DU SACRE DE HENRI IV AU RACHAT DU DUCHÉ DE CHARTRES
PAR LOUIS XHl.
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Les religieux de Marmoutiers possédaient une fiole d'huile miraculeuse ; le Roi qui ne pouvait faire venir la Sainte-Ampoule de Reims, voulut être sacré avec l'huile de Marmoutiers. Cette relique arriva à Chartres le 19 février 1594, sur les trois heures de l'après-midi , portée par les frères Mathurin Giron , Jacques d'Huisseau et Isaïe Jaunay , religieux et officiers du couvent, et escortée par le sieur de Souvré, député du Roi , l'évèque d'Angers et un grand nombre de gentilshommes tourangeaux et manceaux , de présidents et de conseillers au Parlement , à la Cour des Aides et à la Chambre des Comptes de Tours. Mfr l'évèque de Chartres avait envoyé à leur rencontre le clergé de toutes les paroisses et de tous les couvents de la ville , auquel s'étaient adjoints Me Guy Robert, prévôt de Chartres, douze notables bourgeois avec des torches aux armes du Roi et de la ville , les échevins et une immense quantité d'habitants en habits de fête.
On porta procession nellement le reliquaire, à travers les rues tendues de tapisseries et au bruit de toutes les cloches, jusqu'à l'église de l'abbaye de Saint-Père, où il fut confié à la garde des frères Yves Gaudeau , prieur claustral, Mathurin de La Chaussée , François Rocu , Martin Caille et Jean Charbonnier, religieux.
Le dimanche 27, à sept heures du matin, la grande dépu-
lation royale, composée des comtes de Cheverny, d'Halluin, de Lauzun et du baron de Termes, se présenta à l'abbaye de Saint-Père et pria le frère Giron et ses compagnons de porter l'huile sainte à Notre-Dame pour le sacre de Sa Majesté. Les religieux de Marmoutiers obtempérèrent à cette demande, non sans avoir requis les seigneurs députés, le lieutenant-général Chouaync , les conseillers au siège présidial et les membres du corps de ville de s'engager, sous serment, à leur restituer cette précieuse relique après la cérémonie. Cette garantie donnée, la procession se mit en chemin. Frère Giron, monté sur une haquenée blanche, portait la fiole sous un dais de damas blanc; les seigneurs otagiers venaient ensuite, puis les notables bourgeois et le peuple. W de Thou les attendait à la porte royale ; il prêta aux religieux étrangers un serment semblable à celui qui avait été exigé des seigneurs , et reçut l'Ampoule des mains de frère Giron \ Les cérémonies du sacre commencèrent alors.
Les évèques de Nantes et de Maillezais , représentant les évêques de Laon et de Beauvais, absents, étaient allés chercher le Roi à l'évôché. Sa Majesté avait revôtu pour la circonstance une chemise fendue devant et derrière , une camisole de satin cramoisi et une grande robe de toile d'argent ; elle arriva à la cathédrale par la porte royale, précédée des archers du grand-prévôt de l'Hôtel, du clergé, des Suisses, des hérauts d'armes, des chevaliers du Saint-Esprit, des Écossais, des gardes-du-corps, et du maréchal do Matignon portant l'é-
1 Les notaires Dehunes et Sortes dressèrent, les 19 et 27 février, et 4 mars, procès-verbaux de la réception de la sainte fiole , de sa remise à l'évôquc de Chartres , de sa restitution aux religieux de Marmoutiers après le sacre et de la décharge donnée par ces derniers aux religieux de Saint-Père. Ces actes, conservés dans l'étude de M# Isamhert, ont été insérés par M. Doublet de Boisthihault dans V Annuaire du département pour l'année 182/. I^s Archives départementales ont acquis récemment une copie des Cérémonies observées au sacre et couronnement du très chrestien roy Henry 1111, imprimé à Paris chez Jamet Meltayer. 1594 , manuscrit à la suite duquel se trouvent deux expéditions des procès-verbaux de réception de la Sainte-Ampoule, qui permettent de rectifier quelques fausses leçons données dans l'Annuaire de 1827.