumale , déjà si puissant par la maison de Lorraine , venait d'acquérir aux yeux des Chartrains une importance toute locale par ses fiançailles avec Anne d'Est , fille du duc et de la duchesse de Chartres \ La ville eut aussi à nourrir, au mois de juillet, la compagnie de gens de pied du sieur de Sainte-Marie , campée à Lèves et à Josaphat , et à recevoir avec les honneurs dus à son rang M" de Vendôme, récemment marié à Jeanne d'Albret \ Les dépenses de l'année furent closes au mois de novembre par une taxe de 27,300 livres sur les villes du bailliage , pour solde de gens de guerre s.
Il faut rendre justice à l'échevinage ; il avait fait depuis un siècle de notables progrès dans l'étude tles améliorations mu-
voir d'aussi bon visage comme ils vous lo offrent. » (Lirrr (!>■ t'iUiliaunte litmvnrl . 1° 707; Arrh. départ.)
Mario Stuart , usant du jiouvoir qui lui ni avait été donné par lettres du lloi datées de Moutaultan le 25 août , délivra , à >on passatïe , les prisonniers détenus dans les geôles de Chartres. { Hccual <le himnè . vol. i , p. iOS.)
1 Iky. d?\ Hdirvins, Séance du 27 novembre 1 T» iN
5 lb.; Séance du i juin 15i'.>
* Ou fournit par semaine aux soldats du due d'Aumale 2*J livres tournois |x»ur I» lotjis, i livres 7 sous |M»ur le sel, i'4 livres de rliandelles coûtant 5 livres I sou li deniers, 2U pintes de vinaigre à S deniers la pinte et 21» pintes de verjus au même pnx. (lb.. Séance du !t juillet 1511). )
4 Les yens du lloi, les éclievm> , quatre conciliées . les élus cl 1rs nolaldes bourgeois allèrent à la rencontre dr M de Vendôme et lui ollrmnl deux |Miiiiron» de vin 'lu meilleur. ( lb j
% \A'UT>^ llll lUl du 22 ll >Vr|||l.|r t.Vl.) , /// -
ISS
nicipales. Les guerres du XIVe siècle et de la première moitié du XVe, n'étaient pas, en effet, une bonne école d'administration , car, dans ces temps de qui-vive , les gouverneurs de la cité épuisaient leur dévouement et leur activité au maniement des affaires militaires et songeaient à la vie de leurs concitoyens avant de songer à leur bien-être. Ils profitaient avec empressement , il est vrai , des rares éclaircies du ciel politique et ne se faisaient pas faute de demander conseil aux bourgeois des villes voisines , surtout à leurs bons amis d'Orléans qu'ils croyaient plus habiles qu'eux ; mais , quelque fût leur bon vouloir, une assemblée composée en majorité de marchands et fonctionnant au milieu des troubles civils , ne pouvait jeter que des palliatifs sur les plaies du moment; encore devait-on rapporter aux gens du Roi et à quelques licenciés ès-Iois l'initiative et le mérite des mesures. D'un autre coté, la charge d'échevin ne laissait pas que d'être très-pesante; élus pour cinq ans, sans possibilité de refus, les favorisés de la confiance publique devaient une grande partie de leur temps à leurs fonctions; ils le devaient tout entier un mois sur cinq, sans compter les vacations consacrées aux voyages et missions extraordinaires, à la garde des portes, à la surveillance des approvisionnements et habillements de guerre. Aussi les subterfuges, pour éviter cette corvée, étaient-ils fréquents 1 et fut-on obligé d'établir, en 1542 , uue amende de 5 livres tournois contre ceux qui manquaient aux réunions de la chambre \ En 1547, la suppression de l'office de Receveur des deniers communs vint encore ajouter au fardeau , en remettant aux échevins délégués la tenue et la responsabilité des comptes \
1 Parmi les membres récalcitrants , on remarqua, on 1560 et années suivantes , le sieur Michel Tardiveau auquel oi* appliqua les peines les plus rigoureuses , telles ((uc la retenue de sa torche et de son bonnet et des autres droits et profils de l'offre, une amende de ttH) livres tournois cl la prison. (Juin 1500, juillet et octobre 150i )
s fleg. des Eeltevins, Séance du I i avril. Cette aineutlc lut portée à 25 livres le i mars 1500.
1 Ib.; Séance du 15 mars. - Celle charge était obligatoire , même pour les illettrés désignés à la majorité des suffrages. Ku 1503 , le sieur Cilles Klieuue, échevin.
{Juui qu'il en s*»it. a partir du règne de Louis \l . les entreprises utiles ou plutôt les tentatives intelligentes se multiplièrrnl. et. moins à la merci île la brutalité «lu soldat. IVehevinage entra plus franchement dans son rôle «le protecteur «les intérêts matériels et moraux de la cité. Ce ne fut pas, il est vrai . sans lutte que nos magistrats parvinrent à asseoir leur autorité : nous assisterons bientôt aux débats que firent éclater dans les conseils de la ville les questions de paupérisme, de la liberté religieuse, de la réforme du corps municipal ; disons quelques mots de la police, objet direct des attaques du peuple.
Chaque année, pour ainsi dire, depuis le commencement du siècle , on rendait des ordonnances pour défendre aux porchers de laisser errer dans les rues les animaux confiés à leur garde ; en 1520. il fallut menacer du fouet les boulangers qui vendaient à faux poids 1 ; en 1 5 40 , on prononça des peines sévères contre les revendeurs qui accaparaient les denrées avant la clôture des marchés *. De 1550 à 1552, ce furent les bouchers qui se signalèrent par leur opposition : le massacre abattoir) établi en 1520 sur remplacement du vieux château , n'avait jamais plu aux bouchers; cependant la salubrité publique trop longtemps compromise exigeait qu'on utilisât cet établissement. Pour ôter aux gens du métier tout prétexte de résistance , on songea à compléter les bâtiments nécessaires au service de la tuerie et à celui de la perception de la ferme du baitage ou pié fourché ; ces travaux furent exécutés de 1550 à 1552, au moyen d'avances faites par les fermiers. Mais les bouchers ne prirent pas, pour cela, le chemin du massacre , et il fallut , pendant bien longtemps encore , avoir recours aux poursuites et aux mesures de sévérité afin de
ayant été «'lu receveur des deniers communs , voulut m* récuser sous prétexte qu'il ne savait ni lire ni écrire , mais on n'admit pas son excuse et on l'obligea à prêter serment séance tenante (octobre).
1 Voir vol. 1", p. 510.
* llrg. th-s Echttins; Séance du H moi.
déraciner Phabitude invét«»rée d'abattre les bestiaux dans les maisons et de jeter le sang dans les ruisseaux ' . Pareille mauvaise volonté se manifestait pour la propreté des rues ; quoiqu'un boueur enlevât le plus gros des immondices, comme, malgré les recommandations des officiers de police, le balayage et Parrosage étaient tout-à-tait négligés, Chartres, pendant Tété, continuait à recélcr des miasmes pestilentiels. La voie publique n'était guère nettoyée que lorsqu'il passait une tête couronnée par la ville; or l'année 1550 eut ce privilège.
Le 9 octobre , la Chambre reçut la nouvelle de la prochaine arrivée du Roi , de la Reine et de M"' Marguerite , sœur du feu roi François I". On prit immédiatement toutes les dispositions nécessaires pour que ces illustres voyageurs fussent accueillis dignement dans leur bonne ville. On désigna les maîtres et les meilleurs compagnons de chaque métier, ainsi que les enfants d'honneur tant à pied qu'à cheval , qui devaient figurer dans le cortège ; on décida que l'on offrirait au Roi deux coupes en argent, taillées à la mauresque et pesant \ 2 marcs, et, à la Reine , une autre coupe pesant 5 marcs et demi ; que les portes , ponts , passages et chemins seraient nettoyés et les rues curées ; que l'on dresserait des chapeaux de triomphe, en buis et lierre, aux portes, et quedeséchafauds, pour mystères, décorés de tapisseries, peintures et dorures, s'élèveraient dans les carrefours; le ciel du Roi devait être porté par les quatre plus anciens membres de Péchevinage et celui de la Reine par quatre autres échevins. Le lieutenant-général de Hérouard se donna beaucoup de mouvement pour que rien ne manquât à la féte, et il poussa le zèle jusqu'à enjoindre aux bourgeois, sous peine de prise de corps et de biens, de se vêtir, pour la cérémonie, de velours, satin, taffetas, et autres richesses. M. le Dauphin et sa jeune fiancée Marie Stuart , accompagnés de la reine douairière
1 Htij. des Echevins. janvier 1551 cl mai 1552.
d'Ecosse, traversèrent la ville le vendredi 14, mais on se borna à les saluer et à leur offrir deux poinçons de vin et des toiles de dragées et de col'ujnac, les grandes démonstrations étant réservée?» pour Leurs Majestés. Ix1 dimanche 10 novembre, on Ut une répétition générale , et le mardi 18, jour de l'entrée, le cortège se dirigea dès le matin vers le grand chemin de la porte Drouaise. Tout allait pour le mieux, lorsqu'un orage imprévu vint fondre sur l'honorable assistance et obligea les bourgeois, manants et habitants, jusqu'au lieutenant -général lui-même , à se réfugier dans l'église Saint-Maurice et les hôtelleries voisines, pour sauver leurs habits de gala. Or, au même moment, le Hoi et la Reine, désireux d'éviter la pluie, quittèrent le chemin de Josaphat qu'ils suivaient pour couper le plus rapidement possible par celui de la Croix-Jumelin et arrivèrent en ville sans rencontrer personne ; d'où la montre n'eut pas lieu , à la grand' honte des habitants. Toutefois ils prirent leur revanche le lendemain et convoyèrent en bel ordre le Hoi et la Heine jusqu'aux Cinq-Croix, sur le chemin d'Illiers où lueurs Majestés furent coucher \
Chartres , à cause de sa proximité de Paris et de la fertilité de son territoire, commençait à devenir la garnison favorite des corps d'élite de l'armée française. En juillet 1551, les portes s'ouvrirent à la compagnie de M. le Dauphin et aux archers de la garde commandés par M. de la Ferté et ayant pour enseigne le sieur de Varize \ Au mois de janvier 1 552, le sieur de Sancerre et sa bande vinrent aussi prendre quartier dans notre ville, qui contribua, comme à l'ordinaire, à la solde de 50,000 hommes de pied pour quatre mois \ Le mardi 4 octobre, on reçut la visite de M. le Dauphin, escorté du duc
1 fieg. des Eclienns; Séances de> 0, Il el 13 octoluv. — Juumal de Jeun bouvari.
» lieg. de* Echcrins; Séance du 10 juillet. — Lettres «lu Koi du 3 juillet.
» lb.. Séances des 1 1 janvier et 20 avril \"S^i — La ru.'iHrttc des deniers de In solde fut adjugée au rabats au sieur Julien Noël.
do Lorraine et de plusieurs gentilshommes ; on lui fit présent d'une coupe de vermeil du prix de 135 livres tournois et sa personne fut abritée sous un ciel de damas blanc \
Mais l'événement le plus mémorable de l'année 1552 fut l'établissement du siège présidial , en vertu de l'édit du Roi du mois de janvier. Le 28 mai , M. Bclot , conseiller au Parlement, vint procéder à l'installation des nouveaux magistrats, dont on assigna les gages sur les deniers provenant de la vente du sel au grenier de Chartres \ Ce tribunal d'appel offrait plus de garantie d'impartialité aux contribuables qu'il rapprochait de la justice, diminuait les frais des procès et les expédiait avec plus de célérité; aussi les villes d'une importance môme secondaire ambitionnaient-elles des juges présidiaux. Etampcs, voyant avec jalousie Montfort-l'Amaury jouir de cette faveur et voulant se soustraire à la juridiction chartraiue, sollicita avec instance, au mois de janvier 1553 , l'érection d'un présidial qui, indépendamment des affaires particulières de son siège, aurait connu des appels interjetés dans les cinq baronnies du Petit-Perche , à Dourdan et dans quelques autres lieux ressortissant jusqu'alors au bailliage de Chartres'. On s'empressa de s'opposer à cette demande, et
1 Reg. des Fxhevins; Séance du 30 septembre, et Litre de Guillaume Bouivrt.
* Reg. des Echevins; Séances des 23 et 28 mai. — Par suite de l'établissement du présidial, les tribunaux royaux civils, criminels, de police et fiscaux de Chartres se trouvèrent ainsi composés \ 0 un présidial (connaissance des cas réservés et apjtel des justices inférieures) comprenant le lieutenant- général président présidial, un lieutenant criminel , un lieutenant particulier, un nombre variable de conseillers, deux avocats et un procureur du Roi ; 2° une prévôté (justice civile et de police) ayant un prévôt, un lieutenant et deux assesseurs; 3° une prévôté des maréchaux (gendarmerie et justice criminelle sommaire) avec un lieutenant des maréchaux ou vice-bailli, un assesseur et un nombre variable d'archers; 4° une élection (assiette des tailles et connaissance des cas fiscaux) fonctionnant par un président, un lieutenant, un procureur du Roi, un nombre variable de conseillers et contrôleurs et six receveurs des tailles; 5° un grenier à sel (livraison du sel et connaissance des cas de gabelle) comptant un président, un lieutenant, un procureur du Roi, un grenelier pour Chartres, un nombre variable de conseillers, contrôleurs cl mesureurs.
Quelques années plus tard ( 15W»), la création de la juridiction consulaire, pour les affaires commerciales, compléta l'organisation judiciaire qui subsista jusqu'à la Révolution.
' lb ; Séance du 13 janvier.
M. le lieutenant-général, alors en Cour, ayant fait agir, de concert avec les échevins, les protections que la ville avait au sein du Conseil , les gens d'Etampes furent déboutés de leur requête.
Comme les présidiaux connaissaient du crime d'hérésie, ils étaient fort redoutables à cette époque où la réforme implantée en France par Calvin commençait à jouer son rôle politique. L'esprit de Chartres, essentiellement orthodoxe, échappa pendant plusieurs années à l'invasion des nouvelles doctrines; et, quoique l'on ait pu dire du zèle ardent de Pévéque Louis Guillard , il ne paraît pas que les rares adhérents beaucerons furent poursuivis bien sévèrement avant l'installation du présidial. La première victime des querelles de religion, dans notre pays, fut la demoiselle de Challet que Ton brûla vive au marché aux pourceaux le 2 mars 1 553 '. Le 15 avril suivant, eut lieu l'exécution à petit feu, de deux méchans hérétiques, l'un nommé Jehan Dinochcnu, filz d'un drapier de Chartres, l'autre nommé Esticnne Leroy, tabellion , natif de la paroisse de Sainct-Georges-sur-Eurc , et ne se voulurent jamais confesser, ny reconnoistre noslre bon Dieu et sauveur Jésus , ny lu benoiste vierge Marie \ Ces atroces jugements, goûtés par le peuple de la ville dont le catholicisme n'admettait pas de contradiction, causèrent dans la campagne une émotion qui rendit nécessaire, au mois de mai , la création d'un corps de police de dix-huit archers, sous la charge du sieur Fredy \ Les gentilshommes campagnards, plus enclins aux nouveautés que les citadins, commençaient à former des rassemblements ; on fut même obligé, au mois de juillet, de confier deux pièces d'artillerie au sieur Jean du Rousseau, prévôt des maréchaux de Franrc. pour aller atta-
* Journal de Jean Bout-art.
» tb.
1 II"/ dt% Erkrnns; N'inf <Ju i ta.u TOME II.
quer la motte de la Framboisière , et s'emparer, si faire se pouvait, de la personne du sieur Marin Pousteau, dit le Héru, avec ses alliés et complices, tenant fort audit lieu contre le Roi \ Des haines profondes furent la conséquence de cet état de choses; elles se manifestèrent, aux mois de mai et juin iooi, par le meurtre du bourgeois Jean Lefacheu et par les excès de gens de guerre inconnus qui venaient roder jusque dans les faubourgs, malgré le séjour à Chartres de la compagnie de M. le Dauphin \ On proGta d'un pèlerinage sans apparat que le Roi fit à Notre-Dame au mois de novembre \ pour le prier de remédier au mal , et on obtint un édit qui adjoignit au lieutenant criminel du présidial un lieutenant de robe-courte et six archers, l^s échevins accusaient hautement le lieutenant du prévôt des maréchaux, son greffier et ses archers , de négligence et de mollesse dans l'accomplissement de leurs fonctions; on peut croire que ces plaintes n'étaient pas dénuées de fondement, si l'on considère qu'au mois de janvier I.j.'î.j, la ville renfermait une troupe de bandits courant les rues nuit et jour, volant manteaux et battant les passants jusqu'à la mort \ D'où venait cette espèce de connivence entre certains magistrats et les fauteurs du désordre ? la suite des discussions religieuses le fit connaître. Toujours est-il que l'aflluence des vagabonds, gens sans aveu, soldats mendiants, détermina la chambre à prendre une mesure devenue indispensable et dont ridée mère appartenait au chancelier Olivier : ce fut la création de la taxe ou , en d'autres termes, du bureau des pauvres.
Jusqu'alors le monopole de la charité était exercé presque exclusivement par l'Aumône Notre-Dame et les petits hôpitaux annexés à chaque église. Mais ces maisons, qui échap-
1 licg. des Echevins.
* th.; Séanres des 17 janvier , il et 29 mai et 12 juin. 1 lb.\ Séanrc du 0 novembre
• ///.. Séariro du H janvier
paient au contrôle municipal , n'avaient que «les ressources bornées et ne s'occupaient pas des pauvres valides. Cette classe malheureuse et menaçante attira d'abord l'attention des échevins. Dans une assemblée générale du clergé, des gens du Roi , du corps de ville et des gagers des ]>aroisses , tenue à l'évéché le i I mars l.'i.ifi , il fut décidé 1° que les mendiants valides seraient contraints de se trouver, le lundi 16, à cinq heures du matin, avec ou sans outils, sous la porte Drouaise , pour être conduits par MM. Lenoir et Sorel, échevins, aux ouvroirs publics de la chaussée de Josaphat, du quai d'Oiséme, du grand chemin de Paris et des chemins de Saint-Julien-du- Coudray et des Mathurins : 2° qu'il serait payé, par journée, aux hommes 2 sous tournois et aux femmes 12 deniers; 3° que M. Havardin, receveur des deniers communs, débourserait 100 livres tournois, pour subvenir à ces dépenses ; 4° que des commissaires seraient nommés pour faire le rôle de tous les pauvres valides et invalides de chaque paroisse, en ayant soin d'indiquer leur âge, leur profession, la nature «le leurs maladies ou infirmités curables ou incurables ; oQ que les pauvres valides surpris mendiant dans les rues, carrefours, églises ou maisons, seraient punis, savoir: les femmes dit fouet, et les hommes des galères, pour y tirer jmr forée à la rame; 6° que l'on demanderait aux échevins de Tours, Vendôme, Orléans et Paris, communication de leurs règlements touchant la mendicité , pour les appliquer à Chartres, sous le bon plaisir du Roi '.
Celte première résolution , prise d'urgence et pour les be-
* Heg. des Echevins; Séances des 3 et 1 1 mars.
Dans cette assemblée, présidée par le lieutenant-général Christophe de Hémuard, figurèrent les avocats et le procureur du Roi , Vincent de la Louiipe, jn::e-ma;zistrnt criminel au bailliage et si»'^'' présidial, Nicole le Rousse, prévôt, Jean de Bordeaux, Claude Grenct et Etienne Harquin. conseillers au présidial, les déliés du Chapitre, des couvents et des paroisses. M-'» Guillaume d'Aubcrniont , archidiacre de Blois. et Jean de la Croix, chanoine de Notre-Dame, échevins ecclésiastiques, Claude Kdeline, Raoullet De«freux, Jean Lenoir. Jean Robert, Florent Havardin. Nicolas Mau- Herc, Nicolas Manzaize, Claude le Maréchal et Jean Sorel, échevins laïc*. M* Jean Nicole, avocat de la ville et M' P»erre Lapoustoire, procureur de> habitants.
soins du moment , ne dispensait pas de songer à l'avenir ; on y pourvut, dans une assemblée générale du 19 mars, par l'adoption d'un règlement de l'assistance publique qui peut se résumer ainsi : 1* secours aux pauvres invalides, soit par des distributions d'argent , de denrées et de médicaments à domicile, soit par leur admission , à temps ou à vie, dans les hôpitaux ; T secours aux pauvres valides, majeurs ou mineurs, en leur fournissant la nourriture , l'entretien et V instruction , en échange de leur travail aux ateliers publics ou chez des maîtres; pouvoir de les louer pour trois ans et de les astreindre au travail , sous peine de la prison ; 3° administration du bureau des pauvres confiée à quatorze notables: trois d'église, deux de la justice ordinaire, un de l'élection, deux de Péchcvinage, deux du barreau et quatre de la bourgeoisie ' ; 4° création d'un receveur général des aumônes et, sous lui , de receveurs particuliers ayant charge de recueillir chaque semaine les offrandes ; 5° taxe annuelle sur les habitants, pour l'entretien de l'œuvre, sans préjudice des dons volontaires ; 6° défense de faire l'aumône dans les rues ou dans les maisons ; 7° assemblée du bureau, chaque dimanche, en la chambre de ville, et pouvoir aux administrateurs de faire exécuter leurs ordonnances par les sergents royaux. Ce règlement général fut approuvé par lettres-patentes du Roi , en date du 9 juillet 1 556 , vérifiées et entérinées au Parlement le 21 août suivant, à la requête de M. le Coigneux , procureur de la ville \
1 Les délégués furent MM. Jean Forget, sous-doyen, Jean Meigne, chanoine de Notre-Dame , Guillaume Berthelot , prieur du Crand-Beaulicu , pour le clergé" ; de Hérouard , lieutenant- général , et Piguerrc, procureur du Roi, pour la justice; Thierry Abraham , élu, pour l'élection; Florent Havardin et Claude le Maréchal, pour l échevinaçe; Brebion, Pierre Lambert, Cardin Bachelier et Etienne Fournier, pour la bourgeoisie.
* lieg. des Echevhut; Séances du 26 mars et du 31 juillet 1556. — Voir aussi la pièce intitulée : Règlement et police des jtauvres de la ville de Chartres, A Chartres, par Symphorian Cotlercau , imprimeur ordinaire du Roy, de son Altesse royalle, et de la dite ville, rué* des Changes, a la Fortune, M. DC. LI, et la réimpression par Nicolas Besnard, imprimeur k Chartres, rue des Trois-Maillcts , au Soleil-d'Or, M DCC LV.
Comme il arrive de toutes les institutions nouvelles , le bureau des pauvres ne fut pas accepté sans opposition. Le travail forcé semblait dur aux mendiants valides , généralement enclins à la paresse et à la débauche, et leurs velléités de résistance présageaient des ennuis multipliés aux administrateurs. Les bourgeois, de leur côté, supportaient difficilement l'espèce de contrôle que Ton voulait exercer sur leurs aumônes ; soit habitude, soit défiance, ils ne tenaient que peu de compte des injonctions du règlement. L'Evêquc lui-même fut au nombre des récalcitrants , et il fallut le menacer de la contrainte , pour l'obliger à verser son offrande à la bourse commune (mars et mai 1557) \
Les succès obtenus pendant la campagne de 1 554 sur les troupes de l'Empereur, succès dont le Roi informa les échevins par lettres du 16 décembre, exemptèrent pour quelque temps Chartres du logement des gens de guerre , l'armée ayant été distribuée dans les places frontières de Picardie ; mais ils n'empêchèrent pas les villes closes du bailliage de fournir, comme à l'ordinaire, leur quote-part de la solde de 50,000 hommes de pied *. Henri II, engagé dans une guerre qui sévissait à la fois en Flandre et en Italie, avait eu recours, depuis deux ans, à des expédients extraordinaires pour remplir les coffres de l'Etat. On remarqua, en particulier, l'édit de Fontainebleau du dernier février 1554 , qui autorisait les particuliers à racheter au denier 20 les renies, cens fonciers et droits seigneuriaux dus au Domaine sur les maisons , places vides, jardins et marais situés dans l'intérieur des bonnes villes. Il est fait mention de cette disposition dans une délibération du corps municipal de l'année 1555 ; mais on ne voit pas comment elle put profiter aux Chartrains, le domaine de Chartres engagé à Madame Renée ne dépendant plus de la
' lietj. des Eckeviiu; Séances du 30 mars et du 12 mai.
1 /*.,- décembre. — Cette part sYlna pour Chartres à 5,256 livres lournoi>
Couronne. Au mois de décembre 1 555 , le Roi vint faire ses dévotions à Notre-Dame , en compagnie du duc et de la duchesse de Guise, du Garde-des-sceaux et de la duchesse de Valentinois. On reçut le monarque avec les honneurs accoutumés, sans oublier le nettoyage des rues, et, pendant tout le temps du séjour des dames , dont Tune était la tille de la duchesse de Chartres et l'autre la maîtresse du Roi , on leur offrit, chaque matin, deux quarts d'hypocras et neuf dragées*.
La tache administrative entreprise par la chambre fut poursuivie tant que les craintes de guerre ou de garnison de gendarmes (ce qui se valait aux yeux de nos pères) ne firent pas naître d'autres préoccupations dans les esprits. Au mois de mars i 556 , on sévit contre les portefaix qui tyrannisaient les pauvres gens 1 ; en septembre et en décembre , de nouvelles plaintes s'étant produites sur le peu de sûreté que présentait la ville pendant la nuit , on invita les lieutenants criminels de robe courte et longue à s'employer avec un redoublement de zèle à la répression des délits , et on lit défense aux habitants de porter des dagues et épées ou de sortir le soir sans lanternes \ Au mois de mars \ 557 , les cabaretiers et tavçrniers furent soumis à une organisation semblable à celle qui régissait leurs collègues de Paris ; en même temps , pour donner satisfaction aux âmes dévotas, ou interdit, sous peine d'amende arbitraire, aux joueurs d'instruments, baladins et tabourins, de se livrer à leurs exercices devant les églises, durant le service divin \
1 îie'j. des Echevins; Séances des G et 10 décembre. — Livre ilcGuiil. Boumrt. r lb.; Séance du 21 mars.
L'été de 1 554» fut extrêmement chaud. Dans la semaine qui précéda Y Assomption et au [dus fort de la sécheresse , le feu dévora les villages de Oisème , de Chamblay , des Hoches prés Gallardou et de Villiers-Saint-Orien près Ikmncval. A la même époque , une épidémie de petite vérole se déclara dans la ville et les faubourgs , et il mourut 12 ou \ ,'M) enfants sons l'âge de 10 ans. (Journal de Jean Bouvart.i
1 Heg. des Erliciins; septembre et 15 décembre.
' //»., Séances des Kl et 110 mars. — I.e commencement de cette année fut trèspliivieux . dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 janvier, les eaux devinrent si
La reprise îles hostilités en Picardie, dont on s'était peu , inquiété à Chartres pendant les premiers mois de 1 557 , se fit brusquement connaître au mois d'août par le combat de Saint- Laurent, fatal épisode du siège de Saint-Quentin. A cette nouvelle , les échevins se hâtèrent d'armer les murailles qui n'étaient plus garnies que de quelques mauvaises hacquebutes; ils firent venir des maçons d'Orléans, n'y en ayant pas d'assez liabiles à Chartres, pour boucher une brèche ouverte dans la muraille entre la porte Saint-Jean et la porte Châtelet; ils achetèrent de la poudre, des boulets et autres munitions de guerre; puis ils attendirent de pied ferme l'éventualité d'une attaque (17, 18 et 31 août) \
Elle faillit se présenter le Tr septembre. Trois enseignes, fortes de 900 hommes , se montrèrent aux portes , et demandèrent l'entrée de la ville pour s'y loger et y faire montre. La chambre se retrancha, comme d'habitude, derrière les privilèges reconnus par le Roi , tout en offrant au capitaine de le défrayer en ville , ainsi que sa suite , et de lui donner 10 écus soleil, s'il consentait à passer outre. Comme les nouveaux venus faisaient mine d'insister, on leur déclara tout net qu'on ne les recevrait pas. Les habitants prirent les armes; on ferma les portes , on braqua six pièces de canon sur les murs , et la compagnie d'arbalétriers occupa bravement la brèche \ Il parait que cette contenance intimida les soldats étrangers et que leur chef se résigna à accepter les conditions des échevins, sans tenter la lutte.
Le dimanche 5 septembre, une grande procession, où se trouvèrent , avec le clergé , les officiers du présidial et les corps privilégiés, plus de 800 personnes portant chacune un
grandes qu'elles passèrent par-de>sus les murs de la fontaine Saint-André et que le* habitants de la nie de la Tannerie lurent contraints d'esralader les murs de la ville, pour se sauver. (Livre de Hft* <h- Siiut-Amiir , p. 2:27. r; Art h départ. )
1 /tey. (1rs Erhrvins.
cierge , prowcua les reliques clans les principales rues tendues de tapisseries et implora la grâce de Dieu en faveur des armes du Roi Il était trop tard ; Saint-Quentin avait été pris d'assaut le 27 août. En annonçant officiellement ce désastre par lettres qui arrivèrent à la chambre le 16 septembre, Henri 11 fit ressortir la générosité du clergé, qui lui avait offert un décime eu sus des quatre précédemment octroyés , et le bon vouloir des bourgeois de Paris qui avaient mis à sa disposition 300,000 livres tournois pour la solde de 10,000 hommes de pied pendant trois mois ; Chartres ne pouvait refuser de s'associer à cet acte de patriotisme ; le monarque le pensa ainsi et il termina sa missive en priant les gens des Trois-Etats , sans distinction de privilégiés, de lui envoyer 10,000 livres tournois , pour l'aider à faire la levée de nouvelles troupes. Cette demaude parut dure ; pourtant on décida qu'il y serait satisfait promptement \
La revanche éclatante prise à Calais par le duc de Guise au mois de janvier 1558 5 permit à notre cité , rassurée sur les dangers extérieurs, de traquer les ribleurs et coureurs de nuit. Pendant plus d'une année cette chasse occupa la compagnie d'arbalétriers à laquelle les gendarmes du Roi-Dauphin, qui vinrent tenir garnison au mois de février 1559 , prêtèrent assistance \ Quelques mois plus tard , le 29 juin , au milieu d'un tournoi dont les principaux tenants étaient le duc de Guise et le prince Alphonse d'Est, gendre et fils de la duchesse de Chartres, le roi Henri II fut blessé à mort en rompant une
1 Heg. des Eehevtns; Séance du 3 septembre. — Litre de Bots de Satnt-Audrr, Arch. départ.
* lb.; Séance du 10 septembre.
3 lb.; 21 décembre 1558. — La prise de Calais fut célébrée en vers et en prose par tous les beaux esprits du temps ; Me Etienne Prévost , officiai de Chartres, donna a cette occasion une pièce intitulée : Petit Traicté touchant les comtez et villes de Calais et Cuines. Chartres, S. Pioquot, 1558, in-8°. (Bibl. impér., Lb 67 )
* La compagnie du Roi-Dauphin fut reçue à Chartres en vertu d'une lettre de commission du dur déduise, dalée de Saint-Ciermain-eu-Lave le 7 décembre 155N. tlh . Séance du H lévrier I.V/> i
lance avec le comte de Montgommery. 11 trépassa le 10 juillet, et le lendemain 1 1 , une procession générale parcourait les rues de Chartres pour demander au ciel son rétablissement Peu de temps après , mourut à Montargis , sans laisser aucun souvenir en Beauce , le duc Hercule d'Est , époux de Madame Renée.
L'avénement de François 11 au trône , en donnant la puissance à la reine-mère Catherine de Médicis et aux Guise , oncles de la reine Marie Stuart, détermina cette rivalité terrible qui fit entrer en lice , d'un côté , la maison de Lorraine et la religion catholique , de l'autre , la maison de Bourbon et la Réforme. Les hostilités à main armée commencèrent par la conspiration d'Amboise , dont le chef secret était le prince de Condé et le chef apparent un gentilhomme inconnu appelé la Renaudie. Le 14 mars 1560, veille du jour où ce complot devait éclater , le Roi manda aux échevins la découverte des machinations tramées contre lui , les invita à rendre grâce à Dieu du bénéfice des révélations faites à ce sujet , et leur prescrivit de publier en l'auditoire et par la ville à son de trompe, que l'impunité, en fotj de Prince et parole de Roy , serait accordée aux complices qui , dans la huitaine , viendraient se confesser franchement au bailli \ Nous ne savons si la publication détermina des aveux , mais il paraît que la lettre de François II inspira des craintes, car on doubla les postes et on condamna la porte Saint-Jean. La déconfiture
1 Ikg. des Echevins; Séance du 10 juillet.
On s occupa, en 1559, de la répression des délits commis par les faux-sauniers qui fraudaient continuellement la gabelle et , par contre coup , le droit de la ville sur le sel; ce droit, qui était de i livres 16 sous par muid vendu, et de 40 sous par muid entré ou sorti, rapportait, bon an, mal an, de 18 à 1,900 livre*.
Les deniers communs , patrimoniaux et d'octroi étaient soumis , au profit du domaine , à une perception d un sou pour livre ; on versa , en 1 559 , pour ce droit liscal, une somme de (H livres 5 sous tournois entre les mains de M. (iermain Boursier, général et superintendant en cette partie uour les villes d'entre Seine et Yonne. ( Compte de Haoul Ikxfreux, receveur drs deniers communs; octobre 1558 a octobre 1559; Arcli. de la Mairir \
' Ih , Séance du 29 mars
des rebelles, qui cependant fut prompte et complète, ne rassura pas entièrement la Cour sur les dispositions du pays Chartrain 1 ; dans les premiers jours de mai , elle envoya la compagnie du duc d'Orléans pour renforcer la milice bourgeoise*. Quinze enseignes de gens de pied français, dirigés sur la Normandie qui remuait , faillirent prendre gîte à Chartres le 1 2 juin ; on parvint, non sans peine, à les faire passer par Auneau, Gallardon et Nogent-le-Roi. La ville était, en effet, encombrée outre mesure, car, en sus des gendarmes d'Orléans, les équipages du Roi , venant de Châteaudun , occupaient toutes les hôtelleries , et les trois jeunes frères du monarque arrivaient en même temps pour faire montre de la garnison \ Diviser pour régner était la devise de Catherine de Médicis; momentanément alliée aux Guise, elle n'épargna aucun effort pour semer la discorde entre les membres de la famille de Bourbon , et elle y réussit en détachant les intérêts de la branche cadette de Bourbon-Montpensier de ceux de la branche aînée représentée par Antoine , roi de Navarre , premier prince du sang, et par son frère l'énergique prince de Condé. Des lettrespatentes datées de Fontainebleau le 20 août 1560, firent connaître aux échevins de Chartres que dorénavant le gouvernement de Touraine, Orléanais, Dunois, Chartrain, etc., serait divisé en deux ; que Louis, duc de Bourbon-Montpensier, aurait la charge de l'Anjou , du Maine , de la Touraine , des comtés de Laval et de Blois , du Vendomois et du Perche , et que son frère, Charles de Bourbon , prince de la Roche-sur-Yon , administrerait le Bcrri , l'Orléanais , le Chartrain , et les pays de Cien , Montargis et Etampes *. Notre ville attira, tout d'abord,
1 Heg. des Echevins; Séance du 1er avril » lb.; Séance du 8 mai.
* lb.; Séances des 12 et 13 juin. — Le Hoi toit à Chftteaudun le 10 juin et il en
rirtit le lendemain pour se rendre àPontgouin, chez l'Evêque. (lettre du cardinal de orraine au duc de Ncvers. Mcm. du duc de Guise; coll. Michaud, vol. f», p.
* \je. Hoi donna, en même temps, à la ville des lettres-patentes portant continuation de privilèges t Vnucnrie mumnpule ; Arch. de la Mairie.)
l'attention du nouveau gouverneur, parce que certains papiers saisis sur un agent du prince de Coudé, avaient gravement compromis le Vidaine de Chartres, et que les Guise, redoutant quelques entreprises de ce côté , s'étaient hâtés de faire surveiller le pays Chartrain parles compagnies des gardes sous les ordres de MM. de Brezé et de Savigny (octobre) \ Par lettres du 15 novembre, M. de la Roche-sur- Yon prescrivit aux échevins de refuser l'entrée à tout homme d'armes ou archer se présentant sans étiquette de fourrier et sans saye de livrée de sa compaignie , même à ceux ordinaires de la suite de la Cour, sauf à lui en référer, en personne , ou à M. de Cypierre , lieutenant-général de l'Orléanais \ Cet ordre fut bien reçu ; la religion comptait à Chartres un assez grand nombre de partisans dans la robe , et l'assemblée municipale, c'est-à-dire la classe movenne , instinctivement hostile aux magistrats qu'elle regardait comme ses oppresseurs , n'était pas fâchée de seconder, sous ce point de vue, les intentions de la Couronne.
L'échevinage saisit avec empressement l'occasion qui se présenta quelques jours après de manifester plus clairement encore ses antipathies et ses désirs. Le Prince-gouverneur avait invité les officiers de Chartres , par lettres du 1 8 novembre , à l'informer de l'état des affaires religieuses et politiques du pays; la Chambre rédigea sur-le-champ et lit porter à Orléans une réponse dont voici la substance : « Jusqu'à présent il n'y a eu aucun trouble sérieux au sujet de la religion , car depuis trois ans tout s'est borné à quelques insolences commises dans l'église de Notre-Dame par des gens de guerre de passage, à quelques vitres cassées dans la maison d'un vicaire et à quelques alouettes mangées un vendredi au village
1 fte/j. dis Echevths; S.'nnrr du U ■>« tolirr — lrlhr< dit Roi, datées dp SniMtl.ermain le 12 octobre.
! M., Séance du i«i novembre.
de Chamblay par certains mauvais compagnons 1 . Mais , dernièrement, à rassemblée des Etats particuliers du bailliage, plusieurs députés ont fait des propositions grandement contraires à la foi catholique , ce qui a donné lieu à des informations. La justice est mal administrée quant au criminel et à la police qui appartiennent exclusivement au prévôt et pur supériorité au bailli. Certes, si la chambre de ville avait une juridiction quelconque sur ce point, les choses n'en iraient que mieux ; mais que peuvent faire douze échevins, sans Maire, qui n'ont pas même le pouvoir de faire exécuter leurs ordonnances sur les affaires communes sans Paveu des gens de robe ? On ne peut donc dire s'il s'est trouvé à Chartres des défaillants à recevoir le corps de Notre-Seigneur à la fête de Pâques ; s'il plaisait au Roi et à W de la Roche-sur-Yon de donner à la Chambre le pouvoir inquisitorial nécessaire pour s'en assurer, elle eu ferait amplement son devoir avec l'aide des habitants. On peut assurer qu'il se commet par la ville nombre de larcins , meurtres et autres crimes , sans qu'il en soit fait la moindre poursuite , ce qui , d'ailleurs , n'est pas surprenant, puisque Chartres n'a pas de guet ordinaire de nuit ; on sait aussi que des batteurs de pavé parcourent la banlieue , en chantant les chansons de Marot, ce qui serait facile à rabattre si Messieurs de la Justice le voulaient bien. . . * » Ainsi, voilà ces échevins, naguères si dociles aux volontés du lieutenant-général , qui en sont arrivés à demander un Maire ; ils iront bientôt plus loin.
Le bailliage de Chartres avait député aux États généraux assemblés à Orléans le théologal Louis Charpentier, Jean
1 On ajouta qu'il avait été trouvé en l'église Notre-Dame un livre sur lequel était écrit : Confession de ceux qui sont faussement ajtpelês huguenots.
* Ces réponses furent portées au prince de la IWIic-sur-Yon par le sieur de (lauvillc , auquel on donna deux chevaux et un bel équipage , pour qu'il pût faire bonne figure dans sa mission.
On chargea , en même temps , ce député de présenter les hommage* de la ville à M"»< Renée, qui se trouvait alors à Orléans (Hcg. de» Erhcvins l
Couldrier, procureur du Roi, et le bourgeois Ignace Olive Le document dont l'analyse précède peut faire juger de la nature des doléances contenues dans le cahier confié aux députés chartrains. Mais les Guise n'eurent pas le loisir de tirer parti des plaintes formulées par leurs amis les catholiques contre les huguenots; François II mourut le 5 décembre 1 560 , et cet événement inattendu , en sauvant la- vie au prince de Condé, remit en faveur le roi de Navarre et le vieux connétable de Montmorency. Les Etats généraux , clos le 31 janvier 1561, furent suivis de l'ordonnance réformatrice d'Orléans, œuvre du chancelier de l'Hôpital.
La Cour ne s'était pas souciée de soulever devant l'assemblée des députés du royaume la grave question des subsides; elle avait jugé plus utile à ses intérêts d'engager en temps opportun les Etats provinciaux à voter quelque petit secours au jeune Charles IX qui entrait au pouvoir avec 43 millions de dettes. Les échevins de Chartres, invités par lettres du 16 février 1561 à donner leur avis au Roi sur les moyens de combler ce déficit, ne reculèrent pas devant la proposition suivante : « Il faut que le Roi prenne le tiers du revenu de tous les bénéfices produisant de 300 livres «à 4,000 livres, moitié du revenu de tous ceux qui donnent aux titulaires non résidents plus de 4,000 livres, moitié du revenu des quatre prévôtés du Chapitre de Notre-Dame, la totalité du revenu des bénéfices en déport et de ceux où l'on ne célèbre pas l'office divin ; il faut imposer les draps de soie et se garder de charger le vin, le sel et autres denrées nécessaires au pauvre peuple *. » Proposer en 1561 de mettre la main sur les bénéfices ecclésiastiques, c'était, comme le fait remarquer un écrivain , devancer son temps de deux siècles et deviner 1 789 \
1 Archives de l'Empire, section historique, KK, 633. * Reg. des Echevins; Séance du i mars.
» Mouvement social de Chartres au KM' siècle , par M Philarete Chasles ; Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1848.
Ce n'est pas à il ire cependant que l'échevinage se départît de ses convictions catholiques romaines. Dans les premiers jours d'avril , plusieurs malfaiteurs de la foi furent remis à la justice et interrogés par Mc de Bordeaux, conseiller au présidial; puis on dénonça à Pofficialité diocésaine les paroissiens qui manquèrent à faire leurs Pâques \ Ces sévérités étaient justifiées par l'agitation que les huguenots entretenaient dans les campagnes et dans la ville même. Le 27 avril, un prêche clandestin découvert par les voisins occasionna un grand tumulte ' ; le 29 , cinq notables de la paroisse Saint-Martinle-Yiandier dénoncèrent à la chambre des conventicules hérétiques tenus dans plusieurs maisons du quartier; ils se plaignaient que, loin de les empêcher, l'autorité eût constitué prisonniers ceux qui voulaient s'y opposer \ Les choses en arrivèrent au point que, dans le mois de juillet, les mécontents du dehors vinrent tirer des pistolades jusque sous les murailles. Les échevins répondirent à ces bravades en procédant à des arrestations et en pressant les grands-vicaires et le promoteur de faire et parfaire le procès aux suspects d'hérésie \
L'avortement du colloque de Poissy n'avait fait qu'envenimer la querelle religieuse. Le 1 7 octobre, on lit courir le bruit que trois ou quatre mille huguenots des environs se dirigeaient sur Chartres dans l'intention de s'emparer de vive force de l'une des églises; aussitôt les portes furent fermées, on ût des visites domiciliaires, et les portiers veillèrent aux guichets sur les étrangers porteurs de pistoles et hacquebutes \ Ce n'était qu'une fausse alerte , mais elle précéda un danger véritable. Le dimanche 7 décembre, au matin, un grand nombre de gentilshommes armés entrèrent dans la ville et assistèrent
1 Reg. des Echevins; Séance du 25 avril.
* 76.; Séance du 28 avril.
* lb.; Séance du 29 avril.
* lb.; Séance du 8 juillet.
« lb.; Séance du 17 octobre.
publiquement au prêche dans la maison de M. Jean de Hérouard, tils du lieutenant-général. L'indignation des habitants dut se taire devant le nombre et la qualité des coupables; on n'osa pas les attaquer et on se borna à faire une instruction sommaire et à en informer la Cour1. Cette pusillanimité déplut à M. de Montrond. lieutenant-général de la province, qui vint à Chartres le 10 décembre et fit savoir le 19 que si Messieurs de la Chambre ne répondaient pas du repos public, il leur expédierait vingt gentilshommes pour y pourvoir. Les échevins ne demandaient pas mieux que de sévir contre les turbulents; mais, comme ils ne se souciaient pas d'avoir suites bras la compagnie de M. de Montrond, ils répondirent que la tranquillité serait suffisamment assurée par la création d'une garde civique de vingt ou vingt-cinq personnes dans chaque quartier * ; en attendant l'autorisation nécessaire pour cette levée, les magistrats municipaux firent comparaître devant eux le chanoine Jean Charpentier et le jacobin Pierre' Legay et les prièrent d'expliquer dorénavant la parole de Dieu sans se répandre en invectives ou injures jmivant catiscr émotion (22 décembre). La requête de la Chambre ayant reçu l'approbation du Roi , par lettres datées de Saint-Germain le 1" janvier 1562 , on se hâta de faire choix de cent cinquante hommes d'élite pour le service du guet. 11 n'était que temps, car on apprit le 7 février que quatre ou cinq cents gentilshommes en armes marchaient sur la ville, dans l'intention d'y établir un prêche. Les mesures de sûreté furent immédiatement prises, et lorsque les ennemis se présentèrent, ils trouvèrent les
1 lien, des Echevins; Séances des 7 ol 9 décembre. — .30 décembre, ordonnance de paiement de la somme de cinq livres tournois , donnée à Simon Couart et Jean Colas . serments royaux , tant pour salaire que pour la grosse de lïniormation par eux faite, à la reouiHe du procureur du Hoi, touchant rassemblée, sédition et émotion, advenues en (a ville, où ils ont interrogé seize témoins. (Compte de Michel de Baigneaux, receveur des deniers communs, octobre 1561 à octobre 15f»2; Arch. de la Mairie.)
» lieg. des Echevins; Séances des 19 et 22 décembre. — Vin présenté à M. de Montrond le 10 décembre. (Compte de Michel de Baigneaux.)
portes closes et les murailles occupées par les nouveaux gardiens et la compagnie d'arbalétriers !.
La défection du roi de Navarre au profit des Guise ne fit qu'ajouter à la méfiance des échevins (fin de février). Charles IX ayant défendu, par lettres du i 1 avril 1 562, de recevoir en ville aucunes forces sans exprès mandement de luy ou de son oncle le roy de Navarre , son lieutenant-général et représentant dans le royaume, on crut à une prochaine attaque et on rendit le guet obligatoire à tous les habitants, y compris les magistrats. Le prévôt et les conseillers au présidial excipèrent en vain de leurs fonctions ; ils obtinrent seulement la permission d'envoyer au guet , à leur place , des hommes valides et bien armés \ Quant à Messieurs du Chapitre , ils avaient offert, dès le 7 avril, leurs personnes et leurs biens pour le soutien de la religion \ 11 y avait lieu , en effet , de se tenir sur ses gardes : un jour on trouva entre les mains de quelques individus suspects des lettres contraires au Roi , à la Reine sa mère , et à la religion , et on s'empressa d'emprisonner les porteurs dans la Tour, au pain et à l'eau ; le lendemain , le bruit courant que des amas de gens de guerre se formaient à Saint-Piat, Jouy et Gorget, il fallut expédier des forces sur ces points , pour déconvoyer les rebelles , si faire se pouvait \ Le 18 avril, on saisit des papiers compromettants sur le messager d'Etampes ; un complot devait éclater dans la nuit. Grande fut la frayeur; on consigna les suspects chez eux, on doubla le guet, et les habitants reçurent l'ordre de se
' Reg. des Echevins et Compte de Michel de Baigneaux.
La ville pava, le 15 mars, la somme de 300 livres tournois à M« Simon BouUène, receveur gênerai des finances d'entre Seine et Yonne, pour sa quote-part dans l'impôt exigé pour les fortifications de Calais, Metz et autres places frontières. Pareille somme fut donnée le 15 juin. (1b.)
* Reg. des Echevins; avril. — Il y eut, le 6 avril , une montre générale des bourgeois. (Compte de Michel de Baigneaux.)
» Reg. des Echevins. — Le U avril, M. Brissonnet, chanoine, offrit quatre pièces d'artillerie qu'il avait dans sa maison de Levé ville. » Ib. et Compte de Michel de Baigneaux.
tenir prêts à marcher au premier signal et de mettre un poinçon d'eau à leurs portes pour déjouer toute tentative d'incendie \ Personne ne bougea, fort heureusement, car Chartres n'eût pas su résister.
Cette dernière panique démontrant à la chambre son insuffisance pour garder la cité d'une surprise , la détermina à demander au Roi un capitaine expérimenté (21 avril). Loin de se faire prier, la Cour accorda plus que l'on ne désirait ; à la fin d'avril, elle fit partir pour Chartres M. de Fontaine-la- Guyon *, avec les cent chevau-légers de sa compagnie ; mais les nouveaux venus se conduisirent si mal que des plaintes furent faites contre eux dès le 4 mai. C'était un embarras de plus dans une circonstance déjà si embarrassante par ellemême ; le ban et l'arrière-ban du bailliage avaient été convoqués à Chartres par ordre du Roi , pour le 7 mai ; or on craignait tout des gentilshommes campagnards ; il fallait donc se garantir à la fois des vexations de la garnison et des projets hostiles supposés à la noblesse. Les échevins parvinrent à franchir ce mauvais pas à l'aide du concours dévoué de tout le peuple; chaque porte reçut un corps-de-garde de cent hommes de milice bourgeoise, une compagnie de cent bourgeois occupa la Tour, et les gentilshommes du ban et de l'arrièreban ne furent admis en ville qu'après avoir déposé à l'entrée leurs bâtons à feu ; ils conservèrent seulement leurs dagues et leurs épées \ Vers la mi-mai , les compagnies d'ordonnances de Vaudemont et d'Eguilly vinrent renforcer la garnison et furent suivies de près par M. d'Eguilly \ nommé gouverneur
1 lieg. des Echevins; avril.
• Adrien de Gallot, seigneur de Fontainc-la-Guyon et de Marville-les-Bois , gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi. Il était hïs d'Adrien de Gallot et de Jeanne de Terne. (Aveu fait au Roi; Recueil de Laisné, vol. 5, p. 285.)
' Reg. des Echevins; i mai.
* Pierre le Vavasseur, chevalier, seigneur d'Eguilly. Son mariage avec Françoise de Bill v l'avait rendu seigneur en partie de la baronnie de Courville. (Hommage à M- Renée, 1557; Recueil Uisne, vol. 5, p. 547.)