‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 22 sur 123 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

éehevins. Celle du Roi, datée du 24, Taisait connaître qu'au moment où il combinait tout ce qu'il estait possible pour la vérification et la punition du fait (le guet-à-pens dont l'amiral avait été victime), ses cousins de la maison de Guise, ayant scu certainement que les amis de l'amiral vouloient poursuivre et exécuter sur eux vengeance de sa blessure pour les soufhçonner en ccsle cause et occasion , s'étaient émus ceste nuit passée (du 23 au 24 août, nuit de la Sainl-Barthélemy) , si bien qu'entre les uns et les autres il s'était passé une grande et lamentable sédition, ayant esté forcé le corps de garde qui avait esté ordonné à l'entour de la maison du dit amiral, lui tué 1 avec quelques autres gentilshommes, comme il en avait aussi esté massacré plusieurs autres dans la ville. « Ce qui » s'est mû avec telle furie, écrivait Charles IX, qu'il n'a esté » possible d'y apporter le remède tel que Ton eust pu désirer, » ayant eu assez affaire à employer de mes gardes et autres » forces pour me tenir le plus fort en ce chastcau du Louvre, » affin aussi de donner ordre partout d'apaiser la dite sédition »> qui est grâce à Dieu à celte heure amortie, estant advenue » par la querelle particulière qui est dès long-temps entre » ces deux maisons. » Le Roi terminait en recommandant à M. d'Eguilly de faire plus que jamais garder et soigneusement entretenir et observer l'édit de paciOcation , afin que cecy nesmeuve et ne fasse soulever ses sujets les uns contre les

» Le manuscrit do Guillaume Uonmrt (Arrh. départ.) renferme, page 885 , une épitaphe satyrique de Coligny. Je la crois inédite et elle me semble assez curieux pour être publiée :

En lieu présent , pasturage aux corbeaux .

le sage et fol Colhgny tout ensemble

au gré du vent est un pendu qui tremble ,

taillé, coupé, massacre de couteaux.

Fol il estoit cuydant changer la loy;

fol il csUiit cuydant forcer le Roy ,

fol qui crovoit que le ciel favorise

du fol hautain la meschante entrepris.' *

de sage , au moins , enseigne il servira

à quiconque est ou rebelle sera ,

qu il ne fault pas pour rien en sa pmvinn

rompre les loix ny nguetlcr son prince

autres et qu'il ne se fasse de grands massac res par les villes de son royaume, de quoy il aurait un merveilleux regret. De son côté, M. de Cosse, en adressant, le 25, la missive royale aux échevins de Chartres, avec le paquet destiné aux gens de Chàteaudun , invitait la Oiambre à veiller à la sûreté de la ville, parce qu'il savait qu'un capitaine nommé La Bryère rôdait avec quelques troupes dans les environs.

On s'empressa de dépêcher un messager à M. d'Eguilly, alors absent, pour l'informer du contenu de la lettre du Roi, île la publication qui venait d'en être faite par les carrefours et des mesures prises pour maintenir Tordre, afin qu'il n'advienne autant que la nuit dernière \

Le 30, on reçut, par l'entremise de M. d'Eguilly, communication d'une nouvelle dépêche du Roi, en date du 28, à laquelle était jointe une proclamation du même jour. Charles IX déclarait, par cette dernière pièce, que la mort de l'amiral cl autres ses adhérents et complices avait esté par son exprès commandement et non pour cause aucune de religion... ains pour obvier et prévenir V exécution d'une malheureuse et détestable conspiration faicte par le dit amiral chef et auteur d'icellc et ses dits adhérents complices, en la personne du dit seigneur Roy, la Reine sa mère, messcigneurs ses frères, le roy de Navarre cl autres princes et seigneurs estant près d'eux... Dans la lettre d'envoi à M. d'Eguilly, on lisait, après quelques lignes relatives à l'édit de pacification, la phrase suivante : « Au surplus, quelque commandement verbal que » j'aie pu faire à ceux que j'ay envoyé tant devers vous et mes » lieutenants généraux et officiers, lorsque j'avois juste cause » de matiérer et conduire à quelque sinistre dircment, ayant » scu la conspiration que faisoit ailleurs de moi ledit amiral, » j'ai révoqué et révoque tout cela, voulant que par vous ne » autre en soit aucune chose extraite. »

1 Heg. des Echevins.

2oo

Ces ordres verbaux donnés à M. d'Eguilly, ce sinistre diremcnt, ce tumulle arrivé dans la nuit du 25 au 26, semblent prouver qu'il s'agissait de provoquer une petite Saint-Barthélemy chartraine.

La réaction protestante éveillée dans le midi à l'écho de la Saint-Barthélemy, obligea le Roi à s'assurer de la fidélité des provinces voisines de Paris. On reçut proclamations sur proclamations pendant les derniers mois de 1572, dans le but de contenir les catholiques et de rassurer les mécontents (3 et 19 novembre). Une ordonnance de police du 20 novembre fit défense de tirer des coups d'arquebuse ou de pistole par la ville et provoqua l'élection, par quartier, de vingt notables, amis du repos , disposés à marcher au premier signal contre les perturbateurs \ En même temps, la Beauce fut mise à contribution pour la nourriture de l'armée royale : le 6 janvier 1573, une lettre du Roi prescrivit d'envoyer à son camp de Sancerre 40 muids de blé et 20 muids de seigle * ; au mois d'avril suivant, les commissaires des vivres de l'armée reçurent l'ordre de faire amas et acliat de 1 50 muids de blé à Chartres et environs; mais comme, visite faite des greniers, on reconnut que la provision n'était pas môme suffisante pour la subsistance des habitants jusqu'à la récolte, on engagea les commissaires à se pourvoir ailleurs \ A défaut de blé, Charles IX fit demander, le 25 avril, l'état des poudres et salpêtres existant en la munition et magasin de Chartres, afin de s'assurer s'il n'y aurait pas moyen d'en diriger une partie vers son quartier général .

1 Reg. des Echevins

1 Lettre datée du 28 décembre. (Ib.)

8 ltefj. des Echevins; Séance du 24 niai. — Le commissaire général des vivres, ordonné par le duc d'Anjou , récemment nommé roi de Pologne , ayant mandé à la chambre de préparer 12,000 pains de 12 onces, 12 bœufs, 16 moutons et 20 pipes de vin , pour la nourriture de 6,000 hommes de pied que M. de Strozzi , chevalier de l'ordre , conduisait de La Rochelle en Picardie , on prit la résolution de députer un échevin près du prince pour s'en dispenser, et, en attendant une réponse, on til garder chaque porte par 30 hommes bien armés, dans la détermination de repousser de forci* ces troupes si elles tentaient d'entrer on ville.

Les événemeuts politiques d'août 1572 n'avaient pu laisser l'évêque Charles Guillard indifférent aux revers des huguenots !. Au mois d'octobre suivant, il appela à Chartres un religieux de l'abbaye des Vaux-de-Cernay, partisan des idées nouvelles, et le fit prêcher à la cathédrale le jour de la Toussaint; mais les propositions hérétiques de ce moine révoltèrent si fort l'auditoire, que l'orateur déconcerté fut obligé de s'enfuir à l'évêché au milieu des huées. Le bruit de ce scandale se répandit promptement au dehors , et le peuple , dans son zèle catholique , aurait fait un mauvais parti à l'Evèque et à son acolyte s'ils n'eussent jugé prudent de quitter la ville au plus vite. Cette dernière mésaventure dégoûta Guillard du séjour de Chartres ; il résigna et mourut peu de temps après. Son successeur, Nicolas de Thou, fut pourvu par bulles du 8 avril 1573. Ce nouveau prélat sortait d'une ancienne et puissante famille de robe; frère de Christophe de Thou, premier président du Parlement , et oncle par alliance de Achille de Harlay, alors président à mortier, il possédait lui-même une charge de conseiller-clerc dans cette très-illustre et très-orthodoxe compagnie; il était, de plus, oncle par alliance de Philippe Hurault de Cheverny, alors chancelier du duc d'Anjou , récemment nommé roi de Pologne. Son entrée à Chartres eut lieu avec le cérémonial ordinaire, le 30 octobre 1573 *.

Charles IX avait voulu conduire jusqu'à la frontière le roi de Pologne , son frère ; il fut arrêté à Vitry par la petite vérole qui faillit l'emporter. Il informa les échevins de sa convalescence par lettres du 1 2 novembre, et revint , avec la reine

' Charles Guillard avait été , au commencement du sié<«e de 1508, l'uhjel d'une mesure que la méfiance qu'il inspirait peut seule expliquer. Pour le faire sortir de Chartres, le Roi lui manda, le 12 février, qu'avant appris que le sieur de Mont hier, son père , s'était retiré en sa maison de Li f'isselière , asses mal dispose de sa personne , il l'invitait à l'aller trouver pour lui donner ses soins. Charles IX ajoutait d'un ton un peu goguenard : i\'e vous meetez en peine de la faute que pourra amener votre absence au lieu d'où mus partirez, a autant que pour une st bonne occasion je vous en excuserai toujours, sçachant que le devoir que nous devons aux pères doit estre préféré à toutes autres choses, (Ilcg. des Echevins.)

1 On offrit à M. de Thou deux bons poinçons de vin ••»'"»'

sa mère , surveiller le voisinage tle Paris et les seigneurs de la Cour. Un complot ourdi au Louvre même par le duc d'Alençon et le roi de Navarre menaçait, en effet, certaines places fortes parmi lesquelles Chartres n'était pas oublié. Dans les premiers jours de janvier 1574, M. d'Eguilly ayant découvert les menées d'aucuns personnages qui se sont depuis peu élevés contre le Roi, prescrivit à tous les habitants, de quelque condition qu'ils fussent, de s'armer d'arquebuses, d'épées et de pertuisanes \ Le même ordre fut renouvelé par le Roi le 3 février, avec injonction d'observer les allants et venants si doulceinent que le peuple ne s'en puisse esmouvoir. Le 7 mars, le gouverneur fut autorisé par la Cour à lever 200 hommes de pied , des meilleurs, pour le guet \ On employa le mois d'avril à mettre les fortifications en bon état de défense \ Ces précautions étaient sages, car le duc d'Alençon et le roi de Navarre venaient d'être arrêtés, et on craignait que leurs partisans, très-nombreux dans le Perche et dans le Vendômois, n'excitassent du trouble en Beauce. La nouvelle que l'on reçut de la mort du Roi, enlevé le 30 mai par une horrible maladie, ne fit que redoubler ces craintes \ Les échevins se hâtèrent de reconnaître la Reine-mère en qualité de régente, pendant l'absence du roi de Pologne , héritier de la couronne ; cette princesse leur en témoigna sa gratitude par lettres du 5 juin. La fidélité des habitants n'était pas douteuse, mais les circonstances exigeaient d'autres garanties. La Reine-régente expédia donc, le 17 juillet, pour Chartres et Bonneval, la compagnie d'hommes d'armes des ordonnances commandée par M. de Vassé; toutefois elle consentit à en décharger la

1 Heg. des Echevins.

* On décida que la solde de cette troupe serait payée moitié par les habitants , moitié par le clergé. (Ib.)

» Le clergé , réuni en assemblée , offrit à la ville de fournir iO hommes pour les travaux des fortifications. (Ib.)

4 On avait fait, le 18 avril , une procession à Saint-Père pour le rétablissement du monarque. (Livre des messes et obits rf<- Saint -Martin-le-Viandier.)

ville le 27, sous la condition que l'on donnerait 200 livres \m mois à M. dEguilly pour les frais ilu jçuct l. Le nouveau roi, Henri 111, rentré en France le 5 septembre, avait ûxé sa résidence dans les villes des bords du Rhône pour suivre de plus près les opérations de ses généraux; réloignement où ils se trouvaient du théâtre des événements procura aux Chartrains une tranquillité qui ne fut troublée pendant le reste de l'année 1574 que par des éveils donnés de temps à autre par la Cour, peut-être pour éprouver leur vigilance *.

Le dimanche 12 juin lî>75, mourut à Montargis M*' Renée de France, duchesse douairière de Ferrare et duchesse de Chartres; et en firent, ditLestoile, le Roi, la Roine et les scingneurs de la Cour, le samedi 18 dudit mois, quelques formes d'obsèques et funérailles, en la chai>clle de Bourbon, encore» que ladite dame fuslde la religion et sa ville * de Monterais l'azijle et retraicte desdit* de la religion , où elle a tousjours fait faire et continuer l'exercice d'icelle publiquement, jusques à la fin de sa vie\ Cette princesse, qui laissa le duché de Chartres à son fils Alphonse d'Est, duc de Ferrare, s'était abstenue de revenir dans notre ville depuis sa fameuse visite de 1366; elle n'y était pas aimée et sa mort jiassa inaperçue au milieu des événements politiques du temps.

M. d'Eguilly annonça aux échevins, le 17 septembre, que plusieurs cavaliers armés venaient d'entrer à Dreux et que de nombreuses compagnies suspectes rodaient dans les environs ; il déclara que la sûreté de Chartres exigeait qu'on reçût la comjmguie de M. de Vassé qui se trouvait aux portes ; ce qui fut exécuté sur-le-champ \ Les cavaliers dont parlait le gou-

1 Iteg. des Echevins; 17 et 27 juillet.

* Lettre du Roi, datée de Lyon le 23 octobre, avertissant M. d'K^iiillv que ceux de la nouvelle opinion ont des intelligences dans plusieurs ville,* et l'invitant à prendre garde à Chartres, ( th.; Séance du AO octobre. »

Autre lettre du Hi»i , du 10 novembre, informant M. d'K^uillv qu'il part pour Avignon et lui réitérant l'invitation de vriller ttt.-ihv» ment à >«•■) Joiivcriiement.

3 Journal de Ix'stoile , l*r pu i lie , p ."5

; Heij. des Erltnirr,

verneur n'étaient autres que le duc d'Alençon et les seigneurs de son parti. Ce Prince, trompant la vigilance d'Henri III, son frère, avait quitté la Cour le 15 au soir et était venu prendre, dans une ville de son apanage, le commandement de la faction des malcontents. Le Roi dépêcha en Beauce le duc de Nevers et M. de Matignon pour rassembler un corps d'armée, et il recommanda aux habitants de Chartres, par lettre du 27 , do ne pas ouvrir à son frère égaré par les ennemis du royaume *. M. d'Eguilly avait déjà donné ordre de travailler aux fortifications, qui étaient en mauvais état sur plusieurs points, et fait braquer l'artillerie sur les remparts \ Le duc de Nevers avait choisi Chartres pour son quartier-général ; il y demeura quinze jours à organiser ses troupes composées, en partie, d'arquebusiers soldés par les bourgeois de Paris \ Ces bandes eurent bientôt fait main-basse sur les provisions dn pays, et, lorsqu'elles quittèrent la ville, il ne restait plus rieu à prendre. On devait se croire dès-lors à l'abri de toute vexation ; il faillit en être autrement. Le duc d'Alençon ne se trouvant pas en sûreté à Dreux s'était dirigé sur Blois; la Reine-mère l'y suivit et amena le fugitif à consentir à une trêve de quelques jours ; mais ce fut à condition que des vivres seraient procurés aux soldats des malcontents qui avaient déjà dévoré toutes les subsistances du Blésois. Catherine voulant à toute force désarmer son fils, prescrivit, le 1 1 octobre, aux commissaires royaux de tirer des provisions du Mans, d'Orléans et de Chartres ; le Roi lui-même taxa Chartres, par lettre du 13, à la fourniture de 30 muidsde blé, autant d'avoine, 300 moutons et 50 bœufs, dont le prix serait rabattu sur les impôts à venir. 11 faut se hâter, disait Henri III, autrement nous serons contrainetz de laisser la liberté aux gens de guerre de l'ar-

1 fiey. des Echcvins, SeanCe du 3 octobre * là.; 19 septembre.

» Journal He fastoilc , 1" partie, p. 60.

mée de nostre dict frère de vivre en toute licence en no&tre très grand regret et à la ruyne des habitans du plat pays. M. d'Eguilly fit assembler la Chambre le 14, et il fut décidé que, dans l'impossibilité où Ton se trouvait de satisfaire à la demande du Roi , il serait adressé à la Reine-mère de trèshumbles remontrances. On ne peut, écrivirent les échevins à Catherine, fournir le blé et l'avoine, parce que l'élection de Chartres a supporté successivement depuis la mi-septembre les armées du duc d' Alençon et du Roi , lesquelles ont consommé tous les grains à trois lieues à la ronde. Quant aux bœufs et aux moutons, ils viennent non du Chartrain, mais du Perche, du Poitou, du Maine et du Berry, contrées voisines du Blésois. D'ailleurs , Sa Majesté a fait rester à Chartres les équipages des bandes de reîtres venues de Guyenne, ce qui nécessite des frais considérables pour la nourriture des chevaux. Pitié donc pour ce pauvre pays qui dès le commencement des troubles a été chargé de gens de guerre, dont vingt-deux paroisses sont encore occupées par des troupes de pied et de cheval , et qui a vu détruire par le feu, depuis moins de quinze jours, neuf villages et plus de 2,000 muids de blé ! Ce triste tableau ût impression sur Catherine, car un contre-ordre arriva, le 26 octobre, au sieur de La Borde, commissaire-général des vivres

La ville était à peine sortie de ce mauvais pas qu'elle fut frappée par un événement dont les suites auraient pu être funestes. M. d'Eguilly, le bon gouverneur, comme on l'appelait, mourut au commencement de novembre. Ses obsèques, qui eurent lieu le 23, témoignèrent de la douleur des Chartrains : douze valets de deuil , porteurs de clochettes, firent par les rues le cri des funérailles ; les corps constitués et les métiers assistèrent au convoi avec un cortège composé de vingt hommes de chaque compagnie de la milice urbaine; les cierges, les torches, les tentures furent marqués aux armes du défunt et l'inhuma-

1 Htg. des Echevins, il ot 20 octobre.

lion se lit en lieu honorable de l'église des Cordelière Dès le 18, M. de Vassé avait communiqué à la Chambre une lettre du Roi, en date du U, qui lui donnait le gouvernement de M. d'Eguilly, son beau-père. Ce choix, conûrmé par de nouvelles lettres de Sa Majesté , du 24 , fut salué avec acclamation comme un gage de la continuation des procédés du bon gouverneur \

L'entrée en fonctions de M. do Vassé fut le signal d'une reprise générale des travaux de défense. Le iO janvier 1576, les habitants reçurent l'ordre de rentrer dans la ville les provisions qu'ils avaient aux champs et de se fournir de farine pour trois mois 3 ; quelques jours après , à la sollicitation du gouverneur, Henri III enjoignit de réparer promptement le ravelin de la porte Drouaise et de lever, tant pour ces travaux que pour la solde de gens de guerre, une contribution de 3,600 livres sur les bourgeois. On voulut en vain objecter que la ville s'était endettée de plus de 80,000 livres tournois par suite du siège, il fallut s'exécuter ; mais le clergé consentit , nonobstant ses franchises, à entrer dans cette taxe pour la somme de 1,000 livres*. La manière d'agir de M. de Vassé en cette circonstance ne plut pas aux Chartrains dont la bourse avait subi depuis quelque temps de très-rudes atteintes ; cependant le danger

1 lieg. des Echevins. Le convoi avait été réglé dans la séance du 10 uovembre. — Livre des messes et obits de Saint-Martin-ïe-Viandier.

* Reg. des Echevins.

5 Ib. — M. de Vassé ne se bornait pas aux soins de la défense de la ville; il faisait quelquefois des expéditions à l'extérieur. On lit dans le Livre des messes et obits de Saint-Martin-lc-Viandier , sous la date du 27 janvier 1570 : Aujourd'hui mon frère Gilles (c'est le curé Richard Novisse qui écrit) a été mené jtar M. de Vassé à bailleau, pour déloger les gendarmes , lesquels ont résisté audit sieur, à laquelle résistance ledit steur a tiré un coup de pistolet et tué le capitaine . puis après ledit sieur a pris la fuite; ou a été tué mon frère environ midi et a résiste contre huit hommes l'espace de heure et demie et a été apporté le lendemain à la porte des Epars pour être ensevely. Il y est mort là huit persmines et trois blessés.

4 //>.; 18 janvier, 17 février. — Cette année fut fatale aux bourses cliartraim* le clergé du diocèse donna au Hoi 150.ŒK) livres, pour sa quote-part dans l'aliénation de 50,000 livres de rente, accordée par le Saint-Siège. (Utapitre, luxent., Impositions sur le clergé; Arrh. départ )

était réel, car le roi de Navarre, imitant le duc d'Aleuçon, avait quitté brusquement la Cour le 3 février et s'était rendu , d'abord à Chàteauneuf-en-Tliimerais qui lui appartenait puis à Alencon. Le 7 avril, M. de Vassé annonça que les coureurs huguenots de l'armée de Condé, après avoir passé la Loire à La Charité, s'étaient avancés jusqu'à Méréville *. Cette nouvelle imprima un redoublement d'activité aux travaux des fortifications ; le gouverneur fit venir aux portes sa compagnie, plusieurs gentilshommes des environs et quelques bandes de gens de pied ; on reçut dans les murs la compagnie et les gentilshommes, mais, par pique contre M. de Vassé, on refusa d'admettre les piétons, soldats ordinairement pillards \

Des lettres du Roi, du 19, calmèrent un peu l'effroi causé par l'approche de l'ennemi, en assurant les habitants que des mesures étaient prises pour obliger les huguenots à lever le siège dans le cas peu probable où ils l'entreprendraient. D'ailleurs, on venait d'apprendre que les négociations entamées par la Cour pour arriver à la paix étaient fort avancées.

Il semblait donc que rien ne dût motiver de nouvelles mesures de précaution, lorsque les échevins reçurent, le 24 avril, l'ordre d'ouvrir la ville à quatre compagnies du régiment du sieur de Beauvais. C'était sur la demande formelle de M. de Vassé que le Roi avait fait cet envoi de troupes; le gouverneur avait agi en secret et sans autre motif apparent que celui de donner plus d'importance à son commandement. Ce mauvais vouloir irrita tellement les échevins qu'ils prirent tout d'une voix la résolution de refuser l'eutrée aux compagnies. Celles-ci, déjà arrivées aux portes et encouragées par quelques gentilshommes de M. de Vassé, voulurent forcer le passage, mais une sédition furieuse éclata, un domestique du gouverneur fut attaqué près de la porte Guillaume et des coups d'ar-

1 Mémoires de Sully, vol. 2, p. 20; collection Micliaud.

2 Lestoile dit que le prince de Coudé vint jusqu'à Orsoiiville. (1rc partie . |» Gt> s Hfjf des Erheeins.

quebuse partirent des murailles Cet incident fâcheux envenima la querelle, et M. de Vassé se plaignit à Henri III de T insulte grave faite à son autorité, ce qui attira à la ville une sévère mercuriale. On allégua pour excuse que les compagnies du régiment de Beauvais s'étant présentées aux portes, enseignes déployées et en armes, sans montrer leurs lettres, on avait pu les prendre pour des ennemis ; mais le Roi ne se paya pas de cette défaite, et il prescrivit aux échevins, le 26 avril, de donner immédiatement satisfaction à M. de Vassé, gentilhomme d'honneur, qu'il pourrait employer en autre meilleure charge, nestoit qu'il les aime. On jugea alors convenable de céder; le 28 , on fit des excuses au gouverneur et on députa en Cour le procureur du Roi et le sous-doyen pour implorer le pardon de Sa Majesté. Henri, grâce à la prière de MM. de Vassé et de Cheverny, octroya, le 30, le pardon demandé , non sans signifier aux habitants qu'en cas de récidive dans une pareille désobéissance , il ferait sentir sa colère à la ville jusqu'à la troisième et la quatrième génération \ Les compagnies (ce qui était un grand adoucissement pour les bourgeois) furent logées et entretenues dans les faubourgs jusqu'au 9 mai, jour auquel le Roi autorisa leur départ en annonçant la signature des articles de la paix. La proclamatiou officielle de ce nouveau traité eut lieu à Chartres le 22 , aux termes d'une ordonnance du 16 s. C'était le cinquième édit de pacification depuis treize ans.

Le maréchal de Cossé , l'un des chefs de la faction des malcontents , avait été dépouillé de toutes ses charges et dignités ; le Roi les lui rendit à la paix et prescrivit aux échevins, le 22 juillet, de reconnaître ce seigneur, comme par le passé, en qualité de gouverneur du pays chartrain \ M. de Vassé, con-

1 lit g. des Echevins.

» Ib.; Séance du 4 mai.

» lb.; 22 mai.

* Artus de Cossé sortit de la Bastille au mois d'avril 1575, et, pu de jours avant

tinué dans les fonctions de lieutenant-général au même gouvernement, s'occupa, pendant le mois de juillet, avec l'aide des archers du prévôt, à donner la chasse à quelques compagnies de gens de guerre , cassées après les troubles et vivant de brigandages \ Le Roi, de son côté, voulant témoigner de son désir d'entretenir l'édit de pacification, exigea, au mois d'août, des officiers de Chartres, un procès-verbal constatant que le culte était rétabli dans les lieux où on l'avait discontinué et que chaque citoyen était rentré en pleine jouissance de ses biens \

Le moment parut bon aux échevins pour contrebalancer l'avantage obtenu au sein du corps municipal par les gens de robe, sous la pression de la faction huguenote de 1571. Ne pouvant revenir sur ce qui avait été fait alors, ils renouvelèrent avec les plus vives instances, au mois d'août 1576, la demande d'un maire. Le lieutenant-général Jean de Mineray n'eut pas assez de crédit pour empêcher les pétitionnaires d'obtenir des lettres-patentes favorables à leur cause mais ce magistrat mit toute son adresse à en retarder indéfiniment l'homologation, et il y réussit. Ce fut, au reste, la dernière œuvre de Jeau de MineraY, qui mourut le 1" avril 1 577 et eut pour successeur M* Pierre Simon, son gendre, procureur du Roi au bailliage.

Des événements d'un intérêt plus général marquèrent la fin de l'année 1 576. On lut, dans une assemblée des paroisses, du 28 septembre, des lettres du Roi , en date du 6 août, annonçant la réunion projetée des trois Ordres du royaume à Blois pour le 1 5 novembre , et il fut décidé que la rédaction des cahiers et l'élection des députés chartrains auraient lieu le 8 octobre,

le traité de paix , le Parlement entérina des lettres-patentes portant annulation de sa prison et déclaration de son innocence. (Journal de Lestoile, 1™ partie, p. 40; coll. Michaud. — Voir aussi les manuscrits Dupuy, vol. 590; Bibl. imp.)

1 Iteg. des Echevins. Lettre du Roi, à ce sujet, du 17 juillet. Séance du 23.

* Ib. Lettre du Roi du 25 juillet. Séance du 7 août.

3 Reg. des Echevins; Séance du 21 août.

à la Tour-le-Roi , en assemblée des États particuliers du bailliage \ Les élus furent, pour le clergé, MM. Raoul Charpentier, théologal et archidiacre de Blois , et François Desvaux , chanoine de Notre-Dame ; pour la noblesse, M4" Louis d'Angennes, marquis de Maintenon ; pour le tiers, Mrt Ignace Olive et Nicolas Guillard, avocats *. Cette convocation des Etats-généraux coïncide avec un projet de ligue mis en avant par quelques seigneurs catholiques ; ils avaient imaginé, nonobstant l'édit de pacification , d'unir entre elles , par une association de mutuelle défense , les provinces attachées à l'orthodoxie ; les articles de ce pacte appelé union , rédigés sous l'inspiration des Guise, constituaient une véritable croisade contre ceux qu'ils disaient dévoyés a l'avancement d'une détestable hérésie. Le roi Henri avait accepté officiellement l'Union le 2 décembre, et chaque député arrivant à fllois fut requis d'en faire autant ; les élus d'une ville aussi catholique que Chartres se gardèrent de refuser. La Chambre municipale, saisie de l'examen de ce traité d'alliance, par ordre du Roi et à la requête de M. de Vassé, décida, le 1 5 janvier 1 577, que l'association serait acceptée et que l'on nommerait, pour régler ses affaires, un conseil composé de personnes choisies dans les trois ordres \

1 Tleg. des Eclievins.

* Ordre des Estats tenvs u Blois, etc., à Troyes, ehrz la volve Nicolas Luce, demeurât à la rue Nostre-Uame, imprimé sur la copie de Paris (Hibl. impér.)

3 Iteg. des Eclievins. — Il parait que, malgré les discordes civiles, on songeait en ce moment à rétablir la navigation de la rivière. Le compte de Jean Lambert, receveur des deniers communs, du l" octobre 1570 au lfr octobre 1577 (Areh. de la Mairie;, nous apprend qu'une ordonnance du 20 janvier 1577 prescrivit de payer à Gênais Hocquereau , laboureur à Soulaires . la somme de 1 ,500 livres tournois , pour réédifier les écluses des moulins du Breuil et de Soulaires , suivant plusieurs condamnations prononcées par le Parlement contre la Ville, au profit du sieur de Cbambon et de ses héritiers, propriétaires de ces moulins. Ces condamnations sont motivées sur ce que ladites écluses sont placées sur le chemin et voie publique des bateaux descendons de ladtcle ville de Qiartrts en Normandie, ce qui regarde non seulement ï intérêt du pays mais aussi le bien et prouffit du ll»y ayant aie par le passé secouru des bleds de la licaucc et vins d'Orléans par Iridicte rivière en ses camps et armées de Picardie et mesme jusque* en ceste tille de Paris, lequel secours peut encore advenir estant la navigation d'icellc rivière remise en estât.

On voit aussi par le compte de Michel Prévost (1577-157*) nue M. de Pardieu, procureur des manants et habitants, alla , au mois de janvier 157«, inspecter les Ira-

Cependant les huguenots n'avaient pu voir avec indifférence les sentiments hostiles manifestés contre eux par la Cour, et ils s'étaient empressés de prendre les devants en sf emparant de quelques places de la Saintonge et du midi de la Loire 1 ; la guerre était donc recommencée en fait depuis le mois de septembre 1576. Henri III avait espéré, et c'était là un des principaux motifs de son adhésion à l'Union , que les Etatsgénéraux lui fourniraient de l'argent; mais il trouva au sein du Tiers-Etit une résistance invincible sur ce point. Ses demandes directes aux bonnes villes n'eurent pas un succès beaucoup meilleur; Chartres, taxé, dès le mois de novembre, par les trésoriers et généraux des finances d'Orléans, à 72,000 livres pur 6,000 de rente, puis, au mois de décembre, à 10,700 livres pour solde de gens de guerre, et enfin, au mois de février, à 7,000 livres, s'en tira moyennant 12,350 livres, ce qui était déjà trop considérable dans l'état embarrassé de la caisse municipale Le Roi, trompé dans son attente, ne tint plus autant à l'Union, œuvre des Guise, et déclara aux Etats, dans la séance du 28 février 1577, qu'il ne pouvait soutenir la guerre puisqu'on lui en refusait les moyens. Les troupes royales commandées par M. d'Alençon firent quelques marches en Saintonge pendant que la diplomatie jouait son rùle, et la paix fut enfin signée à Bergerac le 17 septembre, entre Henri, le prince de Condé et le roi de Navarre.

La nouvelle de ce sixième traité de pacification parvint à Chartres le 8 octobre s et précéda de peu de jours toute la

vaux de Soulaircs, et qu'au mois de mai 157CJ, Gilles Dubois, bourgeois de Chartres, lit un voyage à Orléans pour s'entendre avec Claude Coyer, marchand et syndic des marchands fréquenteurs de la rivière de /»»><■, lesquels ni aient offert d'avfinccr les deniers pour remettre sus la navujatiun de la rivure d'Eure.

1 Heg. des Erherins. — Une lettre du Hoi , en date '2H décembre, ayant annoncé la prise de La Charité par les huguenots, >|. de Vassé lit rétablir le guet, comme par le passé. — Les espères étaient alors fort rares et à très-haut prix a Chartres ta Litre de Itois de Saint-André nous apprend que leeu valait 0 livres, le lésion '.'M sous, le douzain 18 deniers et le reste au prorata. (Arcb. départ.)

* lier/ dexEchev.; Séances des il novembre. 10 décembre I57ticl 17 février 1577

1 //< — Lettre du Roi. datée de Poitiers le 2 octobre

Cour revenant de Poitiers. La Reine-mère et la reine Louise, annoncées le 24 par M. de Lansac, fourrier des logis, flrent leur entrée avec une grande solennité. Le cortège, composé des officiers du Roi et échevins sous la conduite de M. de Vassé, des sergents habillés, écussonnés et embâtonnés de neuf, de 150 arquebusiers morionnés, avec enseignes et tabourins, et de la milice bourgeoise dirigée par les six capitaines des quartiers, conduisirent les deux reines de la porte des Epars à la cathédrale, par la Grande-Rue, la rue du Bœuf- Couronné ou des Carneaux et celle du Cheval-Blanc, au bruit des hacquebutes et autres pièces d'artillerie. On leur présenta du vin, des fruits, des dragées et des confitures '.

Si l'association catholique n'avait pas répondu tout d'abord aux espérances de ses fauteurs et adhérents, elle leur avait, du moins, permis de se compter. Leur puissance n'était pas douteuse dans les villes du Nord, et elle agissait par une sorte de terreur devant laquelle le clergé lui-même était forcé de s'incliner. Ainsi, le 30 mars 1578, M. d'Aubermont, abbé commendataire de Saint-Chcron , chambrier et chanoine de Notre- Dame depuis quarante ans, crut devoir demander aux échevins une attestation de sa prud'hommie et de son attachement à la religion romaine, ce qui lui fut accordé après information *. Les suspects de la ville, voyant les esprits assez mal disposés pour eux, mettaient dans leurs requêtes moins d'arrogance que par le passé. Le Roi avait envoyé à Chartres M. de Bauquemart, maître des requêtes, pour applanir les difficultés inhérentes à l'exécution du dernier éditde pacification. Quelques huguenots ayant sollicité de ce magistrat la faveur d'établir un cimetière à Chartres et un prêche au lieu de Bretigny près Sours, l'affaire, jugée de conséquence , fut renvoyée, le 27 mars, à une commission de notables composée de MM. Le

1 Reg. des Echevins.

1 Ib.

Housse, sieur des Fontaines, prévôt de Chartres, Goulet, procureur du Roi, Chaillou, second avocat du Roi, Cochard, chanoine-prévôt de Notre-Dame, Lebeau et Famin, échevins. Ces commissaires furent d'avis qu'on accordât aux requérants un petit terrain hors des murs pour inhumer leurs morts mais ils s'opposèrent à l'exercice du culte réformé au village deBrétigny , en disant que ce lieu trop rapproché de Chartres n'était pas de la qualité requise par ledit, et que ceux de la prétendue religion devaient se contenter des prêches ouverts dans les faubourgs de Chàteauneuf et Gallardon, villes du voisinage'.

Il faut ajouter que cette sévérité ne dépassait pas les portes. Dans la campagne, les soldats cassés, réunis aux mécontents huguenots, rançonnaient les passants catholiques avec d'autan moins de ménagements que la mésintelligence qui existait entre la Chambre et M. de Vassé entravait le cours de la justice. Cette désunion était devenue plus éclatante encore depuis que les échevins, arguant, au mois de novembre 1576, d'une disposition ambiguë de l'édit de pacification, avaient voulu dénier à ce gentilhomme le titre de gouverneur. La qualité supérieure de lieutenant-général do la Province que possédait M. de Vassé, lui avait fait donner gain de cause, et le Roi, par lettres du 23 novembre, avait condamné le corps de ville à des excuses humiliantes \ MM. de la Chambre, profondément blessés, s'étaient déterminés, pour se venger du gouverneur, à maintenir fermement leurs privilèges au sujet des garnisons de gens de guerre, en refusant l'entrée à toutes les compagnies | qui se présenteraient , même sur l'ordre du Roi \ Ils tinrent

* Soit le jardin de la demoiselle de Loche* devant les Filles-Dieu , soit le jardin de Pierre Lemaire devant l'abbaye de Saint-Jean , hors la porte Châtelet , soit le jardin de Pierre Drappicr, hors la porte des Epars, soit un petit terrain de 3 ou 4 perches en triangle , près le cimetière de l'Hôtel-Dieu , hors la porte Châtelet.

» Heg. des Echevins.

* Ib.; Séance du 4 décembre 1576.

* L'occasion s'en présenta, entre autres, le 20 juin 1578, a l'approche de la compagnie de M. de Maintenon, commandée par M. de la Gâtine. Quoique ce capitaine lut porteur de lettres du Roi prescrivant aux échevins de le recevoir en ville ,

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