TOME II
aux religieux et à la damoiselle, en présence du chevalier, dans la maison violée, le jour du dimanche de la Trinité, à l'heure de tierces , et à payer 1 00 livres tournois d'amende au Roi, 100 livres aux Jacobins et 100 livres au seigneur Morhier et à sa fille Jeanne \ Ce jugement témoignait une fois de plus de la révolution étonnante qui avait enfanté sous saint Louis et Philippe-lc-Bcl la caste puissante des gens de robe. Au Xll' siècle encore, le seigneur Morhier aurait fait pendre sans autre forme de procès le sergent dont le bras téméraire s'était appesanti sur sa noble fille. Grâce aux complications de la procédure et au niveau que les hauts seigneurs du Parlement passaient sur toutes les tètes , l'injure faite au blason des Morhier parut suffisamment lavée par une allocation de dommages et intérêts obtenue au bout de deux années de plaidoiries.
Charles V, prince savant pour son siècle, avait, comme saint Louis et Philippe-le-Bel, une prédilection marquée pour les gens de robe qui, par leurs études et l'importance de leurs fonctions, formaient l'élite de la bourgeoisie. Les faveurs du monarque savaient distinguer le mérite jusque dans les derniers rangs de la magistrature provinciale. C'est ainsi que M0 Simon de Laubespine , bourgeois de Chartres et maire du Chapitre, reçut des lettres d'anoblissement datées du château de Meulan, le 10 octobre 1374 '. Ce magistrat d'un ordre inférieur fut la souche de l'illustre maison de Laubespine qui devint, aux XVIe et XVIIe siècles, une des gloires du pays chartrain. A la même époque, des rapports bienveillants, mais que des rivalités de préséance rendirent peu durables, s'établissaient à Chartres entre le clergé et le bailliage : au mois de février 1375, le Chapitre envoya au bailli Denis Prevosteau, le jour du mariage de son fils, 50 pains et 50 pots
1 Voir vol. 1", p. 299 et note i. — Titres des Jacobins; Arch. départ. « Souchet-Etienne , vol. 2, p. 20. — Mrs. de la Bibl. rommunale.
de vin 1 ; c'était une marque insigne d'amitié et de considération, car les chanoines n'offraient ordinairement leur pain et leur vin qu'aux rois, aux princes et aux plus grands seigneurs. Un autre personnage bien autrement marquant dans l'Etat, Miro Bureau de la Rivière , chambellan et principal conseiller de Charles V, moitié de robe, moitié d'épée, qui entretenait des relations avec Chartres à cause de sa seigneurie d'Auneau, fonda (1375-1378) la chapellenie dite des Chevaliers dans l'église Notre-Dame \
Les succès obtenus par les armes françaises dans le Midi, le Poitou et la Bretagne, permirent au Roi, qui ne faisait jamais les choses à demi, de compléter l'œuvre de pacification do la Beauce, si bien commencée en 1364 : il donna l'ordre de faire le procès à tous les bourgeois suspects d'attachement au parti odieux du Navarrais. A Chartres, ville essentiellement royaliste, une seule famille se trouva en but aux recherches des commissaires-enquêteurs, et Macé Eliot, l'un de ses membres, fut condamné pour ses démérites à la peine de mort et à la confiscation de ses biens. Au mois de septembre 1375, Charles V fit présent d'une maison, rue Muret, provenant de cette confiscation , à Maître Gelîroy le Boutelier, chanoine de la Sainte-Chapelle et son premier chapelain, lequel la légua au Chapitre par testament du 18 août 1377'. Le Roi, satisfait d'ailleurs de la fidélité des chartrains, leur octroya pour une année, par lettres-patentes du 21 janvier 1377, la sixième partie de l'imposition de douze deniers par livre sur les marchandises, à la condition que le produit de cette taxe serait employé aux travaux des fortifications. Le bailli Jean Noël, successeur de Denis Prevosteau , Jacques Chauvel , écuyer ,
1 Reg. capit.; Séance du second mardi après ia Purification 1375.
• Titres du Chapitre, Invent., p. 207, verso.
* Lettres datées du bois de Vincennes le 22e jour de septembre 1 375. — La maison donnée , située rue Muret , tenait d'une part à Etienne Eliot et de l'autre à Jean de Dreux, prêtre. (Titres du Chapitre Ville et Banlieue; Arch. départ.)
capitaine de la ville, Jacques Lefebvre, élu sur le fait des aides , et le chanoine Grégoire Chantault , furent choisis , par rassemblée générale des habitants, pour surveiller la recette et l'emploi des deniers1. On s'était contenté jusqu'alors de receveurs temporaires, dont la mission finissait avec la contribution spéciale qu'ils étaient charges d'encaisser. Le retour fréquent des taxes, avant-coureur de leur périodicité, fit adopter un autre système. On voulut que dorénavant les fonctions de receveur municipal fussent confiées à un seul individu, au moins pendant une année consécutive, et que cet agent , commissionné pour opérer la recette et la dépense de tous les impôts et revenus, figurât au nombre des officiers du corps de ville. Le premier receveur municipal nommé en assemblée générale des habitants fut M* Gilbert Hochecorne ; on lui assigna 40 livres de gages et le bailli Jean Noël indiqua son entrée en fonctions pour le 7 mai 1377 \ Cette nomination coïncide par sa date avec l'achat de la maison du cloître Saint-Martin dont on fit un hôtel-de-ville 3.
La chaire épiscopale devenue vacante en i 37 i par la translation de Guillaume do Chenac à l'évéché de Mende , fut donnée à Guerin d'Arcy, trésorier de l'église de Reims. Ce prélat ne prit possession qu'en 1375 et mourut l'année suivante. Sa succession échut à M" Ebles du Puits, sous-doyen du Chapitre, personnage très-influent dans sa compagnie, qui , entre autres travaux de son épiscopat , institua le service de Notre-Damedes-Neiges k et rebâtit le château de Pontgouin , lieu de plai-
1 Pancarte municipale, vol. 2, p. lr«. — Compte municipal de 1377; Arch. de ta Mairie.
* A celte assemblée convoquée par le bailli , à la requête de Guillaume Macéas . procureur-général des habitants , se trouvèrent Pierre Gabille , avocat du Roi , et les députés des paroisses dont les noms suivent : Berlhaut Aladcnt l'aîné , Jean Langlois, Pierre Latroyne , maître des bouchers , Jean Le moine , maître des paveurs , Simon Cornet, maître des pelletiers, Pierre Germain, prévôt, Jean Papin, chevalier de ladite ville , et plusieurs autres faisans la plus grant et jplus saine partie des bourgois et habitants de la ville. (Compte municipal de 137; .)
» Voir vol. i«, p. 479.
* Ib., p. 216.
sauce ou de refuge des évêques cbartrains , selon les circonstances. Ebles du Puits, en homme qui comprenait son siècle, s'appliqua à faire de Pontgouin une forteresse capable de résister aux plus vives attaques \ Les épreuves que la France venait de traverser prouvaient de plus en plus l'utilité des précautions ; c'était aux précautions qu'elle avait prises que Chartres avait dû son salut , et le renouvellement des hostilités avec les Anglais au mois de juin 1377 n'engageait pas les chartrains à se départir de leur vieille prudence. Le compte municipal de 1377 nous fait connaître que l'on entretenait alors des hommes d'armes sous la charge de sire Jean Papin , qualifié du titre de chevalier de la ville *. Bertrand Duguesclin traversa Chartres au mois de juin et fut suivi de près par le duc d'Anjou ; on les reçut tous deux avec de grands honneurs; ils se rendaient dans le Périgord pour guerroyer contre les éternels ennemis du royaume *. Le fameux Connétable repassa en décembre , au retour de cette heureuse campagne \ Nous n'avons à mentionner pour l'année 1378 qu'un voyage du Roi dont on ne connaît pas les détails et quelques visites de princes et de grands seigneurs \
1 Ebles du Puits fit contribuer au paiement des fortifications, au guet et à la garde de Pontgouin les habitants des paroisses , mairies et prévôtés relevant de sa tour. Il voulut aussi exiger le même devoir des habitants des mairies de Champ et de la Cbevardière , sujets du Chapitre ; les chanoines intervinrent pour leurs hommes et un procès s'en suivit. La connaissance de ce différend fut attribuée au bailli de Chartres par lettres-royaux du 1er septembre 1380, sauf aux parties condamnées à se pourvoir devant les gens tenant les requêtes du Palais , le Parlement étant alors trop chargé d'affaires. (Titres du Chapitre, Privilèges, p. 274, verso.)
* A Jehan Papin , chevalier de la ville , sur sa pension de teste présente année , XVI livres XIII sous IV deniers (Compte municipal de 1377.)
* 4 juin, pour XVI II poz de vin présentes à Mirt Bertran du Guesclin , co»nestabîe ; — 5 juillet, pour un tonnel de vin acheté de Jelian de Doay et présenti à Mi* le duc d'Anjou, et pour XII chapons f/ras et iceux apparedler et pour Il autres chapons gras et IIII justes de vin, XXII livres XII sous VIII deniers. (Ib.)
* 8 décembre , pour XII connins , XII perdris et pour vin présenté audit Mirt le Connestable , V livres X sous IV deniers. (\b.)
La ville reçut aussi, en 1377, la visite des sires Bureau de la Rivière, Jean le Mercier et Jean de Rueil. (1b.)
' Le voyage du Roi eut probablement lieu au mois de septembre ; on lit dans le compte municipal de 1378 : Octobre, à X gvyennoys qui nestaièrent la barriért dt
La tranquillité dont jouissait le pays chartrain dura encore en 1379, mais elle fut troublée l'année suivante par une série d'événements fâcheux. Duguesclin partit pour le midi au mois de mai 1380 ; sa femme l'accompagna jusqu'à Chartres et ce fut là que Madame la Connestable fit à son illustre époux des adieux qui devaient être étemels '. Dans les derniers jours de juillet, Jean Fabri ou Lefebvre, nouvel évêque, et Jacques d'Ableiges, nouveau bailli, convièrent les chartrains à rendre les honneurs funèbres au grand capitaine tué devant Chàteauneuf-Randon en Limousin; son corps, que le Hoi destinait aux caveaux de Saint-Denis, traversa Chartres au milieu des pleurs du peuple*. Au moment même où la France perdait son
la porte des Espars, quant le Ray vint à Chartres, à chacun X deniers. On reçut aux mois de janvier et de mars M™ la duchesse d'Orléans , au mois de janvier le duc de Berry, au mois de mars Jtf"* la Chancclière, au mois d'avril le sire Pierre de Villiers. (Compte cité.)
1 Du Guesclin rappelé à Paris au mois de février 1379, pour conférer avec le Roi sur les aflaires de Itretagnc , avait de nouveau traversé Chartres; la mention suivante se trouve dans le compte municipal de cette année , sous la date du 35 février : A Pierre la Hivière , maistre des bouchers de Chartres , et à Colin Joucelin , pour la vendicion de XII anguilles et II trueitex présentés à M. le Connestable de France,
III livres IV sous.
La dépense de houche acquittée par la ville , lors du passage du Connétahle et de sa femme , au mois de mars 1 M80 , est détaillée ainsi qu il suit , dans le compte municipal : 19 mai , pour le présent fait à M. le Connestable et à Mm< sa femme — à Maté Boince , pour III chappons de haute gressc , I litre V sous ; — pour XII autres chappons, VI livres IV sous; — pour appareiller lesdiz chappons. III sous
IV deniers; — à Chenay poessonier pour losche, V sous; — à liubin le Deaussier pour III percltes et une tanche. V sous VI deniers; — à Robin Iloeneau de Goindre pour poesson blanc et une perche, X deniers; — à iVoc/ lioissalè pour losche,
VI sous VIII deniers; — à Macot Pocin pour losche, X deniers; — à Perrot Chaton pour II gardons, X deniers; — a Jean Lorry pour une mouchardelle.
VII sous VI deniers; — à Jehan de Paris pour LA'/// pax de vin présentez à M*** la femme de M. le Connestable du dimanche au vendreày quelle resta à Chartres. IX livres IX sous.
* Adoncques se mistrent en chemin {le sire Olivier de Mauny et la chevalerie qui accompagnaient le corps) pour le corps admener , et à Chartres vindrenl. Dehors Chartres yessirent les colliéges et les bourgeois en procession , à yrant nombre de torches pour le corps recevoir; et là oult grand aueil démené. Puis le portèrent dedans le cueur de la maistre église et là lui fut fait le service solempnel ; puis reprindrent les chevaliers le corps et leur chemin prindrenl droit à Paris. ( Chrontque de du Guesclin; coll. Michaiid, vol. 1er, p. 572, 2e «érie.)
Les principaux ofliciers de la ville étaient alors Jacques d'Ablciçes , bailli, Jean Acarie ou Acquari, vice -bailli, Pierre Germain, prévôt, Jean Sequart, Jacques Lefebvre , Nicolas ou Colas du Géric , Jean de la Porte , André du Croy , Picrre-le- Saulnicr, Pierre-le-IIouic , Guillaume de Chastahig, élus (échevins), Pierre de Le-
héros , une armée anglaise sous les ordres du duc de Buckingham débarquait à Calais et se portait vers Paris, sans avoir pu entamer une seule place forte. Le général anglais qui avait ordre de se diriger sur la Bretagne , redoutant la disette pour ses troupes, s'empressa de tourner Paris et de gagner le Gâtinais et la Beauce ; il s'arrêta trois jours à Pithiviers pour le bon pays et gras qu'il trouva. Les chartrains avaient envoyé à la découverte les nommés Tanneguy et Bourgereau , l'un à Sens et l'autre a Montargis ; informés de quelle part estaient les Angloys, ils craignirent une attaque , firent entrer en ville un supplément de gens d'armes et transformèrent la maison-commune eu caserne et en arsenal \ L'ennemi, toutefois, ne se hasarda pas à pénétrer dans la plaine chartraine audelà de Toury. Dedans le chastel de Tori estoient le sire de Sempy, Messire Olivier de Mauny, Messire (iuy-le-Baveux et grand-foison de gens d'armes. Outre à Yanville en Beausse estoient le Bègue de Villaines , le Barrois des Barres , les sires de Bely, de Hangest et de Mauvoisin, environ 300 lances. Par tous les forts et chasteaux de Beausse estoient grands gens d'armes boutés et mis pour garder le pays contre les Anglois. 11 y eut devant les barrières du chatel de Toury une vive escarmouche et grands appertises d'armes sans ré-
rable , procureur des habitants , Robert Chambli , receveur municipal , Nicolas de Guingamp, clerc de la ville et tabellion-juré.
Jean Fabri ou Lcfebvre , abbé de Saint-Waast d'Arras , savant canoniste , fut nommé au mois de mars 1380, à révéché de Chartres, vacant par le décès d'Ebles du Puits. Au mois de juin de la même année , Ma Jacques d'Ableiges succéda à Jean Noël dans les fonctions de Bailli; on lit dans le compte municipal de 1380 : à Guiot Legrand pour XII pos de vin présentez le Wjmn à Jacques d'Ableiges bailli , XXXIX sous; — <iM maistre des bouchers pour I grosse anguille , III sous IV deniers ; — à la femme feu Colin de Lmcsaulx pour II cens d'escrevisses , III sous IV deniers; — à Matseteau pour un petit brocheteau , Il sons VI deniers; — à la femme Guillaume Hogau pour III petites perches, H sous VI deniers; et le 28 juillet, à Gilot Cousin jmur un tonnel de vin présenté à la femme du Bailli à sa venue à Chartres. .Y/A livres; — à Eslienne Bonhomme pour ramplir un tonnel de vin lequel avoit esté retenu pour ladicte baillive, et il fut regardé qu'il n'estoit pas prouffitable , VII sous VI deniers.
1 Compte municipal de 1380; Arch. de la Mairie. — Le sire de Clisson vint au mois d'août (le 20) examiner l'état de la ville; on lui offrit à l'arrivée 6poz et pinte de vin.
sultat favorable pour l'ennemi. Le duc de Buckingham délogea promptement , se présenta devant Janville sans plus de succès, puis pour dédommager un peu ses troupes de leur mauvaise chance, il fit assaillir la tour du Puiset qui là siéd sus une motte et qui était défendue par 40 compagnons. Là eut grand assaut ; mais il ne dura pas longuement ; car les archers anglois tiroient si ouniement que à peine s'osoit nul mettre ni apparoir aux gai t tes ni aux défenses ; et fut la tour prise, et ceux de dedans morts et pris qui la gardoient; et puis boutèrent les Anglois le feu dedans, de quoi tout le cliarpentagc chéy et puis passèrejit outre. L'armée anglaise gagna la forêt de Marcbenoir où elle campa quelque temps ; ce fut là qu'eut lieu , en présence du duc de Buckingham et des principaux chevaliers de sa compagnie , un combat à outrance entre un jeune écuyer beauceron de la garnison de Toury appelé Gauvain Micaille, et Jovelin Kator, écuyer anglais. Si rencontrèrent des fers des glaives moult roidement, et jouta V écuyer françois à la plaisance du comte moult bien ; mais l'anglais ayant donné à son adversaire un coup déloyal, le duc fit cesser le combat, combla de louanges Micaille et le renvoya en Beauce avec un présent de cent francs et un brillant équipage \
Le royaume , déjà si cruellement éprouvé par la mort de Duguesclin, devait encore faire cette année une perte plus sensible. Le duc de Bourgogne, mandé en toute hâte par Charles V mourant, traversa Chartres dans les premiers jours de septembre *, et, le 16 du même mois, le sage monarque trépassa
» Chron. de Froissart, vol. 2, p. 107, 108 et 109.
» 7 septembre. — Présent fait à M. de Bourgogne. — A Eslienne Bon/tomme pour un tonneau de vin, XXV livres ; — au bailli de Chartres , pour un tonneau de vin, XXV livres; — à Gilot-le-Boucher pour II chappons de haute gresse, XVI sous; — pour XIII autres chappons, V livres V sous VI deniers; — au doyen et chappitre de Chartres pour îtmuys davoine, II livres V sous; — à Galardon queux pour sa paine davoir appareillé lesdix chappons , pour un pannier où furent mis lesdiz, chappons, pour feu et pour eaue, XII sous VI deniers. (Compte municipal de 1380; Arch. de la Mairie.)
en son hôtel de Beauté-sur-Marne ; avec lui périt la fortune de la France. Charles V avait fondé sur son lit de mort treize obits à gros revenus dans l'église de Notre-Dame de Chartres.
Des troubles de toute espèce signalèrent les débuts du règne de Charles VI ; la Beauce eut surtout à souffrir des désordres des hommes d'armes qui refluaient vers Paris pour offrir leurs services aux oncles du Roi divisés entre eux. Le 20 novembre, une sauve-garde au nom du jeune monarque fut donnée au Chapitre et c'était fort à propos, carlesaveuturiers auxquels les princes avaient refusé le paiement de leurs gages, se dédommageaient de leur mécompte , en ravageant le pays chartrain. Comme il arrive en pareil cas, le changement de gouvernement amena le changement des principaux fonctionnaires de la ville ; au mois de décembre , M" Jean Richete fut nommé bailli en remplacement de M" Jacques d'Ai)leigcs, et la capitainerie passa entre les mains du sire Philippe de Chartres Les échevins envoyèrent au mois de février 1381 des messagers à nosseigneurs de France , pour les gens d'armes qui (jast oient tout, environ Chartres; le connétable Olivier de Clisson vint s'enquérir aussitôt du véritable état des choses, mais il n'y porta aucun remède \ Le 9 mars, lettres adressées dans le môme but, à Mire Guy-le-Baveux, chevalier beauceron, capitaine du château de Tillières; le 3 juin, nouveaux messages au Roi et au duc d'Anjou, portant qu'il leur pleust de leur grâce mettre remedde es gens d'armes et arbalestricrs lesquels estoient au pais de chartrain et qui
1 Lettres rappelées dans un exploit du 26 septembre 1 384 , données au Chapitre , par le roi Charles VI, l'an 1er de son règne, à Paris, et scellées de son sceau particulier en l'absence du grand sceau. (Titres du Chapitre; Arch. départ.) — De semblables lettres furent octroyées à l'Hôtel-Dieu.
* Décembre. — Pour le présent qui fut fait à M. Philippe de Chartres, capitaine de ladicte ville, quant il fat institué , tant pour vin comme pour poisson , V livres XVII sous; — pour XII poi de vin et fil chappons présentes à Jehan hichete, quant il fut institué Bailli d*. Chartres, IV livres XVI sous. (Compte municipal de 1380.)
3 Compte municipal de 1381.
pilloient tout ledit pais; ces démarches furent encore sans résultat Cependant un homme d'épée, le sire Pierre de Négron, chevalier, ayant été appelé aux fonctions de bailli vers la fin de juin, la police reçut une organisation plus efficace \ Les sires Guy-le-Baveux et Etienne de Flavigny vinrent à Chartres avec leurs compagnies, et donnèrent la chasse aux rôdeurs du plat-pays peudant les mois de juillet et d'août 3; le pèlerinage fait par le duc d'Anjou à Notre-Dame, le 15 août, contribua aussi a éloigner les pillards des murs de la ville *. Mais lorsque ces expéditions furent terminées et que les troupes régulières eurent quitté Chartres , les brigands reparurent; au mois de décembre, ils s'avancèrent jusque dans le faubourg de la porte Drouaise et navrèrent cruellement deux écuyers du sire Léger d'Angennes \
Ce n'était pas assez des ravages exercés dans la campagne chartraine, il fallait encore que le fisc pressurât en 1381 la bourse des pauvres citadins *. 11 y eut aux mois de janvier et
1 Compte municipal de 1381.
* 4 juillet. — Pour VI lappereaux et XII mutins présentez à M. Pierre de Negron , chevalier, haiUi de Chartres , quant il fut instUué bailla, I livre VI sous Vill deniers.. (Ib.)
* 28 juillet. — Pour IV poz de vin présentez au maistre des garnisons du Roy, X sous; — à Drouet de Crouy, pour iV autres poz de vin présentez à M. Guy-le- Baveux et en sa compagnie à Mir* Estienne de Flavigny, X sous. — iO août. — A Drouet de Croît i pour IV poz de vin présentez à M. Guy-le-Baveux, X sous; — au mesme pour IV poz de vin présentez à la femme duait M. Guy-le-Baveux , X sous. — 23 août. — A Drouet de Cr oui pour VI justes de vin, III de Saint- Jangon et III de Gallardon , présentez à M. Guy-le-Baveux , XVI sous VI deniers.
(Ib.)
* 15 août. — A Henri de la Ruelle pour 2 chappons de haute gresse présentez à MV d'Anjou, I livre; — pour X autres chappons, V livres Vif sous. (Ib.)
» Ije XIe jour de janvier, l'an 81 (1382). — o Jaquet de Borourt. barbier, pour sa paine d'avoir gairy II escuiers qui avaient este navrez par les gens d'armes faubourg de porte Drouaise en la cotnpaignie de lÀger d'Angennes, XXV sous.
6 Une affaire politique d'un haut intérêt se traita , en partie , à Chartres , pendant l'année 1381. Le duc de Bretagne s' étant décidé à prêter foi et hommage au Roi, Charles V nomma pour plénipotentiaire les sires de Chevreuse et Jean le Mercier, l'évéque Fabri et M'reRegnault de Corbic, président du Parlement. Ces députés partirent de Chartres pour la Bretagne vers la fin de février et revinrent au mois de juin achever les conférences à l'évéché. La ville les défraya de tout, pendant leur séjour, et leur donna au mois de juillet un grand banquet d'adieu. (Ib.)
de mars une assemblée de gens d'église , nobles et bourgeois des bonnes villes du diocèse, sous la présidence du Bailli. Ces Etats provinciaux avaient été convoqués à la requête du duc d'Anjou pour obtenir des subsides; on sait que ce prince insatiable assembla sept fois dans ce but , en 1381 , les Etats de la Langue d'Oil. Il est probable que les Etats de Chartres, à l'exemple de ceux des autres cités voisines de Paris , votèrent bon gré mal gré l'impôt du douzième denier sur les denrées. Maison ne tarda pas a trouver celte charge exorbitaute; le compte municipal de 1 381 fait mention do messages continuels en Cour pour obtenir modération des aides; on alla mémo jusqu'à dépêcher à Blois le procureur des habitants, Jean Sequart, pour savoir ce que payait cette ville, se coaliser avec ses magistrats, et agiter les moyens d'obtenir comme un droit une réduction que le Conseil royal, malgré six voyages du bailli de Chartres en Cour, n'avait pas voulu accorder à titre de faveur. Les bourgeois de Dreux et Mantes se réunirent à ceux de Chartres et Blois dans cet intérêt commun 1 ; enfin, à force d'obsessions, le Roi octroya un allégement des aides au commencement de mars 1382. Mais cette faveur cessa bientôt ; les besoins de la guerre de Flandre nécessitèrent de nouveaux impôts , et quoique les pourparlers eussent été rétablis aux mois de mai et d'août, dans un esprit de résistance , entre les chartrains et leurs voisius de Dreux et de Mantes , on ne put empêcher le sire Philippe de Saint-Père, trésorier de France et commissaire du Roi , de venir à Chartres au mois de septembre, pour mettre sus les aides *.
• 11 décembre 1581. — Pour un disner qui fui fait à M. le Bailli et à Martin-le-Faverois. bourgois de Blois, quant ils furent retournez de Paris à Chartres , lesquivli y estoient allez pour tes besoignes de la ville , V Unes III sous. — 3 janvier 1581 (13K2). — Pour IV poz de vin présentez aux bourgois de Dreux et de Mante, X sous. (Compte municipal de 1381.)
* 24 mai 1582. — A Jehan de Douai, pour VI poz de vin présentez aux baillis et bourgois de Dreux et Mante, I livre I sou. — 17 août. — A Guillaume Barbou , pour une despence faicte par les procureurs de ladicte ville lesquiex assemblèrent avecques tes bourgois de Dreux et de Mante pour parler et avoir advi*
Les excès des gens d'armes, loin de cesser en 1 382, avaient pris des proportions encore plus inquiétantes pour l'ordre public ; les faubourgs étaient le théâtre favori de leurs prouesses et il n'y avait plus sûreté à un jet d'arbalète des murailles. Le duc d'Anjou traversa Chartres au mois de janvier, mais ce n'était pas de ce prince, exclusivement occupé de ses intérêts personnels , que l'on pouvait espérer protection \ Au mois de février, un chef de bandit nommé Jean de Gastelle et ses compagnons vinrent saccager le faubourg de la porte Drouaise, sous prétexte qu'ils avaient été battuz et villenez dans l'hôtellerie de Guillaume Dubois \ Au mois de mars, trois paires de lettres closes furent portées par le receveur Robert Ghambli au duc de Bourgogne , à M. de la Tremouille et à Me Jean-le- Flamenc, trésorier des guerres , pour les prier instamment de faire vuider du pays chartrain les gens d'armes qui le ravageaient '.Le 14, Henri Lenffant, sergent d'armes, et le bailli Pierre de Negron , reçurent du Roi la mission positive d'en finir avec les compagnies; mais comme le succès ne répondit pas à l'entreprise , on dut , vers le mois de mai , adresser à la Cour de nouvelles plaintes \
Cette fois les événements favorisèrent le désir des chartrains. Le Conseil royal venait de décider que la France interviendrait dans les affaires de Flandre , et avant de quitter le royaume il parut indispensable de mettre les places fortes de
entre eulx du fait des nouveaux aides, VII sous. — 3 septembre 1382. — Pour chappons, connins et perdriavx présentez à sire Philippe de Saint-Père, trésorier de France , commissaire du Iioy noslre sire , lequel estoit venu à Chartres pour mettre sus les aides, I livre IV sous VIII deniers; — pour vin I livre VIII sous; —pour poisson II livres. (Compte municipal de 1382; Arch. de la Mairie.)
1 26 Janvier. — A Jehan de Douai pour II chappons de haute gresse présente* à My d'Anjou quant il passa pour aler en Avignon XV sous. — Pour X autres chappons III litres V sous IV deniers. — à M. Loys Bidaut pour un muus d'ovoine IV livres IV sous. — A Jehan Sequart pour un tonnel de vin XX livres. (Ib.de 1381.)
» Ib.
• Ib. — Jehan-le-Flamenc était déjà venu inutilement au mois de janvier. » lb.
l'intérieur sur un pied respectable . Mlre Philippe de Chartres, capitaine de la ville , reçut Tordre de faire travailler aux fortifications; dans les premiers jours d'août, ce personnage, accompagné des principaux bourgeois et de plusieurs charpentiers et maçons , fit une visite complète des murailles tant dehors que dedanz 1 et donna aux travaux une si vive impulsion que bientôt les portes, tourelles, fossés et pont-levis furent remis à neuf. Le trésor royal contribua aux dépenses , et , par une circonstance bizarre , au moment où le commissaire du Roi arrivait à Chartres pour asseoir les nouveaux aides destinés à la solde des gens de guerre , Philippe de Chartres rapportait de Soissons, résidence de la cour, une somme de 2,000 francs pour payer les ouvriers chartrains \ Le Connétable, avant de partir pour l'armée , s'arrêta quelques jours à Chartres , au mois de septembre '; il est probable qu'une partie des pillards qui battaient le pays s'engagèrent à le suivre en qualité de soudoyers. Ce qui demeura des compagnies, fut balayé, dans les premiers jours de novembre , par le sire Etienne de Flavigny, envoyé par le Roi pour quérire l'argent des gens d'armes et le rapporter en toute hâte à l'armée de Flandre \
La victoire de Rosebecq, remportée le 29 novembre, ramena les troupes royales dans les environs de Paris dont les
1 La ville donna un dîner qui coula 2 livres 15 sous, à M. le capitaine et aux bourgeois charges de la visite des murailles. (Compte municipal de 1382; Arch. de la Mairie. — Mandement du 5 août 1382.)
* 1b. — Philippe de Chartres, accompagne" de Pierre Germain, procureur des habitants, partit pour Soissons le 7 août.
' 5 septembre. — Pour poesson de mer et de eaue douiez présenté à M. le Connestable IX livres II sous Y I deniers. — A Drouet de Croux, pour XXIV poz de vin IV livres I sous VIII deniers. — Pour Vjmcras III litres. — Pour oublies III sous IV deniers. — Pour X perdriaux XV sous. (Ib.)
4 Novembre. — Pour présent à Mirt Estienne de Flavigni, chexmlier, quant il vint à Chartres quérire l argent pour .'es gens d'armes, X livres. (Ib.)
Malgré ses dépenses extraordinaires et les taxes dont elle était écrasée , la ville trouvait le moyen de contribuer à des souscriptions patriotiques. Le compte municipal de 1 383 contient la mention suivante : A Mtr Olivier du Guesclin , comte de Longueville ( frère de Bertrand ) , pour le parfaict de la somme de IIe francs que ladtete ville lui donna et ottroua ta piéça pour l'aide de sa raencon des Engloix , pour ce par mandement du XXIX jour de janvier mil CGC II IP r et deus (1383).
vilains se rebelloient et menaçoient jà les gentilshommes et leur étoit le diable entré en la tête de tout occire *. Le duc de Bourgogne, après avoir aidé le Roi à châtier Paris, vint en péleriuage à Notre-Dame de Chartres vers la fin de février 1383, avec le Connétable et un grand nombre de chevaliers. On lui fit une brillante réception , et , comme c'était carême , la ville le régala des plus beaux et plus rares poissons que l'on put trouver ; de son côté , le capitaine Philippe de Chartres festoya noblement le Prince dans son chàtel de Ver \ Ce voyage du Duc précéda de quelques jours celui du Roi , qui , depuis son avènement à la couronne , n'avait pas encore visité la bonne cité de Chartres. L'entrée du jeune monarque se fit avec une pompe extraordinaire ; la porte Guillaume par laquelle il passa avait été toute peinte par dehors ; les officiers de la ville lui offrirent, entre autres beaux présents, un char d'argent doré et émaillé, douze écuelles d'argent doré et quatre bœufs gras aux cornes azurées et semées de fleurs-delis d'or; puis ils le conduisirent, sous un dais fleurdelisé, à la Tour-le-Roi, à travers les rues tendues de courtines et jonchées de verdure et de violettes \ Charles VI , après avoir fait
1 Chroniques de Froissart, M. Bnchon, vol. 2, p. 242.
1 Mars. — A Jaquet Lambert, pour poesson par lui acheptè pour ladicte ville à lestanc de lirou , cest assawir carpes et brèmes présentées à M. de Bourgoigne, à M. le Connectable et à plusieurs autres chevaliers de leur compaignie, XLVII livres; — à Vincenot Pépin, pour lemproyes, XXII Unes X sous; — à M. Philippe de Chartres , capitaine de ladicte ville, pour lui aider aux fraiz qu'il lui convenait faire le jour quil donna à disner audit M. de Bourgoigne ou chastel de Ver, XXV livres. (Compte municipal de 1382.)
8 A Symon de Dampmartin , changeur et bourgeois de Paris, pour la vendicion de XII escuelles d'argent dorées pesons XXIV mars et demi acheptêes de lui , chacun mare ouvre VIÏI francs et demi, lesquelles XII escuelles furent présentées avec autre chose au Hou nostre sire a Chartres à son joyeux avènement ; pour ce par mandement du lundi II' jour de mars mil CCC IIIITI et deux (13N3), IIe VIII francs V sous tournois; — à Jehan Fromaiqe, marchant et bourgeois de Paris, pour la vendicion d'un char doré et esmaille pesant XU marc et demi et quinze estrelins achetez de lui, chacun mare d'argent IX frans et demi; lequel char fut présenté au Hoy nostre sire, pour ce III ÏIII" XV francs IV sous tournois; — à Jehan Sequart et Guillaume Barbou bourgois de Chartres pour leurs gages et salaires et aespens de X jours que ils ont vacqué ensemble jmir aller à Paris acheter un jouel pour présenter au Boy nostre sire c'est assavoir à chacun
ses dévotions à Notre-Dame, se dirigea, avec le Connétable, vers Orléans , dont les habitants , à l'imitation de ceux de Paris et de Rouen , s'étaient mis en révolte ouverte contre les collecteurs des aides.
Le sire Pierre de Negron, bailli de Chartres, par les soins duquel le Roi avait été si bien reçu, était un personnage important ; l'ordonnance du 7 juillet 1 384 sur le fait des monnaies lui donne le titre de commis des exemptions de Tonraine , Anjou , Maine et Poitou 1 ; au mois de décembre de la même année, Charles VI l'institua gardien des privilèges du monastère de Bourgueil au diocèse d'Angers Ce magistrat eut de nouveau l'occasion, en 1384, de saluer un monarque voyageur; Léon VI de Lusignan, dernier roi chrétien d'Arménie, chassé de ses états par le Soudan d'Egypte et réfugié d'abord en Espagne , traversa Chartres au mois de septembre pour se rendre près du Roi ; la ville lui présenta à son arrivée un tonnel de vin et un muid d'avoine \ Pierre de Negron était encore bailli lorsque le comte de Valois, frère de Charles VI , fit un pèlerinage à Notre-Dame au mois de mai 1 386 ; ce Prince fut complimenté à son arrivée par Messieurs de la ville qui lui présentèrent une coupe et une écuelle d'argent doré \
d'eux un franc par jour , XY livre» tournois ; — à plusieurs personnes pour viollele acheta deulx tant pour yeter sur h Roy nostre dit sire à sa venue comme pour mettre sur les chappons à lui présentez , XVII sous VI deniers; — à Symon Chaton pour les despens de lui et de X autres compaignons qui furent quèrire de la jonchée à Saint Martin au Val XI sous VIII deniers tournois ; — à Pierre Lemoine pour les despens de ceulx qui tendirent des courtines ou quartier de la porte Guillaume X sous tournois; — (Les quatre bœufs gras coûtèrent 50 livres 10 sous); — à Guillol Davionan paintre pour avoir paint dazeur le jour que le Hoy arriva à fleurs de Hz les cornes des beufs X sous ; — à Guillaume Davionan paintre XXV livre» tournois pour les couleurs et pour sa paine davoir painte par dehors la porte Guillaume pour la venue du Hoy nostre sire. (Compte de 1383.)
1 Ordonn. des liois de France, vol. VII, p. 81.
• lb., p. 102.
s Compte municipal de 1384; Arch. de la Mairie. — Chroniques de Froissart , vol. 2, p. U8.
* A Symon de Dampmartin . changeur et bourgeois de Paris , pour la vendicion dune couppe et une escuelle dargent dorez pesant tout XIIII mars dargent .
Charles VI, qui avait épousé Ysabeau de Bavière le 1 7 juillet 1385, fut père en septembre 1386 , au moment même où il se disposait à passer en Angleterre avec une armée formidable. Chartres prit sa double part de la joie du monarque et des préoccupations de la France. La Reine fit porter au corps de ville , par Henri-le-Bovier, son échanson , des lettres donnant avis de l'heureux avènement de son premier-né ; le messager royal reçut vingt livres tournois pour sa peine \ Le Roi avait requis les habitants de Chartres de lui fournir une compagnie d'arbalétriers pour l'armée d'Angleterre ; on obtempéra à cet ordre , et la troupe chartraine , équipée aux frais de la ville , fut dirigée sur le quartier général de l'Ecluse , sous la conduite de Simon-la-Grappe, trésorier des guerres, de Jacques Lambert et Jacques de la Porte , bourgeois de Chartres. Mais comme il n'arrivait aucune nouvelle de cette troupe, on envoya au mois de novembre un messager à l'armée expéditionnaire et l'on apprit que les tempêtes et les lenteurs calculées du duc de Bcrry avaient rompu l'entreprise. I>es gens d'armes licenciés sans gages se replièrent de nouveau vers les riches provinces des alentours de Paris qu'ils livrèrent au pillage.
Le duc de Bcrry vint en pèlerinage à Notre-Dame le dimanche 26 mai 1 386 , en compagnie du comte de Sancerre et de Pévêque de Poitiers \ Chartres reçut bientôt après un visiteur plus auguste encore ; le 26 août, un chevaucheur d'écurie apporta à Messieurs de la ville des lettres du sire Philippe de Fleurigny annonçant l'arrivée de la reine Ysabeau pour le
VIxXV livres. — Pour II esluis de cuir bouilli aclietes à Paris pour meclre lesdis joyaux, XXX sous. — Pour déchet de coton acheté pour fourer lesdiz joiaux et estuis , III sous. (Compte de 1 38G.)
» lb.
* A Pierre de la Court l'un des procureurs de la dicte ville pour aler à Paris pour le fait des arbaiestriers que le tiny nostre sire aivit mandez a lui estre envoyés de ladicte ville pour le servir ou voiage d Angleterre , IV litres; — à Colin Uleteron pour avoir porté lettres de par ladicte ville, en Flandre devers le trésorier des guerres la Grappe , Jaquet Lembert et Jaquil de la Porte ou a lun deulx pour savoir et rapporter nouvelles du pasuaige d'Angleterre, XI, sous. (Ib I
» Ib.
mardi 29. La Reine fut reçue avec les plus grands honneurs; on lui fit présent de deux pots et de sept drageoirs d'argent doré Mais ces visites de hauts personnages n'empêchaient pas les routiers de désoler le pays. Au mois de janvier 1387 la ville obtint des lettres du Roi pour faire vuider les pillards, et, au mois d'août suivant, le bailli pria le sire d'Illiers que il accompaigné de II ou III escuicrs , venist à Cliartres pour aler parler à plusieurs gens d'armes qui estoient à Voves et à Illiers ou bailliage de Chartres et pour iceulx faire vuider \ Le mal augmentant au mois de janvier 1388, on envoya précipitamment au Roi et aux ducs de Rourgogne et de Rerry un messager porteur de lettres faisans mencion qui leurpleust mestre remède ou faict des gens d'armes, galois et autres, qui estoient ou pais de Chartrain*. Cette fois la demande des habitants fut écoutée et le Roi dépêcha vers ces quartiers le sire le Règue de Vilaines avec mission de nettoyer le pays. Ce capitaine arriva avec ses compagnons au mois de février et la ville lui fit don , pour sa bienvenue , de 8 tanches, 4 carpes, 2 brocheteux, et 15 pots de vin; on était en carême *. Au mois de mars , Charles VI , qui s'était transporté à Chartres avec Jean de Montaigu et Guillaume de la Forêt, pour faire l'obseque de feue Madame de Bcrry put juger par lui-même de l'étendue des désastres et de l'urgence du remède. Mais ce n'était pas assez du pillage; une maladie épidémique survint et jeta la désolation dans la ville. Son intensité fut très-grande depuis le mois de juin jusqu'à la fin d'août ; les registres capitulaires apprennent que les chanoines
1 A Symon de Damptnartin , changeur et bourgeois de Paris, pour II grans pos et VI l grans drajotiers dargent durez pesant XXXI mars et V onces dargent, IIU XVI livres V sous. (Compte municipal de 1386.)
« Compte de 1387.
■ Compte de 1388. — On appelait Gallois les compagnons d'aventure du prince Y vain de Galles.
* lb.
• lb. — Aucun historien ne fait connaître que Jeanne d'Armagnac, duchesse de Berry, mourut à Chartres.