‹ Histoire de Chartres (volume 3)Chapitre 43 sur 109 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

peut même lui faire quelquefois le reproche d'abuser de son érudition. Ce qui concerne la ville laisse à désirer: Souchet a fait usage des documents qu'il a rencontrés dans les archives ecclésiastiques et peut-être dans le volumineux recueil inédit de Laisné, prieur de Mondonville *, mais il ne paraît pas avoir étudié avec le môme soin les registres et papiers de l'échevinage, véritables sources de l'histoire communale.

Souchet a été mis à contribution par les historiens postérieurs, depuis Pintard jusqu'à Chevard ; presque tout ce qu'ils ont de bon lui appartient en propre.

Jean-Baptiste Thiers, savant bachelier de Sorbonne, naquit à Chartres au mois de novembre 1 636 \ Professeur de seconde au collège du Plessis à l'âge de 22 ans, curé de Champronden-Gatinc en 1 666 , puis de Vibraye , au diocèse du Mans , en 1692, il s'occupa toute sa vie d'études théologiques, principalement au point de vue de la discipline. Son esprit caustique et original lui suscita plusieurs querelles et le porta à traiter des sujets bizarres dans lesquels il sut tourner contre ses adversaires toutes les ressources d'une verve intarissable, d'une grande érudition et d'une dialectique consommée. On remarque parmi ses nombreux écrits un Traité très-estimé de l'exposition du Saint-Sacrement de l'Autel (Paris, J. Dupuis, 1673), l'oraison funèbre de Louise de Tbou, abbesse des Clairets (Paris, Coiguard, 1671), un traité sur le droit

ment, renferme une erreur, attendu qu'il n'y avait pas de légat du nom de Mélior en 1020, et que ce légat ne vint en France que sous Philippe-Auguste.

1 Ce recueil, en douze volumes, d'une écriture généralement flne, serrée et difficile à lire, appartient à la Bibliothèque impériale. Il contient une immense quantité d'extraits de titres concernant des établissements publics et des familles de Lhartre* et des environs , les généalogies d'un grand nombre de gentilshommes et de bourgeois de la province , et des copies d'actes intéressant le pays ou ses habitants. J'ai compulsé entièrement ce recueil . qui doit être consulté par tous ceux qui s'occupent de l'histoire de la Bcaucc, de l'Orléanais et du Blésois.

* Voici l'acte de baptême de Thiers, tel qu'il se trouve dans les registres de la paroisse Saint-Saturnin : Jehan, fils d'hon. homme Jehan Thiers, m* hosleUier et de Catherine Trescaille , baptisé le ii' novembre 1656. Le parain m' Pierre Trescaille marchand, la marraine Elisabeth le Bouc, fille de mr Xoél le Bouc, m' boula ii'jer.

qu'ont les curés de porter l'étole lors de la visite des archidiacres, et un pamphlet intitulé la Sauce-Robert, ouvrages qu'il composa à l'occasion de sa dispute avec le grand-archidiacre Robert, une savante dissertation sur les porches des églises (Orléans, Hottot, 1679), écrite contre quelques chanoines de Chartres, un traité très-curieux des superstitions selon l'Écriture-Sainte (1679), un autre sur les jeux et divertissements permis aux chrétiens (1686), et enûn sa fameuse Histoire des Perruques (1690), ouvrage dont le titre est très-connu, que peu de personnes lisent et qui n'est pas le meilleur de l'auteur.

Thiers, qui avait été obligé de quitter le diocèse de Chartres par suite de ses polémiques religieuses, mourut dans sa cure de Vibraye le 27 février 1703. Le musée de la ville de Chartres possède le portrait de ce spirituel théologien.

André Félibien, seigneur des Avaux et de Javcrcy, né à Chartres au mois de mai 1619 et mort à Paris le H juin 1695, fut un des créateurs de l'esthétique. Il contracta le goût des beaux-arts en Italie, où il accompagna, en 1647, M. de Fontenay-Mareuil, ambassadeur à Rome ; il se lia de la plus tendre amitié avec le Poussin , profita des conseils et des excellentes observations de ce grand homme, et revint en France avec un riche bagage de connaissances artistiques. Son mérite et ses écrits lui valurent la charge d'historiographe du Roi, de ses bâtiments, arts et manufactures ; il fut aussi l'un des membres fondateurs de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et secrétaire de l'Académie d'Architecture. On doit à Félibien des Avaux une description sommaire du château de Versailles (Paris, 1674), une autre description des tableaux, statues et bustes des maisons royales (Paris, 1677), un traité de l'origine de la peinture (1660), les conférences de l'Académie de Peinture (1669), et les Principes de l'Architecture, de la Peinture et de la Sculpture (1676- 1690). Mais le plus connu et le meilleur des ouvrages de cet

auteur est celui qui porte pour titre Entretiens sur les vies et ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes (Paris, 1660, in-4% Trévoux, 1725, in-12, 6 volumes). Ce livre est encore consulté avec fruit aujourd'hui ; il témoigne du goût de l'écrivain, de son amour pour les saines doctrines et de la rectitude de son jugement. Félibien dont l'esprit était tourné vers les études sérieuses, traduisit plusieurs traités religieux et quelques vies de saints

Le second fils d'André Félibien, nommé Michel, religieux bénédictin, né à Chartres en septembre 1664 *, mort en 1719, fut un critique éclairé et un historien méthodique et consciencieux. Ses principaux titres littéraires sont l'histoire de l'abbaye royale de Saint-Denis (1706, in-fol.) et l'histoire de la ville de Paris, qui lui fut demandée par M. Bignon, prévôt des marchands. Cet ouvrage , que dom Félibien laissa imparfait, fut terminé par dom Lobineau (1755, 5 vol. infol.); il renferme d'excellentes parties, et il est indispensable à ceux qui veulent écrire sur le même sujet.

Cette liste des écrivains chartrains du siècle de Louis XIV

» Il n'est pas question de la famille Félibien à Chartres avant le XVH« siècle. Le seul de ce nom qui ait occupé dans cette ville une position administrative , est Pierre, probablement le père d'André, nommé éclievin le 31 mai 1614. André était fils de Pierre Félibien , bourgeois de Chartres , et de dame Anne Le Courvoysicr ,

3ui demeuraient dans la paroisse de Saint-Maurice ( à défaut de l'acte de baptême 'André qui n'a pu être donné, le registre de 1019 manquant, voir celui de son frère Jacques, en date du 26 avril 1637. Heg. de l'Etat civil; Arch. de la Mairie); il épousa Marguerite Le Maire , d'une famille de la plus ancienne bourgeoisie chartraine. Ses fils suivirent leur père à Paris; Anne, sa fille aînée, fut mariée en 1698 à M. Joachim de Bruet, seigneur de La Chesnavc, commandant en chef de la noblesse de l'arrièrc-ban du bailliage. La branche de Bruet, issue de Joachim de Bruet et d'Anne Félibien, s'est éteinte à Chartres, le 22 mai 1812, en la personne de leur arrière petite-fille, Mmo Denisc-Charlutte-Adélaïde de Bruet, veuve de M. le vicomte de Ilevicrs. (Voir sur André Félibien, le Mercure galunt de juillet 1695, et sur la famille Félibien, le Mercure de France d'août 1733, p. 1,848.)

* Michel Félibien est né en 1601, et non en 1066, comme l'indiquent ses biographies. Voici son acte de baptême tiré des registres de l'église Saint-Saturnin (Arch. de ta Mairie) : Le dimanche, quatorzième du inoys de septembre 1664, a esté baptisé Michel, né du mariage de noble homme Me André Félibien , secrétaire du fioy, tl damoiselle. Marguerite Le Maire. Son parain a esté noble homme Michel l'iat , conseiller et eslcu en la ville de Chartres , et sa maraine a esté madamoiselle Marie Bouvart, ftmmc de noble homme M* Nicolas MiUeville, de la paroisse de Saint Michel . bourgeoys de Churtres. Signé Piat , Marie Bouvart, Matre.

est dignement close par le célèbre moraliste et théologien Pierre Nicole, né à Chartres en octobre 1625 et mort à Paris le 46 novembre 1695. Cet homme illustre était fils de Jean Nicole, juge et chambrier de l'Evêque ; il appartenait à cette famille Nicole qui, depuis le XVe siècle, grandissait dans les fonctions municipales et judiciaires et dont plusieurs membres venaient de parvenir au rang le plus élevé de la bourgeoisie de la ville *. Lié avec les solitaires de Port-Royal, il passa une partie de sa jeunesse à enseigner la philosophie aux élèves de cette savante maison ; il eut pour disciples Boileau et Racine.

1 La famille Nicole tenait déjà , au XVe siècle , un certain rang dans la bourgeoisie. Jean Nicole figura au nombre des notables délégués par les paroisses à uue assemblée générale tenue le 13 juin 1152 Un autre Jean Nicole, licencié ès-lois et avocat au bailliage , fut procureur des habitants en 1 49G et comparut comme député du Tiers-Etat, le 19 octobre 1508, dans le procès- verbal de la rédaction de la coutume de Chartres.

Au XVIe siècle , plusieurs membres de cette famille remplirent les charges d'échevin , de procureur des habitants, d'avocat de la ville, de conseiller au bailliage, etc. L'un d'eux, avocat de la ville, fut exempté, en mai 1558, de la cotisatiou des gens de guerre , attendu les preuves et vérification de sa noblesse.

Nous avons vu qu'au XVIIe siècle les Nicole arrivèrent à la présidence de l'Election, du Bailliage et de la Chambre de ville; le père de Pierre fut nommé échevin le 4 novembre 1 031 .

Pierre Nicole fut baptisé dans l'église Saint-Martin-le-Viandier; l'acte qui le constate est ainsi conçu: ïa lundi treiziesme octobre !62o. a esté baplizé Pierre Sicolle , fih d'honorable homme Jehan Mcolle , chambrier de Monseigneur de Chartres, et Louyse Contant, ses père et mère. Le para m honorable homme Yves Porcher, procureur fiscal d'Alluye, et dame Marie Nicolle, femme de Monsieur le Maire , advocat au siège prcsidial et baillif de Messieurs de Saint Père en Vallée. Signé Porcher, Marie Mcole, Cerceau, (lieg. de l'état civil de Saint-Martinle-V\andier ; Arch. de la Mairie.)

Le testament olographe de Nicole . daté du 28 novembre 1091 , fait connaître qu'il avait donné à l'hùtel-Dieu de Chartres une partie de ses biens et notamment un jardin aux Barbous (lias -Bourgs) dont il sVtait réservé l'usufruit. Il laissa, par codicille olographe du 20 avril 109-1, le capital de quelques rentes au bureau des Pauvres, et légua, par testament passé devant Savigny, notaire à Paris, le 12 novembre 1095, une pension viagère de 200 livres au sieur Bellier, fils de son cousingermain 11 n'est pas question , dans les testaments de Nicole , de la fameuse caisse janséniste connue sous le nom de Boite à Perrette , et qui , transmise de tîdéi-commis en tidéi-commis, donna lieu en 1778 à un curieux procès à propos du testament de M. Rouillé des Filletières.

Une famille du pavs chartrain peut revendiquer l'honneur de la parenté avec Nicole. Jean-Baptiste Bcllier, sieur des Crcunes, de Brulon et de la Chesnave, chef de la panneterie de la Reine-mère, mort en 1049, avait épousé en secondes noces Jeanne Nicole, propre tante du célèbre théologien. Leur fils, Jean-Baptiste Bcllier, survivancier de son père, mort en 1085, était le trisaïeul de M. François-Jean-Baptiste Bellier de la Chavignerie , aujourd'hui vice-président du Tribunal civil de Chartres. (Pièces et titres communiqués par M. Emile Bellier de la Chavignerie.)

Les querelles soulevées dans le monde catholique par l'examen des cinq propositions jetèrent Nicole dans le parti militant dont le grand Arnauld était le chef ; au point de vue moral, la sévérité des Jansénistes convenait à son caractère, au point de vue doctrinal, il niait l'hérésie reprochée à ses amis par ceux qu'il appelait les casuistes relâchés. De 1660 à 1676, il composa, seul ou avec Arnauld, plusieurs écrits remarquables pour la défense de ses opinions religieuses et contre le protestantisme ; son excellent traité de la Perpétuité de la foi de V église catholique touchant V Eucharistie , dirigé contre le ministre Claude, date de cette époque. Nicole mit le sceau à sa renommée philosophique par la publication de ses Essais de morale et Institutions théologiques, recueil de petits traités dont le plus estimé est celui intitulé des Moyens de conserver la paix avec les hommes. Sur la On de sa vie, il prit part aux polémiques du Quiétisme, et il se rangea du coté de Bossuet.

Les principales qualités qui distinguent Nicole sont la méthode, une dialectique serrée, un jugement droit et l'élévation des pensées. Son style est peut-être un peu sec, mais il a beaucoup de clarté. Malheureusement, sauf quelques pages des Essais de Morale devenues classiques, les écrits de cet auteur, si justement appréciés de son temps, ne se lisent plus guère aujourd'hui, parce que, composés pour la plupart à l'occasion de querelles fugitives , ils n'empruntent pas à leur sujet le caractère de pérennité qui assure aux productions des grands écrivains la curiosité et l'intérêt des lecteurs d'une autre époque.

Pour achever cette rapide revue des œuvres de l'intelligence dont les Chartrains dotèrent le grand siècle, nous dirons quelques mots de leurs travaux artistiques. De 1600 à 1730, la gravure, à l'exclusion des autres arts, trouva à Chartres des adeptes très-fervents sinon toujours très-habiles; les jeunes artistes chartrains furent probablement entraînés dans

cette voie par leur compatriote François Langlois, dit Ciartes , graveur et éditeur célèbre du règne de Louis XIII.

On connaît de Pierre Sablon , né à Chartres en 1584 ? une copie de l'estampe de Lucas de Leyde représentant Lamech et Caïn (1602), son portrait de profil et celui de Rabelais.

Jacques Belly , né à Chartres vers 1 603 , élève de Vouet , passa la plus grande partie de sa vie en Italie où il grava la galerie Farnèse d'Annibal et d'Augustin Carrache. Plusieurs de ses planches portent la date de 1641 .

BenoistThiboust, autre chartrain , né en 1660, vécut également en Italie. Son meilleur ouvrage est une Adoration des Mages, d'après Le Poussin.

Nous placerons, bien au-dessous de ces artistes et seulement pour compléter la liste, Louis Radepont (Ludovicus Radepont Carnutœus), orfèvre, qui grava en 1703, pour l'édition du Pentateuchus de Jacques Félibien , cinq planches assez faibles, cinq lettres capitales et une belle carte de la Terre-Sainte, dédiée à Paul Godet des Marais, évoque de Chartres; Joseph Mutan, qui grava une vue de Chartres en 1714, et N. Le Roux, auteur d'une estampe de la Vierge- Noire et d'une vue de la ville, éditée par L. Mocquet en 1 724 '.

1 On peut consulter sur ces artistes le Peintre -Graveur de Robert- Dumesnil (18-42) et la Topographie d'Eure-et-Ijoir conservée au cabinet Jcs Estampes de la Bibliothèque impériale.

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