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CHAPITRE XIX

DE L'ÉRECTION DU DOMAINE DE CHARTRES EN DUCHÉ AU SIEGE DE LA VILLE PAR LE PRINCE DE CONDÉ.

usis-im )

« L'an 1528, le lundy dix-neufvième jour d'octobre, Mr le » comte Enéas Pye , gouverneur de la duché de Chartres , » print possession d'icelle duché de Chartres pour noble et » puissant seigneur Mr Hercules d'Est, duc dudit Chartres, à » cause de noble et puissante dame Madame Renée de France, » fille du feu roy Louis XIIe et d'Anne de Brotaigne, duchesse » dudit lieu de Bretaigne.

» Fault entendre que laditte duché de Chartres, au pré- » cèdent le mariage de mondit seigneur Hercules d'Est et de » laditte dame Renée de France son épouse , étoit seulement » comté, que le roy nostre sire François Ier de ce nom tenoit » en sa main ; laquelle comté de Chartres fut érigée en duché » par le roy nostre dit seigneur et baillée à mondit seigneur » Hercules d'Est , fils de Monseigneur Alphonse d'Est , duc de » Ferrare , eu traité de mariage avec maditte dame Renée de » France, avec la seigneurie de Montargis et comté de Gisors, » par manière de provision , jusques ad ce que le roy nostre » dit seigneur eust payé et baillé audit Hercules d'Est et sa » femme, pour la portion de son partaige qu'elle eust peu » demander en la duché de Bretaigne comme héritière de » la ditte dame Anne de Bretaigne sa mère , la somme de » 250,000 écus d'or soleil ayans cours en France : sur la- » quelle duché de Chartres , seigneurie de Montargis et comté » de Gisors, lesdits Hercules d'Est et sa femme ont droit de

» prendre par chacun an 25,000 livres tournois jusqu'à ce

» que le roy nostre dit seigneur leur ait payé , comme dit est ,

» 250,000 écus d'or soleil

» Fault aussi entendre que, en prenant par ledit Enéas Pye

» gouverneur dessus nommé possession de la ditte duché de

» Chartres pour Monseigneur et Madame duc et duchesse du

» dit lieu et qui lui fust baillée par Mire Emard Nicolay, che-

» valier, premier président de la chambre des comptes à Paris,

» et par M' de la Rochefumée , procureur de mesdits seigneur

» et dame duc et duchesse de Chartres * et président au Grand

» Conseil du roy, fut dit et arresté que le siège royal dudit

» Chartres demeureroit ainsi qu'il estoit au précédent que la

» ditte comté de Chartres fut érigée en duché et que Mr le

» bailly lieutenant général et particulier, prévost , avocat et

» procureur du roy, sergens royaux et autres officiers du roy

» exerceroient chacun son estât, ainsi qu'on faisoit au pré-

» cédant ; et Cdrent chacun desdits officiers serment devant

» ledit Mire Emard Nicolay, chevalier, président dessus uom-

» mé , ainsi qu'il est accoutumé faire en tel cas. Ce qui n'a

» été tenu, car le bailly dudit Chartres a été démis de son

» office, attendu qu'il n'étoit institué en robe longue *; le

1 ta mariage eut lieu le 28 juin 1 528 , et les lettres-patentes d'érection datées des mois de juin et juillet, furent registrées en Parlement le 31 juillet et en la Chambre des Comptes le 12 août. D'après l'évaluation faite par les maîtres des comptes en 1529, le revenu du domaine de Chartres ne dépassait pas 3,338 livres 3 sous 3 deniers, et ses charges s'élevaient à 2,108 livres 8 sous 2 deniers. La même année, 300 vassaux environ firent hommage à M"141 Renée, à cause de la grosse tnur. (Pièces mss. de Pin tard; coll. Lejeune. — Ikcueil de Laisnè, vol. 5, f" 5i7 et suivantes.)

Hercules d'Est figura , en qualité de duc de Chartres et de Montargis , au procèsverbal contenant ta défense du Hoi très-chrétien , contre l'élu en l'Empereur , délayant le combat d'entr'eux. rédigé le 10 septembre 1528. (Mém. de Martin du Bellay; coll. Micbaud, vol. 5, p. 2:JO.)

On conserve au musée du Louvre (n° 11,583, dessins) un portrait de M™* Renée, dessiné au crayon noir et rehaussé d'une très-légère touche de pastel.

* On présenta le vin d'honneur aux commissaires, et le bailli, de l'avis des échevins, leur fit remontrance au sujet des droits et franchises de la ville. (Haj. des Echevins; Séance du 10 octobre 1528.)

8 Le bailli ne fut pas démis de son office , mais il ne tint plus les audiences du bailliage.

» prévost dudit Chartres qui étoit juge royal n'est demouré » que ducal. Et n'est demouré que M* Christophe de Hé- » rouard juge-royal ès ville, duché et baillagc de Chartres, » anciens rcssors , enclaves , Ans et marches d'iceux , qui a » connoissanco de tous cas royaux esdits lieux , ville, duché » et baillage de Chartres \ »

C'est en ces termes qu'un chroniqueur contemporain fait mention de l'érection du duché de Chartres. Cette mesure froissa, comme on le voit, les intérêts de quelques familles de robe ; quant au commun , il ne s'en aperçut pas ; les tailles ordinaires et extraordinaires , les taxes et impôts de tous genres l'atteignirent avec autant de rigueur que par le passé. L'État avait plus que jamais besoin d'argent; car il devait pourvoir tout à la fois aux préparatifs de la guerre d'Italie et à la rançon des princes François et Henri , prisonniers à Madrid a la place du Roi leur père. Au commencement de 1 528 , le clergé de la province ecclésiastique de Sens s'était imposé à quatre décimes, et le Chapitre de Chartres, taxé pour sa part à 400 livres tournois, avait acquitté cette somme en livrant un retable d'argent doré et les lames d'argent qui recouvraient la chasse de saint Piat \ La ville reçut à son tour, peu de temps après, la demande d'une somme de 6,000 livres tournois; on eut beau dépêcher à Paris le lieutenant particulier et le chanoine Hugues Denise , écheviu , dans le but d'obtenir une diminution, il fallut s'exécuter; la cueillette eut lieu

t Ce lieutenant-général venait de succéder à M. Séguier; il eut pendant trente ans la direction du corps municipal , et sa famille représentée par son gendre , Jean de Mimeray , et par le gendre de celui-ci , Pierre Simon , posséda pendant près d'un siècle la première magistrature de la ville.

» Journal de Jean Douvart, déjà cité. — Les autres officiers furent également conservés , mais M"* Renée avant pourvu Me Jean de Moutcscot de l'état de son procureur général pour ses affaires particulières , comptes de ses domaines , bois , eaux et forêts , amendes , forfaitures et confiscations , Me Guillaume Piguerre , procureur du Roi et de Son Altesse , croyant voir dans «'ttc nomination une atteinte aux droits de son office, lit opposition à la barre du bailliage, le 11 décembre. Il échoua dans sa demande et les lettres de Montescot furent lues en jugement et entérinées le 30 du même mois. (Recueil de Laisnè, vol. 6, p. 7.)

* Titres du Chapitre; invent., p. 221 ; Arcb. départ.

peudant une partie de Tannée 1529, et, sur de nouvelles et pressantes lettres de S. M. en date du 12 octobre , ou parvint à compléter l'argent et à l'expédier au trésorier général le 16 du même mois \ Comme adoucissement à cette plaie saignante, François 1" soumit aux trois ordres du royaume la ratification des accords de Madrid et de Cambray ; ce fut le mardi 20 novembre 1529 que l'assemblée des États provinciaux du Chartrain donna son approbation à ces traités qui précédèrent la délivrance des jeunes princes \

Ce nouvel et joyeux avènement et bienvenue de Messieurs les enfants de France, suivant les expressions de nos registres, donna lieu à de grandes réjouissances. Le 1 1 juillet 1 530 au matin , les cloches invitèrent les citoyens à suivre , toutes affaires cessantes, une magnifique procession en l'église Notre- Dame, à laquelle assistèrent le clergé, les gens du Roi et les échevins ; dans la journée , des tables dressées devant la porte de la chambre de ville offrirent à tout venant une collation de pain , vin, poires, prunes et fromage a; et, le soir, des feux de joie illuminèrent les carrefours, tandis que le bruit du canon et des arquebusades, mêlé aux sons de la trompette et du hautbois des ménétriers, retentissait dans les airs \

Le temps ne prêtait cependant pas aux dépenses inutiles , car depuis plus d'une année la misère assiégeait les pauvres gens. La cherté du blé qui durait depuis 1528 devint si

1 lieg. des Echevins; Séances du 31 décembre 1528 et du 16 novembre 1520.

* lb.; Séance du 10 novembre 152Î).

3 On dépensa 3 livres 8 sous 4 deniers pour la bonne chère, et 10 livres pour un poinçon de vin. (lb.; Séance du 11 juillet 1530.)

* lb. — Les ménétriers et joueurs d'instruments tant hauts que bas de Chartres et bailliage étaient unis en confrérie sous la direction de M' Antoine de la Mie , dit Cahot, ménétrier et joueur d'instruments, demeurant à Chartres, lieutenant et procureur de M0 Jean iîesnard , roi et maître des ménétriers par tout le royaume de France. Ce lieutenant avait pouvoir, en vertu de sa charge, d'assiçner devant le Bailli les ménétriers trouvés en contravention aux ordonnances du jeu et fairl de menestrandise . de recevoir les deniers à Dieu des noces et fêles et de les mettre en une boîte pour l'entretien de la confrérie. (Titres du 13 août 1538, extrait du chartrier de M™0 do Dangeau, en son château de la Mottc-Sainl-Georges. — Recueil de Guillaume Laisnê , vol. 4, p. 141)

grande eu 1530 et 1531 que la famine aurait décimé la population sans la charité des notables et des communautés religieuses. On remarqua, entre tous les gens de bien, Révérend père en Dieu Jacques du Terrail, abbé de Josaphat et prieur de Saint-Martin-au-Val , qui nourrit pendant trois ans avec du pain, des pois et des fèves, tous ceux qui se présentaient à la porte du prieuré ; en sorte que c'était une procession continuelle de Chartres à Saint-Martin , au moyen de quoy iceluy Terrail fut appelé le père des pauvres Jusqu'en août 1532, le setier de blé, dont le prix dans les bonnes années ne dépassait pas 40 sous, se vendit cinq livres tournois, en moyeune \ Cependant la détresse publique n'arrêtait pas les taxes, car la ville avait des besoins auxquels il fallait pourvoir. On parvint à rembourser, le 31 août 1530, au bourgeois Gervaise Vallet une somme de 1 ,500 livres tournois qu'il avait avancée dans un moment de gène \ A la môme époque (4 octobre) un misérable conflit élevé entre le bailli et le lieutenant-général qui se disputaient les 20 livres tournois affectées , comme gages , à la présidence du corps de ville , obligea l'assemblée des échevins à décider, par amour pour la paix, que chacun des contestants recevrait annuellement 1 5 livres \ Le clergé chartrain eut aussi sa part d'épreuves. Le 4 juillet 1 531 , un spectacle émouvant attirait les habitants sur la place du Marché-aux-Chevaux , en face de la maison de Y Homme sauvage. Ils venaient assister à la dégradation d'un prêtre nommé Guillaume Lecocq, natif de Souancé au diocèse du Mans, curé de Tournoisis au diocèse de Chartres, assassin de deux autres ecclésiastiques. L'évêque Louis Guillard procéda à cette triste exécution , assisté de Mlre Miles d'Illiers , évèque

1 Journal de Jean Bouvart , cite\

* Ib.

' Ce paiement eut lieu eu douzains et Hardis . ecus-soleils , oboles de 55 sous 9 deniers pièce . nobles-roses, anges, demi-nobles roses , et demi-nobles Henri. f%. de* Echevins; 31 août 1530.)

* Jb.; i octobre 1530.

de Luçon , et des abbés de Saint-Père-eu-Vallée, Saint-Cheron et Saint-Vincent-des-Bois. Ensuite , le coupable , habillé par ledit évêque d'une robe mi-partie rouge et jaulne, toque rouge et plume blanche en tête , comme un adventurier, fut remis à M" Christophe de Hérouard , lieutenant-général , qui le condamna à avoir le poing coupé devant la Tour-le-Roi et à être brûlé vif au marché aux pourceaux. Le Parlement ayant confirmé cette sentence, Lecocq fut livré par M* Pierre de Gyvès, prévôt, à Jacques Despaigne, dit Souppe-tard , bourreau de la ville, et supplicié le 22 août; il mourut en très-bon chrétien1.

Pour combler la mesure des calamités , la peste reparut durant Pété de 1531 . Certains travaux d'utilité publique, entrepris pendant les chaleurs , entre autres le curage de la rivière et celui de la fosse du Pilori des Halles où se conservait Peau pour les incendies, contribuèrent probablement à déterminer le fléau. A ces causes d'infection venait s'en joindre une autre plus certaine encore ; les fêtes de l'Assomption et de la Nativité attiraient à Notre-Dame une foule immense de pèlerins vagabonds qui couchaient dans l'église et y faisaient tels inconvénients et ordures que le chanoine Josse requit la ville de lui prêter main-forte pour les déloger *. On obtempéra à cette demande , puis ou expulsa certaines personnes soupçonnées de peste et on congédia une pauvre femme et deux gros marauds qui gouvernaient ou plutôt maltraitaient les malades à Mainvilliers (juillet) ; deux maîtres barbiers-chirurgiens furent commis à leur place au pansement des pestiférés \ Vers la fin de l'année, la maladie diminua d'intensité et permit

1 Journal de Jean Bouvart , cité. — Quarto dieJulii, anno domini 1531, die inercurii , quidam sacerdos Guillelmus Lecoq fuit degradatus tandemque crematus in foro Porcorum vivus. (Livre de Guillaume Ùonvart, rituel de Lefaivre; Arch. dé»

» Reg. des Echevins; Séance du H juillet 1531. — Anno 1531 fuit ordinatum quod matutine Assumptionis et Nativitatis bcate Marie non sero dicerentur, ut consuetum esset , sed , more aliorum soleranium , hora matutina , propter afRuentiam populi divinum obseqttium impedientis et illuc pernoctantis. (Litre de Guillaume Bouvart, rituel de Lefaivre; Arch. départ.)

8 lb.; Séances des 9 juillet et 3 octobre 1531 .

aux échevins de s'occuper des préparatifs de la réceptiou à faire à la reine Aliénor, seconde épouse de François 1er, dont M. de Thiville , son mattre-d' hôtel , annonça Parrivée à Chartres pour le 21 mars 1532 ».

Cette eutrée eut lieu en grand triomphe et magnificence. La basse-cour de la porte Drouaise formait une enceinte de tapisseries d'où partait une galerie de tentures en droit et à ciel, dans toute la longueur de la rue Muret. A sa descente de litière , la Reine agréa la révérence de Messieurs du corps de ville et des gens du Roi et reçut en cadeau 25 poinçons de vin et 500 minots d'avoine. Le cortège se mit alors en marche, précédé par les clercs de la Tour en robe de livrée et portant un étendard de taffetas blanc et noir; quatre échevins vêtus de robes de damas noir, avec sayons de velours noir et pourpoints de satin cramoisi , abritaient la personne royale sous un ciel ou dais de satin à ses couleurs, blanc-tanné et noir, et les échevins, les avocats, procureurs et praticiens, dans leurs habits de gala, suivaient escortés par la compagnie d'arbalétriers. Pendant ses dévotions qui durèrent jusqu'au 9 avril , la Reine fut régalée de mystères à personnages \

La peste, qui avait couvé pendant les froids de l'hiver,

1 Reg. des Echevins; Séance du 19 mars 1532.

* Les quatre échevins qui portèrent le dais reçurent , chacun , pour leur habillement, 25 livres tournois, les autres. 10 livres, le bailli et le lieutenant-général 18 livres, le procureur et le contrôleur de la ville 5 livres, les avocats et procureur du Roi au duché chacun 2 livres, pour avoir un bonnet, et chacun des clercs de la ville une robe de livrée. Les échevins offrirent six pintes d'hypocras blanc et clairet et une douzaine de pommes d'oranges aux seigneurs de la suite de la Reine. ( Reg. des Echevins; Séances des 19 et 21 mars 1532. — Journal de Jean Bouvart.)

Rouillard a donné dans sa Parthénie, 2« partie, p. 282, v°, d'après un mémoire du temps , une description as*ez curieuse du cortège de la reine Aliénor. On y remarquait le bailli conduisant 45 enfants de la ville montez sur beaux roussins et le Ihrevost qui conduisoit les 60 Arbalestriers tous à pied, habillez des livrées de la Royne : et portoient chacun l'arbaleste sur le col et la trousse de garnis au costê, et estoit le Roi desdicls Arbalestriers au milieu d'eux bien monté , et en cquippage d'une jacquette de veloux noir, esfanfillée de fil d'or et d'argent et la manche gauche à la Mariabesse.

La poésie célébra aussi cette entrée triomphale; on conserve à la Bibl. impériale (Lb 90 60, 2* *) une pièce de vers intitulée : Lentree de la royne de France en la ville et cite de Chartres. 15Z2.

reparut à la belle saison avec une telle violence, que, depuis Pâques jusqu'à la Saint-André 1532 , il mourut à Chartres de 7 à 8,000 personnes1. La ville devint littéralement déserte ; ce fut à peine si l'on put trouver trois ou quatre échevins de bonne volonté pour expédier les affaires urgentes pendant que les autres allaient prendre l'air aux champs (4 juin). De leur côté, les chanoines reçurent en chapitre général de la Saint- Jean l'autorisation de sortir des murs à tour de rôle pour quinze jours, jusqu'à la Toussaint \ On avait d'abord intimé l'ordre aux mendiants et marauds de décamper sous peine du fouet (4 juin), mais la maladie ayant contraint tous les habitants un peu aisés à se réfugier à la campagne , on fut bien heureux de recourir aux pauvres pour enterrer les robes et haillons jetés hors des fossés ( novembre) *. Cette épidémie causa une désolation et une misère dont Chartres se ressentit longtemps. Les recettes des deniers communs en furent rudement affectées, car le commerce étant anéanti, les fermiers des taxes, notamment ceux de la redevance du dixième sur le vin vendu au détail, ne pouvaient tenir leurs engagements ( 1533)\ En 1534, des malheurs d'un autre genre éprouvèrent le pays chartrain ; la rivière déborda, et des ouragans affreux ravagèrent la ville et la campagne ; les grands vents du 22 novembre abîmèrent en six mille endroits la couverture de l'église Notre-Dame \

La guerre, apaisée entre le Roi et l'Empereur depuis quelques années, reprit avec acharnement en 1536. Pendant que Charles-Quint envahissait la Provence, ses lieutenants aux Pays-Bas, Nassau et Reux, essayaient quelques coups do main sur les villes de Picardie. Le 2 août 1536, ils s'emparèrent

1 Journal de Jean Bouvart.

* Livre de Guillaume Bouvart, rituel de Josepli Lclàivre; mss. des Arch. départ. 8 Beg. des Echevins.

4 On diminua de 30 livres tournois le fermage du dixième du vin. (Ib.)

5 Journal de Jean Bouvart.

presque sans coup férir de la place de Guise que sa garnison abandonna lâchement. Or, cette garnison , il faut l'avouer, était composée en partie de gentilshommes de l'arriere-lmn du bailliage de Chartres, que cette couardise couvrit de honte \ Il semble que cette circonstance ne porta pas la Cour à ménager les Chartrains dans la répartition des charges de guerre : nonobstant les privilèges et exemptions , le Roi imposa à la ville, au mois d'octobre, l'entretien d'une bande de Lanskenets* qui fut remplacée en janvier 1537 par des hommes d'armes de la compagnie du sieur de Boissy Des lettres datées de Lyon le 7 novembre 1536, demandèrent aux habitants un emprunt de 3,000 livres tournois, et les besoins de l'armée royale en Picardie les firent taxer, au mois de mars 1537, à une fourniture de 500 muids de blé, 500 muids d'avoine et 500 muids d'orge \ Quelques démonstrations belliqueuses faites dans la prévision d'une marche des ennemis vers les provinces centrales occupèrent l'été de cette année ; on fit, le 5 juin, une montre générale de l'artillerie, et on essaya les pièces données par les confréries en les lâchant contre la tourelle Courtepinte 8 ; dans le mois d'août on tint les portes fermées, à l'exception de celles des Epars , Morard , Saint-Michel et Drouaise, et quatre-vingts hommes furent appointés, à raison de cinq sous par jour, pour renforcer le guet \ La nouvelle de la trêve conclue le 31 juillet entre la France

1 Journal de Jean Bouvart.

* bailli Gilles Acarie et le greffier furent envoyés à Paris pour faire valoir les privilèges. (Iteg. des Echevins; Séance du 17 octobre 1536.)

» On voulut s'opposer à rentrée de cette troupe . mais les sieurs de Faverolles el de Saint-Germain exhibèrent une lettre du Roi, en date du 7 janvier, les commettant, ordonnant et députant pour asseoir cette garnison, (th.; Séances des 26 cl 29 janvier 1537.)

4 Ib.; Séance du 22 mars 1537.

» 17 octobre 1536, la pièce d'artHlerie nommée Colette ayant été rompue sur la porte Drouaise , on la donna à refondre à M* Laurent de Bcauc e. — 5 décembre , convocation des confréries et couvents pour la livraison des pièces d'artillerie qu'ils se sont engagés à fournir. — 5 juin 1537, les pièces sont mises en batterie au marché aux pourceaux, près de la potence, et tirées contre la tour Courtepinte. (Ib.l

4 lb ; Séance du U aoftt 1537.

et les Pays-Bas, et les pourparlers pacifiques engagés par V intermédiaire du Pape entre le Roi et l'Empereur, dans l'hiver de 1538, rassurèrent les esprits et permirent aux échevins de terminer ou de traiter à nouveau quelques affaires intéressantes. On avait réuni , en 1534, toutes les écoles publiques en une seule, afln de former un collège soumis à l'action directe de la ville et entretenu à ses frais ; le Principal de ce collège était, en 1536, un prêtre nommé Me Hervé, auquel on allouait par an cinquante livres tournois pour son entretien et les gages des professeurs \ En novembre 1537, on transporta l'établissement, qui avait pris une certaine importance, dans une vaste maison de la rue Muret, appelée YIIuis-dc-Fer *, et, au mois de janvier 1538, on décida que M* Jean Leloup, prêtre, successeur de M" Hervé dans la principauté , recevrait chaque année cent livres tournois, à la charge de payer deux régents s. Ce premier essai d'un collège communal devait avorter promptement, comme toutes les tentatives incomplètes ou prématurées, mais il témoignait d'un désir louable de voir les études littéraires, si goûtées au XVP siècle, se propager parmi la jeunesse chartraine, et cette pensée, reproduite un peu plus tard par un simple bourgeois , trouva sa réalisation dans la fondation du collège de Pocquet.

Les magistrats municipaux, sur la proposition du lieutenantgénéral de Hérouard, exhumèrent ensuite des coffres le dossier de la navigation de la rivière, abandonné depuis plus de vingt ans. On avait vainement essayé, en 1509, 1510 et 1528, de remettre cette question à l'ordre du jour * ; mais, cette fois,

* lieg. des Eehevins; Séance du 3 octobre 1536. » Ib.; Séance du 20 novembre 1537.

> Ib.; Séances du 5 juin 1537 et du 15 janvier 1538.

* Reg. des Eehevins; Séances du 7 février 1509 et du l»r octobre 1510. — l«r décembre 1528, on commet quatre échevins, un maçon, un charpentier et un batelier , pour visiter la rivière de porte en porte et de moulin en moulin , depuis Chartres jusqu'à Nogent-le-Roi , afin de reconnaître si la navigation peut être rétablie et combien il en pourra coûter. (Ib.)

on trouva le vrai moyen de réussir en s'assurant à l'avance des fonds indispensables pour une telle entreprise. Après avoir fait procéder, au mois de juin 1538, à la visite des écluses, portes à bateaux, ponts et chemins de hallage, et avoir examiné les devis1, la Chambre de ville obtint du Roi, dans le mois de décembre, l'autorisation d'imposer sur les habitants une taxe spéciale de 6,541 livres 10 sous tournois ; de plus, les sieurs Hubert Courgeon et Laurent Haverdin, marchands bourgeois, prêtèrent 2,000 livres, le clergé donna 1 ,000 livres et Mme la duchesse de Chartres 100 livres * ; ces cotisations,

1 Ce fut probablement lors de celte visite que Ton à bateaux de Chartres à Nogent-le-Roi : 1° Forte dite du Duc de Chartres, à la

charge des habitants; 2° Moulin des près de Rcculet, à la

charge du Chapitre; 3° Moulin près Josaphat, à la charge

du Chapitre ; ■1° Moulin de Longsaulx , à la charge

de Josaphat; 5° Moulin de la Courtine ; 6° Moulin de Saint-Jean, à la charge

de Saint-Jean; 7° Moulin de la Forte - Maison , à la

charge des habitants; 8° Moulin Rcllanger, à la charge des

habitants;

9» Moulin de la Villettc, à la charge du

seigneur de Saint-Prest; 10° Moulin de Plateau , au prieur du

Grand-Bcaulieu ; 11» Moulin de Fcrrière, à la charge du

Chapitre ; 12° Moulin des Moulins-Neufs; 13<> Moulin Chardon , à la charge des

Dames de Jouarre; U» Moulins de Jouy, à la charge du

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