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CHAPITRE XVII

DE LA PRISE DE LA VILLE PAR LES FRANÇAIS A L'INCENDIE DU CLOCHER DE PLOMB DE LA CATHÉDRALE.

Charles VII acheva la pacification de Chartres, en délivrant aux habitants , laïcs et ecclésiastiques , des lettres de grâce et abolition. Dans cette pièce, datée de Loches au mois de juin 1432, le Roi rappelle la rébellion des Chartrains entraînés par les Bourguignons et les Anglais, prend acte de leur repentir, reçoit leurs remerciements, si très humblement que patent, des grans grâce et miséricorde par les gens, chiefs et cappitaines , chevaliers, escuiers, à eulx faictes à l'entrée et réduction de la dicte ville, en laquelle a esté gardée l'immunité et franchise de Véglise et évité toute violation des femmes et aussi effusion de sang tout ainsi que bonnement se est peu faire , octroie plein pardon aux coupables en l'honneur de l'église de Chartres, laquelle est la plus ancienne église du Royaume, fondée par prophétie en honneur de la glorieuse vierge Marie par avant J* incarnation de nostre Seigneur Jcsus-t'hrisl , rend aux laïcs leurs honneurs, immunités, franchises, biens et héritages, nonobstant les dons qui pourraient en avoir été faits; confirme dans leurs prébendes Parchidiacre Regnault de Paris, Etienne Huvette (Huvé), sous-chantre, Jean Portier, prévôt d'Auvers, Jean Quatregrains, Grégoire Legras, Pierre Brisard, Pierre Lefebvre et Mathery Gauguin, chanoines, lesquels sont demourés en l'obéissance royale f quelles qu'aient pu être les collations faites de ces bénéfices en vertu île la régale ouverte

après le décès de l'évêque Philippe de Boisgiloud ; enfin impose aux gens d'église , bourgeois et habitants auxquels la rémission est accordée , l'obligation de jurer entre les mains du bailli d'estre dorénavant bons cl loyaulx envers la seigneurie et couronne royales !.

Cependant les Anglais ne se tinrent pas pour battus. Le Bourgeois de Paris nous apprend que, peu de jours après le succès des royalistes, l'Isle-Adam , capitaine anglais de Paris, parce qu'il étoit sage homme, fut ordonné à garder vers Chartres cl cuida le reprendre par l'aide de aucuns qui dedens estaient, mais que le projet fut éventé par les gens du Roi \ Il y a peut-être coufusion entre cette tentative et celle de 1 433 dont parle Souchet sur la foi d'une mention du registre de l'officialité \ D'après ce document que nous n'avons pu retrouver, M* Martin Guesdon, confrère du grand Beaulieu et curé de Corancez, prisonnier dans la geôle de l'évêque, confessa que, se trouvant à Dreux le 1" avril 1433, il fut mis en rapport avec Me Gilles de Laubespiue , ancien bailli de Chartres, lequel lui aurait dit qu'un complot était formé pour reprendre la ville, que Martin Gauthier, son vigneron, demeurant au Petit-Beaulicu, devait cacher huit ou dix hommes de choix, parmi lesquels se trouveraient Philippe Grimuard , Marin Blandin , Michel Larcher et Jean Béchard , que l'escalade devait avoir lieu pendant la nuit entre la porte Saint-Jean et la tour du Grouin-Patcau , que l'expédition serait soutenue par l'Isle-Adam , Guillaume de Languedoue , Pierre d' Allonville 4 et autres, embusqués à Seresville avec cinq à six cents

1 Inventaire du Chapitre , p. 221; Arrh. départ. — Cette pièce, dont il reste un Vidimus daté du 22 juillet 1 i32, a été donnée en entier par M. Hérisson , sous le n° 15 des Dissertations qui font suite a l'histoire d'Ozeray, vol. 2, p. 107.

1 Journal d'un Ilourgcois de Paris, p. 2(»9. rendant cette expédition , la capitainerie de Paris fut confiée à Gilles de Clamecy , ancien bailli de Chartres.

» Souchet, vol. 2, p. Kl».

4 La maison d'Allonville , Tune des plus considérables de la Beauce , porte d <irgent à deux fasces de sable. (Hiluel des armes et armoiries de France. lier util de Laisné , vol. 3. p. 253.)

hommes , que les bourgeois anglais de Chartres prêteraient les mains à l'affaire et qu'il n'y aurait pas de sang versé, à moins de résistance. Cette déposition fut corroborée le 6 juillet par les révélations d'un prisonnier nommé Robin Boutin, natif de Dreux, qui fit connaître qu'ayant été transporté, au commencement de l'année, de Dourdan à Chartres, par ordre du capitaine La Hire, il avait été sollicité en sous-main par Laubespine de travailler à lier des intelligences daus la ville; qu'ayant payé sa rançon au mois de février, il était retourné à Dourdan pour informer La Hire des menées de Laubespine, et que La Hire l'avait engagé à continuer ses relations avec les conspirateurs; qu'en conséquence, il avait mandé à Laubespine qu'il pouvait lui favoriser le passage par les murs de la porte Chàtelet , sous promesse de 2,000 saluts d'or et de la maison de M' Jean du Pont, maire du Chapitre, située au bas des Lices ; que, d'après cette ouverture, Laubespine lui avait recommandé d'entrer en communication avec les nommés Guillaume Maugars , Marin Blandin et Poulard , ses principaux affidés chartrains, et qu'après divers pourparlers, on avait choisi pour l'exécution le 25 mars, jour de l'Annonciation , ce qui n'eut pas lieu, à cause du grand nombre de troupes alors en garnison à Chartres; que la partie avait été remise au jeudi absolu (saint), et que, dès le lundi des Rameaux, les conspirateurs avaient dîné ensemble chez Blandin ; mais que lui, Boutin, ayant averti le bailli et capitaine de la ville , les conspirateurs conçurent quelques doutes et ne bougèrent pas. Par suite de l'instruction de ce complot dont Boutin avait détourné l'effet, le curé Guesdon fut condamné, le i \ juillet , à tenir prison fermée le reste de ses jours , au pain de douleur et à Veau de tristesse.

Chartres était pour les Français une excellente place d'armes; le bâtard d'Orléans, commandant supérieur des troupes rovales de la Beauce et de l'Orléanais, v avait rassemblé une forte garnison qu'il envoyait souvent fourrager sur les terres

des Anglais. Le 7 mai 1433, un parti sorti de Chartres fit une pointe sur Paris , mit à feu et à sang le village de Saint- Marcel, cuillil moult grant proyc qui moult greva Paris, car pour cette prime enchery tout plus que devant, et revint avec son butin \ Mais cette habitude de maraude, lorsqu'elle ne trouvait pas à s'exercer sur les ennemis , se dédommageait sans scrupule sur les amis; les documents du temps font mention de ravages dans les terres de Josaphat , et nous avons dit ailleurs que les aveugles de Saint-Julien dont la maison de la porte Drouaisc avait été détruite par les Anglais, n'eurent pas à se louer de la conduite des hommes d'armes de la garnison à leur égard ". De leur côté, les Anglais reparurent en Bcauce au printemps de 1434; le comte d'Arundel battit la contrée entre Mantes et Chartres et s'empara de plusieurs forteresses tant au pays de Charlrain comme au pays du Perche \

Charles VH n'avait jamais reconnu Jean de Fretigny en qualité d'évèque de Chartres, et , après la mort de Philippe de Boisgiloud , il avait disposé des bénéfices comme si l'on eût été en temps de régale, puis, en 1 422, il avait nommé au siège chartrain Me Robert Dauphin , son conseiller. Ce prélat se fit pourvoir de bulles en 1432, et , nonobstant l'opposition du Chapitre qui avait choisi Philippe de Prunelé \ abbé deSaint- Laumer de Blois, il fut mis par procureur en possession de son évôché qu'il garda deux ans sans le visiter. Appelé en 1434 à l'évèché d'Alby, il eut pour successeur M* Thibault-. le-Moine, l'un des familiers du pape; ce nouvel évéque royaliste n'hésita pas à venir à Chartres, quoique le pays fut parcouru par les Anglais et que la peste régnât dans la ville. Il fit son entrée le 20 novembre, après avoir passé la nuit.

1 Journal d'un lii>tir{/>'<iis dv Pans, p. 27 t. 1 Voir vol. 1", p. -2Kλ. 3ÔI Cl 3.V2

3 Citron, de Mmistrelet . p. 081} .

4 La famille de lYunelé. Irfo-aiHicune cl IrfVpuissiiile en Bejtice, porte de ijueules à su annekts d'or, f busnr , vol. 3, p 2Ti3.» Ce blason e>t , ipianl aux "émaux, la contre-partie «le relui de la maison dllliers.

précédente au cuuvent de Saint-Père, au lieu de Saint-Martinau-Val trop à la merci des ennemis. Quelques membres du clergé ne firent pas preuve du même courage que Thibault-le- Moine; les curés ou vicaires perpétuels de Saint-André, entre autres, abandonnèrent pendant la contagion la messe parrochiale au grand scandale des gagers (marguilliers) qui portèrent complainte contre eux , en cas de saisine et de nouvelleté

I.a paix d'Arras , signée avec le duc de Bourgogne au mois de septembre 1 435 et dont Regnault de Chartres, archevêque de Reims, avait été l'un des négociateurs donna au parti de Charles Vil la force de lutter victorieusement contre les Anglais. Les Français reprirent l'offensive dans le Yexin et Plle-de-France ; Meulan, Pontoise, Saint-Germain , Corbeil, Vincennes, tondirent en leur pouvoir. Au mois d'avril 1436, le connétable de Richemont voulant mettre à profit les intelligences qu'il avait à Paris, appela à lui le bâtard d'Orléans avec toutes les garnisons de Reauce; le 13 de grand matin on tenta le coup par la porte Saint-Jacques, et il réussit d'emblée malgré la résistance des chefs anglais et du prévôt Simon Morbier. Les succès continuèrent en 1437 et furent couronnés au mois d'octobre par la prise de l'importante place de Montereau; la nouvelle de ce brillant fait d'armes, début du Dauphin, depuis Louis XI , fut apportée aux échevins de Chartres le i G octobre par un trompette de Girault de la Pallièrc, capitaine d'Houdan \ On craignait que les Anglais, chassés de la Brie, du Vexin et du Gàtinais, ne se repliassent surlaBeauce, frontière de leurs possessions de Normandie; aussi M. le Itùtard , qui avait toujours le commandement supérieur des garnisons royales de ces quartiers, s'einpressat-il de prescrire aux gens de Chartres d'assurer par tous les

' Lare de Uni* de Suint-André , 201 . v ; An li ilf'pail

? Chnm. de Monolirlet , \t. 70 i

» Heffi*tres des Echn-ins; Airli. do la Mairie

moyens possibles lu défense de leur ville. Les échevins mirent d'autant plus de zèle à satisfaire aux injonctions du Prince , qu'ils avaient à cœur de détruire dans l'esprit du Roi certains rapports peu propres à démontrer leur dévouement à sa cause. Après avoir sollicité les secours des capitaines d'Houdan et de Nogent-le-Rotrou , ils adressèrent à Charles VII une humble requête pour le prier de les tenir en recommandation et de croire que jamais ils n'avaient prétendu toucher aux deniers royaux, changer leur gouverneur, ou entreprendre contre les droits du Bâtard Bientôt des vivres et des munitions, amassés dans le Perche et le Vexin, furent dirigés sur Chartres ; mais la discipline militaire était encore si peu dans les mœurs du temps que les garnisons royalistes de Meslay, Villebon , Courville , >"ogent-le-Roi ne se faisaient pas faute de piller les convois dont ils auraient dû protéger le passage; il fallut, pour mettre un ternie à leurs accès de brigandage, faire intervenir l'autorité du bailli et les menacer de la colère du Bâtard \ On stimula le zèle de la compagnie d'arbalétriers (compagnons du Vidame) en lui constituant une gratification annuelle de 13 livres tournois pour l'entretien des buttes, et il fut décidé que le guet de jour serait continué avec régularité sur le haut du clocher de l'église Saint-Michel \ Ces précautions n'étaient pas inutiles; les partisans des Anglais semaient l'inquiétude dans les esprits , et chaque jour amenait la découverte de quelque complot. Au commencement de décembre, il se répandit le bruit que les Anglais devaient diriger une expédition contre Dourdan; on expédia sur-le-champ le poursuivant d'armes du bailli au capitaine de cette forteresse, qui était le sire Jean des Mazis, ancien français renie, revenu à de meilleurs sentiments *. En môme temps on apprit qu'un

1 Registres des Echevins; Séance du 1<> wtobre U37. » Ib.; Séance du 23 octobre.

s Ib.; Séance du 13 novembre.

* Ib.; Séance du i décembre

gros parti anglais rassemblé dans les parages de Verneuil, Dreux et Ivry , faisait des démonstrations hostiles pour la ville ; une panique s'empara des habitants, et la force armée, vidamiers et soldats des ordonnances , passa une nuit tout entière sur les portes et remparts Cette situation perplexe fut un peu améliorée par la visite que le Bâtard vint faire à la ville le 10 janvier 1438 \

Les préoccupations guerrières n'étaient pas les seules qui occupassent l'assemblée des échevins. Le Roi , forcé par les nécessités du moment de surcharger d'impositions ses provinces fidèles, n'avait pas épargné Chartres ; mais les événements rendaient cette charge très-lourde et l'on résolut de s'en affranchir le plus tôt possible. Le receveur des deniers communs se rendit à Orléans, au mois de décembre 1437, pour demander à Charles VII l'exemption , pendant l'année 1 438 , de la contribution sur les grains et le pain ; cette première démarche n'ayant pas réussi , une seconde députation fut envoyée dans le mois de janvier et fit valoir avec tant de force la misère et la dépopulation de la ville, qui est première frontière contre les Anglois, qu'un arrêt du Conseil réduisit à 500 livres le secours de 1 200 livres sollicité cette année par la couronne'. La politique exigeait cette concession, car la ûdélité des Chartrains, gardiens des marches françaises, était indispensable à la cause royale.

Le 29 janvier 1 438, on vint dire aux échevins que les Anglais d'Ivry, assemblés dans le but apparent d'aller mettre le siège devant la motte de Sorel , se dirigeaient en droite ligne sur Chartres; c'était une fausse alarme. Le 14 mars, nouvelle alerte d'après la déposition d'un poursuivant d'armes du

1 Registres des Echevins; Séance du 4 décembre. — On donna 12 livres fi sous tournois à (jnatre compagnons de guerre do la compagnie du capitaine Reguault Bernard»» et a quatre arbalétriers, pour une nuit de guet sur les murailles.

1 lb.; Séance du 10 janvier. — On offre un tunnel de vin vieux à M le Bâtard qui est venu réconforter la ville au sujet de l'assemblée des Anglois à Verneuil.

» lb.; Séances des 18 décembre 1437 et 11 janvier 1 43*.

chancelier ; on redoubla de vigilance, on fit faire continuellement le guet dans le clocher de plomb de Notre-Dame , et M" Jean Grenet et Jean Perier, échevins , reçurent la mission de réviser les listes des bourgeois aptes au service militaire. La peste qui avait fait sortir des murs grand nombre d'habitants, jetait, d'ailleurs, du trouble'dans le service des gardes, malgré le zèle des quarteniers \ Ce fléau décima de telle sorte cette année la population chartraine , que les cimetières de Saint- André, bourrés de cadavres, fournirent aux pourceaux une horrible pâture*. Les gens de guerre, auxiliaires habituels de la peste, augmentaient par leur insubordination le désordre de la rue, et le bailli fut forcé au mois de mai d'invoquer contre eux l'autorité du Roi , qui résidait alors à Bourges. On triompha cependant de ces embarras ; vers le mois de juillet on parvint à mettre en bon état de défense les portes Châtelet et de Vallée et à réparer les tranchées de Saint-Lubin , Mautrou et Nicochet; on établit des écoutes de nuit et de jour sur les tourelles des Jacobins, du Grouin-Pateau , de Saint-Père , dans les clochers de Saint-Michel et de Notre-Dame , sur les portes de Vallée, des Epars, Châtelet, Imbout, aux Corneurs, Morard et dans les faubourgs \ Les Anglais ne se présentèrent pas encore et l'hiver arriva sans qu'ils bougeassent de leurs quartiers normands. Au mois d'août 1 439 , pendant que les troupes royales étaient occupées au siège de Meaux , les ennemis projetèrent une diversion dans la Beauce. Les échevins de Chartres furent prévenus à temps, et le sire du Tillay, capitaine de Blois , arriva assez promptement avec sa compagnie pour garantir la ville des outrages des Anglais \ On craignit une autre attaque , à la fln de septembre , après la prise de Meaux ; on reçut même à ce sujet une communication du

• Ikfj.de* Echevins; Séances des 21) janvier, 14 mars, 14 mai, 0 juillet 1438. » Voir, 1" vol., p. 238.

a Registre* des Echevim; Séance du 0 juillet 1 438. » lb., : Séance du 10 août 1439.

Bâtard devenu comte de Dunois ' ; niais Chartres fut encore préservé.

Les Etats de la Langue-d'Oil se réunirent à Orléans au mois d'octobre 1439. Chartres y fut certainement représenté, mais on n'a pas conservé les noms de ses députés; il s'y traita une matière intéressante pour les pays parcourus et pressurés par les gens d'armes, on fit un code de la discipline militaire et on jeta les luises d'une armée régulière et permanente. Ce fut en 1440 que le Dauphin , poussé par les seigneurs, se révolta pour la première fois contre l'autorité de son père. Si la Beauce échappa pendant ces troubles aux mouvements des armées, elle reçut, après la pacification (juillet), la visite d'une foule d'aventuriers sans emploi , et estoit la pillerie en telle manière que homme n'y pouvoit mettre remède 4 ; le retour de Charles VII vers Paris, à la tète de ses troupes tidèles, modifia probablement cet étal de choses. Dans les derniers mois de l'année, ce monarque vint, à plusieurs reprises, dans sa ville de Chartres; il y régla de grandes et petites affaires dont le détail nous est donné par le recueil des Ordonnances et par la Pancarte municipale. Des disputes s'étaient élevées entre le corps de ville et le Chapitre au sujet de la manière dont les processions générales devaient être criées et publiées; pour couper court, le Roi, en son Conseil séant à Chartres, décida, le dernier jour d'octobre, que les processions seraient criées à la clochette, selon Vusage de toute ancienneté, à moins que l'on ne fût en temps de guerre, et que , dans ce dernier cas , le Chapitre enverrait , au préalable, demander au bailli ou à son lieutenant s'il n'y aurait pas inconvénient à faire la publication \ Charles VII data de Chartres, le 21 novembre, l'ordonnance par laquelle,

1 tUgixtrrs des Echevins. Séance du 15 septembre.

« Histoire d'Art us III. comte de Bkhenwni ; coll. Miohand, 1" se>i*, vol. 3, p 213.

» Pancarte muntciftaJe , vol. t«, p. 176, v«.

conformément à l'opinion du concile gallican de Bourges, il déclarait que la France restait sous l'obédience du pape Eugène IV déposé par le concile de Baie ; il approuva le môme jour l'octroi du dixième des revenus ecclésiastiques votés pour les besoins de la couronne par l'assemblée de Bourges, en 1 438; enfin , ce fut à Chartres , au mois de décembre, que le Boi confirma les privilèges de Saint-Omer \

La guerre reparut en 1441 dans le pays chartrain. Pendant que Charles VII se disposait, avec toutes les forces royales, à chasser les Anglais de Pontoise, leur meilleure position du Vexin français, Talbot, sorti de Bouen avec 4,000 hommes, s'acheminait vers l'Ile-de-France et la campagne beauceronne. La garnison anglaise de Gallardon incommodait fort les Chartrains ; pensant que les secours lui feraient défaut, ils allèrent au mois d'août mettre le siège devant la place et la pressèrent vivement; les paroisses de la ville furent obligées, par mandement du bailli et de l'official , d'adjoindre un certain nombre de bourgeois aux gens d'armes chargés de pousser le siège \ Mais Talbot, survenu au milieu de cette entreprise , força les assiégeants à se retirer précipitamment. Cependant, quelque temps après , les succès obtenus par les Français ayant forcé les Anglais à la retraite, le siège abandonné fut repris sous la direction du comte de Dunois envoyé par le Boi, et, cette fois , Gallardon tomba au pouvoir des Chartrains *.

L'évèque Thibault-le-Moinc étant mort au mois de juin 1441 , son siège fut donné à M* Pierre Beschebien , prévôt de Normandie en l'église Notre-Dame et médecin du Boi. Ce nouveau prélat ne prit possession qu'au mois de janvier 1 445, mais il n'attendit pas ce moment pour recommander chaudement à Charles Vil les intérêts chartrains. Depuis longtemps

« Ordonnances des Iiois de France, vol. XIII, p. 325, 327, 328. * Livre de Bow de Saint-André , p. 203; Arrh. départ. » Chron. de Motutrelet, p. 826.

les guerres appauvrissaient la Beauee; le pays estait du tout defwpulé, et l'on pouvait eraindre que le peu de commerce qui restait dans la ville ne pérît sous le coup de la misère publique. En cet état de choses, les principaux habitants, d'accord avec leur évêquc , remontrèrent au Roi que Chartres pourrait peut-être se sauver si la rivière d'Eure rendue navigable offrait un débouché commode sur Paris et la Normandie, pour les blés et vins du pays. Le monarque accéda à cette requête, et, par lettres datées de Montauban le 21 janvier 1443 , il autorisa les bourgeois et manans à creuser et aparfondir la rivière es lieux où mestier serait, en manière quelle puisse porter navires, bateaulx et marchandises. Ces lettres, scellées du scel ordinaire en l'absence du grand scelf furent signées en Conseil par Pévéque de Chartres, le Bâtard comte de Dunois et l'Amiral. On se mit aussitôt en devoir de profiter de la permission , et les premiers travaux reconnus nécessaires dans la partie inférieure de la rivière furent si promptement exécutés qu'au bout de trois ans des bateaux chargés de 32 tonneaux de vin purent descendre du port de Nogent-le-Roi à la Seine

Cette entreprise n'arrêta cependant pas les affaires ordinaires de la cité. La concession faite aux habitants depuis l'année 1403 du droit du dixième du vin et du droit de barrage ou baitage, pour l'entretien des fortifications, allait bientôt expirer et il était urgent d'en obtenir la continuation. Le Roi s'y prêta volontiers, par le motif, disent les lettres-patentes du 15 septembre 1444 données à cette occasion , que la ville est de grand circuit et en haine aux ennemis, quelle fait de présent et dès piéça frontière aux Anglois et qu'il est nécessaire qu'elle soit pourvue de canons et autres habillemens ;

• Pièce» relatives à la navigation; Archives départem. — Ces lettres sont rapportées dans d'autres lettres de Charles VU du 5 octobre 1 4 16.

M . Bouvet-Mézières a fait paraître , en 1 835 , une Notice historique sur la navigation de l'Eure , qui contient l'analyse fidèle des documents conserves aujourd'hui dans les Archives dé parlementâtes .

la concession fut «lune prorogée pour trois ans à partir de la Saint-Rémy, à la condition que les deniers cueillis et levés de cette manière seraient exclusivement appliqués, comme par le passé, aux réparations des murailles et aux frais de voyages entrepris pour le bien de la ville et pays d'environ \ Une autre affaire qui avait de l'importance au point de vue de la navigation de la rivière et de l'établissement projeté d'un chemin de hallage se termina en 1446. L'évèque Beschebien, reprenant un procès déjà commencé sous son prédécesseur, prétendait que les grands prés dits prés V Evéquc et les petits prés dits prés de Reculet , estoient siens et que personne n'avait le droit d'y passer ne y tneetre bestial ou autres bestes; il demandait, notamment, que, pour faucher, faner et rentrer ses foins, il lui fût accordé, à partir de la Saint-Jean , un délai pendant lequel le passage et le paccage des prés seraient interdits à tout le monde. Cette dernière partie de la demande détruisait la première , car si l'Evèque avait eu réellement la propriété dégagée de toute servitude, il se serait gardé de solliciter un délai pour l'exercice de son droit. Les habitants soutenaient au contraire que, depuis la Saint-Jean jusqu'au jour de Saint-Lubin en mars, ainsi que le jour de Paeques fleuries, les prés étaient communs à tous, pour y mener jmistre leurs bestes, jouer aux barres, tyrer de l'arc, danser, esbattre éi leur plaisir et passer par iceux à charroi, à pic, et à cheval. Une transaction intervenue entre les parties le 2 octobre 1446, par-devant Mc Pierre Gilon, tabellion-juré et garde des sceaux de la chàtellenie, en présence et du congic du lieutenant-général Mc Jean de Montescot , licencié ès-lois, reconnut pleinement le droit des habitants au passage et au paccage des prés dans les temps indiqués par eux, ainsi que la faculté d'aller s'y ébattre, et disposa que esdits prés sera et demourra un chemin public de quatre toises de large

1 l'ancarle muntcipaU , vol. 1"; Arrh. de la Maine.

pour aller en toutes saisons, à cheval, à charroi et autrement , et conduire que bon semblera de la guèze du moulin aux Péans à la guèze des moulins du Chevecier et Pasteau \ Ce que les Chartrains avaient fait pour la navigation n'était pas le plus difficile, car depuis longtemps les bateaux de petite dimension descendaient et remontaient la rivière, de Nogentle-Roi à la Seine; l'exploitation de la partie comprise entre Chartres et Nogent-le-Roi devait présenter des obstacles plus sérieux. Les riverains laissèrent bien les travailleurs creuser et aparfondir les gager es et autres jms indisposez, mais lorsqu'il s'agit de mettre les bateaux à l'eau , on éprouva une vive résistance de la part de certains propriétaires de moulins et pêcheries qui demandaient recompensalions pour les prétendus torts que la navigation devait leur causer. On dut se plaindre de nouveau au Roi, et l'on obtint, le 5 octobre i 446, des lettres patentes portant renvoi des oppositions devant le bailli et prescrivant de passer outre à la perfection du port de la rivière \ Le 1 9 octobre, sans plus tarder, la ville représentée par Jean Gibault, clerc de la Chambre, Colin des Moulins et Vincent Troillard , bourgeois et procureurs des habitants, passa un marché avec trois charpentiers de Nogent?

1 Archives de la Mairie. — A cet acte figurèrent au nombre des notables habitants les sieurs Pierre de Crouv , prévôt ; Robert Poignant , avocat du Roi ; Antoine de Gyvès, procureur du Roi; Cilles Sequart, lieutenant du capitaine de la ville; Jean Grenct , licencié ès-lois , Jean Miclion , Etienne Lemelle , Jean Gibault , Guiot Prévost , Jean Plumé , Jean Poignant , Perrin de la Louvière , Colin des Moulins , Vincent Troillard, procureurs de la ville; Guillaume Pateau; Jean Audouard; Jean Blcssebois; Jean Le Beurier; Guillcmin Dumoulin; Guillaume Lcbeau; Perrin Pichart; Jean Haligre; Jean Bichot; Noël Ogicr; Jean des Patis; Jean Poulain ; Jean et Martin Halier ; Jean Saince; Jean Grandin; Michel de Crouy; Eliot Delacoste; Hémcry Piguerre; Jean Lesueur, grainetier de Chartres; Michau Cadou; Henri Lepescheur.

* Pièces relatives à la navigation; Archives département. — « Faire la rivière » portant navire , dit le Roi dans ses lettres , est le bien de nous et de nostre ser- » vice, de nos pats subgets et mesmes des frontières d'Evreux, Dreux, Jjoviers » et autres en ces marches qui en porroient estrt secourues et advitaillées , et » toute marchandise se desmener d'un pats en autre trop mieulx que à charroy et » à trop moindres puis et périls les dicts exposans y ont desia fort labouré et

• employé grant finance qui seroit perdue et leur seroit inutille , se la chose ne d venoil à perfection et qu on ne achevast ce qui est à faire . qui est peu de chose

• ou regard Je ce qui desjà y a esté faict. »

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