‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 34 sur 123 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

mil le sujet de clameurs et de plaintes que le gouverneur sut apaiser au pré de la Chambre et à la satisfaction des habitants'. Aussi eut-on beaucoup d'égard à sa recommandation en faveur des religieuses Visitandines qui cherchaient à s'introduire dans Chartres et que l'on avait repoussées nonobstant le crédit dont elles jouissaient près de la Régente et de révoque Lescot \

Une autre mutation se produisit au mois d'août 1646 dans le personnel des hauts fonctionnaires chartrains. M. Etienne Simon, lieutenant-général du bailliage et président du corps municipal, mourut au mois d'août, au grand regret de ses administrés*. 11 fut remplacé par M. Pierre Simon, son fils4.

Chartres reçut, le 14 août 1647, la visite de son prince apanagiste. Gaston agréa les compliments et le vin de la ville,

1 lier}, des Echevins; Séance du 20 novembre.

I M,; Séances des 15 et 22 janvier, et 5 avril 1647.

Ces religieuses avaient cherché à fonder un établissement à Chartres dés l'aimée HY.ÏÏ't. Kllcs furent autorisées en 1646 par l'évéque Lescot et acceptées par la Chambre de ville en 1G47 ; mais elles ne formèrent leur maison qu'en 1650.

Voir, sur le couvent des Visitandines, les renseignements contenus dans le dernier chapitre de cette histoire.

3 \jr, lieutenant-général Etienne Simon fut inhumé le 31 août à Saint- Aignan. b Chambre assista en corps à ses funérailles. (Heg. des Echevins.)

* M. Pierre Simon ne fut nommé Lieutenant-général qu'au printemps de 1647. le lieutenant-particulier Le Noir lit l'intérim pendant la vacance d'emploi et reçut, à ce titre provisoire, les compliments et les cadeaux de la Chambre (six flambeaux de cire jaune de deux livres chacun et six bottes de confitures sèches), lors de la visite du 1er janvier 1647. flb.)

II n'y eut, en 1616, que deux Te Ifeum , l'un, en juillet, pour la prise de Courtray, l'autre, en oclohre, pour la prise de Dunkerque. Mais les passages de troupe* furent continuels, savoir: 1i janvier. Cinq compagnies du régiment de Noirmoutiers. — 3 féirier. 426 soldats d'infanterie italienne. — /.î février. Régiment de ravalerie de Gévres. — 2 mars. Une compagnie du régiment de cavalerie de Beaujeu. — 8 mars. Deux compagnies du régiment de Noirmontiers. — 26 avril. Régiment de Limousin. — 8 mat. Recrues pour Navarre, infauterie. — 13 mai. Six compagnies de Feuquières, cavalerie. — 1o el 21 mai. Recrues d'Orléans, infanterie. - 2 juin. Régiment d'infanterie de Gèvrcs : trente compagnies, 1 mestre-deramp, 1 major, 1 commissaire des guerres, 10 capitaines, 21 lieutenants, 21 enseignes, 60 sergents, 54ÎJ soldats. — 12 juin. Recrues d'Entraigues , infanterie

tijuillrt. Troupe de yens de pied et de cheval français, allemands et antres, passant du service d'Angleterre à celui de France et commandés par le sieur if Chapdelaine. — 20 ortàltre. 122 prisonniers espagnols retournant chez eux. — 10 décembre. Quatre compagnies d'Esclainvillier, cavalerie — 13 décembre. Compagnie des gendarmes du du» d'Orléans flbj

fit ses dévotions a Notre-Dame et repartit Des pèlerins plus augustes encore arrivèrent le 24 mars \ 648 ; le jeune Roi et la Reine, sa mère, se dérobant un instant aux orages de la vie politique, vinrent prier à l'autel de la Vierge-aux-Miracles \ Le courage d'Anne d'Autriche allait bientôt être mis à l'épreuve; la Fronde, née dans le Parlement, se manifestait déjà au dehors, malgré la victoire de Lens *; des bandes d'aventuriers, à l'affût des occasions de trouble , parcouraient les environs de Paris, et, vers la Cn de l'année, leurs incursions poussées jusques aux portes de Chartres, forcèrent les échevins à prendre des mesures de précaution \ Le brusque départ de la Cour de Paris, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, ne fit qu'empirer cette situation. M. de La Frette accourut, organisa les gardes, arma les bourgeois et remplit les vides qui existaient dans le cadre des officiers de la milice citoyenne \ Le 20 février, M. de Magny, nommé major, prêta serment entre les mains du gouverneur et prit le commandement supérieur des compagnies *.

La Cour, dans le but d'effrayer le Parlement, avait convoqué les Etats-Généraux à Orléans pour le 15 mars 7. Le 8 de ce mois, on procéda, en assemblée générale des paroisses , à l'élection des députés du Tiers, et MM. Florent Chouayne, ancien lieutenant particulier de l'Election, etCouart, prévôt, obtinrent la majorité des suffrages*. Mais le traité de Saint-

1 fieg. des Echevtns; Séances des 13 et 14 août.

* Ib.; Séances des 3 et 19 mars. — Mémoires de madame de Motlevilie; coll. Michaud, 2' série, tome X, p. 149.

s 31 août. Te Deum pour la victoire de Lens. (Reg. des Echevins )

1 Ib.; Séance du 3 novembre. — M. de Collard fut chargé de nettoyer les environs.

» Ib ; Séances des 12, 13 et 25 janvier 1G49.

* Ib.

7 Mandement du Hoy pour la convocation des Estais généraux donné a

Satnt Germain en Laye le 2ô< janvier 1049. Pièce, in-octavo, imprimée par Symphorian Cottereau, 1649.

Ce mandement fut lu et publié en jugement, en l'audience du bnilliage et siégr présidial, le 13 février, et crié dans les carrefours le 20 du même mois.

* Séance du 2 mars, dans laquelle on fixe le jour de l'assemblée générale. (Heg. des Echevins )

Germain , qui fut connu à Chartres le 6 avril , fit ajourner indéfiniment cette réunion

L'arrestation du prince de Confié, dont M. de Sourdis informa la Chambre le 22 janvier 1650 *, fut le signal de nouveaux désordres dans le royaume. On avait d'autant plus lieu de craindre pour la tranquillité du pays chartrain , que la disette régnait dans les campagnes ' et que le duc d'Orléans paraissait incliner pour le parti des princes. Les bourgeois furent sur pied toute Tannée et l'autorité du Roi ne reçut aucune atteinte *. Toutefois, au commencement de janvier 1651, Gaston ayant expédié en Beauce sa compagnie des gardes *, les choses auraient pu prendre une mauvaise tournure pour la Régente et Mazarin , s'il n'était arrivé presque en même temps, par ordre du Roi, dix compagnies du régiment de Navailles qui, cantonnées à Brou, Voves et Gallardon, tinrent les populations en respect*. Ces troupes furent relevées au mois de mai par le régiment étranger d'Esterazzy, les chevau-légers de la Reine et la compagnie d'infanterie du duc de Valois 7.

Malgré son habileté et le dévouement de quelques officiers de mérite, Mazarin avait dû céder devant la coalition des

1 Ce fut M. de Fromont, secrétaire des commandements de S. A. R. le duc d'Orléans, qui annonça le traité de Saint-Germain à la Chambre de ville. On chanta un Te Ikum et on lit un feu de joie le 8 avril, (lieg. des Eckevms.,

» Ib.

» Ib.; Séance des 25 janvier et 8 mars 1650.

• Mesures de précautions prises particulièrement au mois de septembre. On ers» les gardes des portes au mois d'octobre. (Ib.; 7 septembre, 2 octobre.)

Le 18 août, on avait envoyé à Paris le Lieutenant-général et MM. Chevrier et de Colard, échevins, pour féliciter Mme la duchesse d'Orléans de la naissance du prince son fils, et on avait chanté un Te Deum à cette occasion. (Ib.)

• Cette compagnie , forte de <i officiers , un maréchal-dcs-logis , 2 trompettes el (16 gendarmes, traversa Chartivs le 3 janvier 1651 et fut tenir garnison à Bonneval. (Ib.)

Le même jour , 3 janvier , on chanta un 7> Deum en réjouissance de la victoire de Hethcl. (Ib.)

• Lettre du Roi du 19 décembre 1650; Séances des 5 janvier et 18 mars 1651 U régiment de Navailles , divisé en trente compagnies, comptait 65 officiers. 56 sergents et 990 soldats. (Ib.)

1 Ib.; Séances des 2, 25 et 31 mai.

f>arlementaires et des princes (février 1051): mais, quoique sorti du royaume, il dominait toujours dans les conseils de la couronne. Dès le mois de mars, la noblesse et le Parlement ne s'entendaient plus; pour les diviser encore davantage, Anne décida que les Etats-Généraux s'assembleraient à Tours le 8 septembre, jour de la majorité du Roi son fils.

Le 8 août, M. Simon, lieutenant-général, communiqua à la Chambre de ville un mandement du Roi pour l'élection des députés des trois ordres du bailliage de Chartres l. Une réunion préparatoire eut lieu le 1 3 , et les candidats du Tiers-Etat désignés par les suffrages furent MM. Chouayne, déjà élu en 1649, Boileau, contrôleur au grenier à sel, Chevrier et Pastey, échevins *. On convoqua les trois ordres pour le jeudi 1 7 août, jour de funeste mémoire.

Les gentilshommes du bailliage, assemblés dès le matin de ce jour sous la présidence du marquis de Maintenon, bailli 3, décidèrent que, malgré les précédents de 1014 et de 1649, le Lieutenaut-particulier * et le Lieutenant-criminel * n'auraient pas séance dans la réunion de leur ordre. Us chargèrent MM. de Cherville et de? Denonville de signifier cette résolution à ces deux magistrats et demandèrent l'adhésion du clergé et du corps de ville. Le clergé promit d'en délibérer; MM. de la Chambre répondirent que le Lieutenant-criminel étant échevin , ils devaient observer une neutralité complète ; quant aux deux intéressés, ils manifestèrent l'intention formelle de soutenir leurs droits. Le lieutenant-général Simon, désirant prévenir des débats fâcheux, voulut faire remettre l'assemblée à quinzaine; mais les gentilshommes et les magistrats tinrent bon, et à deux heures de l'après-midi tout le monde se réunit

1 Hcg. des Echevins.

! Ib.

* La Chambre alla faire la révérence à M le m»ri|ius «le Mainleiinn ei lin ••(lut «me douzaine de bouteilles de vin. (Ib.)

* Jacques Gobineau.

5 Jean Lebeau

û la tour du Palais. La noblesse et le Bailli occupaient la salit* d'audience; le Lieutenant-général, le Lieutenant-particulier, le Lieutenant-criminel et les gens du Roi se tenaient dans la chambre du Conseil. Avant de tenter une réunion indispensable, car la noblesse ne pouvait opiner sans les gens du Roi, les gentilshommes députèrent de nouveau trois d'entre eux. MM. de Jonvilliers, de Denois et de Friaize, cavaliers d'âge, de marque et de capacité , pour engager le Lieutenant-particulier et le Lieutenant-criminel à se retirer. Cette démarche n'eut pas plus de succès que celle du matin. Un moment après, le Lieutenant-général, suivi des magistrats discutés et des gens du Roi, traversa le lieu où se trouvait la noblesse et invita les assistants à rejoindre les délégués du Clergé et du Tiers-Etat dans la grand'salle où l'on avait dressé une estrade. A peine les membres du bureau avaient-ils pris place que plusieurs gentilshommes, sans parlementer davantage, portèrent la main sur le Lieutenant-particulier et le Lieutenantcriminel et les jetèrent en bas de leurs sièges. Cette violence fut le signal d'une rixe sanglante. Les huissiers et les sergents, quelques membres du Tiers-Etat et des hommes du peuple, accourus au bruit, tirèrent la dague et l'épée contre les gentilshommes ; ceux-ci , plus experts dans le maniement des armes, les repoussèrent jusqu'au pied du grand escalier, fermèrent les portes et se barricadèrent à l'intérieur avec les bancs des avocats. Un sergent nommé Yillars, frappé à mort dans la bagarre, était tombé sur les marches du perron. A la vue de son cadavre, cinq ou six de ses compagnons, blessés et couverts de sang, se répandirent dans tous les quartiers en poussant de telles clameurs qu'au bout d'un quart-d'heure 2,000 individus en armes encombrèrent la cour du palais. Le tocsin sonna, les portes de la ville furent fermées, le Vidaine se réunit , l'émeute grossit , et les cris de vengeance partis de tous cotés apprirent à la noblesse quels dangers elle courait. M. Anne (irenet , procureur du Roi, essaya de sortir pour

haranguer la foute, mais on le contraignit à rentrer en le couchant eu joue. Cette tentative malheureuse n'effraya pas le Lieutenant-général et le Bailli qui, se fiant à la popularité dont ils jouissaient, descendirent résolument dans la cour; mais une fois engagés au milieu des assiégeants furieux , ces personnages , séparés , menacés , bousculés , parvinrent à grand'pcine à gagner l'hôtel-de-ville. Ils y trouvèrent MM. de Colard et Chevrier, échevins, Le Maire, contrôleur des deniers communs, de Pardieu, procureur des habitants, et le greffier Martin, qui essayaient de réunir une compagnie de la milice. Personne ne répondait à leur appel, et le seul officier présent sur les lieux était le sieur Travers, avocat et lieutenant du quartier de la porte Morard , qui ne semblait pas animé de très-bonnes intentions pour la noblesse. Le Lieutenant-général, le Bailli et les deux échevins, réduits à leurs propres forces, se présentèrent en vain plusieurs fois au perron et aux fenêtres de l'hôtel pour haranguer la multitude et requérir l'assistance du Vidanie ; ils ne purent rien gagner. On eût dit que les bourgeois n'étaient pas fâchés de ce qui arrivait.

Cependant la position des assiégés devenait de plus en plus périlleuse. Les magistrats enfermés avec eux se hasardaient de temps à autre à mettre la tète aux issues et à pérorer avec leurs connaissances; on leur montrait pour toute réponse la pointe d'une hallebarde ou la mèche d'une arquebuse. Une partie des assaillants dressaient des échelles aux fenêtres, amoncelaient des barils pour mettre le feu , les plus acharnés se ruaient sur les portes. Après une vive résistance, la première porte de la tour céda; M. de Boncières, gouverneur deToul, fut tué à cette attaque d'un coup de mousquet dans le ventre. La seconde porte ouvrant sur la grande salle fut ensuite emportée, et comme, au même moment, les gens du peuple, montés sur les échelles tiraient par les fenêtres et d'autres émeutiers par les trous des cloisons , plusieurs

malheurs arrivèrent. M. ilu Mesnil-Berchères fut tué d'une mousquetade à la tète, M. de Valois percé d'un coup d'arquebuse; MM. de Jonvilliers , du Bouchet-Guyonnière et Lardé, lieutenant en l'Election , furent blessés de coups de feu. Les gentilshommes, chassés de la grand'salle, se réfugièrent dans la salle d'audience; mais, poursuivis de près par leurs ennemis, ils ne purent défendre la porte, qui céda au premier choc, et ils furent contraints à demander quartier. Ils auraient peut-être été tous massacrés, si le Bailli et le Lieutenant-général ne fussent arrivés sur le lieu du combat. Ces deux magistrats dout la voix était ordinairement écoutée, s'interposèrent entre les combattants avec tant de courage et d'autorité qu'ils obtinrent grâce de la vie pour les gentilshommes. Le peuple ne consentit cependant à évacuer les appartements qu'après avoir assisté à l'incarcération des vaincus. Le Lieutenant-général parvint à faire entrer à l'hotel-de-ville quelques gentilshommes désarmés; les autres, brutalisés par les huissiers et les sergents , furent jetés dans les cachots de la tour. MM. de La Motte-Lemaire , de Sellantes, de La Soublière et de Houville reçurent dans la cour de graves blessures. Le sieur de Bonneval , l'un des seigneurs les plus compromis, fut arraché par la populace des mains des sergents, foulé aux pieds et frappé de plusieurs coups de hallebarde; on eut beaucoup de peine à le soustraire à ses bourreaux. Dans la soirée, lorsque l'agitation diminua, on rendit la liberté aux prisonniers, à l'exception des sieurs de Bonneval et de Bréval, contre lesquels il y avait mandat d'arrêt, et du sieur de La Motte- Lcmaire qui voulut rester avec M. de Bréval, son frère.

Cette affaire si fâcheuse ne pouvait en rester là. Le soir même chaque partie intéressée dressa à sa manière un procès-verbal des faits et gestes de la journée. Au dire du Lieutenant-général, la querelle ne s'envenima (pic par suite des violences de la noblesse: en ripostant, les habitants ne firent

que venger leurs frères massacrés par les gentilshommes. Suivant le Bailli , le coup était monté depuis longtemps par les gens de robe; les portes de la ville étaient fermées avant que la dispute ne s'engageât, et dès le matin on disait presque publiquement qu'on saurait bien se défaire de la noblesse. 11 y avait de part et d'autre une grande exagération. Néanmoins il était évident que les bourgeois s'étaient tenus à l'écart et que leur abstention pouvait passer pour une participation indirecte aux violences de la populace.

Le lendemain 18 août, les gentilshommes réunis à la campagne tirent élection de M. le marquis de Maintenon , bailli, et de MM. de Chcrville, de L'Etourville , de Villereau, de Senantes, de Méréglise, d'Ecurolles, de Moussaudière et de Denonville pour porter plainte au Roi. La Régente leur donna audience le 21 , et le Conseil, saisi de leurs conclusions, délégua, pour en informer, M. Legras, maître des requêtes.

Pendant un mois la terreur régna dans la ville ; on n'osait pas s'aventurer hors des murailles de peur de la noblesse, et les compagnies bourgeoises faisaient le guet comme en temps de guerre. On ne reprit un peu de repos qu'à partir du 19 septembre, jour auquel le sieur de Fort-lsle, assisté d'un autre gentilhomme, vint assurer la Chambre que les membres de son ordre, connaissant les instigateurs du désordre du 17 août, désiraient vivre en bonne intelligence avec le surplus des habitants \ M. de Sourdis, de son côté, fit ce qu'il put pour calmer les esprits. 11 écrivit d'Orléans, le 13 octobre, que le Roi avait été parfaitement reçu à Bourges, mais que, pendant que Sa Majesté allait pacifier l'intérieur de la France, il fallait rester tranquille à Chartres; il défendait donc toute levée de gens de guerre et demandait qu'on fil partir pour Amboise le député du Tiers-Etat avec son ca-

' fleg. ftrs fchenns; \"2 ol tî* M*ptenil>rr

hier de remontrances L'enquête de M. Legras ne fut pas favorable à la ville; nonobstant la défense et les démarches de la Chambre, trois arrêts du Conseil, en date des 13 février, 17 avril et 13 octobre 1653, fixèrent à la somme de 80,000 livres tournois l'indemnité à payer aux nobles du bailliage, et condamnèrent les habitants à faire célébrer pendant trois ans, en l'église Saint-Aignan , paroisse du Palais, un service solennel pour les trépassés \

La versatilité habituelle de Gaston l'avait jeté dans le parti du prince de Condé. Comme on craignait que les gentilshommes de la Beauce ne profitassent de cette nouvelle attitude du prince apanagiste pour essayer de surprendre Chartres, les échevins rétablirent les corps-de-garde au commencement de janvier 1652 9. Le Roi les remercia de leur conduite le 30 du même mois et les invita à fermer leurs portes à tous soldats dépourvus d'ordres de la Cour \ D'après cette lettre on redoubla de surveillance \ moins peut-être par fidélité pour la cause royale que par crainte des vexations des gens de guerre. M. de La Frette, créature de Gaston, n'aurait

' Heg. des Echevins; Séance du 15 octobre. — Néanmoins, comme l'cnquétc à laquelle se livrait M. Legras amenait en ville beaucoup de gentilshommes, on persista jusqu'au mois de décembre à monter les gardes et à faire le guet, flb.; Séance du 16 octobre.)

* Voir sur cette affaire la pièce intitulée : Procez verbal contenant tout ce s'est faict et passé dans l'assemblée générale faicte à Chartres, etc. Paris. <k l'imprimerie de Mathieu Colombel, M. DC. Ll.

Le Roi avait donné, au mois de juillet 1653, des lettres portant abolition de tout ce qui s'était passé à Chartres le 17 août 1651 , à l'exception des meurtres commis ce jour-là. (Arch. imp.; section Administ.; Heg. des Ordonn. du Parlement, 3. M., f° 430.) Mais comme ces lettres rendaieut la ville garante du paiement de* 80,000 livres accordées à la noblesse , la Chambre députa à Paris , le 17 juillet , M. Chevrier, échevin, pour faire opposition, entre les mains du Procureur-général, à leur entérinement en Parlement, ftieg. des Eclievim.)

Par suite de cette opposition , l'affaire fut reprise par le Conseil-d'Etat et terminée par l'arrêt du 13 octobre, lequel condamna la ville à payer 15,000 livres immédiatement et décida que 65,000 livres seraient prélevées sur les tailles de la généralité

* Hey. des Echevins; Séances des 1 S janvier et 12 février 1652. 1 Lettre datée de Poitiers, (lb.)

% 18 et 19 février. — Seize hommes à chaque poste, montant vingt-quatre heure* On observera le règlement du 21 août 1615 et l'ordonnance du comte de Saint-P»! de 1621 flb)

sans doute pas été fâché de livrer Chartres aux partisans du prince de Condé; s'il tenta quelque chose, il ne put rien obtenir, car la Chambre, tiraillée entre le Roi et les mécontents, résolut de garder une exacte neutralité, se réservant d'agir suivant son intérêt et selon les circonstances.

Le chanoine de Pedoue , échevin ecclésiastique , fut envoyé, le 8 mars, près du duc d'Orléans, pour le prier de faire retirer certaines troupes qui s'étaient avancées jusqu'à Houdan On sut, deux jours après, par le Prince lui-même, que ces bandes appartenaient à l'armée des ducs de Beaufort et de Nemours, que l'on allait avoir toute cette armée sur les bras , et que le seul moyen d'éviter sa visite était de lui expédier au plus vite le pain dont elle manquait \ 11 fallut s'exécuter; mais, pour tenir la balance égale entre les royalistes elles frondeurs, on fit défense au maréchal-des-logis du duc de Rohan , l'un des principaux seigneurs du parti des princes, d'enlever de la ville des mousquets , des bandouillères et des mèches qu'il venait d'acheter pour le compte de son maître \ On avait été forcé d'établir une taxe de 16,480 livres pour le prix des rations de pain à fournir aux troupes des princes; comme celte contribution extraordinaire n'était pas entièrerement soldée le 1 8 , les ducs de Beaufort et de Nemours menaçaient de faire ravager la banlieue par 200 chevaux *. Par bonheur pour la ville , M. de La Frette, arrivé sur ces entrefaites, fit prendre patience aux généraux et termina cette affaire à l'amiable. Le cardinal Mazarin, pensant qu'il trouverait bon accueil près des Chartrains dans un moment où ils venaient d'être pressurés par les frondeurs, invita la Chambre à recevoir une garnison royale. Mais les échevins n'aimaient pas mieux le Cardinal que les princes; ils refusèrent donc

1 lit'ij. des Echevins.

7 îV'atK'cs des 10 et 11 mars. - Lethr .je C.astnn, daltV rte finis !«■ 8 mars. <lb.\

1 U».; Si-ain e du 10 iiihi s

• lb , S'aiires de* 11 H 18 mai ^

avec tout le respect possible, ce qui donna lieu au duc d'Orléans, informé de ce refus par M. de La Frette, de remercier la ville de ses bons sentiments pour sa cause \

Chartres ne put cependant pas protéger longtemps son territoire. Le comte d'Orval et MM. de Rouvray et de Bréval, seigneurs attachés à la Cour, levèrent des compagnies de partisans qu'ils amenèrent dans les environs de la ville. Pour leur tenir tête, le duc d'Orléans Ot loger dans les faubourgs, au mois d'avril , la compagnie de cavalerie du sieur de Chàteauvert , en promettant de la retirer aussitôt que les adversaires licencieraient leurs gens \ Ce voisinage de soldats maraudeurs était vu de très-mauvajs œil , d'autant plus que Mazarin, sous le couvert du Roi, avertit les échevins, le 24, que les princes rebelles songeaient à s'emparer de Chartres \ On renforça aussitôt les corps-de-garde et on envoya sonder MM. de Nemours et de Beaufort sur leurs intentions. Le duc de Beaufort répondit, le 26, que c'était une ruse de Mazarin et que les troupes confédérées ne se dirigeraient vers la Beauce que pour la protéger \ On crut cependant devoir remercier le Roi de son avertissement intéressé.

Sa Majesté fît connaître , le 5 mai , la victoire remportée par Turenne sur l'armée du prince de Condé, dans les faubourgs d'Etampes. Cette fois Mazarin , fort de ses avantages, ne se bornait pas à faire appel à la fidélité des habitants; la missive contenait l'ordre positif de renvoyer M. de La Frette et les partisans des princes 6 et de reconnaître pour gouver-

« Séance du 30 mars. — Lettre du duc d'Orléans, datée de Paris le 27 mars. (Heg. des Echevins.)

«76., Séance du 25 avril.

s Lettre datée de Corbeil et reçue le 26 avril. (Ib.) — lettre du maréchal du Plcssis, du 24, dans le même but. (Ib.)

» Lettre datée de Paris. (Ib.)

1 Séance du 0 mai. — Lettre du Roi, datée de SaintGcrmain-en-Layc. (Ib.) — Autre lettre du G mai , écrite aux échevins , dans le même luit , par le maréchal du • Plcssis. (Ib.)

neur le comte d'Orval l. l^e gouverneur était préseut à l'assemblée municipale lorsque le message royal arriva. Le cas devenait embarrassant; on biaisa, on se confondit en protestations, et Ton écrivit au maréchal du Plessis de faire trouver bon au Roi que cet ordre rigoureux ne fût pas exécuté. Ce refus des Chartrains leur valut plusieurs lettres de félicitation de Gaston et de son secrétaire Goulas (17 et 26 mai) \ Le 28 mai , Turenne invita la Chambre à envoyer à Dourdan , le 1" juin au plus tard, 30,000 rations de pain pour les troupes de Sa Majesté cantonnées près d'Etampes \ La lettre était courte mais irapérative , et les échevins se pressèrent de telle sorte que dès le 31 l'illustre maréchal les remercia de leur zèle, en les prévenant qu'il faisait partir une escorte pour accompagner le convoi de vivres annoncé \ Cet acheminement forcé de la Chambre vers le parti du Roi fut encouragé par l'abbé de Droué, secrétaire intime du maréchal (9 juin) \ Quelques escarmouches dans lesquelles plusieurs cavaliers de la compagnie de Chàteauvert reçurent des blessures, furent à peine remarquées % et les esprits conservèrent la même disposition politique jusqu'à la bataille deCharenton (2 juillet), dont le duc d'Orléans informa les échevins en termes qui pouvaient faire croire à une victoire complète des princes 7.

L'entrée des Espagnols en France servit mieux la faction tles princes que ce succès douteux ; elle suggéra à la Cour la

1 François de Bélhune , comte d'Orval , second fils de Sully

* fieg. des Echevins.

3 Lettre datée du camp d'Etampes. — Séance du 30 mai. (Ib.)

* Lettre datée du camp d'Etampes. (Ib.)

5 II paraît que Turenne , en transportant son camp d'Etampes à Etricliy , avait encore demandé aux Chartrains 12,000 rations de pain. Comme on s'était empressé de fournir ces vivres, l'abbé de Droué avait été chargé par le Maréchal de témoigner toute sa satisfaction aux échevins et de leur faire connaître que le duc de Lorraine avait offert sa médiation pour la paix. L'abbé ajouta à la lettre, pour son propre compte, de grandes protestations de zele et d'amitié. (Arch. de la Mairie.)

6 fieg. des Echevins; Séance du 22 juin.

7 Lettre datée de Paris le 3 juillet. (Ib.)

j)ensée de se retirer en Normandie , et , le i 7 juillet . un marécbal-des-logis du Roi vint annoncer au corps municipal Parrivee prochaine du Grand-Conseil à Chartres. Les écbevins députèrent leur collègue Chevrier à Mantes où se trouvait le Conseil, pour le dissuader de son projet D'un autre côté, le Parlement et Gaston ne manquèrent pas de prier les Chartrains de fermer leurs portes aux gens du Roi (19 juillet) *. On avait donc lieu d'être inquiet, lorsque Turenne, en retenant la Cour dans les environs de Paris, délivra la ville des craintes qu'elle concevait pour sa tranquillité.

L'habileté de Turenne faisait regagner du terrain à Mazarin. Le Cardinal porta un coup funeste au Parlement en ordonnant sa translation à Pontoise. Les conseillers fidèles installés dans cette ville rendirent contre leurs confrères de Paris un arrêt qui fut notiCé aux échevins de Chartres le 1 3 août et qu'une lettre approbative du Roi suivit de près \ M. de Sourdis, dont la présence à Chartres coïncida avec cette lettre , n'était pas assez lié avec le parti rebelle , quoique officier du duc d'Orléans, pour développer les germes frondeurs semés dans la population par M. de La Frette k. Enûn, la rentrée du Roi à Paris, qui eut lieu le 21 octobre, termina cette querelle intestine d'intrigants et d'ambitieux. Condé persistant seul dans la révolte, continua à batailler, de concert avec les Espagnols, pendant l'année 1653; mais le pays chartrain, éloigné du théâtre des événements, fut délivré des troupes qui l'occupaient depuis un an. La compagnie de M. deRouvray alla rejoindre, au mois de juin, le maréchal de La Ferté près de Vitry et celle du marquis de Béthune sortit, au mois d'août, du château de Villebon pour se ranger

1 Reg. des Eckevins.

! Ib.

3 Ib. — Lettre du Roi datée de Pontoise le H» août, •s

Séance du 19 juin.

sous les étendards île M. deTurenne *. Le 23 décembre, ou célébra par un Te Deum la pacification de la Champagne % et le sacre du Roi 5 donna lieu en juillet 1654 à des réjouissances qui furent renouvelées, au mois de septembre suivant, à Poccasion de la prise de Stenay et de la levée du siège d'Arras \

Chartres venait de faire usage pour la dernière fois, durant ces troubles, de Pespècc d'indépendance dont les discordes civiles avaient doté les villes de province. Vainqueur des factions, Louis XIV acheva Pœuvre ébauchée par Richelieu; il n'y eut plus en France d'autre maître que le Roi , et ce maître ne permettait ni les abstentions ni les résistances. Les événements dont nous aurons désormais à parler ne touchent donc que rarement à la politique.

« Beg. de* Echevitu; Séance du 23 août.

* Lettre du Roi au marquis de Sourdis, datée de Paris le 12 décembre. Lettre de Sourdis aux. échevins, datée d'Orléans le 16. Lettre du duc d'Orléans aux échevins, datée de Blois le 1H. (Arch. de la Maine.)

s fteg. des Echevins; h juillet.

* ft.; 2 septembre

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