‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 21 sur 123 · TOME II. 1G · texte numérisé non relu

TOME II. 1G

les capitaines d'Ormoy, Jacques et Flojac, Olivier Brebion , charpentier, Mathurin Fontcnelle, tailleur, Jean Mauguin, maître-canon nier de la porte Drouaise , Guillaume Pichon , pionnier, Jean Pellier, maçon , Simon Floquet, maître-canonnier de la porto Morard, le chevalier Pollois, commandant supérieur des travaux de défense , le capitaine des mineurs et le jacobin Jean Breton \

De toutes les pertes que Ton avait à déplorer, la plus grande, sans contredit , était celle de M. d'Ardclay, colonel des Gascons. M. de Linières, qui appréciait fort les qualités de ce seigneur, avait manifesté à l'assemblée des échevins, le 15 mars, le désir que ses obsèques fussent célébrées avec pompe ; de son côté , le duc d'Anjou manda, le 22, qu'il voulait que le corps de M. d'Ardclay fût déposé en lieu honorable de l'église Notre-Dame. Les seutiments de MM. de la ville étaient conformes à ceux de ces personnages , mais le Chapitre répugnait à s'y associer , en alléguant la pureté de la mère de Dieu dont la maison n'avait jamais été souillée par un semblable dépôt. Il fallut parlementer avec les chanoines et leur signifier un ordre exprès du Roi pour qu'ils s'exécutassent. Le convoi , dont la ville fit tous les frais, eut cependant lieu le samedi 27 mars : quatre tabourins et quatre fifres ouvraient la marche ; venaient ensuite quelques compagnies du régiment des Gascons, puis le corps du défunt conduit par son raaîtred'hôtel, cinq officiers de sa maison et trois capitaines en grands habits de deuil, enfin le gouverneur, les échevins, Messieurs de la Justice et les officiers de la garnison. La dépouille mortelle du brave d'Ardclay, renfermée dans un cercueil de plomb, fut mise dans un tombeau de pierres de taille construit au fond du chœur de Notre-Dame, a gauche

1 Le jacobin Jean Breton traversa, déguisé, le camp ennemi et se rendit à Pari* pour informer le Hoi de la position critique des Cliartrains. La ville lui lit radeau de 10 livres tournois en récompense de son dévouement. des Echevins; Séance

du 27 avril. — Etui des dépenses faites pendant le siège.)

du maître-autel Trois jours après, M. do Ghaulx, lieutenant de la compagnie île M. de Linièrcs, mort de ses blessures, fut inhumé dans l'église des Jacobins \

\ai publication officielle de la paix, faite conformément à Pédit enregistré au Parlement le 27 mars , autorisa les échevins à dépêcher au Roi , à la Reine-mère et au cardinal de Lorraine , les sieurs Ignace Olive et Edelinc , et le procureur du Roi Glaude Trouillard , pour les prier de faire retirer les compagnies de gens de guerre et les remercier de la coopération de M. de Linières \

Tel fut ce siège de 1508 , l'un des épisodes les plus remarquables de notre histoire. Nos ancêtres voulurent que son glorieux souvenir restât à jamais vivace dans la mémoire des Ghartrains; une partie de la rue Saint-André prit le nom de rue de la Brèche; une inscription commémorative fut gravée sur la muraille reconstruite, au lieu même où les canons huguenots avaient ouvert la grande brèche *; la Vierge eut

1 L'état des dépensas faites pendant le siéjie donne le détail des frais du convoi de M. d'Ardelay. On y remarque les passades suivants : A 12 hommes qui ont crié les obsèques du sieur d'Ardelay. 2 livres; — a un vitrier qui a repeint la chapelle ardente qui a servi aux obsèques du sieur d'Ardelay, 15 sols; — pour 10 aulnes de veloux noir pour faire le poêle, KM) livres; — pour 2 aulnes 12 de satin blanc pour faire la croix dudit poêle, 10 livres; — pour 14 écheveaux d'or et d'arpent pour faire des émisons audit poêle, I l livres; — pour 2 aulnes de tall'etas à quatre lils baillés au jiretlier pour faire deux enseignes, livres; — pour f» douzaines de torches , G douzaines Je bâtons et .37 douzaines de cierges tant pour la chapelle ardente que pour mettre autour de l'église, 98 livres 17 sous; — pour 23 douzaines et demie d'armoiries, 23 livres 10 smis; — pour plusieurs quartiers de pierres de taille fournies par le Chapitre pour taire le sépulehre, 3(1 livres; — pour 250 briques pour paver le tombeau, 15 livres. (Voir aussi les lleg. des Eclievins; Séances des io et 25 mars.)

Le tombeau du sieur d'Ardelay fut détruit en IGfil, et le cercueil fut inhumé dans le |K-tit cimetière Saint-Jén.me.*

* Pour 12 hommes qui ont crié les obsèques dudit sieur deChaulx, 1 livre l sous; pour 15 douzaines et demie d'armoiries avec le collier de l'ordre et pour avuir imprimé lesdiles armes sur le arur dndtet sieur de iJiauls. 30 livres; — pour avoir détail une chapelle ardente en I ïrlise Saint-Martin et l'avoir fait porter aux Jacobins, 0 livres; — pour les services des messes dites aux Jacobins pour les sieurs d'Ardelay et de Chaulx, 15 livres. tÏJal des dépenses, fuite* pendunt le siège. — Voir aussi les lieg. des Eclievins ; Séance du 150 mars.)

3 Etal des dépenses du siège et lieg. des Echcvins.

* Cette épitaphe , comme on disait alors, due à M. Grenet, conseiller au Prési-

une chapelle près de la brèche 1 ; et , chaque année , le i 5 mars, une procession générale des habitants se rendit àNotre-Dame-de-la-Brèchc pour remercier le Dieu des victoires. La tourmente de 93 emporta avec elle chapelle et procession , mais le petit sanctuaire est enfin sorti de ses ruines ' et le pèlerinage du 15 mars compte encore aujourd'hui au nombre des fêtes chômées par la piété chartraine.

On employa les premiers mois qui suivirent le siège à réparer les désastres de la guerre 3. Les travaux de maçonnerie

•liai , et gravée par ordre de la Chambre en date du 21 août 15G8, subsiste encore aujourd'hui; la voici dans son entier:

POSTEMTATI

DVM NOVA REÏ.UGIO STVD1A IN CONTRARIA SCISSAS CARNVTVM GAI.LORVM MENTES AGIT ET RELLO O.MN1A MISCET,

OIISESSVM CARNVTVM PREM1TVR MAGNA ORSIMONE , CLOlUSQirE

ANNO UNI l568 MACHINA SVLPHYREIS OPPVCNAT MŒNIA QV/E NVNC Pnil). CAL. MART. SARTA ET TECTA VIDES ; SALVA 1NCOI.VM1SQVE REMANSIT SOLVTVM OBSIDIO. VRBS, DVCE L1NER10, POPULI CVRAQVE FIDELIS, 1D1BVS. ATQVE MANV PARVA NVMEROSVM REPPVL1T AGMEN.

QVAM PRO REGE 8VO , PATR1AQVE , ARISQVE , FOCISQUE , SIT PVLCHRVM PVGNARE ATQVE HOSTI CE DE RE NVNQVA, EXEMPLO HOC DISCANT NATI SERIONS NEPOTES.

(Voir vol. 1"\ p. 315. — Itcg. des Echevins. — Sahlou, Hist. de réglise de Chartres, p. 170 et suivantes.)

1 La première chapelle do Notrc-Damc-de-la -Brèche fut construite en 1000 par M. Simon Sauquet, chanoine de Saint-André , comme exécuteur testamentaire de M. Simon Bertnelot, son oncle, chanoine de la même église, qui avait fait les fonds nécessaires à cette fondation. On avait placé dans l'église Saint- André un bas-reliet représentant la défaite des huguenots par l'intercession de la Saiute- Vierge; il hit détruit en 1003. (Sablon, loco cit. — Chevard, vol. 2, p. 479.)

* La reconstruction de la chapelle de Notre-Damc-de-la-Brèche , qui date de Tannée 1843, est due aux soins de M. l'abbé Baret, vicaire de la Cathédrale.

* I-i caisse municipale avait été rudement atteinte par ces désastres. L'état, trèsinti:ressant , qui nous a été conservé, des dépenses faites à l'occasion du siège, se monte à la somme de 80,824 livres 5 sous 9 deniers, et se subdivise de la manier»» suivante :

1" Solde des compagnies Fontainc-la-Guyon , pendant les mois d'octobre, novembre et décembre 1 5*»7 , janvier et février 15(58 13,0951. • s. »d

2° Avoine aux ^ens de MM. de Brissac et d'Eguilly (octobre 1507)

3° Munitions aux troupes conduites au camp du Roi par MM. de Chavîgny et de Montpezat (octobre 1507) . . .

4° Avoine aux arquebusiers à cheval du capitaine Paulmier (novembre 1507)

5° Munitions aux troupes conduites au camp du Roi par M. de Manques (novembre 1507)

des murailles furent entrepris d'après un toisé exact des brèches ; on combiua le service du guet de manière à procurer

6° Fournitures aux bandes du comte de Martinango et autres (25 janvier-5 février 1508), et cadeau à 51. de La Trémnuille 1,925 7 3

7e Pour divers messages pu Cour et ailleurs, accomplis par les sieurs Jean de Calderou , Marin Compagnon , échevin , Jean de Baigneaux , de Gormainvillc , Jean de Chevernv , Claude Trouillard , Jean Robert , tauis Huvé , échevin , Jean Couturier, messager à pied (d'octobre 1507 au 24 février 1508). 050 1 1

8» Fourniture de 587,755 pains, de 12 onces chacun, aux troupes de la garnison , aux ouvriers employés par la ville, aux pauvres gens travaillant aux remparts, aux blessés, à 9 retires laits prisonniers (du 20 lévrier au 18 avril 1508). 12,1155 18 9 9° Fourniture de 2,21 4 poinçons de vin aux mêmes (id.). 17,712 . »

10° Fourniture de viande (127 grosses bétes, 180 bétes à laine, 15 bétes porchities) aux soldats et aux blessés (du 8 mars au 7 avril 1508) 2,121 G •

11° Fourniture de lard, de veau et de poisson à la maison de M. d'Ardelay, à un blessé, et au capitaine Bosquet et à ses gens, de garde à la brèche (du 1 1 au 20 mars). . . 4G < »

12° Fourniture de 5,5110 minois 10 quarts d'avoine aux compagnies d'arquebusiers à cheval (du 27 février au 2 avril 1508). 4,003 11 3

13° Menues dépenses de nourriture et chauffage faites par le chevalier Pollois en la maison de Macé Trossard , échevin , par le capitaine ta Neuville en la maison d'Ktienne Vallet , par le baron de Cerny, par les cens de M. de Linières, chez Macé Trossard (du 19 février au 13 mai 1508) . ... 1,20(1 15 8

1 1° Indemnités aux canonniers , menues dépenses du magasin des poudres à canon et boulets sous la direction du capitaine Perctz 459 14 11

15° Montage des pièces sur les murailles, réparations aux canons, grosse armurerie 358 11 11

10° Menues dépenses de l'atelier d'artiliecs ( fonte des balles, boulets, grenades, etc.) 151 » 10

17° Cordes à fcu, (il d'étoupe, fil à mèches .... 183 4 10

18° Fers de pique; cuve, muids, poinçons, tonnes, vaisseaux , baquets , lagots , javelles , bois-merrain , perches de saule, gros bois pour la brèche et les remparts .... 055 » 10

19° Halles de laine pour la brèche 1,252 10 3

20° Toiles pour les sacs de terre et pour faire des tentes ou couvertures audessus des mitrailles de lu ville , afin (jue l'ennemi ne put découvrir ceux qui besoitjnoienl aux remparts 308 11 »

21» Achat de 780 piques 432 1 0

22° Outils pour les mineurs; salaires des manu-iivres travaillant aux mines de la porte Saint-Michel , des Jacobins , de la porte Saint-Jean , de la porte Drouaise , de la cave du >ieur Macé Cerceau , de Saint-Père , du jardin des marguilliers près la porte Saint-Jean 92 9 0

23° Travaux des maçons el charpentiers aux murailles . dwrtcs et corps-de-garde; chandelles, torches; etc.; table

quelques moments de répit aux bourgeois et on permit aux religieux Cordeliers de construire un couvent dans l'intérieur de la ville, pour remplacer celui du Grand-Faubourg, détruit par l'incendie !.

La Cour, qui croyait peu à la durée de la paix, ne se souciait pas de laisser sans commandant une place do l'importance de Chartres. On apprit dans le courant de mai qu'une commission de gouverneur avait été octroyée par le Roi au sieur d'Entraigues , lieutenant-général de l'Orléanais. La Chambre en éprouva une vive contrariété , car l'établissement d'un oflicier de cette qualité occasionnait des dépenses que dans sa pénurie

d'autel prise en la chapelle Saint-Tltomas appartenant à la

fabrique Saint -Saturnin , qui a été employée à la brèche. 1,207 14 1

21° Autres travaux aux remparts, démolitions de maisons nuisant à la défense , reconstruction du pont aux Malades , gavage, nettoyage de la rivière, des murailles, du faubourg Saint-Maurice . etc., réouverture et réparations de toutes les portes de la ville , réparation de la brèche -1,231 H» 10

25° Solde des pionniers 1,990 4 »

2tW Feu et chandelles pour les corps-de-garde . . . 1 ,511) 12 2

27° Pour divers messages nou compris au chapitre 7 cidessus, accomplis pendant les mois d'octobre 154>7 et de février et mars 1508 (Jean Milard , René Chastes, Robert Louvet, Jean Leeonturier, Pierre Picard, Simon Couart, Jean Dcsmics , Jean Monet , Pierre Grenil , frère Jean Breton , Jean Borel , espion , Charles Rossa rt, Michel Charreau , Claude Neveu , Michel Pipereau , Michel Louastre , Michel Leruyer, Jean Bruneau , Louis Grenil , chargés desdits messages ) . . 3G2 1 7 0

28° Récompenses et cadeaux aux capitaines et aux troupes de la garnison 3,290 2 •

29° Médicaments et récompenses aux chirurgiens. 079 9 •

30° Fruits secs pour les malades 12 9 6

31 • Obsèques de MM. d'Ardelay et de Chaulx. ... 013 15 8

32° Frais du délogement des compagnies de la garnison , après le siège 451 13 »

33° Messages en Cour par MM. Jean de Baigncaux. Ignace Olive et Claude Trouillard (2 4 lévrier et 29 mars 150*|. . 489 18

31° Arrérages de rentes constituées au profit de plusieurs habitants qui ont fourni des deniers pour les besoins de la ville . 000 » »

35° Aux sergents royaux , pour publications, et à quelques personnages pour présents de vin 002 10 2

30u Fer et plomb pour les boulets et les balles (article omisi 4,284 5 7

37° Dépenses faites par le régiment d'Ardelay au couvent de Saint-Cheron (21-28 février 1508) 507 10 9

38° Dépense commune du présent compte 1,045 10 »

1 Rcg. des Kchcvins; Séances des 20 et 21 avril.

actuelle la ville désirait éviter. Ou se rappela alors ( ce qu'on avait fout-à-fait oublié pendant le danger) que, dès Tannée 1566, le Roi avait confié à sa grand'-tante M"0 Kenée la superintendance de ses affaires dans le duché de Chartres et la seigneurie de Montargis; on pensa qu'en éveillant la susceptibilité de cette princesse on pourrait avoir raison de M. d'Entraigues. On dépécha donc vers elle le greffier Raoul Haligre, homme de grand sens, qui comprit et accomplit parfaitement son message. La Duchesse répondit aux échevins, le 6 juin, qu'elle venait de prier le Koi de revenir sur une nomination faite au préjudice de ses droits et qu'ils devaient, en attendant une solution, surseoir à la publication du pouvoir de M. d'Entraigues ; elle ajouta qu'elle était bieu peinée de leurs souffrances, mais qu'ils ne devaient s'en prendre qu'à eux seuls, attendu qu'en suivant ses conseils , il no serait pas plus mésarrivé à Chartres qu'à Montargis qui s'était tenu en pleine prospérité malgré le voisinage et le passage des armées; elle termina en les engageant fortement « d'avoir l'œil qu'il ne » sont faict aucun tort ny oppression à ceux de la religion , » selon les éditz et ordonnances du Roy \ » La réponse de la Cour à la plainte de Mw* Kenée ne se lit pas longtemps attendre ; la Kcine-mère avait intérêt à ne pas heurter de front, dans un moment de paix douteuse, une princesse dont le mécontentement pouvait armer les nombreux huguenots de ces contrées; elle lui donna donc satisfaction, sauf à oublier de nouveau ses prérogatives, le cas de guerre échéant. Par lettrespatentes du 8 juin, le Roi, après avoir rappelé que le duché

1 Par la mÊmc lettre , M"»0 Renée se plaignait beaucoup aux tVlicvins de ce qu'ils avaient adjutjè les ga if/es de Maisons, l'un de ses maitres-dhôtel (Michel l,e»lere, sieur de Maisons, liailii de Chartres), à ung eslranger qui ne les a demandez que, sur une cause notoirement fausse, et de ce que leur prix-iireur Symvti (Pierre Simon, alors procureur du Roi au bailliage) ne pavait pas à la veuve de Mc Nieolas Mallot , en son vivant l'un de ses secrétaires et maître des eaux et forets , la somme de cent «'eus qu'il lui devait.

On voit par la que Messieurs de Chartres n'avaient pas beaucoup d'égards pour les officiers de M"» Rouée , lorsqu'ils croyaient pouvoir se passer de cette princesse.

de Chartres avait été séparé du gouvernement de l'Orléanais le i 8 juin 1 566 pour complaire à sa bien-aimée tante , exposa que son cousin le Prince-Dauphin avait commandé naguères à Chartres par inadvertance et que M. d'Entraigues n'était pas plus autorisé en droit à y commander aujourd'hui , parce qu'à la Duchesse seule appartenaient les garde et gouvernement de ce duché. Le tout fut assaisonné de force louanges sur la prud'hommie et les sages conseils de M"10 Renée.

Cette petite victoire politique servit peu. La rupture avec les réformés devint, en effet , tellement imminente vers la On de juin , que les échevins, effrayés de leur isolement, demandèrent au Roi M. d'Eguilly pour gouverneur. Charles IX , la Reine-mère et le duc d'Anjou, en annonçant, par lettres du 3 juillet , l'arrivée prochaine de ce capitaine , firent connaître que la duchesse Renée avait été prévenue pour qu'elle ne put prétendre cette fois que l'on agissait sans l'avertir. M. d'Eguilly présenta le 8 à la Chambre ses lettres de commission ; on lui en donna acte sur-le-champ \ et les affaires militaires furent mises à l'ordre du jour. Ou autorisa le gouverneur à choisir vingt hommes de sa compagnie pour l'aider dans ses rondes de nuit et ses excursions dans la banlieue, puis il fut décidé que ceux de la religion ne pourraient entrer armés en ville ; les hôteliers devaient même exiger le dépôt entre leurs mains des armes des huguenots voyageurs. Le 24 , le duc d'Anjou écrivit à Messieurs les manants pour les engager à recevoir daus les murs le tiers de la compagnie de M. d'Eguillymais on pria ce capitaine de se contenter de douze maîtres, et comme le clergé possédait trois fois autant de biens que le reste des habitants, il sembla juste de lui faire supporter les deux tiers de la solde de la garnison (28 juillet).

' 1 La Chambre se déclara fort heureuse d'avoir un si hou cl si expérimenté gouverneur. (Ilrtj. des Echevins; Séance du 8 juillet .)

* Dans la séance du "2H, M. d'Eguilly signifia aux échevuis uue lettre du Hoi contenant une semblable injonction.

Les hostilités recommencèrent dans le courant d'août ; aussi les travaux des fortifications furent- ils poussés avec activité. Tout le monde dut y prendre part , et PÉvêque , les abbés , couvents , chapitre et communautés y envoyèrent chaque jour des hommes de peine ; pour subvenir aux dépenses, on demanda au Roi la permission de lever 10,000 livres tournois sur Pélcction , sans distinction de privilégiés (9 septembre) *. Cette impulsion était à peine donnée qu'un ordre du Roi rappela M. d'Eguilly ; on voulut réclamer, mais, par lettres du 1 4 septembre , Catherine et Charles IX , tout en témoignant aux échevins leur satisfaction des regrets qu'ils accordaient à ce gouverneur, leur exposèrent qu'ils pouvaient en ce moment se garder eux-mêmes , que les troupes royales ue quittaient pas les environs et qu'on serait toujours en mesure de les secourir à la première alerte. M. d'Eguilly prit congé le 1 5 pour aller joindre M. de Lansac à Beaugency \

Tout le faix des combinaisons militaires retomba donc sur les magistrats municipaux qui, pour vouloir trop bien faire, dépassèrent peut-être le but. Des listes de suspects furent dressées ; on défendit aux habitants de loger des réformés , sous peine de confiscation de leurs maisons 3 ; on plaida le clergé sur son concours au travail des fortifications , parce qu'il soutenait son exemption en droit tout en s'exécutant en fait * (octobre, novembre, décembre 1568, janvier 1569). Une convocation très-rigoureuse du ban et de l'arrière-ban du bailliage eut lieu à la Tour-le-Roi, le 1er octobre, sous la présidence du lieutenant-général de Miueray \ Ces actes d'autorité n'empêchèrent pas, le 25 novembre 1568, la réunion de la

1 lleg. des Echevins.

* Ib.

3 Ib.; il octobre. — Ledit de Saint- Maur venait d'interdire, sous peine de mort, l'exercice du culte réformé.

* L'évéque fut ajourné et condamné h l'amende, pour n'avoir pas envoyé aux remparts suivant l'ordonnance. (Ib.; 10 janvier 15*39.)

» Itecueil de Laisne , vol. 0, p. 003.

Chambre au clergé pour célébrer par une procession la victoire remportée en Périgord sur les huguenots commandés par le farouche Mouvons, l'un des anciens ennemis de Chartres On voulut aussi solenuiser le premier anniversaire du siège , et MM. Trossard et Moreau, échevins, furent dépéchés, le 6 février 1569, vers FÉvèque, pour le prier de rendre le pèlerinage du 15 mars fête obligatoire à perpétuité dans la ville et la banlieue de Chartres \

Deux fâcheuses nouvelles parvinrent à lo Chambre le 14 mars : on apprit d'abord la mort du sieur de Linières , pour Famé duquel on fonda un service à Notre-Dame ' ; puis une lettre du duc d'Alençon , datée du 10 et confirmée trois jours après par une lettre du Roi , Ct connaître l'arrivée prochaine d'un personnaige de callité pour commander à Chartres. \aî personnage en question était le sieur de Saint-Phal, chevalier deFordre, et quoique M. d'Alençon préteudit que ce seigneur devait leur être «on moins agréable que feu M. de Linières, les échevins, éloignés du théâtre de la guerre, résolurent de se retrancher derrière un refus respectueux ; ils avaient obtenu naguères un succès de ce genre sur le duc d'Anjou , qui , en décembre 1568, s'était efforcé de leur faire accepter une garnison de 200 hommes de pied sous la charge du sieur duBosq, écuyer ordinaire de M"* Marguerite, sœur du Roi *, et cette circonstance les encourageait dans leur résistance. Ils alléguèrent donc que M. d'Eguilly, quoique absent, ne cessait pas d'être leur gouverneur , et qu'avec ses conseils ils gardaient parfaitement la ville \ Cette excuse prévalut un instant,

1 Livre des messes et obils de Saint-Martin-le-Yiandier.

* lb.; 0 et 10 février 15W). — 1o mars 1WJ; ce jour [este de la victoire laquelle a été gardée de toutes mitres en la ville et faubourgs de Chartres. (Livre, des messes et obtts de Saint-Murtin-le- Yiandier.)

3 \a> premier servir*? rut lieu avec une grande pompe le 1!) mars; le pocle et le* riorgrs furent garnis d'armoiries comme on avait fait pour le convoi de M.d'Ardclay. (Itey. des Krhevim ct Ltvre des obits de Suint-ilarttn-k-Yiandtcr .)

* lieg. des Echevins; 4 décembre 1508.

8 lb.; li ct lGmars 15W.

grâce à la victoire de Jarnac où fut tué le prince de Condé (13 mars 1509) et dont leducd'Alençon informa les habitants le 20 mars

Mais le théâtre des événements tendait chaque jour à se rapprocher de Chartres. Des assemblées de huguenots, formées en vingt endroits du Perche et de la Beauce, bravaient les archers du Vice-Bailli ; certains bruits hostiles à la ville forçaient les bourgeois à fourbir leurs armes et à se fournir de farine ; des vivres s'amassaient pour l'armée royale, par ordre du duc d'Anjou ' (mars, mai, août) ; ces présages de troubles tinrent parole. Le Hoi, qui avait rendu, le 22 juillet, le gouvernement de Chartres à M. d'Eguilly, ordonna le 7 septembre à ce capitaine d'envoyer sa compagnie au camp et d'aller s'enfermer dans la place ; puis , sur l'avis donné les 1 3 et 28 par Sa Majesté d'un soulèvement probable des huguenots de la Beauce et du Vendômois, la Chambre se hâta de décréter la levée d'une cornette de cent hacquebutiers , sous le commandement du gouverneur, pour battre le pays et rompre les

1 II y eut à celle occasion un feu de joie, une procession et un Te Deum. (Ileg. des Echevtns; Séance du ii mars.)

On trouve dans le Livre de Guillaume Bonvurt (manuscrit des archives départementales», à la page -i03, entre la copie d'une lettre insignifiante adressée au chanoine Chicault le 2 avril 150U et la transcription d'un arrêt du Parlement du même jour, l'épitaphe satirique suivante du prince de Condé :

Passant, n'aproelie pas ton pied ny ton nazeau

pour presser ny fleurer l'ombre de ce tombeau.

L'air y est tout iuf< < t, et ce bien peu de terre

avec ung petit corps ung grand venin enserre.

L'ambition, l'envye et 1 ignorance aussi

ont basti ce cercueil et ce corps mis icy.

C'est le corps de Loys de Ifourbon , à son prince

rebelle et ennemy de sa propre province;

bouclier et protecteur d'une héréticque loy

et des mesc liants armés contre son prince et Roy ,

Îpi'il voulloit ruyner et à smi vin il soubzinetlre , uy ravir sa couronne et lui prandre son sceptre, soubz religion feinte; et sv ne l'a pas prins, il est mort toutes fois en l'ayant entreprins. Que bien tost comme luy tons ceuk là puissent estre qui de inesine que luy se sont prins à leur maLstre ! 1 Ou lit provision de 2(tO muids de blé pour l'armée et on en expédia liJO, le Dt» septembre, à Orléans par ordre du Roi (Kf/f. des Echevins; 11 août, 15 et :î0 septembre.)

rassemblements 1 . La solde de cette troupe et les appointements de M. d'Eguilly, fixés' à 200 livres tournois par mois, furent assignés en partie sur une taxe de 19,000 livres à la charge des suspects , en partie sur les contributions imposées au clergé \ Les rigueurs contre les religionnaires augmentèrent avec le danger : le i 1 octobre, on publia une commission du Parlement de Paris contre les blasphémateurs , les perturbateurs des offices divins et les taverniers tenant boutique ouverte pendant la messe \ M. d'Eguilly avertit les échevins , le H décembre , du passage de la Loire par les ennemis et de leur marche sur le Chartrain ; on établit aussitôt six corps de garde de dix hommes chacun et on invita les gens de Dreux , Bon- » neval , Gallardon et Nogent-le-Roi à prendre des précautions \ Quoique cette nouvelle ne fût pas complètement exacte, on ne cessa pas de veiller, car les remuements des huguenots du pays étaient continuels.

Le 31 janvier 1570, le Roi nomma au gouvernement de l'Orléanais, du pays Chartrain, Maine, Perche et de la Touraine, avec pouvoir de détruire villes et châteaux où besoin serait, le maréchal Artus de Cossé, comte de Secondignyet de Gonnord, frère du maréchal de Brissac. Ce seigneur, dont la mission consistait à fermer aux huguenots le chemin de Paris, fit partir, au mois de mars, pour Chartres la compagnie de M. d'Eguilly; on admit ce renfort dans les murs, sous réserve d'en référer au Roi lorsque les circonstances le permettraient \ Par le fait, les gens de guerre de cette compagnie

1 Ileg. des Echevins.

- lb.; Séances des 19 et 28 septembre.

» lb.

* lb.

* lb.; Séances des 10 et iH mars. — Pour éviter toute surprise, on fit défense le 27 mars aux capitaines des portes de laisser entrer les processions , à moins de connaître les noms des paroisses et d'exiger la jtfrantic du curé. Le 15 juin suivant, sur la uouvelle de l'approche de l'ennemi, on décida que les portes seraient fermées, à l'exception de relies Guillaume et des Epars , et qu'il serait placé à chacune d'elles un corps-de-garde de 1C hommes dont moitié au moins d'arquebusiers, sous peine

ne firent pas un long séjour en ville, car M. d'Eguilly partit pour Tannée avec son monde , dans les premiers jours de juillet ; son gouvernement do Chartres fut confié par intérim , pendant son absence , à M. de Vassé , son gendre \

La paix signée à Saint-Germain le 8 août, apporta aux bourgeois un repos dont ils avaient grand besoin. M. d'Eguilly rentra à Chartres le 1 0 août , et les gardes , doublées d'abord à cause de Pafïlucncc des pèlerins le jour de la Vigile de Notre- Dame furent réduites de moitié en septembre , puis supprimées le 30 octobre après la publication de Tédit de pacification \ Il y eut cependant encore, en novembre, dans le pays Char train , quelques allées et venues de gens suspects dont le duc d'Anjou demanda nouvelles au gouverneur en l'invitant à veiller. L'année 1570, dont le début avait été si alarmant, se termina par les fêtes auxquelles donna lieu à Chartres le mariage de Charles IX avec l'archiduchesse Elisabeth \

La ville fut relativement tranquille, au point de vue politique, pendant l'année 1 57 1 , car les seuls événements do cette nature que l'on puisse citer, se bornèrent à la demande que lit le Roi, le 5 mars, d'un subside de 12,000 livres payable en trois ans, à la réception faite à M. le maréchal de Cossé à la tin du même mois \ et à une revue de troupes au mois de juin. Mais, comme si la discorde eût dû trouver toujours une

" de 100 livres d'amende contre tout bourgeois qui ne se présenterait pas en équipage

suffisant, (Iteg. des Echevins.)

• Lettre du duc d'Anjou, contresignée Fixes, en date du 6 juillet 1570.

Jean, baron de Vassé, avait épousé Jeanne le Vavasscur, fille de M. d'Eguilly. Ce seigneur était vaillant, mais d'humeur fort soudaine et fort aisée à émouvoir; il avait servi avec une grande distinction en Italie sous les ordres du maréchal de Brissac. (Mcm. de (luise, p. 73. — Mém. de du Villars, p. 3-1, 35 et suivantes; collection Michaud.)

» Heg. des Echevins; Séance du 14 août.

s Ib. — Tout en supprimant les gardes de nuit , on décida que l'on éclairerait la ville, pendant la nuit, comme a Pans, pour plus de sûreté.

* Ib. — Le mariage royal avait eu lieu le 23 décembre.

« Pour fêler l'entrée de M. de Cossé, on mit en batterie sur les buttes, hors de la porte des Epars. 27 pièces d'artillerie déposées dans l'ancien hôpital Saint-Hilaire , rue Saint-Père. (Ib.)

porte ouverte au sein de notre cité, elle parvint à se glisser dans rassemblée municipale. Nous avons parlé plusieurs fois des secrets dissentiments qui existaient entre la bourgeoisie catholique dont les échevins faisaient partie et la plupart des gens de justice, à commencer par le lieutenant-général ; jusque là, ces dissentiments avaient été provoqués par les échevins jaloux de la suprématie des officiers du Roi ; ces derniers profitèrent de la rentrée des huguenots aux affaires pour prendre leur revanche. Comme prélude, le lieutenant-général et le procureur du Roi firent signifier aux échevins défense absolue de se lever de leurs sièges avant eux, pendant le cours des délibérations1; puis, unis à quelques personnages influents, ils obtinrent de Charles IX une réforme complète du corps do ville. D'après la charte d'institution de 1 296 et les règlements postérieurs, l'assemblée était composée du lieutenant-général et du procureur du Roi pour les gens de robe, de deux ecclésiastiques pour le clergé, et de dix bourgeois pour les paroisses : cette combinaison semblait concilier les intérêts et les prétentions des trois classes de la société chartraine, mais elle excluait, en réalité, un grand nombre d'individus, possesseurs d'offices de robe longue dans l'élection, le grenier à sel, la prévôté, et les justices seigneuriales. En vertu d'un arrêt du Conseil du 18 juin 1571, des lettres-patentes, datées du mois de décembre suivant, vérifiées et enregistrées f en Parlement le 1er juillet 1572, réduisirent à deux ans, au lieu de cinq, la durée de l'échevinage, fixèrent à huit, au lieu de dix, le nombre des échevins bourgeois, et rendirent éligibles tous les gens de robe longue, sans distinction de privilégiés ; les avocats du Roi et les conseillers au Présidial furent seuls exemptés de cette charge \ Les lettres donnaient pour motifs de ce changement, la pénurie qui se produisait à cha-

« Hcg. des Echevins; septembre 1571.

* Ib.

que élection dans les rangs de la bourgeoisie lettrée, à cause des exclusions, ce qui forçait les électeurs à nommer aux fonctions d'échevin des marchands illettrés ou des gens mécaniques. Cet incident ne réussit pourtant pas à détruire l'harmonie qui régnait entre les habitants, car la majorité catholique était trop considérable pour s'effrayer de la possibilité de l'élection à l'échevinage de quelques suspects d'hérésie.

Chartres gagna à cette période de paix, dont la durée devait être bien courte, une de ses plus intéressantes et plus vivaces institutions. La collation d'une prébende au régent des écoles publiques, en 1500, n'avait pourvu que très-mesquinement aux besoins d'un collège bien administré; d'ailleurs, les troubles continuels s'étaient opposés au développement de la maison naissante. Le 3 janvier 1572, Jean Pocquet, bourgeois de Chartres, et dame Michelle Haligre, sa femme, mus par un noble sentiment de patriotisme, firent donation à la ville d'uu vaste bâtiment connu sous le nom de Tripot de Chinche, situé au bas des jardins du palais épiscopal, et d'une métairie dite du De/faix, paroisse de Landelles, sous la condition d'affecter ces immeubles à l'établissement et à l'entretien du collège l. La prise de possession de ces biens eut lieu à la fin d'août, et les échevins firent publier aux prônes des paroisses, le 4 septembre, une ordonnance prescrivant, aux pères et mères, d'envoyer leurs enfants au collège de Pocquet, et aux pédagogues et maîtres d'école, d'y conduire les élèves de leurs classes. Toutefois, l'érection définitive de la maison de Chinche en litre de collège et communauté scholastique n'eut lieu qu'au mois de septembre 1587, en vertu de lettrespatentes de Henri III, enregistrées en Parlement le 10 octobre suivant. Le collège royal de Chartres, chez Pocquet, atteignit promptement un haut degré de prospérité et produisit, jusqu'à

1 Aclc passe devant M« René Amclon , notoire royal à Chartres.

la Révolution, des personnages remarquables dans les sciences et les lettres \

1 Les statuts pour la direction du collège royal de Chartres, chez Porquet, furent

dressés le 11 septembre 1587 dans une a^eniblée tenue à l'évêché. Voici quelquesunes des dispositions de ce règlement: 1° L Evoque aura la direction du collège, conformément au droit commun; il prendra, pour cette administration, l'avis du Chapitre, des prin< inaux otliners de justice et des éch^vins; 2° il y aura trois classes; on lira dans la deruière la grammaire de Donat et le Caton pro Pueris; dans la seconde, les règles de Despautère, les Epîtres familières de f.io'n<n et Térence; dans la première, quelques poètes el historiens, les oraisons de Cicèron et les élégances de Laurent Valle; 3° tous les enfants de la ville, des faubourgs et du diocèse, auront droit à l'enseignement gratuit au collège, sans exaction aucune, soit pour le lundi, toiles de fenêtres, chandelles de l'école, soit pour l entrée des martinets; i° les élèves pensionnaires paieront au Principal soit 30 écus soit 24 de pension, sauf à augmenter ou diminuer, selon le plus ou moins de cherté des vivres; 5° pendant le dîner, un écolier de la première classe lira quelques chapitres des Pwverbes de Salomon ou de l'Ecclésiaste ; 0° chaque |>eiisionnaire paiera par an pour son coucher 15 livres tournois; 1° les écoliers se coucheront en toute saison à neuf heures du soir et se lèveront à six heures du matin ; 8° il y aura tous les jours , en la chapelle dédiée à saint Jcan-Baptislc , une messe basse à sept heures du matin et un salut à six heures du soir , et les dimanches et fêtes , grand'-messe , vêpres et complies; 9° le premier lundi de chaque mois, la messe sera dite pour les âmes des rois de France, des évêques, chanoines et habitants de Chartres trépassés ; il y aura, en outre, un obit à l'intention du sieur Pocquet et de sa femme, au lendemain de leur décès ; les régens feront publiquement déclamer leurs écoliers et jouer annuellement dialogues es deux fêtes de saint Sicolas. tant en hyver qu'en esté, pour leur régayer leurs esprits par tels exercices, et enhardir de parler en public; 11° Le Principal jouira, indépendamment de la prébende préceptorale , des biens donnés par Pocquet, à la charge du service divin et de la fourniture du luminaire, des ornements et des livres; lz° le choix des régents appartiendra au Principal qui leur donnera des cages convenables; les régents seront de bonnes vie et doctrine, hors de soupçon d'hérésie; ils enseigneront aux enfants les lettres humaines, avec les bonnes mœurs et ce qui peut appartenir à l'honnêteté et conversation en la société civile, les retenons plus par libérale pudeur, que par crainte et aucuns sévices; 13° chaque élève donnera 20 sous par an pour les réparations à faire à la maison ; 1 1° le collège sera visité chaque année le jour de saint Remy , ou à tel jour convenable environ ladite féte , par l'Evèque ou ses vicaires, les délégués du Chapitre et Messieurs de la justice et de la ville, pour entendre comme l oti s'y sera conporté, et pourvoir pour l'année ensuivante aux affaires qui s'offriront.

Signé en la minute S*, de Thou (évêque), G. d'Aulwrmont , L. Doucher, L. Suireau, L. Charpentier (vicaire-général et chanoines de Notre-Dame), Goullet (procureur du Roi), Zacharic du Ru, Compagnon, Lcnoir et de Pardieu (échevins).

Le 20 avril 1003, M*r de Neufville de Villeroi unit au collège de Poquet les biens et revenus du prieuré de Saint-Michel aliàs d'Ouerré, ordre de Saint-r>enoit, à la requête de Mire Louis de la Rue, archidiacre de Dreux, principal du collège, sur la résignation de M1™1 Jean Edeline, chambrier, titulaire de ce prieuré, et du consentement de l'abbé de Saint-Lomer de Rlois, collateur. En conséquence de cette union, l'Evèque décida 1° qu'il serait ajouté deux classes aux études de rétablisse- Mat, l une appelée la cinquième, pour l'instruction des petits enfants, et l'autre la philosophie . pour les plus instruits dans les lettres; 2° que sur les revenus du prieuré , le régent de philosophie recevrait par an 200 livres , celui de rhétorique autant, celui de la seconde 100 livres, le chapelain 125 livres et le portier 50 livres; 3° que le Chapitre aurait le droit à perpétuité de faire suivre le cours de philosophie

Des événements qui allaient replonger la France dans les horreurs de la guerre civile se passaient alors à Paris. Dans les derniers jours de juillet 1 572, Henri, roi de Navarre, promis à MBC Marguerite, sœur du Roi, avait été reçu à Chartres avec de grands honneurs, quoique huguenot. Le 25 août, au moment où Ton croyait la Cour livrée tout entière aux plaisirs du mariage royal, la Chambre reçut, par l'intermédiaire du maréchal de Cossé, une lettre du Roi, en date du 22, annonçant à ce seigneur l'attentat qui venait d'être commis sur la personne de l'amiral de Châtillon (Coligny), ainsi qu'il s'en relonrnoit du Louvre disner en son logis; l'amiral avait été blessé à la main droite et au bras gauche , et Charles IX assurait qu'il en ferait justice et si grande punition que ce soit exemple par tout le royaume ; Sa Majesté ajoutait qu'elle désirait que ses sujets comprissent combien elle trouvoit mauvais ce méchant acte et que chacun gardât et observât son cdit de pacification.

A cette nouvelle, on enjoignit aux quarteniers de placer à chaque porte douze hommes de garde armés de piques et hallebardes ; on menaça le prieur de Saint-Martin-au-Val de lui envoyer des garnisaires, s'il ne faisait pas cesser immédiatement certaines allées et venues de gens suspects que l'on remarquait entre la ville et son prieuré ; puis on mit sur pied dans chaque quartier une escouade de trente arquebusiers prêts à se porter au premier signal partout où l'ordre serait troublé *.

Le lendemain 26, arrivèrent des lettres, bien plus intéressantes encore , du Roi et du Maréchal à M. d'Eguilly et aux

au dIus intelligent des anciens entants de chœur et que cet élève recevrait par an lOu livres tournois jusqu'à l'achèvement de ses études.

(Brochure de 15 pages, in-8°, imprimée à Chartres, en 1755, chez Nicolas Besnard , imprimeur du Roi , de la ville et du Chapitre , rue des T rois-Maillets , au Soleil-d'Or , avec cette épigraphe : Fida cornes Musis pielas.)

La Chambre décida, le 1 H juillet 158!), que la dame Michelle Haligre, veuve de Jean Pocquet , en considération des donations par eux faites au collège , jouirait dorénavant des immunités , franchises et exemptions de toute esnéce stipulées dans le contrat passé devant Amelon le 3 janvier 15/2. (lieg. ries Echcvins.)

' Ib.; Séance du 25 août

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