‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 4 sur 123 · DU TRAITÉ DE BRETIGNY A LA PAIX DE CHARTRES · texte numérisé non relu

DU TRAITÉ DE BRETIGNY A LA PAIX DE CHARTRES

Pacification de la Beauce. — Etats généraux à Chartres. — Orléanais

et Bourguignons.

A l'évêquc Louis de Vaucemain , mort au mois de janvier 1355 en sa maison de la rue de VArondcllc à Paris, avait succédé, en 1357, au bout de deux ans de régale, M* Simon Lemaye, ancien abbé de Marmoutiers. Ce prélat mourut à Chartres au mois de juin 1360, et le Chapitre se hâta de députer le Chantre en dignité, à Calais, près des rois de France et d'Angleterre , pour obtenir la permission de procéder à l'élection d'un nouvel évéque \ Le choix, probablement provoqué par le roi Jean, tomba sur le doyen Jean d'Angeraut, président en k chambre des Comptes. La signature de ce personnage, avec le titre iVcslcu de l'église de Chavires, figure au bas des lettres-patentes que Jean donna à Calais le 1 4 octobre 1 360 , pour approuver les collations de bénéfices en régale faites pendant son absence par le prince régent, et pour déclarer les collations que lui-môme avait faites de la Prévôté de Normandie au cardinal de la Forêt et de deux prébendes du Chapitre à ses féaux secrétaires Macé Guchery et Denis de Colors '. Jean d'Angerant demeura longtemps éloigné de son siège à cause de ses fonctions à la chambre des Comptes.

' Rrg. capit.; Séances du joudi après la Saint-Jean et du lundi suivant, 1360. » Ordonn. des Ftoi» de France, vol. III , p. 429.

Chartres fut au nombre des cités qui durent livrer deux bourgeois au roi d'Angleterre en garantie de la rançon de Jean. Il est probable que la ville s'imposa de lourds sacrifices pour le paiement du premier terme de cette rançon ; le Chapitre y contribua pour 2,000 écus qui turent prélevés sur les fonds dits de Saint-Piat \ Aussi le monarque, sorti de prison , fit-il entendre , dès le 26 octobre , à ses bourgeois de Chartres qu'il irait bientôt les visiter; il effectua cette promesse au mois de janvier 1361. Jean, mûri par le malheur, ne demandait pas mieux que de guérir les plaies du royaume ; mais la peste noire qui Ut d'affreux ravages à Paris et dans les provinces voisines et les brigandages des grandes compagnies ne lui permirent pas d'accomplir ce projet. Toutefois la Beauce jouit d'une tranquillité relative et le Chapitre put songer à réparer les bâtiments de ses domaines ruraux, détruits par les Anglais

Depuis que la réunion du comté à la couronne avait fait du bailliage de Chartres une justice royale, son ressort comme siège d'appel s'était beaucoup agrandi. Lorsque Philippe de Valois érigea l'Orléanais en duché pour son fils Philippe (13U), il voulut que le comté de Blois, qui ressortissait jusque-là au siège d'Orléans, portât dorénavant ses appels devant le bailli de Chartres En 1302, le roi Jean décida que les terres de Saiut-Aignan, Valençay et Celles-sur-Cher, appartenant à Jean de Chàlon, comte d'Auxerre, et ressortissant au siège royal d'Issoudun , iraient eu appel devant le juge royal de Chartres, parce que le pays d'Issoudun était entré dans l'apanage du duc de Berry; ces terres relevaient, d'ailleurs, du comté de Blois, lequel ressortissait déjà au siège de Chartres \ Le prévôt royal de Cepoy s'efforça plusieurs

1 Reg. capit.; Séanec du mardi après la Saint-Jean 1 34*4»

* /'/., Séance du vendredi après la Saint-Jean 1301

* Ordonn. des liais de France . vol. IV, p. 53<>. *•/&., vol 3. p U>7

Ibis d'attirer en api>cl à son siège de la Fauconnerie et de Paleu de Saint-Mesmin d'Orléans les affaires du comté de Blois; mais Charles V, statuant par lettres de mars 1365, sur la réclamation du comte de Blois , imposa silence absolu à ce prévôt et maintint la supériorité du bailliage de Chartres pour les appels du comté de Blois. Le Boi donna pour motifs de sa décision que le siège de Chartres était beaucoup plus noble que celui de Saint-Mesmin, que Chartres et Blois se trouvaient dans le même diocèse et que le bailliage de Chartres possédait un collège d'avocats habiles et de conseillers habitués aux affaires des deux pays x. Le magistrat qui occupait alors le bailliage était le sire Mathieu des Qucsnes, chevalier; mais il est probable que , selon l'usage, les affaires de justice concernaient exclusivement le lieutenant général Denis Prevosteau, officier de robe longue.

Les malheurs des temps avaient distrait les baillis de leurs paciGques fonctions, pour les lancer dans les affaires politiques et guerrières : le représentant du Boi dans les bailliages ravagés par les ennemis ne pouvait plus être un simple légiste; il fallait placer un homme d'armes à la tête de la bourgeoisie belliqueuse des cités royales ; aussi vit-on souvent , à partir de ce moment, le siège du bailliage occupé par un chevalier, bon capitaine, mais étranger à la science du droit et distingué des baillis jurisconsultes par le nom de Bailli de robe courte. Le roi Jean, mort en Angleterre au mois d'avril 1364, avait laissé le royaume à la merci des factieux, et les troupes navarraises de la Normandie profitant des embarras de la situation, s'étaient ruées comme à l'ordinaire sur les plaines de la Beauce. Mais le Régent devenu le roi Charles V, se trouva bientôt en état de déjouer et de punir les trahisons réitérées de Charles-le-Mauvais. Il chargea spécialement son frère Philippe, duc de Bourgogne, de nettoyer le Maine, la

• Ordann. des li»,s de France, vol IV . p

Normandie et laBeauce. Ce Prince, accompagné de grand'foison de bons chevaliers et écuyers, fit au mois de mai son mandement et son amas de gens d'armes en la cité de Chartres , ce qui donna fort à besogner au bailli et aux élus. Chartres reçut dans ses murs les plus illustres chevaliers de France , le connétable Bertrand du Guesclin , le maréchal de ftoucicaut, le comte d'Àuxerre, le sire de Beaujeu, le sire de Pommiers, le sire de Raineval, le sire le Bègue de Vilaines, Thonneur de la chevalerie beauceronne, le sire Oudart de Renty , le sire Nicolas de Ligne , maître des arbalétriers. Si se partirent de là quand tous furent ensemble et se retraircnt par devers Marceranville (Marchainville près Longny ) ' , un moult fort chàlel que les Navarrais tenaient ; et pour contraindre ledit chàtel mieux à leur aise, ils en firent mener et charrier avec eux plusieurs engins de la cité de Chartres. L'artillerie chartraine ût brèche, on donna l'assaut et les assiégés se rendirent; puis délivra le Duc le châtel à un écuyer de Beauce qui s'appelait Guillaume de Chartres. Cil le prit en garde à 60 comjmgnons avec lui \ De là, le Duc traînant à sa suite les engins de Chartres qui étaient grands durement, s'en fut assiéger le chàtel de Camcrolles et le battit avec une telle vigueur que ses défenseurs demandèrent merci. Là vinrent en Vost les bourgeois de Cliartres et prièrent au duc de Bourgogne qu'il leur voulut donner pour le salaire de leurs engins le cliàtel de Camcrolles qui moult les avait guerroyés et hériés du temps passé. Le Duc leur accorda et donna en don à faire à leur volonté. Tantôt ceux de Chartres mirent ouvriers en osuvre et l'abattirent et a rossèrent tout par terre, oneques n'y laissèrent pierre l'une sur Vautre. Le Duc s'en alla

1 L'ablM- Fret a (ait mention de ce siège dans son ouvrage intitule : Chroniques percheronnes , vol. i*r, p. 231.

* Chron. de Froissarl , vol. 1er, p. 48i et suiv.

3 Est-ce Brczolles? on sait que Krois&art déligure toujours les nom*.

ensuite prendre un autre chàtel appelé Druez 1 qui sied au pluin de la lieauce, et furent tous morts ceux qui étaient dedans. Enfin la campagne de Beaucc se termina par la prise du château de Preux (Preux-au-Sart?) que le Duc donna à un chevalier de Beauce que on appelait messire de Bois- Ruflin. Cil le fit réparer et ordonner bien à point et le garda toujours bien et suffisamment \ Cela fait, le Duc et ses gens vinrent se rafraîchir à Chartres et ils y restèrent cinq jours avant de passer dans le Maine.

Ces actes de vigueur donnèrent presque deux années de calme au pays chartrain , et nous n'avons à signaler qu'une inondation arrivée le 24 mai 1366 et des pluies qui nuisirent à la récolte et fireut monter le setier de blé à 20 sous. L'année 1367 faillit amener de nouveaux désastres politiques. Les grandes compagnies, entraînées en Espagne par Duguesclin en 1365, menacèrent la France d'une nouvelle invasion en 1367 et commencèrent à exploiter le midi. Charles V ne voulant pas être pris au dépourvu par ces brigands, convoqua à Chartres, pour le mois de juillet, les députés des Etats généraux. On ne sait pas au juste quel fut le jour de l'ouverture de cette assemblée; le Roi dut arriver à la fin de juin ou au commencement de juillet , car une mention de la séance capitulai™ du mercredi après la Saint-Jean fait voir que plusieurs chanoines se disposaient alors à se rendre à la rencontre de Sa Majesté. Le monarque data de Chartres plusieurs ordonnances, parmi lesquelles se trouve la confirmation de l'exemption d'impôts accordée en 1137 par Louis -le -Gros, aux habitants de Fresnay-l'Evêque ; le Chapitre obtint aussi de Charles V, à la môme époque, la reconnaissance du droit dont il était en possession , de porter ses appels sans moyen au parlement de Paris. La séance des Etats généraux de

« Serait-ce Dreux?

» Chron^ de Froixxart . vol. 1", p. i8G el 187. — Bois-Ruffio, hameau de la

Chartres, ù laquelle assistèrent plusieurs prélats et autres gens d'église, plusieurs nobles tant de sang comme autres et plusieurs gens de bonnes villes des parties et pays de Champaignc , Bourgogne , Berry , Auvergne , Montagnes d' Auvergne , Bourbonnais, Nivernais, Cepoy, Saint-Jangon et Saint-Pierre-lc-Moustier , fut close assez promptement et transférée à Sens. L'ordonnance datée de cette dernière ville le 19 juillet, fait connaître le résultat des délibérations: le Roi , après avoir indiqué un grand nombre de mesures défensives à prendre en cas d'attaque par les compagnies et quelques combinaisons financières de circonstance , confie les villes au patriotisme des habitants et prescrit aux gouvernements de chaque cité de tenir registre des archers et arbalétriers propres au service , de former des compagnies de jeunes garçons et de les faire exercer au tir de Tare et de l'arbalète (art. 7) Ce fut cette disposition qui donna naissance à la fameuse milice chartrainc dite : compagnie des vidamiers ou compagnie du vidante; cette compagnie, qui subsista pendant 400 ans, fut probablement formée par Guillaume deMeslay, alors vidamo et ancien capitaine de Chartres; d'où le nom qu'elle conserva jusqu'au XVIIIe siècle.

Charles V , dans sa prévoyance habituelle , n'avait pas attendu le danger pour faire provision de finances. La caisse royale de Chartres était, en ce moment môme, largement pourvue de deniers ordonnés à la défense du royaume ; c'est ce qui résulte d'une quittance en date du 5 juillet 1367, par laquelle le sire Pierre de Villiers, souverain maître de l'hôtel et conseiller du Roi, reconnaît avoir reçu de M. Jean Lorfèvre, receveur des aides en la cité et diocèse de Chartres, une somme de cent francs d'or, pour frais de voyages et missions politiques \

1 Ordonn. des Mois de France, vol. V, pri-ïace p. IV et [». 15, ±2 et 2i, noie f, et vol. XVI, préfare, p. XVI.

» Cette quittance appartient à M. f.arnier, imprimeur a Chartres.

Plusieurs changements se produisirent dans l'administration civile et ecclésiastique pendant les années 1367 et 1368. Le lieutenant général Denis Prévosteau devint bailli et le limousin Guillaume de Chenac remplaça dans la chaire épiscopale Jean d'Angerant appelé au siège de Beauvais. Sous Denis Prévosteau, des circonstances fortuites ûrent perdre au bailliage une partie de son ancienne importance comme siège d'appel ; en décembre 1372, Charles V décida que, pendant la vie de la comtesse d'Alencon et d'Etampes , sa tante, la chatellenie de Gallardon ressortirait , non plus à Chartres , mais directement au Parlement de Paris, et, en décembre 1375, après le retour du duché d'Orléans à la couronne, une ordonnance du môme monarque enleva au bailli chartrain l'appel des causes du comté de Blois, pour les rendre au bailli d'Orléans redevenu juge royal *. Sous l'évèque Guillaume de Chenac, le Chapitre élabora une révision et une correction complètes du propre du temps et du propre des Saints, à l'usage de l'église de Chartres'; on ne s'était pas encore avisé alors de contester à l'église gallicane son indépendance en matière de liturgie. Tels sont les événements particuliers aux fonctions de ces deux importants personnages; quant aux événements d'un intérêt général , ils furent peu nombreux et très-secondaires à Chartres, en 1368 et 1369. Au mois de juillet 1368, le maréchal d'Audeneham passa par la ville et reçut le plus brillant accueil ; le Chapitre lui envoya, à chaque repas, pendant tout le temps de son séjour, 1 2 pains et 6 bouteilles de vin On célébra avec une grande solennité, le 8 avril 1369, le service annuel du roi Jean , et l'on rendit compte de cette cérémonie à Charles V \

« Ordonn. des Rots de France, vol. V, p. 550 et vol. VI, p. 1G7.

* Ileg. capit.; Séance de la Purification 1308. — Ce travail fut fait par les chanoines Ancelm de Chantcmcrle et Guillaume de Breuil.

3 Ib.; Séance du dimanche 1 i juillet 1308.

1 /&., Séance de la Purification 1309

La reprise des hostilités avec l'Angleterre fut précédée d'une convocation des États généraux , à Paris, pour le 7 décembre 1369 ; cette assemblée, à laquelle Chartres eut des représentants , lui accorda une imposition de 1 2 deniers pour livre , une gabelle sur le sel et un fouage de 4 francs, en ville fermée. Vers la fin de juillet 1370, le routier anglais Robert Knolles se dirigea de Calais sur Paris avec un parti nombreux ; forcé par Duguesclin de déloger de l'Ile-de-France, il se rendit dans le Maine à travers les plaines de la Beauce. Chartres n'eut pas à souffrir de ce passage ; la ville était bien remporte et les chartrains avaient pour capitaine-gouverneur un vaillant chevalier nommé Guy de Beaumont Les guerres du Midi, du Poitou et de la Bretagne, si habilement conduites par Duguesclin , n'eurent aucun retentissement dans la Beauce , éloignée des lieux de l'action *; aussi ne trouvons-nous aucun fait digne de remarque jusqu'à l'année 1374 où un événement, intéressant comme étude des mœurs du temps, vint tirer les chartrains de leur tranquillité.

Le 27 août 1374, environ l'heure de dîner, Jean Recule, Jean Canu , Denis Champigneau , Benoit Petey, Jean Courtin et Mathieu de Paris, sergents royaux, accompagnés d'une foule de peuple , firent invasion dans l'enclos du couvent des Jacobins, nonobstant les protestations des religieux, et se dirigèrent tumultueusement vers une maison située dans cette enceinte, et habitée par le sire Guillaume Morhier, chevalier, seigneur de Saint-Piat \ Deux suivantes portant le vin destiné au repas du chevalier et de sa famille , se trouvaient sur le seuil; ils les arrêtèrent pour qu'elles ne pussent avertir leurs maîtres, puis ils entrèrent dans une salle où l'épouse du che-

* Ce seigneur occupait une maison capitulaire qu'il louait 20 livres par an. (Reg. capit.; Séance de la Saint-Jean 1300.)

• L'agriculture reprit, les récoltes furent abondantes et le blé descendit en 1372 A 2 sous 10 deniers le setier.

3 Nous avons vu que déjà en 1358 on avait fait détruire l'hôtel de Guillaume Morhier, comme nuisant à la défense de la ville.

valier et sa fille Jeanne étaient à table avec plusieurs autres personnes. Cette violation de domicile avait pour but la mise à exécution d'une saisie des meubles du seigneur Morbier, à la requête de Robequin de Vallée, marchand de chevaux. 11 paraît que pendant que le sergent Uecule, après avoir exposé le motif de sa venue , se préparait à minuter son procès-verbal , Jeanne lui arracha le papier des mains. Cette rébellion excita la colère des sergents qui appréhendèrent la damoisello au corps et , malgré sa résistance , la conduisirent jusqu'au cimetière. Jeanne se coucha dans ce lieu privilégié en invoquant le droit de franchise, mais les sergents ne tinrent nul compte de ses cris ; ils la traînèrent sur les genoux jusqu'à la porte extérieure, la soulevèrent avec violence et la contraignirent à traverser la ville , coiffée de son chaperon d'argent, au milieu des clameurs de la populace ; ils la conduisirent ainsi, comme une homicide ou une voleuse, à la Tour-le-Roi et l'enfermèrent dans la prison destinée aux femmes de mauvaise vie. La pauvre damoiselle ne put obtenir sa liberté qu'à la sollicitation de deux chevaliers qui se portèrent ses cautions. Pendant cet incident, le sergent Recule, demeuré à la maisou , avait fait la saisie de meubles valant environ 40 francs quoiqu'il ne fût dû que 20 francs et qu'il eût été possible de saisir en autres lieux des biens meubles appartenant au seigneur Morhier, par exemple: ses vins, ses blés et ses chevaux. On peut juger de l'émotion que produisit cette affaire; la noble famille Morhier était une des plus importantes du pays, et quoique l'esprit bourgeois fût de sa nature hostile aux hommes d'armes, il n'allait pas jusqu'à approuver de semblables excès. Aussitôt les Morhier adressèrent une plainte aux généraux réformateurs ; il s'engagea un long procès dans lequel intervinrent les religieux Jacobins, et, après enquêtes et contreenquêtes, dits et contredits, le Parlement prononça sa sentence le 21 mai 1376. Les défendeurs furent condamnés à faire amende honorable, sans manteaux ni ceintures et têtes nues, tome n. 3

aux religieux et à la damoiselle, en présence du chevalier, dans la maison violée, le jour du dimanche de la Trinité, à l'heure de tierces , et à payer 100 livres tournois d'amende au Roi, 100 livres aux Jacobins et 100 livres au seigneur Morhier et à sa fille Jeanne *. Ce jugement témoignait une fois de plus de la révolution étonnante qui avait enfanté sous saint Louis et Philippe-le-Bel la caste puissante des gens de robe. Au XIIe siècle encore, le seigneur Morhier aurait fait pendre sans autre forme de procès le sergent dont le bras téméraire s'était appesanti sur sa noble fille. Grâce aux complications de la procédure et au niveau que les hauts seigneurs du Parlement passaient sur toutes les tètes, l'injure faite au blason des Morhier parut suffisamment lavée par une allocation de dommages et intérêts obtenue au bout de deux années de plaidoiries.

Charles V, prince savant pour son siècle, avait, comme saint Louis et Philippe-le-Bel , une prédilection marquée pour les gens de robe qui, par leurs études et l'importance de leurs fonctions, formaient l'élite de la bourgeoisie. Les faveurs du monarque savaient distinguer le mérite jusque dans les derniers rangs de la magistrature provinciale. C'est ainsi que M* Simon de Laubespine, bourgeois de Chartres et maire du Chapitre, reçut des lettres d'anoblissement datées du château de Mouhin, le 10 octobre 1374 *. Ce magistrat d'un ordre inférieur fut la souche de l'illustre maison de Laubespine qui ilevint, aux XVI* et XVII" siècles, une des gloires du pays chartrain. A la même époque, des rapports bienveillants, mais que des rivalités de préséance rendirent peu durables, s'établissaient à Chartres entre le clergé et le bailliage : au mois de février 1375, le Chapitre envoya au bailli Denis Prevosteau, le jour du mariage de son fils , 50 pains et 50 pots

1 Voir vol. 1er, p. 209 et note K. — Titres des Jacobins; Anh. uVpart. » Souchet-Etiennc , vol 2, p. 20. — Mss. de la BiM. communale.

de vin 1 ; c'était une marque insigne d'amitié et de considération, car les chanoines n'offraient ordinairement leur pain et leur vin qu'aux rois, aux princes et aux plus grands seigneurs. Un autre personnage bien autrement marquant dans l'Etat, Mlre Bureau de la Rivière , chambellan et principal conseiller de Charles V, moitié de robe, moitié d'épée , qui entretenait des relations avec Chartres à cause do sa seigneurie d'Auneau, fonda (t 375-1 378) la chapellenie dite des Chevaliers dans l'église Notre-Dame \

Les succès obtenus par les armes françaises dans le Midi, le Poitou et la Bretagne, permirent au Roi, qui ne faisait jamais les choses à demi, de compléter l'œuvre de pacification de la Beauce, si bien commencée en 1364 : il donna l'ordre de faire le procès à tous les bourgeois suspects d'attachement au parti odieux du Navarrais. À Chartres, ville essentiellement royaliste, une seule famille se trouva en but aux recherches des commissaires-enquêteurs, et Macé Eliot, l'un de ses membres, fut condamné pour ses démérites à la peine de mort et à la confiscation de ses biens. Au mois de septembre 1375, Charles V fit présent d'une maison, rue Muret, provenant de cette confiscation , à Maître Geflfroy le Boutelier, chanoine de la Sainte-Chapelle et son premier chapelain, lequel la légua au Chapitre par testament du 18 août 1377*. Le Roi, satisfait d'ailleurs de la fidélité des chartrains , leur octroya pour une année, par lettres-patentes du 21 janvier 1377, la sixième partie de l'imposition de douze deniers par livre sur les marchandises, à la condition que le produit de cette taxe serait employé aux travaux des fortifications. Le bailli Jean Noël, successeur de Denis Prevostcau, Jacques Chauvel, écuyer,

1 Reg. capit.; Séance du second mardi après la Purification 1375. 1 Titres du Chapitre, Invent., p. 207, verso.

s Lettres datées du bois de Vincennes le 22* jour de septembre 1 375. — La maison donnée, située rue Muret, tenait d une part à Etienne Eliot et de l'autre à Jean de Dreux, prêtre. (Titres du Chapitre Ville et Banlieue; Arch. départ.)

capitaine de la ville , Jacques Lefebvre , élu sur le fait des aides, et le chanoine Grégoire Chantault, furent choisis , par rassemblée générale des habitants , pour surveiller la recette et Temploi des deniers'. On s'était conteuté jusqu'alors de receveurs temporaires, dont la mission finissait avec la contribution spéciale qu'ils étaient chargés d'encaisser. Le retour fréquent des taxes, avant-coureur de leur périodicité, fit adopter un autre système. On voulut que dorénavant les fonctions de receveur municipal fussent confiées à un seul individu, au moins pendant une année consécutive, et que cet agent , commissionné pour opérer la recette et la dépense de tous les impôts et revenus , figurât au nombre des officiers du corps de ville. Le premier receveur municipal nommé en assemblée générale des habitants fut M* Gilbert Hochecorne ; on lui assigna 40 livres de gages et le bailli Jean Noël indiqua son entrée en fonctions pour le 7 mai 1377 \ Cette nomination coïncide par sa date avec l'achat de la maison du cloître Saint-Martin dont on fit un hôtel-de-ville \

La chaire épiscopale devenue vacante en 1371 par la translation de Guillaume de Chenac à Pévèché de Mende , fut donnée à Gucrin d'Arcy, trésorier de l'église de Reims. Ce prélat ne prit possession qu'en 1375 et mourut l'année suivante. Sa succession échut à M* Ebles du Puits, sous-doyen du Chapitre, personnage très-influent dans sa compagnie, qui , entre autres travaux de son épiscopat , institua le service de Notre-Damedes-Neiges * et rebâtit le château de Pontgouin , lieu de plai-

1 Pancarte municipale, vol. 2, p. i". — Compte municipal de 1377; Arch. de la Mairie.

1 A cette assemblée convoquée par le bailli , à la requête de Guillaume Macéas , procureur-général des habitants , se trouvèrent Pierre Gabille , avocat du Roi , et les députés des paroisses dont les noms suivent : Berthaut Aladent l'aîné , Jean Langlois, Pierre Latroyne , maître des bouchers , Jean Lemoinc , maître des paveurs , Simon Cornet, maître des pelletiers, Pierre Germain, prévôt, Jean Papin, chevalier de ladite ville, et plusieurs autres faisans la plus grant et plus saine partie des bourgois et habitants de la ville. (Compte municipal de 1377\)

» Voir vol. 1", p. 479.

* lb., p. m.

sauce ou de refuge des évèques chartraius , selon les circonstances. Ebles du Puits, en homme qui comprenait son siècle, s'appliqua à faire de Pontgouin une forteresse capable de résister aux plus vives attaques *. Les épreuves que la France venait de traverser prouvaient de plus en plus l'utilité des précautions ; c'était aux précautions qu'elle avait prises que Chartres avait dû son salut, et le renouvellement des hostilités avec les Anglais au mois de juin 1377 n'engageait pas les chartrains à se départir de leur vieille prudence. Le compte municipal de 1377 nous fait connaître que l'on entretenait alors des hommes d'armes sous la charge de sire Jean Papin , qualifié du titre de chevalier de la ville \ Bertrand Duguesclin traversa Chartres au mois de juin et fut suivi de près par le duc d'Anjou ; on les reçut tous deux avec de grands honneurs ; ils se rendaient dans le Périgord pour guerroyer contre les éternels ennemis du royaume *. Le fameux Connétable repassa en décembre , au retour de cette heureuse campagne \ Nous n'avons à mentionner pour l'année 1378 qu'un voyage du Roi dont on ne connaît pas les détails et quelques visites de princes et de grands seigneurs \

1 Ebles du Puits fit contribuer au paiement des fortifications, au guet et à la gardé de Pontgouin les habitants des paroisses , mairies et prévôtés relevant de sa tour. 11 voulut aussi exiger le même devoir des habitants des mairies de Champ et de la Chevardiére , sujets du Chapitre ; les chanoines intervinrent pour leurs hommes et un procès s'en suivit. La connaissance de ce différend hit attribuée au bailli de Chartres par lettres-royaux du 1er septembre 1380, sauf aux parties condamnées à se pourvoir devant les gens tenant les requêtes du Palais , le Parlement étant alors trop chargé d'affaires. (Titres du Chapitre , Privilèges, p. 27 i, verso.)

* A Jehan Papin, chevalier de la ville, sur sa pension de ceste présente année, XVI livres XIII sous IV deniers. (Compte municipal de 1377.)

* 4 juin, pour XVIII poz de vin présentez à M'rt Bertran du Guesclin, connestabte ; — 5 juillet, pour un tunnel de vin acheté de Jehan de Doay et présenté à M** le duc d'Anjou , et pour XII chapons gras et iceux appareiller et pour II autres chapons gras et II II justes de vin, XXII livres XII sous Xlll deniers. (1b.)

4 8 décembre, pour XII connins, XII perdris et pour vin présenté audit M™ U Cmne stable , V livres X sous IV deniers, (lb.)

La ville reçut aussi , en 1 377 . la visite des sires Bureau de la Rivière , Jean le Mercier et Jean de Rueil. (Ib.)

1 Le voyage du Roi eut probablement lieu au mois de septembre; on lit dans le compte municipal de 1378 : Octobre, à Xguyennoys qui ntstaièrent la barrière ds

La tranquillité dont jouissait le pays chartrain dura encore en 1379, mais elle fut troublée l'année suivante par une série d'événements fâcheux. Duguesclin partit pour le midi au mois de mai 1380 ; sa femme l'accompagna jusqu'à Chartres et ce fut là que Madame la Connestable fit à son illustre époux des adieux qui devaient être éternels '. Dans les derniers jours de juillet, Jean Fabri ou Lcfebvre, nouvel évêque, et Jacques d'Ableiges, nouveau bailli, convièrent les chartrains à rendre les honneurs funèbres au grand capitaine tué devant Châteauneuf-Randon en Limousin ; son corps, que le Roi destinait aux caveaux de Saint-Denis, traversa Chartres au milieu des pleurs du peuple*. Au moment même où la France perdait son

la porte des Espars, quant le Roy vint à Chartres, à chacun X deniers. On reçut aux mois de janvier et de mars Mm« la duchesse d'Orléans , au mois de janvier le duc de Bcrry , au mois de mars M™ la Chancelière , au mois d'avril le sire Pierre de Villiers. (Compte cité.)

1 Du Gucsclin rappelé à Paris au mois de février 1379, pour conférer avec le Roi sur les affaires de Bretagne, avait de nouveau traversé Chartres; la mention suivante se trouve dans le compte municipal de cette année , sous la date du 25 février : A Pierre la Itivière, maistre des bouchers de Chartres, et à Colin Joucelin, pour la vendicion de XII anguilles et II trueitez présentés à M. le Connestable de France,

III livres IV sous.

La dépense de bouche acquittée par la ville , lors du passage du Connétable et de sa femme, au mois de mars 1380, est détaillée ainsi qu il suit, dans le compte municipal : 19 mai, pour le présent fait à M. le Connestable et à Mme sa femme — à Macé Boince , pour lll chappons de haute gresse , I livre V sous ; — pour XII autres chappons, VI livres IV sous; — pour appareiller lesdiz chappons, III sous

IV deniers; — à Chcnay poessonicr pour losche, V sous; — à Itobin le Beaussier pour III perches et une tanche. V sous VI deniers; — à Hobin Hoeneau de Goindre pourpoesson blanc et une perche, X deniers; — à Noël Boissalé pour losche, VI sous VIII deniers; — à Macot Pocin pour losche, X deniers; — o Perrot Chaton pour II gardons, X deniers; — a Jean Lorry pour une moudiardelle , VU sous VI deniers; — à Jehan de Paris pour LXlll poz de vin présentez à M"<« la femme de M. le Connestable du dimanche au vendredy quelle resta à Chartres, IX livres IX sous.

* Adoncques se mistrent en chemin (le sire Olivier de Mauny et la chevalerie qui accompagnaient le corps) pour le corps admener, et à Chartres vindrent. Dehors Chartres yessirent les colliéges et les bourgeois en procession, à grant nombre de torches pour le corps recevoir; et là oult grand due il demené. Puis le portèrent dedans le cueur de la maistre église et là lui fut fait le service solcmpnel ; puis reprindrent les chevaliers le corps et leur chemin prindrent droit à Paris. (Chronique de du Guesclin; coll. Michaud , vol. 1er, p. 572, 2« série.)

Les principaux officiers de la ville étaient alors Jacques d'Ableiçes , bailli , Jean Acaric ou Acquari, vice -bailli, Pierre Germain, prévôt, Jean N>quart. Jacques Lcfebvre , Nicolas ou Colas du Géric , Jean de la Porte , André de Croy , Pierre-lc- Saulmer, Pierre-le-Houic , Guillaume de Chastaing, élus (échevins), Pierre de Le-

héros, une armée anglaise sous les ordres du duc de Buckingham débarquait à Calais et se portait vers Paris, sans avoir pu entamer une seule place forte. Le général anglais qui avait ordre de se diriger sur la Bretagne , redoutant la disette pour ses troupes , s'empressa de tourner Paris et de gagner le Gàtinais et la Beauce ; il s'arrêta trois jours à Pithiviers pour le bon pays et gras qu'il trouva. Les chartrains avaient envoyé à la découverte les nommés Tanneguy et Bourgercau , l'un à Sens et l'autre à Montargis ; informés de quelle part cstoient les Angloys, ils craignirent une attaque, firent entrer en ville un supplément de gens d'armes et transformèrent la maison-commune en caserne et en arsenal \ L'ennemi, toutefois, ne se hasarda pas à pénétrer dans la plaine chartrai ne audelà de Tour)'. Dedans le cliastel de Tori estoient le sire de Sempy, Messire Olivier de Mauny, Mcssire Ouy-le-Baveux et grand-foison de gens d'armes. Outre à Yanvillc en-Beausse estoient le Bègue de Villaines , le Barrois des Barres , les sires de Hely, de Hangest et de 3Iauvoisinf environ 300 lances. Par tous les forts et chasleaux de Beausse estoient grands gens d? armes boutés et mis pour garder le jmys contre les Anglois. Il y eut devant les barrières du chatel de Toury une vive escarmouche et grands appertises d'armes sans ré-

rable , procureur des habitants , Robert Chambli , receveur municipal , Nicolas de Guingamp, clerc de la ville et tabellion-juré.

Jean F abri ou Lefebvre, abbé de Saint-Waast d'Arras , savant canoniste, fut nommé au mois de mars 1380, à l'évéché de Chartres, vacant par le décès d'Ebles du Puits. Au mois de juin de la même année , Me Jacques d'Ableiges succéda à Jean Noël dans les fonctions de Bailli; on lit dans le compte municipal de 1380 : à Guiot Legrand pour XII poz de vin présentes le 26 juin à Jacques d'Ableiges bailli. XXXIX sous; — au maislre des bouchers pour I grosse anguille , III sous IV deniers ; — à la femme feu Colin de Loncsaulx pour II cens d'escrevisses . III sous IV deniers ; — à Maiseteau pour un petit brocheteau , II sous VI deniers ; — à la femme Guillaume Hoyau pour III petites perches. Il sous VI deniers; et le 28 juillet, à Gilot Cousin j>our un tonnel de vin présenté à la femme du Bailli à sa venue à Chartres. XIX livres; — à Estienne lion/tomme pour ramplir un tonnel de vin lequel avoit esté retenu pour ladicte baillive, et il fut regardé qu'il n estait pas prouffitable , VII sous Vt deniers.

1 Compte municipal de 1380; Arch. de la Mairie. — Le sire de CHssoq vint au mois d'août ( le 20) examiner 1 état de la ville; on lui offrit à l'arrivée 6 poz et pinte de vin.

sultat favorable pour rennemi. Le duc de Buckinghaui délogea promptement , se présenta devant Janville sans plus de succès, puis pour dédommager un peu ses troupes de leur mauvaise chance, il fit assaillir la tour du Puisct qui là sied sus une motte et qui était défendue par 40 compagnons. Là eut grand assaut ; mais il ne dura pas longuement ; car les archers anglois tiroient si ouniemcnl que à peine s'osoit nul mettre ni apparoir aux gaittes ni aux défenses ; et fut la tour prise, et ceux de dedans morts et pris qui la gardoient; et puis boulèrent les Anglois le feu dedans, de quoi tout le charpentage chéy et puis passèrent outre. L'armée anglaise gagna la forêt de Marchenoir où elle campa quelque temps ; ce fut là qu'eut lieu, en présence du duc de Buckingham et des principaux chevaliers de sa compagnie , un combat à outrance entre un jeune écuyer beauceron de la garnison de Tour}' appelé Gauvain Micaille, el Jovelin Kator, écuyer anglais. Si rencontrèrent des fers des glaives moult roidement, et jouta V écuyer françois à la plaisance du comte moult bien ; mais l'anglais ayant donné à son adversaire un coup déloyal, le duc lit cesser le combat, combla de louanges Micaille et le renvoya en Beauce avec un présent de cent francs et un brillant équipage l.

Le royaume, déjà si cruellement éprouvé par la mort de Duguesclin, devait encore faire cette année une perte plus sensible. Le duc de Bourgogne, mandé en toute hâte par Charles V mourant, traversa Chartres dans les premiers jours de septembre *, et, le 16 du môme mois, le sage monarque trépassa

* Chron. de Froissart, vol. 2, p. 107, 108 cl 109.

* 7 septembre. — Présent fait à M. de Bourgogne. — A Estienne Bonhomme pour un tonneau de vin, XXV livres ; — au bailli de Chartres , pour un tonneau de vin, XXV livres; — à Gilot-le-Boueher pour II chappons de haute gresse, XVI sous; — pour XIII autres cltapnons, V livres V sous VI deniers; — au doyen ei chappttre de. Chartres pour II mu y s davoine, Il livres V sous; — à Ga- Uirdon queux pour sa paine davoir appareillé lesdiz chappons, pour un pannier où furent mis lesdii cJtappons. pour feu et pour eaue , XII sous VI deniers. (Compte municipal de 1380; Arch. de la Mairie .)

en son hôtel de Beauté-sur-Marne ; avec lui périt la fortune de la France. Charles V avait fondé sur son lit de mort treize obits à gros revenus dans l'église de Notre-Dame de Chartres.

Des troubles de toute espèce signalèrent les débuts du règne de Charles VI ; la Beauce eut surtout à souffrir des désordres des hommes d'armes qui refluaient vers Paris pour offrir leurs services aux oncles du Roi divisés entre eux. Le 20 novembre, une sauve-garde au nom du jeune monarque fut donnée au Chapitre et c'était fort à propos, car les aventuriers auxquels les princes avaient refusé le paiement de leurs gages, se dédommageaient de leur mécompte , en ravageant le pays chartrain. Comme il arrive en pareil cas, le changement de gouvernement amena le changement des principaux fonctionnaires de la ville ; au mois de décembre , M* Jean Richete fut nommé bailli en remplacement de M* Jacques d'Àbleigcs, et la capitainerie passa entre les mains du sire Philippe de Chartres \ Les échevins envoyèrent au mois de février 1381 des messagers à nosseigneurs de France , pour les gens d'armes qui gastoient tout, environ Chartres; le connétable Olivier de Clisson vint s'enquérir aussitôt du véritable état des choses, mais il n'y porta aucun remède '. Le 9 mars, lettres adressées dans le même but, à Mire Guy-le-Baveux, chevalier beauceron, capitaine du château de Tillières; le 3 juin, nouveaux messages au Roi et au duc d'Anjou, portant qu'il leur pleust de leur grâce mettre remedde ès gens d'armes et arbalestriers lesquels estoient au pais de chartrain et qui

» Lettres rappelles dans un exploit du 26 septembre 1384, données au Chapitre, par le roi Charles VI, l'an 1" de son règne, à Paris, et scellées de son sceau particulier en l'absence du grand sceau. (Titres du Chapitre; Arch. départ.) — De semblables lettres furent octroyées à l'Hôtel-Dieu.

1 Décembre. — Pour le présent qui fut fait à M. Philippe de Chartres, capi-

BaiÛi de Chartres. IV litres AT/ sous. (Compte municipal de 1380.)

» Compte municipal de 1381.

pilloient tout ledit pais; ces démarches furent encore sans résultat '. Cependant un homme d'épée, le sire Pierre de Négron , chevalier , ayant été appelé aux fonctions de bailli vers la fin de juin, la police reçut une organisation plus efficace \ Les sires Guy-le-Baveux et Etienne de Flavigny vinrent à Chartres avec leurs compagnies, et donnèrent la chasse aux rôdeurs du plat-pays pendant les mois de juillet et d'août le pèlerinage fait par le duc d'Anjou à Notre-Dame, le 15 août, contribua aussi à éloigner les pillards des murs de la ville \ Mais lorsque ces expéditions furent terminées et que les troupes régulières eurent quitté Chartres, les brigands reparurent; au mois de décembre, ils s'avancèrent jusque dans le faubourg de la porte Drouaise et navrèrent cruellement deux écuycrs du sire Léger d'Angennes \

Ce n'était pas assez des ravages exercés dans la campagne chartraine, il fallait encore que le fisc pressurât en 1381 la bourse des pauvres citadins \ 11 y eut aux mois de janvier et

1 Compte municipal de 1381.

1 4 juillet. — Pour VI lappereaux et XII poucins présente* à M. Pierre de Negron, chevalier, bailli de Chartres, quant il fut institué bailly, I livre VI sous VUl deniers. (Ib.)

s 28 juillet. — Pour IV poz de vin présentez au tnaiatre des garnisons du Roy. X sous; — à Drouet de Crouy.pour l\r autres poz de vin présentes à M. Guy-le- Baveux et en sa compagnie à Mir* Es tienne de Flavigny, a sous. — 10 août. — A Drouet de Croui pour IV poi de vin présentez à M. Guy-le-Baveux, X sous; — au même pour IV pot de vin présentez à la femme duait M. Guy-le-Baveux, X sous. — 23 août. — A Drouet de Croui pour VI justes de vin, III de Saint- Jangon et III de Gallardon , présentez à M. Guy-le-Baveux, XVI sous VI deniers. (Ib.)

* 15 août. — A Henri de la Ruelle pour 2 chappons de haute presse présentez à M'J* d'Anjou, I livre; — pour X autres chappons, V litres VII sous. (Ib.)

* Le XIe jour de janvier, l'an 81 (1382). — à Jaquet de Bocourt, barbier, pour sa paine d'avoir gairy II escuiers qui avaient este navrez par les gens d'armes faubourg de porte Drouaise en la compaignie de Liger d'Angennes , XXV sous. (Ib.)

* Une affaire politique d'un haut intérêt se traita , en partie , à Chartres , pendant Tannée 1381. Le duc do Bretagne s'étant décidé à prêter foi et hommage au Roi, Charles V nomma nour plénipotentiaire les sires de Chevreuse et Jean le Mercier , l'évéque Fabri et nire Regnault de Corbic, président du Parlement. Ces députés partirent de Chartres pour la Bretagne vers la fin de février et revinrent au mois de juin achever les conférences à l'évéché. La ville les défraya de tout , pendant leur séjour, et leur donna au mois de juillet un grand banquet d'adieu, (ib.)

de mars une assemblée de gens d'église , nobles et bourgeois des bonnes villes du diocèse, sous la présidence du Bailli. Ces Etals provinciaux avaient été convoqués à la requête du duc d'Anjou pour obtenir des subsides; on sait que ce prince insatiable assembla sept fois dans ce but , en 1381 , les Etats de la Langue d'Oil. 11 est probable que les Etats de Chartres, à l'exemple de ceux des autres cités voisines de Paris , votèrent bon gré mal gré l'impôt du douzième denier sur les denrées. Maison ne tarda pas à trouver celte charge exorbitante; le compte municipal de 1381 fait mention de messages continuels en Cour pour obtenir modération des aides; on alla même jusqu'à dépêcher à Blois le procureur des habitants, Jean Sequart, pour savoir ce que payait cette ville, se coaliser avec ses magistrats, et agiter les moyens d'obtenir comme un droit une réduction que le Conseil royal , malgré six voyages du bailli de Chartres en Cour, n'avait pas voulu accorder à titre de faveur. Les bourgeois de Dreux et Mantes se réunirent à ceux de Chartres et Blois dans cet intérêt commun 1 ; enfin , à force d'obsessions , le Roi octroya un allégement des aides au commencement de mars 1382. Mais cette faveur cessa bientôt ; les besoins de la guerre de Flandre nécessitèrent de nouveaux impôts, et quoique les pourparlers eussent été rétablis aux mois de mai et d'août, dans un esprit de résistance , entre les chartrains et leurs voisins de Dreux et de Mantes, on ne put empêcher le sire Philippe de Saint-Père, trésorier de France et commissaire du Boi , de venir à Chartres au mois de septembre , pour mettre sus les aides \

1 11 décembre 1581. — Pour un disner qui fut fait à M. le Bailli et à Martin-le-Faverois , bourgois de Blois. quant iU furent retourna de Paris à Chartres, lesquielx y estoient ailes pour tes besoiijnes dt la tille , V livres III sous. — 3 janvier 1581 (1 382). — Pour IV poz de vin présentez aux bourgois de Dreux et de Mante, X sous. (Compte municipal de 1381.)

* 24 mat 13&2. — A Jehan de Douai, pour VI poz de vin présentez aux baillis et bourgois de Dreux et Mante, I livre I sou. — 17 août. — A Guillaume Barbou , pour une despence faicte par les procureurs de ladicle ville lesquiex assemblèrent avecques les bourgois de Dreux et de Mante pour parler et avoir advis

Les excès des gens d'armes, loin de cesser en \ 382, avaient pris des proportions encore plus inquiétantes pour Tordre public ; les faubourgs étaient le théâtre favori de leurs prouesses et il n'y avait plus sûreté à un jet d'arbalète des murailles. Le duc d'Anjou traversa Chartres au mois de janvier , mais ce n'était pas de ce prince, exclusivement occupe de ses intérêts personnels , que l'on pouvait espérer protection \ Au mois de février, un chef de bandit nommé Jean de Gastelle et ses compagnons vinrent saccager le faubourg de la porte Drouaise, sous prétexte qu'ils avaient été battuz et villenez dans l'hôtellerie de Guillaume Dubois \ Au mois de mars, trois paires de lettres closes furent portées par le receveur Robert Chambli au duc de Bourgogne , à M. de la Tremouillc et à M- Jean-le- Flamenc, trésorier des guerres , pour les prier instamment de faire vuider du pays chartrain les gens d'armes qui le ravageaient '.Le 14, Henri Lenffant, sergent d'armes, et le bailli Pierre de Negron , reçurent du Roi la mission positive d'en finir avec les compagnies; mais comme le succès ne répondit pas à l'entreprise , on dut , vers le mois de mai , adresser à la Cour de nouvelles plaintes \

Cette fois les événements favorisèrent le désir des chartrains. Le Conseil royal venait de décider que la France interviendrait dans les affaires de Flandre , et avant de quitter le royaume il parut indispensable de mettre les places fortes de

entre eulx du fait des nouveaux aides , VII sous. — 3 septembre 1382. — Pour chappons, connins et perdriaux présentez à sire Philippe de Saint-Père, trésorier de France, commissaire du Roy nostre sire, lequel estoit venu à Chartres pour mettre sus les aides, I livre IV sous VIII deniers; — pour vin I livre VIII sous ; — pour poisson II livres. (Compte municipal de 1382 ; Arch. de la Mairie.)

1 26 janvier. — A Jehan de Douai pour II chappons de haute gresse présentez à M*T d'Anjou quant il passa pour aler en Avignon XV sous. — Pour X autres chappons ifl livres V sous IV deniers. — à M. boys Bidaut pour un muys d'àvoine IV livres IV sous. — A Jehan Sequart pour un tonne! de vin XX livres. (Ib.de 1381.)

» Ib.

1 Ib. — Jehan-le-Flamenc était déjà venu inutilement au mois de janvier. » Ib.

l'intérieur sur un pied respectable. M'" Philippe de Chartres, capitaine de la ville , reçut Tordre de faire travailler aux fortifications; dans les premiers jours d'août, ce personnage, accompagné des principaux bourgeois et de plusieurs charpentiers et maçons, fit une visite complète des murailles tant dehors que dedanz 1 et donna aux travaux une si vive impulsion que bientôt les portes, tourelles, fossés et pont-levis furent remis à neuf. Le trésor royal contribua aux dépenses , et , par une circonstance bizarre , au moment où le commissaire du Roi arrivait à Chartres pour asseoir les nouveaux aides destinés à la solde des gens de guerre , Philippe de Chartres rapportait de Soissons, résidence de la cour, une somme de 2,000 francs pour payer les ouvriers chartrains *. Le Connétable, avant de partir pour l'armée, s'arrêta quelques jours à Chartres, au mois de septembre s; il est probable qu'une partie des pillards qui battaient le pays s'engagèrent à le suivre en qualité de soudoyers. Ce qui demeura des compagnies , fut balayé, dans les premiers jours de novembre , par le sire Etienne de Flavigny, envoyé par le Roi pour quérire l'argent des gens d'armes et le rapporter en toute hâte à l'armée de Flandre *.

La victoire de Rosebecq, remportée le 29 novembre, ramena les troupes royales dans les environs de Paris dont les

' La Tille donna un dîner qui coûta 2 livres 15 sous, à M. le capitaine et aux bourpeois char^s de la visite des murailles. ( Compte municipal de 1382; Arch. de la Maine. — Mandement du 5 août 1382.)

* 1b. — Philippe de Chartres, accompagné de Pierre Germain, procureur des habitants, partit pour Soissons le 7 août.

» 5 septembre. — Pour poesson de mer et de eaue doulce présenté à M. le Contestable IX livres II sous VI deniers. — A Drouet de Crout, pour XXIV pox dé vin IV livres I sous VIII deniers. — Pour Y doc ras III livres. — Pour oublies III sous IV deniers. — Pour X ptrdriaux XV sous. (Ib.)

4 Novembre. — Pour présent à M"e Estienne de Flaviffni, chevalier, quant il vint à Chartres quérire l argent pour les gens d'armes, X livres. (Ib.)

Malgré ses dépenses extraordinaires et les taxe* dont elle toit écrasée , la ville trouvait le moyen de contribuer à des souscriptions patriotiques. Le compte municipal de 1383 contient la mention suivante : A }hr Olivier du Guesclin, comte de Longueville f frère de Bertrand ) , pour le par fat et de la somme de IV francs que ladtete ville lui donna et ottroua ta piéça pour l'aide de sa raenron des Engloiz , pour ce par mandement du XXIX jour de janvier mil CCC UIVT et dêvs (1383).

vilains se rebelloient et menaçoient jà les gentilshommes et leur étoit le diable entré en la tête de tout occire Le duc de Bourgogne, après avoir aidé le Roi à châtier Paris , vint en pèlerinage à Notre-Dame de Chartres vers la fin de février 1383, avec le Connétable et un grand nombre de chevaliers. On lui fît une brillante réception , et , comme c'était carême , la ville le régala des plus beaux et plus rares poissons que Ton put trouver; de son côté, le capitaine Philippe de Chartres festoya noblement le Prince dans son chàtel de Ver f. Ce voyage du Duc précéda de quelques jours celui du Roi , qui , depuis son avènement à la couronne, n'avait pas encore visité la bonne cité de Chartres. L'entrée du jeune monarque se fit avec une pompe extraordinaire ; la porte Guillaume par laquelle il passa avait été toute peinte par dehors ; les officiers de la ville lui offrirent, entre autres beaux présents, un char d'argent doré et émaillé, douze écuelles d'argent doré et quatre bœufs gras aux cornes azurées et semées de fleurs-delis d'or; puis ils le conduisirent , sous un dais fleurdelisé, à la Tour-le-Roi, à travers les rues tendues de courtines et jonchées de verdure et de violettes \ Charles VI , après avoir fait

1 Chroniques de Froissart, éd. Buchon, vol. 2, p. 2i2.

* Mars. — A Jaquel Lambert , pour poetson par lui achepté. pour ladicfe ville à lestanc de Itrou , cest assainir carpes et brèmes présentées à M. de Bourgoiqne, à M. le Conneslable et à plusieurs autres chevaliers de leur compaignie, . xlvii livres; — à Vincenot Pépin , pour lemproyes, .XXII livres X sous; — à M. Philippe de Chartres , cajtpttaiue de tadicle ville , pour lui aider aux fraiz qu'il lui convenoit faire le jour quil donna à disner audit M. de Bourgohjne ou chaste! de Ver, XXV livres. (Compte municipal de 1382.)

' A Symon de Dampmartin, changeur et bourgeois de Paris, pour la vendicion de XII escuelles d'argent durées pesanz XXIV mars et demi acheptées de lui , chacun mare outre VIII francs et demi, lesquelles XII escuelles furent présentées avec autre chose au lioy nostre sire à Chartres à son joyeux avènement ; pour ce par mandement du lundi II' jour de mars mil CCCIIll1* et deux (1383), IIe VIII francs V sous tournois ; — à Jehan Fromaiye , marchant et bourgeois de Paris, pour la vendicion d'un char doré et csmaillc pesant XLI marc et demi et quinze estrelins achetez de lui , chacun mare d'argent IX frans et demi ; lequel char fut présenté au Hoy mtstre sire, pour ce III III P* XV francs IV sous tournois; — à Jehan Sequart et Guillaume Barbou bourgois de Otartres pour leurs <\nges et salaires et despens de X jours que Us ont mcquè ensemble pour aller à Paris acheter un jouet pour présenter au Roy nostre sire c'est assavoir à chacun

ses dévotions à Notre-Dame , se dirigea , avec le Connétable , vers Orléans, dont les habitants, à l'imitation de ceux de Paris et de Rouen , s'étaient mis en révolte ouverte contre les collecteurs des aides.

Le sire Pierre de Negron , bailli de Chartres , par les soins duquel le Roi avait été si bien reçu , était un personnage important ; l'ordonnance du 7 juillet 1 384 sur le fait des monnaies lui donne le titre de commis des exemptions de Touraine , Anjou , Maine et Poitou ' ; au mois de décembre de la môme année , Charles VI l'institua gardien des privilèges du monastère de Bourgueil au diocèse d'Angers \ Ce magistrat eut de nouveau l'occasion, en 1384 , de saluer un monarque voyageur ; Léon VI de Lusignan , dernier roi chrétien d'Arménie, chassé de ses états par le soudan d'Egypte et réfugié d'abord en Espagne , traversa Chartres au mois de septembre pour se rendre près du Roi ; la ville lui présenta à son arrivée un tonnel de vin et un muid d'avoine s. Pierre de Negron était encore bailli lorsque le comte de Valois , frère de Charles VI , Ct un pèlerinage à Notre-Dame au mois de mai 1 386 ; ce Prince fut complimenté à son arrivée par Messieurs de la ville qui lui présentèrent une coupe et une écuelle d'argent doré \

d'eux un franc par jour, XX livres tournois; — à plusieurs personnes pour viollete achetez deulx tant pour geler sur h Hoy nostre dit sire à sa venue comme pour mettre sur les chappons à lui présentez, XVII sous VI deniers; — à Symon Chaton pour les despem de lui et de X autres compaignons qui furent quérire de la jonchée à Saint Martin au Val XI sous VIII deniers tournois ; — à Pierre Lemoine pour les despens de ceulx qui tendirent des courtines ou quartier de la porte Guillaume X sous tournois; — (Les quatre bœufs gras coûtèrent 50 livres 10 sous); — à Guillot Davionan paintre pour avoir point dazeur le jour que le Hoy arriva à fleurs de Hz les cornes des beufs X sous ; — à Guillaume Davionan paintre XXV livres tournois pour les couleurs et pour sa paine davoir pointe par dehors la porte Guillaume pour la venue du Hoy nostre sire. (Compte de 1383.)

* Ordonn. des Hois de France, vol. VII , p. 8i.

* Ib., p. 102.

a Compte municipal de 138i; Arch. de la Mairie. — Chroniques de Froissarl , vol. 2, p. M8.

* A Symon de Dampmartin , changeur et bourgeois de Paris . pour la vendicion dune couppe et une escuelle dargent dorez pesant tout Xllll mars dargent ,

Charles VI, qui avait épousé Ysabeau de Bavière le 1 7 juillet 1385, fut père en septembre 1386, au moment même où il se disposait à passer en Angleterre avec une armée formidable. Chartres prit sa double part de la joie du monarque et des préoccupations de la France. La Reine fit porter au corps de ville , par Henri-le-Bovier, son échanson , des lettres donnant avis de l'heureux avènement de son premier-né ; le messager royal reçut vingt livres tournois pour sa peine \ Le Roi avait requis les habitants de Chartres de lui fournir une compagnie d'arbalétriers pour Parmée d'Angleterre ; on obtempéra à cet ordre , et la troupe chartraine , équipée aux frais de la ville , fut dirigée sur le quartier général de PEcluse , sous la conduite de Simon-la-Grappc, trésorier des guerres, de Jacques Lambert et Jacques de la Porte , bourgeois de Chartres. Mais comme il n'arrivait aucune nouvelle de cette troupe, on envoya au mois de novembre un messager à Parmée expéditionnaire *, et Pon apprit que les tempêtes et les lenteurs calculées du duc de Berry avaient rompu l'entreprise. Les gens d'armes licenciés sans gages se replièrent de nouveau vers les riches provinces des alentours de Paris qu'ils livrèrent au pillage.

Le duc de Berry vint en pèlerinage à Notre-Dame le dimanche 26 mai 1 386 , en compagnie du comte de Sancerre et de l'évêque de Poitiers \ Chartres reçut bientôt après un visiteur plus auguste encore ; le 26 août, un chevaucheur d'écurie apporta à Messieurs de la ville des lettres du sire Philippe de Fleurigny annonçant l'arrivée de la reine Ysabeau pour le

V/*xV/iYtm. — Pour II estuis de cuir bouilli achetez à Paris pour mettre Utdis joyaux, XXX sou». — Pour déchet de coton acheté pour fourer lesdizjoiaux et estuis, III sous. (Compte de 1386.)

» Ib.

* A Pierre de la Court l'un des procureurs de la dicte ville pour aler à Paris pour le fait des arbalestriers que le iloy nostre sire avoit mandex a lui estre envoyez de ladicte ville pour le servir ou voiage d' Angleterre , IV livres ; — à Colin Eueteron pour avotr porté lettres de par ladicte ville en Flandre devers le trésorier des guerres la Grappe , Jaquet Lembert et Jaqutt de la Porte ou a lun deulx pour savoir et rapporter nouvelles du pasiaige d'Angleterre , XL sous. (Ib )

5 Ib.

mardi 29. La Reine fut reçue avec les plus grands honneurs; on lui fit présent de deux pots et de sept drageoirs d'argent doré \ Mais ces visites de hauts personnages n'empêchaient pas les routiers de désoler le pays. Au mois de janvier 1387 la ville obtint des lettres du Roi pour faire vuider les pillards, et, au mois d'août suivant, le bailli pria le sire d'IUiers que il accompaigné de II ou III escuiers , venist à Cliartres pour aler parler à plusieurs gens d'armes qui estoient à Voves et à Illiers ou bailliage de Chartres et pour iceulx faire vuider*. Le mal augmentant au mois de janvier 1388, on envoya précipitamment au Roi et aux ducs de Bourgogne et de Berry un messager porteur de lettres faisans mencion qui leur pleust mcstre remède ou faict des gens d'afmes, galois et autres, qui estoient ou pais de Chartrain*. Cette fois la demande des habitants fut écoutée et le Roi dépêcha vers ces quartiers le sire le Bègue de Vilaines avec mission de nettoyer le pays. Ce capitaine arriva avec ses compagnons au mois de février et la ville lui fit don , pour sa bienvenue , de 8 tanches, 4 carpes , 2 brocheteux , 15 pots de vin ; on était en carême \ Au mois de mars, Charles VI, qui s'était transporté à Chartres avec Jean de Montaigu et Guillaume de la Forêt, pour faire l'obsèque de feue Madame de Berry put juger par lui-même do l'étendue des désastres et de Purgence du remède. Mais ce n'était pas assez du pillage; une maladie épidémique survint et jeta la désolation dans la ville. Son intensité fut très-grande depuis le mois de juin juscw'à la fin d'août ; les registres capitulaires apprennent que les chanoines

' A Symon de Dampmartin , diangeur et bourgeois de Paris, pour II gratis pos et VII gratis draiouers dargent dorez pesant A.YA7 mars et V onces dargent, IIU XVI livres V sous. ( Compte municipal de 1 380.)

« Compte de 1387.

» Compte de 1388. — On appelait Gallois les compagnons d'aventure du prince Yvain de Galles.

* Ib.

» ïb. — Aucun historien ne fait connaître que Jeanne d'Armagnac, duchesse de Berry, mourut à Chartres.

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