‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 12 sur 118 · DU DOMAINE DE CHARTRES EN DUCHÉ · texte numérisé non relu

DU DOMAINE DE CHARTRES EN DUCHÉ

L'année 1 50G semblait s'annoncer plus favorablement pour la fortune et la santé des Chartrains, lorsqu'un événement terrible vint les jeter dans la consternation; voici en quels termes les registres des Echevins racontent ce nouveau malheur :

« L'an 1506, dimanche fête sainte Anne, 26e de juillet, » entre sept et huit heures du soir, le tonnerre cheut au elo~ » cher de plomb de l'église Nostre-Daine de Chartres par le » haut et pomme d'iceluy estant à gauche de la porte réale » de la dicte église ; lequel clocher qui estoit très beau et » magnifique et six grosses cloches cstans en iceluy furent » brûlés, exterminés et consommés au moyen dudict ton- » nerre et foudre , embrasement et tempête avec aucune par- » lie de la couverture et forêt d'icellc église et mesmeinent » iceluy clocher qui estoit de bois et couvert de plomb jus- » qu'à la première voûte estant de pierre; l'outre plus duquel » clocher estant de pierre, comme l'autre clocher d'i celle » église, ne fust aucunement bruslé ; lequel tonnerre, esclair » et pluye, en si grande abondance et force qu'il sembloit » qu'on la versât et jettut à seaux , durèrent sans cesse depuis » l'heure dessus dicte jusques environ 4 heures après minuit , » tellement que chascun doutoit toute ladicte église, ensemble » la ville ou la plupart d'icellc, cheoir totalement en grande

» ruyne , calamité , pauvreté et en dangier d'estre bruslée , » détruite et exterminée ; Et crioit chascun , par grand' dou- » leur, compassion et pleurs à Dieu , miséricorde ! . . . Néan- » moins , moyennant la grâce de Dieu et de la benoictc vierge » Marie , en l'honneur de laquelle de la primitive on exposa la » châsse, le feu et pluye cessèrent '. »

La tempête fit aussi de grands ravages dans la cité. Plusieurs maisons s'écroulèrent, les rues furent dépavées, et le torrent des Vauroux emporta l'arche Saint-Maurice. Cependant, comme on avait couru le danger d'une ruine complète, le corps de ville décida le 1" août qu'une procession générale des habitants aurait lieu en l'église des religieux de Saint-Père pour rendre grâce à Dieu \ Les travaux de reconstruction du clocher furent immédiatement entrepris par Jean Texier, dit de Beauce ; on confia ceux de serrurerie et d'horlogerie à Macé Béguin \ Les pluies qui tombèrent presque continuellement en 1 507 ne permirent pas de pousser avec une grande activité les réparations des dégâts de la ville ; cependant on ne laissa pas de s'en occuper, et cette reprise presque générale des constructions et de la voirie de Chartres eut au moins cela de bon qu'elle assainit quelques quartiers. Dès le 25 juin 1 506, on défendit expressément de jeter des immondices dans les rues et de laisser vaguer les pourceaux au milieu des décombres , afin d'éviter tout danger de peste , par les chaleurs de la saison * ; au mois d'octobre, on nettoya les abords du cloître en démolissant près de la Porte-Neuve , du côté de la rue du Cheval-Blanc , partie d'une maison de réputation douteuse autour de laquelle se retiraient la nuit certains mau-

1 Ce texte, tiré d'une délibération des Echevins, a déjà été donné par M. Benoist, dans l'Annuaire de 1845, p. 392.

1 Reg. des Echevins. — Il fut ordonné aux habitants d'aller à cette procession deux à deux , sans foule et sans bruit ; on y porta la sainte Chasse.

8 Ib.; Séance du 19 juillet 1507.

* Ib.

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