‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 38 sur 123 · TOME H · texte numérisé non relu

TOME H

peut môme lui faire quelquefois le reproche d'abuser de sou éruditiou. Ce qui concerne la ville laisse à désirer: Souchet a fait usage des documents qu'il a rencontrés dans les archives ecclésiastiques et peut-être dans le volumineux recueil inédit de Laisné, prieur de Mondonville \ mais il ne paraît pas avoir étudié avec le môme soin les registres et papiers de l'échevinage, véritables sources de l'histoire communale.

Souchet a été mis à contribution par les historiens postérieurs, depuis Pintard jusqu'à Chevard ; presque tout ce qu'ils ont de bon lui appartient en propre.

Jean-Baptiste Thiers, savant bachelier de Sorbonne, naquit à Chartres au mois de novembre 1 636 \ Professeur de seconde au collège du Plessis à l'âge de 22 ans, curé de Champronden-Gàtine en 1666, puis de Vibraye, au diocèse du Mans, en 1692, il s'occupa toute sa vie d'études théologiques, principalement au point de vue de la discipline. Son esprit caustique et original lui suscita plusieurs querelles et le porta à traiter des sujets bizarres dans lesquels il sut tourner contre ses adversaires toutes les ressources d'une verve intarissable, d'une grande érudition et d'une dialectique consommée. On remarque parmi ses nombreux écrits un Traité très-est imé de l'exposition du Saint-Sacrement de l'Autel (Paris, J. Dupuis, 1673), l'oraison funèbre de Louise de Thou, abbesse des Clairets (Paris, Coignard, 1671), un traité sur le droit

ment , renferme une erreur, attendu qu'il n'y avait pas <le légat du nom de Mélior on 1(»:Î0, et que ce légat ne vint en France que sous Philippe-Auguste.

' Ce recueil, en douze volumes, d'une écriture généralement fine, serrée et difficile à lire, appartient à la bibliothèque impériale. Il contient une immense quantité d'extraits de Utres concernant des établissements publics et des familles de Chartres et des environs , les généalogies d'un grand nombre de gentilshommes et de bourgeois de la province , et des copies d'actes intéressant le pays ou ses hahitants. J'ai compulsé entièrement ce recueil . qui doit être consulté par tous ceux qui s'occupent <le l'histoire de la Beauce, de l'Orléanais et du Blésois.

- Voici l'acte de baptême de Thiers , tel qu'il se trouve dans les registres de la paroisse Saint-Saturnin : Jehan, fils d'hun. homme Jehan Thiers. mc hostellter cl île Catherine Tresi aille. , baptisé le ii novembre 1G.~>6. Le paroin me Pierre Tivsraille marchand, la marraine Elisabeth le [iutic , fUle de m' Quelle Bouc, m' boula n ij:-r .

qu'ont les curés de porter l'étole lois de la visite des archidiacres, et un pamphlet intitulé la Sauce-Robert, ouvrages qu'il composa à l'occasion de sa dispute avec le grand-archidiacre Robert, une savante dissertation sur les porches des églises (Orléans, Hottot, 1670), écrite contre quelques chanoines de Chartres, un traité très-curieux des superstitions selon l'Écriture-Sainte (1670), un autre sur les jeux et divertissements permis aux chrétiens (1686), et enfin sa fameuse Histoire des Perruques (1600), ouvrage dont le titre est très-connu, que peu de personnes lisent et qui n'est pas le meilleur de l'auteur.

Thiers, qui avait été obligé de quitter le diocèse de Chartres par suite de ses polémiques religieuses, mourut dans sa cure de Vibraye le 27 février 1703. Le musée de la ville de Chartres possède le portrait de ce spirituel théologien.

André Félibien, seigneur des Avaux et de Javcrcy, né à Chartres au mois de mai 1610 et mort à Paris le 11 juin 1605, fut un des créateurs de l'esthétique. Il contracta le goût des beaux-arts en Italie, où il accompagna, en 1617, M. de Fontenay-Mareuil , ambassadeur à Rome : il se lia de la plus tendre amitié avec le Poussin , profita des conseils et des excellentes observations de ce grand homme, et revint en France avec un riche bagage de connaissances artistiques. Son mérite et ses écrits lui valurent la charge d'historiographe du Roi, de ses bâtiments, arts et manufactures; il fut aussi l'un des membres fondateurs de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et secrétaire de l'Académie d'Architecture. On doit à Félibien des Avaux une description sommaire du château de Versailles (Paris, 1674), une autre description des tableaux, statues et bustes des maisons royales (Paris, 1677), un traité de l'origine de la peiuture (1660), les conférences de l'Académie de Peinture (1660), et les Principes de l'Architecture, de la Peinture et de la Sculpture (1676- 1690). Mais le plus connu et le meilleur des ouvrages de cel

auteur est celui qui porte pour titre Entretiens sur les vies et ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes (Paris, 1G6G, in-4°, Trévoux, 1723, in-12, 6 volumes). Ce livre est encore consulté avec fruit aujourd'hui ; il témoigne du goût de l'écrivain, de son amour pour les saines doctrines et de la rectitude de son jugement. Félibien dont l'esprit était tourné vers les études sérieuses, traduisit plusieurs traités religieux et quelques vies de saints '.

Le second fils d'André Félibien, nommé Michel, religieux bénédictin, né à Chartres en septembre 1664 *, mort en 4719, fut un critique éclairé et un historien méthodique et consciencieux. Ses principaux titres littéraires sont l'histoire de l'abbaye royale de Saint-Denis (1706, in-fol.) et l'histoire de la ville de Paris, qui lui fut demandée par M. Bignon, prévôt des marchands. Cet ouvrage, que dom Félibien laissa imparfait, fut terminé par dom Lobineau (1755, 5 vol. infol.); il renferme d'excellentes parties, et il est indispensable à ceux qui veulent écrire sur le môme sujet.

Cette liste des écrivains chartrains du siècle de Louis XIV

1 II n'est pas question de la famille Félibien à Chartres avant le XVII» siècle. Le seul de ce nom qui ;iit occupé dans cette ville une position administrative, est Pierre, probablement le père d'André, nommé échevin le M mai 1 f i i i . André était fils de Pierre Félibien, bourgeois de Chartres, et de dame Anne Le Courvovsier, qui demeuraient dans la paroisse de Saint-Maurice (à défaut de l'acte de baptême d'André qui n'a pu être donné, le registre de Kilt) manquant, voir celui de son frère Jacques, en date du ~2i> avril UYM. Itey. de l'Etat civil; Arch. de la Mairie!; il épousa Marguerite Le Maire , d une famille de la plus ancienne bourgeoisie chartraine. Ses (ils suivirent leur père à Paris; Anne, sa lille aînée, fut mariée en 1698 à M. Jnacbim de Cruel, seigneur de La Chesnaye, commandant en chef de la noblesse de l arrière-bau du bailliage. La branche de Bruet, issue de Joaohim de Bruet et d'Anne Félibien, s'est éteinte à Chartres, le "22 mai !Si2, en la personne de leur arrière petite-fille, M»"' Denise-Cbaiiolte-Adélaïde de Bruet, veuve de M. le vicomte de lîeviers. (Voir sur André Félibien, le Mercure yalanl de juillet 1095, et sur la famille Félibien, le. Mercure de France d'août i",V3, p. 1,818.)

* Michel Félibien est né en KiOl, et non en iGlifi, comme l'indiquent ses biographies. Voici son acte de baptême tiré des registres de l'église Saint-Saturnin (Arch. de la Mairie) : Le dimanche , quatorzième du moys de septembre I66i. a esté baptisé Michel, né du mariaye de noble homme Mc André Félibien , secrétaire du lioy. et damoisclle Maryuente Le Maire. Son parain a esté noble homme Michel Piat, conseiller et exleu en la ville de Chartres, et sa moraine a esté madamoiselle Marie Buuvart , femme de noble homme Mr Nicolas Milleville, de la paroisse de Saint Michel , bouryeoys de Chartres. Signé Piat . Marie Bouvart , Maire.

est dignement close par le célèbre moraliste et théologien Pierre Nicole, né à Chartres en octobre tG2o et mort à Paris le 16 novembre 1605. Cet homme illustre était fils de Jean Nicole, juge et chambrier de l'Evéque ; il appartenait à cette famille Nicole qui, depuis le XV siècle, grandissait dans les fonctions municipales et judiciaires et dont plusieurs membres venaient de parvenir au rang le plus élevé de la bourgeoisie de la ville \ Lié avec les solitaires de Port-Koyal, il passa une partie de sa jeunesse à enseigner la philosophie aux élèves de cette savante maison ; il eut pour disciples Boileau et Racine.

1 La famille Nicole tenait déjà, au XV* siècle, un certain rami dans la bourgeoisie. Jean Nicole iL'iira au nombre îles notables délégués par les paroisses à une assemblée générale tenue le j;iin 1 L'n autre Jean Nicole, lirencié és-lois et avocat au bailliage, fut procureur îles habitants eu 1 l'.MÎ et comparut comme député du Tiers-Etat, le 11) octobre 10U8, dans le procès-verbal de la rédaction de la coutume de Chartres.

Au W h" siècle, plusieurs membres de cette famille remplirent les charges d'échevin, de procureur des habitants, d'avo. at de la ville, de concilier au bailliage, etc. L'un d'eux, avocat de la ville, fut exempté, en mai 15,">K, de la cotisation des gens de guerre, attendu le* pmius et » - .;•//<> iilmn de su hhW'nmj.

Nous avons vu qu'an \Y|I<- siècle les Nicole arrivèrent à la présidence de l'Election, du bailliage et de la Chambre de ville; le père de Pierre fut nommé cchevin le 4 novembre UM\ .

Pierre Nicole fut baptisé dans l'égide Saint-Martin-le-Viandier; l'acte qui le consulte est am>i iniini : \jt lundi tieine^me <,ct-brc \V>i:> , a e>te Luptize l'ierre Air-»//»», filz d'hannrahlr Inmme Jehan Sirolie , chmuhricr de M'm^ei'ffieur de Chartres, et Lmnjse Cmitant , ses pri e et ncre Is parain hmv>ruhlc homme Yves Porcher, procureur fi cul d'Ailn</e, et dauv Marie Mtcolle , femme de Monsieur le Maire , udvoeat au st'-ije pre^tdial et buiiiif de. M'^ieura de Saint l'ère en Vallée. Signé Porcher, Marie Mic»le . Cerceau, ill'fj. de l étal civil de S unt-Marlinle-Yiandier: Ai ch. de la .Maine, t

Le testament olographe de Ni. oie, daté du i-S novembre IliUI, fait connaître qu'il avait donné à l'hotel-Dieu de Chartres une partie de ses biens et notamment un jardin aux Barbons t Bas- Bourg* i dont il s'était réservé l'usufruit. Il laissa, par codicille olographe du 20 avril MOI, le capital de quelques renies au bureau des Pauvres, et légua, par testament passé devant Savigny, notaire à Paris, le M novembre 1G95, une pension viagère de *2W livres au sieur Bellier, fils de son cousingermain 11 n'est pas question, dans les testaments de Nicole, de la fameuse caisse janséniste connue sous le nom de Boite a Perrette, et qui, transmise de lidéi-coramis en fidéi-commis, donna lieu en 1778 à un curieux procès a propos du testament de M. Rouillé des Killetières.

Une famille du pays chartrain peut revendiquer l'honneur de la parenté avec Nicole. Jean-Baptiste Bellier, sieur des Creunes, de Brulon et de la Cln snaye, chef de la panneterie de la Heine-mère, mort en 16 il), avait épousé en secondes noces Jeanne Nicole, propre tinte du célèbre théologien. Leur lils, Jean-Baptiste Bellier, survivancier de son père, mort en HiXÔ, était le trisaïeul de M. François-Jean-Baptiste Bellier de la Chavignerie, aujourd'hui vice-président du Tribunal civil de Chartres. (Pièces et titres communiqués par M. Emile Bellier de la Chavignerie J

Les querelles soulevées dans le moiule catholique par l'examen des cinq propositions jetèrent Nicole dans le parti militant dont le grand Arnauld était le chef; au point de vue moral, la sévérité des Jansénistes convenait à son caractère, au point de vue doctrinal, il niait l'hérésie reprochée à ses amis par ceux qu'il appelait les casnistes relâchés. De 1GG0 à 1G76, il composa, seul ou avec Arnauld, plusieurs écrits remarquables pour la défense de ses opinions religieuses et contre le protestantisme ; son excellent traité de la Perpétuité de la foi de l'église catholique touchant l'Eucharistie. dirigé contre le ministre Claude, date de cette époque. Nicole mit le sceau à sa renommée philosophique par la publication de ses Essais de morale et Institutions théologiques , recueil de petits traités dont le plus estimé est celui intitulé des Moyens de conserver la paix avec les hommes. Sur la lin de sa vie, il prit part aux polémiques du Quiétisme, et il se rangea du coté de Bossuet.

Les principales qualités qui distinguent Nicole sont la méthode, une dialectique serrée, un jugement droit et l'élévation des pensées. Son style est peut-être un peu sec, mais il a beaucoup de clarté. Malheureusement, sauf quelques pages des Essais de Morale devenues classiques, les écrits de cet auteur, si justement appréciés de son temps, ne se lisent plus guère aujourd'hui, parce que, composés pour la plupart à l'occasion de querelles fugitives, ils n'empruntent pas à leur sujet le caractère de pérennité qui assure aux productions des grands écrivains la curiosité et l'intérêt des lecteurs d'une autre époque.

Pour achever cette rapide revue des œuvres de l'intelligence dont les Chartrains dotèrent le grand siècle, nous dirons quelques mots de leurs travaux artistiques. De IGOOà 1730, la gravure, à l'exclusion des autres arts, trouva à Chartres des adeptes très-fervents sinon toujours très-habiles; les jeunes artistes chartrains furent probablement entraînés dans

cette voie par leur compatriote François Langlois, dit Ciartes , graveur et éditeur célèbre du règne de Louis XIII.

On connaît de Pierre Sablon , né à Chartres en 1 584 , une copie de l'estampe de Lucas de Leydc représentant Lamech et Caïn ( 1602) , son portrait de profil et celui de Rabelais.

Jacques Belly , né à Chartres vers 1 603 , élève de Vouet , passa la plus grande partie de sa vie en Italie où il grava la galerie Farnèse d'Annibal et d'Augustin Carrache. Plusieurs «le ses planches portent la date de 1641 .

Benoist Thiboust, autre chartrain , né en 1660, vécut également en Italie. Son meilleur ouvrage est une Adoration des Mages, d'après Le Poussin.

Nous placerons, bien au-dessous de ces artistes et seulement pour compléter la liste, Louis Hadepont (Ludovicus Radepont Carnulœus), orfèvre, qui grava en 1703, pour l'édition du Pentatcuchus de Jacques Félibien , cinq planches assez faibles, cinq lettres capitales et une belle carte de la Terre-Sainte, dédiée à Paul Godet des Marais, évèque de Chartres; Joseph Mutan, qui grava uue vue de Chartres en 1714, et N. I^î Roux, auteur d'une estampe de la Vierge- Noire et d'une vue de la ville, éditée par L. Mocquet en 1 724 \

* On peut consulter sur ces arlistes le Peintre -Graveur de Roliert-Dumesnil \\Hii) et l;i Topyrtiphie d' Kure-at-Uir conservée au cabinet des KsUmpes de la Bihliotlièijuc impériale.

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