TOME
l'immixtion de Piment populaire dans toutes les affaires d'intérêt général. Les revenus annuels, qui furent désignés plus tard sous le nom de deniers communs et jmtrimoniaux , n'étant pas encore créés, on pourvoyait aux besoins pressants par des impositions temporaires votées en assemblées générales des manants et habitants, et l'on se gardait bien d'accorder au Roi des secours qui auraient appauvri les citadins sans profit direct pour eux. Dans le but d'en forcer la forteresse qui est la tuicion et sauveté de tonz les gens et biens de Cliartres et des pais d'environ et ou toutes gens pour eulx et leurs biens peuet avoir refuge, l'assemblée générale accorda, pour un an à partir du 20 janvier 1 358, un subside sur toutes manières de personnes de la ville et banlieue, consistant en 3 livres tournois par tonncl de vin , 2 sous par muid de blé et 6 deniers pour livre de toutes autres marchandises et denrées qui conques vendues. En même temps on nomma, pour faire cuillir, lever et exploiter ledit subside et contraindre tous ceulx qui aucune chose en devront, M* Pierre de Chappes, sous-chantre de l'église de Notre-Dame , Mc Jean-le-Vigneron , prêtre scelleur de PEvéque, et les bourgeois Jean Lambert et Gilles Sequart : on choisit pour encaisser les recettes et en passer écriture ainsi que des dépenses, le bourgeois Guillaume de la Veste. Ces choix furent approuvés par une commission du 6 février, émanée des autorités civiles et ecclésiastiques de la ville, désignées dans l'ordre suivant : Messire Guillaume de Meslay, chevalier, vidame et capitaine de Chartres et du pais (V environ ; Messire Pierre de Houville ou Bouviller, chevalier, bailli dudit lieu ; les vicaires de révérend Père en Dieu M«r PEvéque de Chartres, et le doyen et chapitre de l'église de ladite ville. Ces seigneurs donnèrent pour instruction à Guillaume de la Veste, par la commission dont il s'agit, de recevoir et écrire en son papier les noms des personnes, les monnaies et le jour de la recette , et iceulx deniers bailler et distribuer ;wr lettres et mandement des esleuz, ou de
deux du moins, dont il y aiet l'un de V estai de elergié et V autre des bourgois, pour mettre et convertir es repparacions et nécessités de ladite ville et non ailleurs ; toutefois, comme correctif à l'égoïsme de la mesure , il fut réservé que les élus bourgeois pourraient , sans en référer à ceux du clergé, distraire de la recette jusques à la somme de quatre cenz livres pour plusieurs nécessités et mandemens du Roy. Afin d'exciter le zèle de Guillaume de la Veste, ou lui alloua, à prendre par sa main des deniers de la dicte recepte, cent livres tournois une fois tant seulement.
Le subside voté, en y comprenant une taille particulière pour la construction du versoir de la porte Inibout (le Vieux- Trou), produisit la somme de 8,020 livres 13 sous 4 deniers, sur laquelle on employa 7,237 livres 1 i sous à acquitter des dettes anciennes et à faire de nouvelles dépenses dans l'intérêt de la ville. Il résulte du compte rendu par Guillaume de la Veste et de divers autres documents, que, pendant les années 1357 et 1358, on détruisit une partie des faubourgs, l'église Saint-Saturnin alors extra-muros, le couvent des cordeliers dans le Grand-Faubourg, l'hôpital Saint-Julien et Saint-Gatien les ostels Jean de Cloie, Jean de Bissay, Béguin et Guillaume Morbier, les murs des étuveset la grange de 1* Aumône, la maison de Guillaume Jourdain à Mainvilliers, le chàtel de Lèves, la Forte-Maison et le fortin de Soins, afin que les ennemis ne pussent s'y loger; on solda une bande de Origans \ sous le commandement du capitaine Marquetin de Lucques, pour tenir garnison dans la ville; on arma les murailles de pièces d'artillerie *; on continua le creusement des nouveaux fossés, de
• Voir vol. 1", p. 250, 2% i-t 350
* A Marquelin de Lacques . sur ce qui jiourra lut estre den pour les nnqes de LUI paies des briqans qui ievuien'. servir la ville, par un mois. C LX Y livres , XII sons, M deniers. (Compte rie 1358; Air h. il»- la Mairi«0 On appelai! brigands »lfs pons «V pied (mitant la briyandine , i-spi're <!»■ coite oY maillts.
5 Pour faire manteaux à mine et pour appareiller certains canons et manteaux, Xl\ livres, IV sous. IX deniers; — à Guillaume Ij- terre, du rlmstre , pour le
la Courtille à la porte Inibout ; on entretint des communications fréquentes avec les l>oiirgeois de Paris et d'Orléans !. Les travaux des fortifications furent exécutés d'abord sous la direction du vidame Guillaume de Mcslay, capitaine de la ville, puis, à partir du mois d'août 1358, par les soins du sire Jean de l'Estcndart, chevalier de grand renom, que les Chartrains avaient demandé et obtenu pour capitaine *. Ce seigneur trouvant la garnison insuffisante pour le service d'une place de guerre telle que Chartres , exigea l'adjonction de cinq compagnies d'hommes d'armes et d'archers commandées par les sieurs Hurlequin du Trait , Guichart de Montigny, Guillaume d'Yenville, Thomas d'Allonnes et Guillaume de Villiers; l'assemblée générale des habitants fut forcée, quoiqu'il en coûtât, d'imposer une nouvelle taille sur les paroisses pour payer la solde de ces troupes , et cette dépense s'éleva, du 19 août au 2 octobre 1358, à la somme de 1,145 écus Plusieurs chevaliers de haute distinction vinrent pendant cette année visiter la ville ; on les hébergea et ils reçurent des présents proportionnés à leur qualité, à la durée de leur séjour et à leurs bons offices; on lit principalement accueil aux sires Regnault de Gouillons,
resl qui li estoit deu des canons que il a livrez à la ville et pour ferrures d'espringalles, artillerie et martinet, XII litres, X sous; — à Me Jehan-le-Vigneron , procureur de sire Jehan Chauve! , pour XIII milliers d'artillerie que il a vendue à la ville , et laquelle artillerie il doit livrer à Martin de l^espinette , pour la ville, CCI livres, V sous. (Compte de 1 358; Arch. de la Mairie.)
* A un vallet qui apporta lettres à la ville de par le Prévost des marchons , I livre, XII sous; — a Jehan Biner, messaiger des bourgois d'Orliens, qui apporta lettres à la ville de par lesdiz bourgois, I litre; — à Henriet-le-tireton , tavernier, pour porter à Paris unes lettres, de parle capitaine de la ville, I livre, V sous; — à M. Jehan de Dreux, pour plusieurs mesaiges que il a faiz pour la ville à Paris à Mire Geuffroy-le-lioutellier, IX litres; — à }vonnet Terciau pour porter unes lettres du capitaine à Galardon à M. Aubert de btiuvere, V sous; — à M. l'évesatte de Iiuxion (Heusse) pour ses despens d'aler. demorer et retourner devers M. te duc pour plusieurs besoignes touchons la ville, XXX litres. (Ib.)
* A Eslienne Perier , pour la despense que il fist avec M. le Capitaine . quant il furent par devers M»r le Itégent tmpétrer que il fust capitaine de Chartres et du pais denviron, XIII livres. (Ib.)
* Rcpnault Sauger, archidiacre de Vendôme, et Gilles Sequart furent élus eo assemblée ^nérale pour procéder à la paie des gens d'armes. (Ib.)
Maupin de Marottes, d'Aubigny, Foulques de Laval et Guyle-Baveux \
Ces préparatifs n'étaient pas inutiles, car un ennemi astucieux et encore puissant avait les yeux sur Chartres. On apprit en 1359, par les révélations d'un religieux jacobin, que Charles-le-Mauvais machinait un coup de sa façon. Ce jacobin, appelé frère Jacques de Montchauvet , raconta que , vers la Chandeleur, se trouvant à Meulan, à la cour de Navarre, le jeune monarque avait demaudé en sa présence, à Me Eblcs de Sainte-Marie, chanoine de Notre-Dame si l'on pourrait trouver trente bourgeois disposés à lui ouvrir les portes, attendu qu'il avait Chartres fort à gré, lui ayant été donné en mariage et si, dans le cas où Paris et d'autres villes le nommeraient régent, les Chartrains le reconnaîtraient. 1^ religieux ajouta qu'il avait parlé de cette conversation à Guillaume de Vecic et à l'évèque de Reusse, religieux de sou ordre. Cette dénonciation ne paraît avoir eu de suite fâcheuse que pour le pauvre jacobin, qui fut mis en prison.
Charles-le-Mauvais ne comptait pas seulement, pour réduire Chartres, sur les intelligences fort douteuses qu'il pouvait avoir parmi les habitants, il avait surtout confiance dans le succès de ses auxiliaires d'outre-mer, nouvellement débarqués en Normandie. Les bourgeois chartrains se tinrent coi derrière leurs murailles et échappèrent aux surprises des coureurs anglais; mais en revanche le plat pays eut beaucoup à souffrir, et la mesure des maux fut à son comble vers la fin de l'année, si l'on
« Compte de 1358; Arch. de la Mairie.
* Le chanoine Ebles de Sainte-Marie fut , en effet , député par ses confrères , à Paris, près du Régent, vers la Purification (Chandeleur) 1359, pour y traiter certaines affaires de relise, (lieg capit.; Séance de la Purification 1359.) Il est probable qu'au retour, cet ecclésiastique passa par Meulan.
3 Chartres ne fut pas donné à Charles-le-Mauvais par mariage; en déclarant ce prince majeur, par lettre du 8 février 1349, peu de temps avant son mariage, le roi Jean lui fit la délivrance de ses anciens domaines de Normandie , et y joignit seulement les domaines de Mantes, Meulan, Anct, Breval et .Montchauvet. (Secousse, Mémoires sur Charles-le-Mauvais . Preuves, p. 53. Pièce extraite du mémorial C de la chambre des Comptes, f« 113, verso.)
en juge \ ar le cri de douleur échappe aux chanoines et consigné dans le procès-verlial de la séance capitulaire de la Purification 1300. « \jh persécution dirigée contre l'église de » Chartres, dit le rédacteur de ce procès-verbal, n'est conipa- » rable qu'a celle de Jérusalem ; il n'y a plus d'amis, les geus * charges de nuire défense nous faisant plus de mal que les » ennemis ; personne ue sait s'il faut quitter ou habiter la n ville ; tandis que nos maisons sont pillées, l'incendie dévore » nos domaines ruraux: nos hommes de corps, nos botes, » sont tués ou faits prisonniers 1 : non seulement nos débiteurs » ne nous payent pas , mais les mandements des tribunaux » ecclésiastiques sont méconnus et les armes de l'Eglise bra- » vées impunément. La justice est partie pour la terre de cap- » tivitéavec le roi des Lys; plus de confiance dans la sauve- » garde royale, et le sauf-conduit des Anglais est en horreur » aux nobles et au peuple ! C'est pourquoi nous , chanoines » de Notre-Dame, réunis en assemblée générale de la Purifica- » tion, arrêtons ce qui suit : 1° Les fruits et émoluments des » prétendes qui, d'ordinaire, appartiennent divisément aux » chanoines prék'ndiers, sont mis en commun et distribués » entre tous les chanoines, pour que chacun puisse avoir un »» morceau de pain à rompre : 2° chaque chanoine résidant, » en état de combattre, se munira d'armes convenables; » 3° chaque chanoine invalide fournira un remplaçant valide ; »» 4° en outre, chaque chanoine aura à son service et entre- » tiendra ii ses frais et dépens deux écuyers et un page armés » de manière à pouvoir résister aux coups de l'ennemi ; 5° ces
1 \jïs \mn\>-< ennemies qui rôdaient autour de la ville firent prisonniers, pendant le* aimée* V-i'iH et 1 ;).">!>, un certain nornhre de cliartraius; les comptes et les capitubm> nient, en particulier, le- bourgeois N'. de tV'tainrourt , C.ilot Hufjot, Jacques Kounii.Miit, (jil-pt Vin.n et «iaulier-le-lîoulamjer , sergent du Chapitre'. La rançon d'un hourp'ois ( (in-i-tait ordinairement eti un tunnel de vin. Pendant ces années dés^treu-es lc> travaux de la campagne furent abandonnés, on n'ensemença qu'une |»etMe parti»- de* lrrre> de la Ileaiice. et le blé qui valait, en moyenne, 5 ou H sous le setirr, v vendit jusqu'à 50 sous à la l'urilicalioii et W livres 15 sous à la Saint-Jean i:j*«0, c'est le plu* liant prix qu'atUinnil le setier de Idé pendant tout le XIV» siècle
» quatre personnes : le chanoine, les deux écuyers et le page, » se présenteront en armes à toute réquisition du Chapitre; » 6" pour que la fraude ne puisse se faire, il y aura montre des » hommes d'armes du Chapitre mardi prochain et le premier » mardi de chaque mois jusqu'à la Saint-Jean ; 7° les chanoines » pourvus de deux prébendes fourniront le double de gens, » c'est-à-dire quatre écuyers et deux pages. » Nous ne savons si ces belliqueuses mesures, moins à l'adresse des Anglais qu'à celle des hommes d'armes un peu pillards de la garnison, en imposèrent beaucoup aux amis et aux ennemis des chanoines.
Le roi d'Angleterre, parti de Chàtillou , près Montrouge, le 12 avril 1300, pour se rendre en ce bon pays de Beauce traversa avec son osl toutes nos plaines et s'arrêta à Bon ne val, puis à Clmteauilun, où le rejoignirent les négociateurs français envoyés par le Dauphin, régent du royaume. Edouard revint avec eux vers Chartres et alla se loger dans le village de Sours, lieu choisi pour les négociations. La conférence, commencée le 1er niai, continua pendant huit jours, sans que le roi d'Angleterre voulût se départir de ses exorbitantes prétentions. On allait reprendre les armes, lorsque la résistance du vainqueur fut adoucie par un événement qu'il regarda comme un avertissement du ciel. Le 0 mai, pendant que les traiteurs francois allaient et prêchoient ledit roi et son conseil, un temps, un effoudre et un orage si grand et si horrible descendit du ciel en l'ost du roi d'Angleterre , que il sembla bien proprement que le siècle dût finir ; car il chéoit de l'air pierres si grosses que elles tuoient hommes et chevaux et en furent les plus hardis tout ébahis. Adonc regarda le roi d'Angleterre devers F église Notre-Dame de Chartres, et se rendit et voua à Notre-Dame dévotement, et promit, si comme il dit et confessa depuis, que il s1 accorderait à la paix1. Le
• Chron. de Fro,s*art . M. Buchon , vol. I", p 430 » Ib . p. 432
lendemain 7, Edouard se rendit à Chartres, fit ses dévotions à Notre-Dame et vénéra la Sainte Chemise ; le Chapitre reçut avec de grands honneurs le monarque anglais, qui laissa à l'église des marques de sa générosité Le traité auquel le roi Jean dut sa liberté en échange d'une énorme rançon et de l'abandon des plus riches provinces de France, fut signé le 8 mai au petit château de Brétigny, près Sours \ Parmi les plénipotentiaires français se trouvait Jean d'Angerant, doyen du chapitre, qui no tarda pas à arriver à une haute fortune. Le samedi 9 mai, les commissaires anglais partirent de Chartres pour Paris, où ils reçurent le serment du Régent ; ce prince, après les avoir magnifiquement traités, les renvoya le mardi 1 2. Edouard leva alors le camp de Sours, coucha une nuit à Chartres, et à lendemain vint-il dévotement et ses enfans en l'église Notre-Dame, y ouïrent messe et y firent grandes offrandes et puis s'en partirent et montèrent à cheval*. Vost anglais tira vers Hartleur.
* Le vendredi 1er mai, jour de Saint-Philippe et Saint-Jacques , le Chapitre avait lait faire une procession générale, pour la paix, à Saint-Père en-Vallée. Le roi d'Angleterre avant manifesté l'intention de venir , en pèlerinage , vénérer la sainte Chemise , le jeudi d'après la saint Jean-Porle-Latinc ( 7 mai ) , le Chapitre s'assembla à la hâte et dérida que le Conseil de France et le seigneur Chancelier, de présent à Chartres, seraient consultés sur la conduite à tenir eu cette circonstance. On permit aux chanoines do satisfaire le roi d'Angleterre et le pèlerinage eut lieu. Le lendemain vendredi , 8 mai , la paix ayant été signée , le Chapitre lit placer la châsse sur l'autel et prescrivit qu'elle fût exposée aux regards de tous les pèlerins. (Souchct, d'après les reg. capit. — Hérisson, Dissertation, n° X. à la suite de YHist. de la cité de* Carnute*, par Ozcray, vol. 2, p. 375.)
' Citron, de Froissart. vol. l«r, p. 432 et suiv. — Chron. de Saint-Denis. ch. 122 et 121. — Rymcr, Acta puNka. p. 202 et suiv. — 11 ne reste plus aucun vestige de l'ancien château de Bretigny, hameau de la commune de Sours.
* Chron. de Froissart. p. 439.