‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 27 sur 123 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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Le 5 mars au mutin, itctulanl que les pièces d'artillerie tonnaient contre la porte dont elles abattirent tout le couronnement 35 enseignes de gens de pied vinrent se masser derrière la barricade, attendant le moment de l'assaut. Un officier de la garnison , qui faisait le guet dans le clocher neuf de la cathédrale , remarqua ce mouvement et en informa La Bourdaisière. Cet avis sauva les assiégés ; ils réunirent la plus grande partie de leurs forces sur le point menacé et reçurent l'ennemi avec une extrême vigueur lorsqu'il se présenta à l'escalade par la brèche du ravelin. Le combat, commencé à trois heures de l'après-midi , dura jusqu'à la nuit sans que les royalistes pussent se maintenir à l'assaut; ils se retirèrent, non sans laisser bon nombre de morts dans le fossé \ Toutefois, cette affaire fut fatale aux Chartrains; ils perdirent soixante des leurs, dont quarante soldats et vingt bourgeois, et le sieur de Pescheray, l'un des plus braves défenseurs de la ville, reçut un coup de mousquet dont il mourut peu de jours

Samedi 2. — Le soir, M. de Pescheray voulut débusquer les mineurs ennemis arrives tout près du ravelin ; il v eut un rombat meurtrier dans lequel on tira plus de 200 coups de canon. (Journal, p. 08, 00, 100.)

Dimanche de Quasimodo. 5 mars. — Nouvelle canonnade contre le ravelin. Un coup tiré trop haut alla frapper la charpenterie du clocher neuf et cassa la cloche Henée.

Ib. — Le capitaine de La Carrière et le sieur Nicolas Hénault furent blessas; les rmmmt's Hubert Montlouy et Ltoutte-à-bas furent tués.

Ijindi i. — Dans la nuit du 3 au i, l'ennemi essaya de s'emparer de vive force du ravelin , mais il fut rejeté dans ses retranchements par Pescheray. (Ib.. p. 101-101.)

1 Kn tombant , les pierres de la porte bouchèrent une partie de la brèche du ravelin , ce qui lit dire à (Jramonl que le roi de Navarre avait tin'1 500 coups de canon pour se boucher une brèche et qu'il lui en faudrait plus de 1 ,500 pour la déboucher.

Un coup renversa, sans la briser, la sUitue de Notre-Dame qui était placée audessus de l'entrée. On imputa cet accident a mauvais présage, parce qu'en 1508 les boulets du prince de Coudé n'avaient jamais pu atteindre la statue de la vierge de la porte Drouaise. (Journal, p. 107.)

* Ils penlirent entre autres, les capitaines Sanson et Goliath. (Livre de Bois de Saint-André; Arch. départ.) A propos de ce dernier ollicier qui avait été tué par La Cmix-Coltereaii , l'auteur du Journal s'écrie : La fronde et les pierres qui tuèrent Golliath , poussées par la main de Ihvid . figuraient la croix de nastre seigneur J. C. rt ses cing piaffes , et me semble ici que ceste ancienne figure de tlnlliuth et de Ihvid est derechef aromplie , quand celuy qui par orgueil et présomption se fit soit nommer Golliath est tué par ung gentilhomme vaillant et bon catholique qui avoit nom le sieur de ht Croix, (p. 110. 1 11 i

après '. On remarqua le bouillant courage du sieur de La Croix -Cottereau, ardent ligueur dont l'exemple animait les combattants, gens de guerre ou bourgeois. Les jours suivants furent employés à nettoyer le fossé et à réparer les dégâts des murailles \

Cet échec rendit les assiégeants plus circonspects. Ils se bornèrent à continuer leurs cheminements et leurs mines, en détournant l'attention des habitants par quelques décharges d'artillerie *. Une nouvelle sommation avait eu lieu le i \ , et le Roi, malade d'impatience , dans l'auberge de la Croix-de- Fer au Grand-Faubourg, avait juré de faire payer cher aux Chartrains la poudre qu'ils lui faisaient brûler \ Ces derniers , de leur coté , s'ingéniaient d'autant mieux à déjouer les plans

1 15 mars. — A François Dernier, maître, menuisier, IV livre* , pour la façon du cercueil où a été mis le corj)S de M. de Pcscheray.

19 mars. — A Claude Hicher et Denis Mauduit , deux eseus , pour la façon d'un cercueil de plomb où a rte: mis le corps de feu M. de Pcscheray. (Etat des dépenses, etc.; Arch. de la Mairie.)

Ce capitaine fut inhume" à Saint-Martin-lc-Viandier. (Journal, p. 115.)

La mort de M. de Pescheray donna lieu à un petit poème intitulé: Tombear de tnrssire Loys de Vallée , chevallier et capitaine de cinqvantes lances des ordonnances du lioy , sieur de Pescheré . qui de/fendant le sainct parly catholique fut tué dans la ville de Chartres, assiégée par les huguenots et maheuslres. 1H91. Par Nicolas de La Rue, gentilhomme Touran^iis. Orléans, par Saturnin Hotot, imprimeur iuré de la dicte ville et université. 1593. (Hihl. imp.)

* Ui mars. — A lioboam Poullain , maçon , 10 écus, pour avoir abattu le pan de muraille qui est demeuré à la porte des Espars , après la batterie faite par I ennemi le 5 mars. (Etat des dépenses.)

* Les va ux et prières pour Chartres ne ressaient pas à Paris. Le jeudi 7 mars, dit Lestoilc, estait le sermon de la Cunanée, que tous les prédicateurs de Parts unanimement interprétèrent et fort allemiriquement pour ladite ville de Paris; et que sa fille estoit ùhartres, et le Diable qui la tourmentait le Béarnais; et qu'il faloit prier nostre Seingneur et l'importuner pour sa délivrance. (Tome 1", 1** partie, p. ii.)

Samedi 9. — LTn homme , rémouleur de son métier , envoyé par la ville près de M. de Mayenne, annonça que les secours promis par ce Prince allaient hientôt arriver, et ajouta qu'en traversant Josaphat le matin, il avait ouï ung certain Hulligre demandant au chancelier Cheverny que d'entrée et au sac de la ville (car ils se la promettaient) , on lui donnast deux chanuynes nommés M" les Héneauj , pour les esgorger et en faire à son plaisir. (Journal , p. 113.)

* Lundi 11. — Un gentilhomme nommé le cadet de Réclainville fut tué, ainsi qu'un jeune prêtre de I Hôtel-Dieu nommé Malaisé.

Le même jour, le capitaine Lafontaine mourut des Mesures qu'il avait reçues au ravelin. (Journal, p 111.)

de l'ennemi 1 qu'ils s'attendaient à recevoir d'un instant à l'autre des secours que M. de I*i PinelUère était allé chercher a Dreux. Un jour, l'ingénieur de garde éventa la mine pratiquée sous la porte Saint-Jean; un autre jour, le sieur de Gramont remarquant du haut du ravelin de la porte des Epars que les coups d'arquebuse n'effrayaient pas les sapeurs royalistes, fit jeter sur l'espèce de toiture dont ils se couvraient une grande quantité d'huile bouillante et de fleurs de soufre ceux qui furent atteints poussèrent de tels cris que tout le monde accourut et qu'il en résulta un combat dans lequel plusieurs personnes perdirent la vie \ Le 15 mars, on célébra avec la plus grande solennité l'anniversaire de la levée du siège de 1568, et le soir, Gramont, qui avait fait creuser une galerie sous la mine des Epars, y fit mettre le feu ; mais si son explosion détruisit les travaux de l'ennemi , elle renversa également tout un pan du ravelin dont les ruines comblèrent le fossé. Une attaque aurait pu alors inquiéter la ville ; les royalistes ne se crurent pas assez forts pour la tenter, quoique le Roi qui s'était fait porter à Josaphat , eût prescrit avant son départ de donner l'assaut à la première occasion. On se hâta de réparer les dégâts

1 Le Journal dit que les paysans réfugiés étaient très-malheureux , qu'on les faisait travailler à l'excès et qu'on ne leur donnait par jour que deux petits pains et fort peu de vin, sans aucun argent, (p. 110.)

> 29 mars. — A Jehan Aillet , marchand de terres, 3 livres 15 sous pour 15 bouteilles de verre baillées aux yens de guerre étant de garde sur le ravelin de la porte des Epars pour jeter fleurs de soufre sur les ennemis hors de leurs approches pour les empêcher d avancer. (Etat des dépenses.)

• La conduite des défenseurs de la porte des Epars mérita une marque publique de reconnaissance. On Ut dans VEtat des dépenses cité plus haut : 14 mars. — A Me Jacques Hegnier, bourgeois, 14 écus, pour la vente d'un poinçon de vin présenté aux èchevins, capitaines et chefs de gens de guerre combattant au ravelin de la porte des Epars.

Furent blessés , entre autres gens de marque , un jeune prêtre nommé Etienne Goussu, le fils de l'avocat Boilcau et M. Auvray, secrétaire de M*r de Thou. M. de Gramont perdit plusieurs soldats de ses compagnies; il en était déjà mort quarantecinq depuis le commencement du siège. (Journal, p. 110.)

4 18 mars. — A Etienne Maillard . maitre paveur, 2 écus pour avoir pendant 5 jours travaillé par commandement du sieur de la Gagnerie aux ruines de la

Cependant les gens de Dreux ne venaient pas ; ils avaient fait dire le 16 qu'ils ne pouvaient se mettre en route sans les compagnies promises par le duc de Mayenne '. Le 21, un marchand de Nogent-le-Roi nommé Girard de Radepont , grand ligueur et intermédiaire ordinaire entre les Chartrains et les villes ligueuses du voisinage, apporta des lettres des lieutenants de Mayenne à Dreux , remplies de belles promesses, mais muettes quant à l'époque de l'arrivée des secours \ Les capitaines reconnaissaient bien l'impossibilité de tenir sans un prochain ravitaillement ; quelques-uns d'entre eux, La Bourdaisière et Gramont surtout , se seraient facilement décidés à remettre la ville aux mains du Roi, si les habitants n'eussent manifesté une si grande répulsion pour le Navarrais hérétique. Ils jugèrent que, dans l'état des choses, le mieux à faire était de gagner du temps, et ils ouvrirent, dans ce but, de nouvelles négociations. Déjà La Bourdaisière et Gramont, d'un côté,

porte des Espars , pour rompre les démoli/ions des murailles de la dite porte afin d empêcher les entreprises de l'ennemi. (Etat des dépenses.)

51 mars. — A lloboam Voullain, maçon. 10 vais, pour avoir abattu avec ses yens les côtés de l'arche de la porte des Finir s. (Ib.)

0 avril. — A Maeé Urouault, maître des maçons. Jehan Urouault, François Gibon , Charles Hache, Baptiste lioutenlle et Loys Unisson, compagnons dudit »tat, 2# livres 11 sous, pour U journées par tux employées à faire une casemate prés la porte des Espars , plus une muraille près la porte des Espars pour soutenir les terres de la dite terrasse et antres œuvres de leur état, (lo.i

L'explosion de la mine coûta la vie au capitaine du IMessis , gentilhomme attaché au sicur de La Bourdaisière. (Journal, p. 118.)

1 Journal, p. 120. — On saisit ce jour-là des lettres adressées au Roi, sur un jeune garçon qui dit les tenir du sieur Bardon , sergent et fourrier de la ville. Malgré les preuves accumulées contre cet homme, les gros de la ville l'auraient relâché sans punition , si Gramont ne se fût porté partie contre lui et ne lui eût fait douner la question. (Ib.. p. 121.)

* 29 mars. — A Girard de Hadepont. marchand et bourgeois demeurant a Xogent-le-lioy et de présent en ceste ville de Chartres pour maintenir le parti de la sainte Union jurée en ceste ville, i'iOescus, en considération d'un voyage par lui faict de la ville de Chartres dont il serait sorti pendant ledit siège à travers l'armée des ennemis et serait allé en la ville de Dreux vers M" de Contenant, de Vitray et de Faulcon, pour les senmidre de s'acheminer en ceste ville pour le secours d'icellc , dont aussi il serait retourne au Irairrs la même armée et rapporté nouvelles tant desdits seigneurs que de leurs forces, (Etat des dépenses.)

Un autre émissaire de la Ligue arriva à la porte Saint-Michel peu d'heures après Radepont, le 21 mars; mais il ne put se faire ouvrir parce que les soldats de garde étaient à jouer au tnpot Régnier. Il fut surpris par le* ennemis rt fait prisonnier (Journal, p. 124.)

Lavardin et Btron, de l'autre, avaient eu, le 19 , une entrevue près du couvent des Capucins de Saint-Lubin *. Le 26, quatre seigneurs du parti du Roi, Lavardio, du Lude, Saint-P oi et Biron, bien escortés, s'approchèrent de la porte Saint-Michel d'où sortirent Gramont, La Patrière de Beauce, La Pinellière et La Borde ; mais à peine avaient-ils ouvert la conférence qu'un coup de canon, parti par mégarde du camp royal, ricocha jusqu'à eux. Les gens de Chartres, se croyant trahis, ripostèrent par une arquebusade qui tua quelques soldats de l'escorte royaliste ; cette méprise termina brusquement les pourparlers. Le lendemain 27 , Gramont , accompagné de Lorigucville, de La Gagnerie et de deux autres gentilshommes, alla entamer directement la négociation avec le Roi au couvent de Saint-Lubin et rapporta le soir une proposition que les ligueurs chartrahis , encore en majorité dans le Conseil , repoussèrent par des protestations de mourir plutôt que de se

• Ce parlement fut le, commencement de nostre ruyne . s'écrie le rédacteur du Journal du mege fp.

\/n \mrnt-r* qui nui virent cette première entrevue furent marquées par quelques iof ifh fiN aw/, int/r* usants :

pendant l.i nuit du mardi 10 au mercredi 20, le feu des ennemis endommagea tellement la couverture de la tour Courtepinte que Ton prit le parti de la défaire enh' Ti turul jrfiur éviter que la cliaroente ne vint à tomber sur quelques gens de la ville.

Mercredi 10. — Les ennemis firent l'essai de deux grosses pièces venues de Blois, ijm jetaient (/mirante deux livres pesant , et du premier coup ils traversèrent la volière de M. Houy, rhanoine, et tuèrent troys pigeons.

Jeudi 21. — Les i-niifiTits tirèrent douze coups de canon contre le clocher Sainte- Koy, |i;iric qu'il y avait dans la tour des arquebusiers qui inquiétaient leurs travaux •lu umelière de MlôU'I-ltieii.

Vendredi 22. — \r capitaine Kervaques fut tué sur le ravelin, ainsi que le maître de l'auberge du Grand-Cerf, pour awir trop indiaeretlenienl mys le nés a une cununiere..

Le même jour, Lrammit, escorté de ^chevaux, s'en lut de nouveau |iarlemenler • ver l 'ennemi, riiisienrs bourgeois étant sortis à sa suite pour causer avec leurs parent.* et an* iens amis réfugiés près du Uni, La Bourdaisière les fit rentrer à coups du plat de son coutelas.

Ihnumrhe 21. On vit une grande quantité de chevaux de harnais près du viril* dos Saint-Krançuis, dans le Grand-raubourg , et on pensa qu'ils allaient emmener des pièces pour armer le> batteries de la gwrge des Cinq-Croix , sur le chemin d libers

Lundi lit. jour de l Annonciation. — On fit une procession générale dans le liant de la ville avec la Samtc-Cbàsse , beaucoup de gens étaient tout nus, d'autres nu* -pieds, encore mi d fit i/rand froid et que le pave fut couvert de neige, f Journal, y IttMSÏ)

vendre à un roi huguenot. Celle bravade dont Henri IV eut connaissance le 28 par Gramont, valut à la ville un assaut assez meurtrier dans lequel le capitaine Porcherie fut t'ait prisonnier par les royalistes

Le Roi, pensant que cette correction avait rendu les Chartrains moins récalcitrants , leur dépêcha le 29 M. de La Ferté- Milon, avec des paroles de conciliation. Le messager royal fut reçu par l'assemblée de ville avec moins d'arrogance que par le passé, et La Bourdaisière et Gramont parvinrent à proposer quelques articles d'un traité de capitulation. Mais à peine M. de La Ferlé s' était-il retiré , que les forcenés ligueurs de la garnison et do la bourgeoisie firent passer des propositions inacceptables ; à la veille d'une prise d'assaut , ils ne demandaient rien moins que la neutralité de la ville pendant un an . l'exemption de toute garnison à l'exception de la compagnie des gardes du gouverneur, le maintien de M. de La Bourdaisière dans son office, la libre sortie des troupes de la Ligue, l'éloignement de l'armée royale de dix lieues de Chartres, et enfin une trêve d'un mois pour communiquer ces articles à Mayenne'. Ils promettaient, en retour, de reconnaître le Roi pour seigneur et maître lorsqu'il rentrerait dans le giron île l'Église. Quoique le seigneur de La Ferté-Milon eût été donné eu ôtage aux Chartrains , on ne voulut charger personne de marque de porter ces propositions au Roi , car on se doutait bien de l'accueil qui leur était réservé. 'On dit que Henri, vivement courroucé , remit le papier à Rapin , son prévôt de l'hôtel, en s'écriant qu'une fois maître de la ville il ferait pendre ces mutins qui se moquaient ainsi de lui Les porteurs

1 28 mars. — Au capitaine Porcherie HO cens, tant pour partie de la ratn;>M en quoi il est tenu pour se racheter de sa prise par les ennemis que pour l'eniretenement de ses soldats en attendant d'autre gratification. (Etat d?s dépenses.)

* Journal, p. 131-136.

* Les messagers dirent que le Roi ayant jeté tes yeux sur les articles proposes , jura une Mort-Dieu (contre sa r.oustume de jurer Ventre -Saint -Gris) que (iramonl avait lait sagement tic n'être pas venu lui-même; ils ajoutèrent qu'Henri , après avoir

se retirèrent épouvantés et l'on ne songea plus qu'à se bien défendre '. Le 30 mars, 25 cuirassiers, partis de Dreux sous la conduite de La Rivière, soldat de la compagnie du capitaine de La Carrière, parvinrent à s'introduire dans les murs par la barrière du ravelin Saint-Michel \ C'était peu ; mais comme ces nouveaux venus en annonçaient d'autres, les Chartrains reprirent courage.

Le dimanche 31, au point du jour, les assiégés, qui redoutaient un assaut à la brèche du ravelin des Epars, virent avec étonnement les ennemis construire de nouveaux retranchements de gabions dans la vallée , vis-à-vis l'ancienne porte lmbout , à peu de distance de l'endroit du fossé appelé le Vieux-Trou. On ne comprenait guère cette manœuvre, car le fossé de la vallée pouvait être rempli à plein bord en levant les pales des moulins de la ville, et offrait, par cela même, un obstacle immense aux assiégeants ; d'un autre côté, cette partie des murailles, solidement édifiée, s'appuyait par derrière sur une terrasse de quinze pieds d'épaisseur. Ce n'était cependant pas une vaine démonstration : pendant les nuits du 31 mars au 1" avril et du 1" au 2 avril, l'armée royale transporta dans la vallée presque tous ses canons du marché aux Pourceaux et en arma trous batteries, dressées Tune dans

menacé l;i ville de sa colère , s'était tourne vers le chancelier de Chcveroy en lui disant : Que vous en semble, Monsieur le Chancelier? et que oc dernier aurait répondu : Sire, tous avez tout pouvoir. L'auteur du Journal prend texte de celte parole de Chevernv pour faire mie violente sortie contre ce magistrat , qu'il accus** d'attiser la haine tfans le co ur du Itoi , de n'avoir ni foi ni loi , de s'être engraissé des sueurs du peuple et d'avoir même dépouillé sa propre famille pour s'enrichir, (p. 137.)

1 I-i r ha mitre reçut ce jour-là même une adresse par laquelle Messieurs du clergé protestaient de leurs désirs de soutenir le siège le plus longtemps possiltle et déclaraient être prêts à verser dans la caisse municipale un tiers des deniers jugés nécessaires |iour parvenir à ce hut. f Papiers du Chapitre: Areh. départ.)

1 Ou donna, le 5 avril, une gratification de érus au soldat La Hivière, pour le récompenser de ses services, f Etal des dépenses.) — Le Journal (p. 138-139 > dit que cette troupe, qui entra dans la ville aux < ri> de Vit e Im Châtre et le vicomte de, Ta vannes, était conduite par le capitaine de l .v sinon I : la mention expresse de Y Etat des dépense* reelilie rc passée. iVutctre les soldats introduits appartenaientils à la compagnie du capitaine Thomas Desrorrhrs, sieur des Monts, qui tenait déjà iMt iii<-'n à Chai II v

le clos l'Evêque, l'autre dans le clos des Filles-Dieu, el la troisième dans les jardins qui font face aux Herses de Léthinière. Le 2 avril, à six heures du matin, ces batteries, fortes de douze à treize pièces , ouvrirent un feu terrible sur un espace de 120 pas, entre la porte aux. Cornus et la dernière tourelle du Massacre. A midi , la brèche étant pratiquée sur une largeur de 40 toises, l'ennemi vint la reconnaître; mais, comme l'accès lui en parut encore difficile , il continua à faire jouer son artillerie jusqu'à ce que la muraille et la terrasse fussent complètement rasées. Il était alors deux heures et les troupes royales s'ébranlèrent pour l'assaut \

Les capitaines de la garnison avaient profité de ces deux jours pour renforcer les points menacés. Ils avaient fait construire , à quelques pas de la muraille et parallèlement , un énorme retranchement de gabions et de sacs de terre ; un peu en arrière s'élevait un second retranchement aussi fort que le premier ; puis venait en troisième ligue uu fossé plus large et plus creux que le fossé extérieur et qui pouvait au besoin être rempli de six pieds d'eau. On avait édifié à chaque bout de tes retranchements, des épaules ou plates-formes qui dominaient tout à la fois la courtine et les ouvrages accessoires ; l'une de ces épaules était couverte par la porte aux Cornus, murée et bien bâtie, l'autre s'appuyait sur la tourelle du Massacre. La milice bourgeoise occupait seule le premier retranchement , le plus exposé aux coups de l'ennemi ; le second était défendu par les gens de M. de La Croix-Cottereau , capitaine de cequartilr. MM. de LaPatrière, de Réclainville, de Vaux et d'intigny tenaient l'épaule de la porte aux Cornus ; celle du Massacre avait pour défenseurs les soldats de feu M. de Pescherav et ceux de MM. de Gramontet de La Bourdaisière, aux ordres de M. de La Gagnerie. Les compagnies

1 Nous vous pouvons dire , amys lecteurs , que ce fut yn la enze de la maladie de tnutte la France et de l'éf/lue catholique , après laquelle un dewit attendre ou la mort de la patrie nu un certain prot/rez de sa pnsttne santé. {Journal, p. iU .)

cuiuuui-ii -es issj MM- < :- > M - . :> et otr La Piuelhere garnissaient les lYin^irts a > ci a Ju théâtre de l'action. I n o .r^irv- -i: .>- p ^ ^ Cvr<. Niiut-Jean surveillait les mines do IV: :> i : 1rs ;-.:^:.e> R utheliere et Sauvage gantaient le ra\V..:i ■>> E:.irs aw vin^t-eiuq hommes d'élite. M. Le Grar.d a^L: p --r o .L>!«-::e »:e piin-airir la ville avec une communie d^^oLu^rs. p or empêcher tout désordre et coutraindre t.. ut le i~ hv a f^re sou devoir ; La Borde , sei-gent-maj. t a chev;u. O'-v^i j»rvr les ordres d'un quartier à l'autre : enilu . Grainoiit et La Bourd..<.isiere s etaieut placés près du ehe\et de 1 Valise Sa;:il-Ar.dre. pour diriger les opérations ilaiis leur eiiseu^ le.

La défense lut ao!nuiv.< s. : su t\ ls le R«-i lança ses troupes à l'assaut, six fuis les assi-ws les ivpoussereut avec succès. Les royalistes ne se retirèrent que vers sept heures du soir, laissant le talus des fosses, les fosses et la brèche jonchés de cadavres. Après le quatrième assaut , comme ù ne restait plus personne dans le prenùer retrani heuieut qui ne fût blessé ou hors de combat. La Bourdaisière fit venir les soldats de la porte Saint-Jean, et cette poignée de braves soutint presque seule les cinquième et sixième charges. Le canon de l'année royale ne cessait de tirer que pondant les assauts : mais, alors, • la niousqueterie des retranchements et des plates-formes et l'artillerie du cavalier de la Prècberie. incommodaient beaucoup les assaillants. Parmi les héros de la journée il faut citer les enfants de la ville dont la valeur brillante ût avorter les quatre premiers assauts !, les soldats île la porte Saint-Jean qui vinrent les relever, et les 25 hommes de Bouthelière, de garde au ravelin des Epars, qui tinrent tète pendant plus de quatre heures à 400 arquebusiers de Biron. Les ennemis

1 En voyant la nnlire l»«'ur.:»MiM» ix"cuper le premier retrartfhenjent, La Patrure avait levé k> épaule > et s'était vanté que dix île £rns valaient mieux que quarante de la ville. Mais, après l'août, il changea de 'langage, et dit, pour flatter les bourpH>i>, que il Itur bnwtt la cume et que ils rcJoien/ mteux la moictu <jur nepetunU. (Journal, p. MS.)

perdirent 300 hommes et comptèrent , dit-on , parmi les morts ou les blessés, 14 mestres-de-cavalerie et 30 capitaines. La perte de la ville fut assez considérable ; toutefois, on n'eut à regretter, en fait de personnages de distinction, que le sieur de Vaux , l'un des commandants du quartier de la porte Morard \ Plus de 6,000 personnes couchèrent sur les remparts, mais la plupart, au lieu de réparer la brèche et les retranchements , passèrent leur temps à dévaliser les morts. Les ennemis firent demander , le 4 , une trêve de quelques heures pour retirer les cadavres qui gisaient dans le fossé et sur les talus extérieurs; on y consentit, et cette opération fut exécutée par le sieur de Chàtillon , pour les royalistes , sous la surveillance du sieur do Longueville , pour les ligueurs. Comme on vit que Chàtillon examinait attentivement la brè-

1 12 airil. — .4 Denis Moreau, plombier, /// livres X sous, pour un cercueil de plomb, où a esté mis le corps de Mr de Yaulx , tué à l'assaut de la brèche qui fut faict le mardi 2 apvril. et à Louis Menayer, menuisier, V livres \ sous, pour un cercueil de bois pour couvrir celuy de plomb. (Etat des dépenses )

Le Journal fixe la perte des Chartraiiis à ou il) tués et 100 à 120 blesses, la plupart très-grièvement. Plusieurs ecclésiastiques périrent, et M. Bonhomme, receveur du Domaine, reçut une blessure dont il mourut peu après (p. MO).

Voici comment Hocu, secrétaire de l'abbaye de Saint-Père, nous raconte cet assaut: « Le mardy. le Béarnovs changea sa' baslerye de la porte des Espars et la » mena aux Filles-Dieu près fa iwrte Drouaize. Il commença à batre à six heures » du matin et list brèche depuvs la porte lmboust jusques à la grosse tour du Mas-

• sacre. L'assault commença a une heure après midv et dura jusques à la nuict. Il « fut tiré l.'ÎOO coups de canon, un coup moins. Ltilict assaull fut vaillamment » soutenu par les habitants de la ville, en présence de Mr le gouverneur, M«r de

• Grandmons et autres gentil/hommes et capitaines, lesquelz firent yrand estât et » louèrent fort les habitons de la ville. Il y demeura environ cent hommes qui

• furent tuez et blessez , entre lesquelz ceulx de nostre quartier de porte Morara : » Mr de Vaulx, gentilhomme soubz Mr le gouverneur, capitaine de nostre quartier; » Guillaume Varcnne, marchant et sergent du quartier; frère Hector Fachu, rcli- » gicux de céans; messire Jehan d'Hnilly, prebstre; un bon religieulx de Paris, » docteur en théologie et principal du collège de la Marche de Paris; Jacques Chc- » vard, houllanger, et Pierre Quartier, maistre sergier, y furent tuez, et frère Malhuriri •> de Harleville , religieux de céans , y fut blessé d'un coup de harquebuze dedans

• le bras. Il fut tué du party du Béarnoys de sept à huict cent/, hommes, entre - lesquelz a esté remarque phis de six vingt/, gentil/hommes de Bcausse , qui furent

• |»eschez en l'eau du f<»>é prés la porte lmboust. » t Actes capitulaires de l'abbaye de Saint-Père, Arch. départ.)

Notre-Dame ne désemplit pas de toute la journée. Le soir, M™ de La Bourdaisièrc , accompagnée de plusieurs bourgeoises de haut rang , vint faire ses dévotions à la chapelle des Cryptes; elle se rendit de là à la brèche pour s'assurer par ellemême que son mari n'avait pas élé blessé. On en riait, parce que La Bourdaisière s'émit fort éparyné, restant toujours derrière les combattants (Journal, p. 149.)

che , on se décida à la boucher, pendant la nuit du 4 au 5 , avec des gabions , des sacs de terre et du fumier.

Un mouvement assez difficile à expliquer avait eu lieu depuis l'assaut dans les tranchées de l'ennemi ; le feu de mousqueterie que les royalistes entretenaient chaque nuit paraissait destiné moins à inquiéter les travailleurs de la brèche , qu'à protéger des travaux secrets. On disait que les batteries de siège allaient être reportées au marché aux Pourceaux et que d'autres attaques se préparaient du côté de l'abbaye de Saint- Père. La vérité était que les troupes royales construisaient dans leurs logements de la vallée, d'après les plans du sieur de Chàtillon, un grand pont de bois, fermé comme une galerie , roulant sur des tonneaux , et qui , glissant au-dessus du fossé, devait déposer leurs gens au pied des murailles. Cette machine fut mise en place dans la nuit du 7 au 8 , et , lorsque le jour parut, les Chartrains virent avec effroi des soldats ennemis, armés de crochets, qui commençaient déjà à jeter dans le fossé les gabions et les sacs de terre de la brèche. Quoique La Croix-Cottereau se moquât beaucoup de cette invention , elle ne laissa pas que d'inspirer une grande terreur aux assiégés dont les esprits tournaient depuis quelques jours au découragement.

Une émeute assez violente avait, en effet, éclaté le 4 au soir; c'était à qui ne marcherait pas à la défense de la brèche; le gouverneur avait même été forcé de mettre l'épée à la gorge d'un capitaine qui refusait d'entrer dans le ravelin de la porte des Épars, sous prétexte qu'il n'était plus tenable. De tous les gens de guerre, La Pinellière, La Croix-Cottereau et Réclainville étaient à peu près les seuls qui n'inclinassent pas vers un accommodement. Le Roi, informé par ses amis chartrains do la désunion qui régnait dans la ville, avait jugé le moment venu de tenter un accommodement. Le sieur du Bellay s'était présenté de sa part , le 6 , au ravelin de la porte Saint-Michel ; il se disait envoyé par le maréchal de Biron et

le chancelier Cheverny , pour savoir si les assiégés voulaient persister à se perdre. La Bourdaisière , qui avait entamé des pourparlers sur ce propos, en référa, le 8, au Conseil directeur, et après bien des débats, il fit passer, d'accord avec Suireau, quelques articles que Gramont et l'avocat du Ru se hâtèrent d'aller communiquer au Roi. On élevait encore des prétentions exorbitantes, car le clergé et les chefs ligueurs de la garnison et de la bourgeoisie tenaient toujours au gouverneur de leur choix, à la proscription absolue du culte réformé dans la ville et à un long délai pour avertir le duc de Mayenne.

Ces exigences faillirent tout perdre : Henri déchira le papier et donna l'ordre de continuer la sape du ravelin des Épars. Chaque heure faisait gagner des points au Roi, parce qu'il soutenait ses volontés à coups de canon.

Du Bellay étant revenu le 9, La Bourdaisière se hâta de renouer les négociations. Il convoqua une assemblée ecclésiastique et une assemblée laïque auxquelles il soumit la proposition d'adhérer purement et simplement aux articles qui seraient accordés par le Roi. Le clergé tenta vainement de réchauffer une fois encore le vieux zèle ligueur des Chartrains 1 ; l'insistance de La Bourdaisière , qui menaçait de faire

1 Le Chapitre et les curés , assemblés dans la salle épiscopale , hors la présence de l'Evoque suspect de royalisme, émirent l'advys de persister au serment par eux cydevant fait entre les mains de Mr le Due de Marne et y vivre et mourir, et à celle fin supplier Mr le Gouverneur et Mrt de la noblesse qui l'assistent et qui ont courageusement jusque s à présent soutenu les efforts de lennemy , vouloir continuer au besoin et ne se lasser à la deffense et protection de la ville pour laquelle ils ont pris les armes en main et pour la relligion catholique , promettant de leur part tout se qui se pourra de leur devoir pour la deffense de leur fou et de la ditte ville. Us firent porter cet advis au conseil des laïcs par MM. Macé Cochard, sous-chantre et grand-vicaire de TEvéque , René Percheron , chanoinc-chevecier , Mathurin de La Chaussée , religieux de Saint-Père , et Gervais Moussu , curé de Saint-André , et ils les chargèrent de soutenir l'opinion qu'il vaut mieux mourir que de donner consentement à devenir esclaves de l hérétique et encourir les sentences d'excommunication , reconnaissant un damnable hérétique pour Roy, et qu'il ne faloit pas que à l advenir les histoires tesmoignasstnt que on l'eust receu au consin tenu nt du clergé , attendu que on ne peult jurer obéissance au chef des hérétiques que on n'ayt au préalable renoncé f obéissance que l'on a jurée au saint Baptême, à Jésus-Christ, à son Eglise et à son Pape. (Journal, p. 107.)

sa paix en particulier , si l'on tergiversait plus longtemps, l'emporta sur l'éloquence des orateurs ecclésiastiques, et il fut décidé que, dès le lendemain, on aviserait à la capitulation. Le soir de ce jour et pendant la nuit, les royalistes tentèrent plusieurs fois l'escalade par leur pont de la brèche ; le capitaine La Ooix-Cottereau leur résista vaillamment, et cette fois encore l'honneur des armes chartraines ne reçut aucune atteinte.

Enfin , les conditions imposées définitivement par le Roi furent apportées par Gramont et du Ru le 10 au matin; elles étaient beaucoup moins rigoureuses qu'on ne devait s'y attendre. Henri garantissait l'exercice de la religion catholique , apostolique et romaine , interdisait le culte réformé dans la ville et les faubourgs, confirmait les privilèges, offices et gouvernements établis et promettait de ne rechercher personne pour fait de guerre. Les habitants ligueurs, quels qu'ils fussent, obtenaient la permission de se retirer, bagues sauves. Huit jours étaient donnés pour prévenir Mayenne, et si, pendant ce temps , un secours de quatre cents hommes parvenait à s'introduire dans la place, la capitulation devait être regardée comme non avenue \ Les gens de guerre, en particulier, pouvaient sortir avec armes et bagages, mèches allumées , enseignes déployées et tambours battants ; le Roi leur accordait, avec l'oubli du passé, la faculté d'enlever leurs blessés et s'engageait à les faire conduire par des personnes de qualité jusqu'aux lieux où ils voudraient aller'. La Rour-

' bus articles , au nombre de neuf, accordez par le Royaux habitons de la ville de Chartres cl définitivement acceptés le iH, sont insérés dans le registre des affaires communes; ils se terminent ainsi : Fait au camp devant Chartres le xvtij* jour d'apyril 1591, signé Henry et plus b&sl'othyer. Il en existe, dans les archives de la Mairie, une coj>ie collationnéc signée Martin, greffier de la ville.

Le Journal (p. 1 / l ) dit que le Roi, dans le but d'intercepter tout secours aux assiégés, veilla lui-même avec la plus grande vigilance, tournant sans cesse autour de la ville, et que se trouvant un jour exténué de fatigue, il descendit de cheval, fit coucher ses pages l'un à côté de l'autre, s'étendit sur eux et dormit ainsi quelque temps.

* Les articles, au nombre de onze, accordez par le Boy aux gens de guerre estant de présent en la ville de Cluirtres, se terminent ainsi : Fait au camp a«<<jn/ Chartres le xj' jour d'apvril 1591 . signé Henry et plus bas Pnthier. Une copie de cette capitulation est conservée dans les archives de la Mairie.

daisière somma pour la dernière fois les capitaines, les bourgeois et le clergé de signer ; les ecclésiastiques |>ersistèrent dans leur refus 1 ; les autres cédèrent, à l'exception des sieurs de Réclainville , de La Pinellière et de La Croix-Cottereau. Ce dernier , exaspéré de ce qu'il appelait la lâcheté des capitaines , s'en fut de rage à la brèche et tenta d'incendier le pont roulant qui n'était plus gardé avec une grande vigilance ; il donnait pour prétexte que les batteries royales avaient lâché quelques volées, quoiqu'il y eût depuis deux jours une sorte de trêve tacite \ Malgré cet incident qui n'eut pas de suite, on procéda , le 4 1 , à la remise des otages entre les mains du Roi. Gramont, La Patrière, de Beauce et Rochambcau cautionnèrent les gens de guerre ; le maire Suireau , l'échevin Bachelier, l'élu Pasté et le sergent-major La Borde répondirent des bourgeois. Le même jour, La Gagnerie, Longueville, le chanoine Jean Salmon et l'avocat Etienne Duhan reçurent des passeports pour aller trouver Mayenne

I Le clergé était représenté par ses délégués de la veille auxquels avaient été adjoints les docteurs qui preschaicnt , à sçavoyr le Cordelier , le Jacobin, le Minime et le Jésuite. Le Minime porta la parole , et comme il alléguait , à l'appui de- son opinion , plusieurs miracles faits par Dieu pour sauver des villes assiégées , La Bourdaisière l interrompit en disant que nous n'estions plus au temps que Dieu faisoit tels miracles; dont il fut fort blâmé. (Journal , p. l(îî>.)

D'après le Journal (p. 171), La Bourdaisière et Gramont, pour faire croire que le clergé avait prêté les mains A la capitulation , pratiquèrent ung gros littgcr-Bontemps et robineux de cltanoyne et archediacre de Vendôme , nommé Mariau , et lui feirent signer laditte capitulation comme estant député pour le clergé. Mays tant le. Chapitre que le cierge désavoua tout ce qu'il en avoit fa ici, comme aussy il n'avoit aucune commission spéciale de ce faire.

* Ce dernier combat coûta la vie à M« Mathunn Duchesne , curé de Coltainvillc , et à deux jeunes gens de la bourgeoisie , l'un nommé Claude Quédarne et l'autre Médard Bouchard , neveu du chanoine de Basic ; le capitaine Porcherie et son lieutenant y furent blessés. (Journal, p. 170.)

* // avril. — A Mrt Jehan Salmon, chanoine de la dite ville, et Etienne Duhan, avocat, députés pour se transporter vers le dur de Mayenne, pour lui faire entendre l'état auquel est à présent réduite ladite ville, 20 écus.

II avril. — A Lambert Allairc, marchand, 25 écus, pour la vendition d'un cheval baillé au sieur de la Gaignerie . pour n.ssister les députés vers Mr le duc de Mayenne. (Etat des dépenses.)

Le 15 avril, la chambre de ville établit sur les habitants une taxe de 9,000 écus, dont un tiers à la charge du clergé, pour appliquer aux besoins publics, soit que le siège continuai , soit aue la capitulation fût maintenue. I* clergé versa sa quotepart le 17. (Papiers du Chapitre; Arcb. départ.)

Les secours n'étant pas arrivés, le vendredi 19 au matin , MM. de Biron et de Sourdis vinrent avec leurs gardes occuper la porte Saint-Michel, puis la garnison défila entre deux haies de soldats royalistes. Gramont et ses troupes tirèrent vers Paris ; on conduisit La Rourdaisière du côté d'Orléans, et des Monts gagna la Normandie, muni d'un passeport du Roi. Les principaux ligueurs de la bourgeoisie , ayant à leur tête le charpentier Brebion, échevin, M" Cailleau, curé de Saint- Aignan , et deux religieux , quittèrent la ville avec les gens do guerre et se dirigèrent vers Orléans. En même temps , les troupes royales prirent possession de la brèche et de toutes les portes

Le chancelier de Cheverny , gouverneur de la province , s'était rendu le matin à la cathédrale; l'Évêque et le Chapitre lui députèrent les chanoines René Percheron et Florent Matthieu, pour prendre ses instructions relativement à la réception à faire au Roi. 11 fut convenu que le clergé des paroisses , les religieux et les communautés se rendraient à la porte Saint-Michel , le lendemain , à quatre heures de l'après-midi , avec chappes, croix et bannières , et qu'ils conduiraient processionnellemcnt Henri IV jusqu'à la porte royale de Notre- Dame où M*' de Thou prononcerait la harangue officielle. Sa Majesté , à cheval et entourée de ses principaux officiers , arriva, en effet, le 20, a l'heure indiquée, et, après avoir reçu les clefs de la cité présentées par le corps municipal \ elle se plaça sous un dais de velours bleu , garni de crépines d'or et d'argent , porté par quatre échevins s et traversa toute la

1 Le Journal (p. 173) dit que les ennemis, tant gens de pied que gens de cheval, ne faillirent à estancher leur soif des tins de Chartres comme ceux qui n'en avoient de longtemps beu leur saoulz.

* D'après Mathieu (t. Il , p. 64) , le Maire aurait dit au Roi : Sire , nous sommes obligés à vous obéir et par te droit divin et par le droit humain ; et Henri aurait interrompu l'orateur en s écriant : Ajoutez par le droit canon. Mathieu est le seul historien qui rapporte cette anecdote.

On paya six ecus aux archers de la porte du Roi , pour leur droit , lors de la présentation des clefs, et trente écus à Nicolas Le Breton, roi d'armes du titre de Montjoic-Saint- Denis. {Compte de Michel Bachelier; Arch. de la Mairie.)

ville par les rues Saint-Michel et des Changes; mais, au lieu <le s'arrêter en face des marches de la cathédrale, où le prélat l'attendait, Henri, sans faire mine de l'apercevoir, continua son chemin vers le plais épiscopal. M. de Thon et le Chapitre, coupant alors rapidement par l'église, parurent au perron septentrional , en même temps que le Roi, qui voulut bien écouter la harangue et fit une réponse gracieuse. On rit un peu de cette espièglerie du monarque, à l'adresse du Chapitre bien plutôt qu'à celle de l'Kvêquc; car M. de Thon, différant en cela de la majorité de son clergé, n'avait jamais passé pour ligueur.

I n Te Dcum chanté' en présence des princes , seigneurs et capitaines catholiques, termina cette journée qui avança prodigieusement les affaires de Henri IV.

Ce second siège , soutenu pour une cause peut-élre moins juste, jeta autant d'éclat que le premier sur les armes chartraines '. La politique des Chartrains pouvait s'excuser par la

' Les documents locaux , relatifs austère, mentionnent partirulii '-renient , parmi les morts, M. de Pesrherav, le cadet de Réelainville . les capitaines La Fontaine , du Plessis, Kervaques et de Vauv, le soldat Le Pont, le canonnier Julien Texier, M. Bonhomme, receveur du Domaine, Omhesne, curé, Malaisé, prêtre; les bourpeois Claude Quédarnc , Médard Bouchard, Simon Bastou , Ktienne Lanpuet. Jean Pilou, Huhert .Moidouv, Michel Jehan dit Himlc-u- hns. Parmi les blessés figurent MM. Le Grand et de iléclainville , les capitaines de La Carrière, Porcherie et son lieutenant, Etienne Gonssu, prêtre, Auvray, secrétaire de lY-véché, Le Noir, prelfier. Le Roy, procureur, les bourgeois Nicolas lleuault, Buleau, tils de l'avocat, Jean Bupré* Jean Jouv, Colin de Paris, René Poidevin, Simon Perinel, Pierre Ltoulect et Michel Haie. La plupart d'entre eux lurent soignés par M'** Pierre de Cahauncau et Antoine Hudan , chirurgiens des cnmpapnies de M. de La Croix-Cottereau.

M. de La Pinellière, le capitaine Breleleville , les sieurs de Radepont, La Rivière. Duchosne, Pichon , Maillard, Minières, Seincaveyne, Le Boulanper, (irosnon et Lemestre accomplirent , au péril de leur vie , divers voyages pour les affaires de la ville. Le sieur Jean Pichart et la femme Marie Chauveau furent charpés plusieurs fois d'espionner les mouvements de l'ennemi dans son propre camp.

Le chiffre des dépenses s'éleva à 7,106 écus ÎW sous, suivant l'état conservé à la Mairie. On remarque dans cet état : 1" le chapitre de la fonderie et de l'artificeric , comprenant la fonte des pièces d'artillerie, des boulets et des halles, la confection et le bridape des grenades en élain doux, la mouture des poudres, la fabrication des chausses trapes , des pièces d'artilice et des halles ramées . "2" le chapitre des ateliers de serrurerie , menuiserie , charpeuterie , charronnape , terrasse et maçonnerie , comprenant l'équipape de l'artillerie, le mon tape des petites pièces en f'antn d'orque., la confection des pabions et fascines, les mines et contre-mines, la réparation des murailles. On fit face aux dépenses au moyen d'un emprunt sur les plus aisés des habitants, qui produisit 7,71 / écus 10 sous.

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