‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 11 sur 118 · TOME II. S · texte numérisé non relu

TOME II. S

du ban et de l arrière-ban , eu rémunération de leurs fidélité et loyauté, en l'honneur de la Vierge et en considération de ce qu'ils ont tacitement joui de ce privilège de temps immémorial ; il termine en décidant que , lors des criées du ban et de l'arrièrc-han , une revue sera faite par le bailli qui choisira un notable pour diriger les citoyens dans la garde de la place \ Déjà, le 22 novembre 1483, le Roi avait confirmé pour dix ans la perception du dixième sur le vin, applicable aux fortifications s. Cette série de grâces fut complétée au mois d'août 1 485 par une reconnaissance de tous les privilèges de Notre-Dame *. Depuis longtemps les magistrats chartrains voyaient avec douleur l'éLit fâcheux de la navigation de la rivière. Dès le commencement de l'affaire Morhier, le sire Jacques de Brezé, les habitants de Nogent-le-Roi , les religieux de Coulombs, le sire Jean de Sabrevois, seigneur d'Ecluzelles *, s'étaient liés d'intérêts pour entraver toutes les tentatives, sous prétexte de règlement d'indemnités; leurs demandes profitaient des lenteurs d'une procédure en Parlement, et la forme menaçait de compromettre le fond lorsque la ville obtint, le 7 novembre 1488, des lettres-royaux prescrivant encore une fois de passer outre, nonobstant les oppositions des adversaires1. Forts de ce titre , les Chartrains conclurent , les 7 février et 1 5 mai 1 489 , des marchés pour le rétablissement des portes à bateaux de Saiut-l'iat , Dionval, Soulaires, Jouy, Villemarie, et des Moulins-Neufs6, et, le 0 août suivant, le lieutenant-général Baudry, accompagné de MM. René d'Hliers et Jean de Mon-

1 Pancarte municipale, vol. 1«\ p. 34 et \Y3.

« Ih.

a Ordonnance a des Unis de France , vol. XIX, p. 575. — Heg. du Parlement . vol. J, p. 15.

4 La fa mille de Sabrevois , l'une des plus antiennes et dos mieux apparentées de la Beauee, avait encore un représentant à Chartres en 1840.

B Pièces relatives à la navigation; Arrh. départ.

fi Ib. -- Chaque porte routa 25 livres tournois et chaque ouvrier reçut, en sus, un hoequeton de drap à la livrée de la ville , mi-partie pers et rouge.

Lèsent, chanoines, Michel de Champrond , avocat du Boi, Cuillatime Boiilïineau , procureur du Roi, Jean Cudmi, maire du Chapitre, Jean Lemoine, avocat delà ville, Etienne Delacroix, avocat et conseiller des habitants, tous licenciés es-lois, se rendit à Lormaye pour donner lecture des lettres- royaux aux officiers du sire de Brezé et faire commencer les travaux; mais il rencontra une grande opposition , et , lorsque les pionniers cliartrains voulurent déblayer la rivière , les Nogentais les en empêchèrent à coups de bâton et d'arbalète'. C'était encore un incident qui allait grossir l'instance. Une enquête à laquelle prit part M* Begnault de Cyvés, juge et garde de la prévôté , fut ouverte à la fin de 1 489 ; le Parlement confia d'abord cette mission importante à MM. Lenfant et Arlault , conseillers ; mais ce dernier ayant été récusé par le sire de Brczé sous prétexte qu'il était prébende en l'église de Chartres, il fut remplacé au mois de juin 1490 par M. Pierre d'Origny '. Pendant l'enquête le sire Jacques de Brczé mourut, et il fallut remplir de nombreuses formalités pour mettre en cause le sire Louis de Brezé , son fils. Enfin , le Parlement se trouvant suffisamment éclairé rendit, au bout de trois ans, le 24 mai 1493, son arrêt définitif. La cour mit les appellations à néant , débouta Sabrevois sans dépens , déclara que les lettres-royaux du 7 novembre 1488 sortiraient leur plein et entier effet ; que la rivière serait rendue navigable de Chartres à la Seine; que les bateaux montants et descendants passeraient i>ar le bras qui , de la pointe de Lormaye , suit les murs do l'abbaye de Coulombs et va joindre le gué situé au-dessous de Nogent-le-Hoi; que les Charlrains feraient construire ou réparer à leurs frais les portes à bateaux il le quai de la rive, le long du bras de Coulombs, et qu'ils paie-

1 /Vrii irt/itiii-i il ta uai-iijiiliiiu . — \.r \'.nVmi-n\ lil ml'unin'i . (>nr <" ru-

(lu 27 aïri! I ifKt, i nuire l-'S p-ns du n.iiti ik's sirfs de Hiy?>' . MoilliiT >'l A-: S;ilin-

vnis, qui avaient haitu •■: mrtettè k>« ouvriers cliartrains. * ft. — Arrêt du Parlement du 2S juin 1 iflO.

raient 1* au sire de Brezé, 20 deniers tournois, par bateau, pour pontage , outre les niâmes droits de travers que ceux dûs par les voituriers; 2° aux meuniers ou commis de Brezé au moulin Bérenger et à ceux des moulins des religieux de Coulombs et de Morbier , pour ouvrir les portes aux bateaux , 1 2 deniers , par chaque montage et avalage ; 3° aux religieux de Coulombs , une rente de 16 livres rachetable pour 400 livres , et au sire Morbier , une rente de dix livres rachetable pour 200 livres. Le même jour, M" Guillaume Aymeret, conseiller, fut désigné pour mettre l'arrêt à exécution et dresser sur les lieux un tarif des péages dûs par les bateliers depuis Cbartres jusqu'à la Seine \

Les péripéties du drame de la navigation n'occupèrent pas uniquement les Cbartrains de cette époque; un événement arrivé au mois de janvier 1 491 (1 490 vieux style) leur procura des émotions d'un autre genre. Pendant la nuit du 1 1 de ce mois, la (basse contenant les principales reliques et le trésor renfermant les plus beaux joyaux de l'église Saint-André, furent volés par un prêtre vagabond nommé Jean Rabier, natif du diocèse de Sens, et par Macé et Cochonnet, ses compagnons. Les voleurs s'enfuirent par dessus les murailles de la porte Saint-Jean , en se laissant glisser le long de la corde du puits Sainte-Foy qu'ils avaient été décrocher à cet effet; ils cachèrent les vases sacrés dans des murs de chaume de quelques jardins du faubourg, enfouirent la châsse dans un

1 Pitres relatives à la navigation; Arcli. départ. — \jc sire de Brezé était trop taraud personnage pour se soumettre dYmblée à un amH du Parlement; il refusa encore le passage des bateaux au moulin Beranger, lit placer une chaîne au travers de la rivière et briser les portes construites par les Cbartrains. Au mois d'octobre I V.i.'i. il se trouvait en amont et en uval du moulin quatre bateaux chargés de Tin pour Rouen et plusieurs bateaux chargés de sel pour le grenier de Chartres, lesquels ne pouvaient passer. Sur la plainte des bateliers, Kegnault Simoneau , procureur des habitants, se transporta sur les lieux; mais il lut forcé de revenir sans avoir rien lait, parce (pie (iillo Mautmi«\ bailli de Notent, et Jeannenuin Ferdieu, procureur du lîoi à ce bailliage, lui annoncèrent que si les' gens de Chartres touchaient à h chaîne, une compagnie d'hommes d'armes, casernée au rhfttel de Nogent, tomberait Mir eux par ordre de M. de lïrezé b' 20 du même mois, il y eut entre les bateliers et les Nogentais une rixe dans laquelle les premiers furent battus et meurdris.

tas de fumier près de la Croix-Thibault, le surplus dam «les fagots il Bomville près Franeourville , et se réfugièrent a Oinville-sous-Auneau, chez la mère île Macé. Ce sacrilège causa une grande rumeur dans toute la ville ; à la première nouvelle, le lieutenant-général Baudry fît fermer les portes et donna l'ordre aux sergents royaux et aux gagers de Saint- André de Touiller les étuves, cabarets et autres lieux suspects; mais ces perquisitions demeurèrent sans résultat. On fut plus heureux dans la visite des murs à l'intérieur et à l'extérieur ; on trouva d'abord la corde dont s'étaient servis les votent pour s'enfuir, et, quelque temps après, un passant aperçut au pied du parapet un petit joyau renfermant te doigt de M' saint André. Les recherches furent alors dirigées dans la direction des faubourgs Saint-Jean et Saint-Maurice. Cependant le clergé de Saint-André se disposait, dans l'après-midi , à se rendre procession nellement au couvent des Jacobins pour reprendre la relique retrouvée, lorsqu'un individu vint annoncer que les voleurs, dont il avait dépisté les traces, devaienl être cachés du coté d'Uinville. On envoya sur-le-champ les sergents dans ce village, et Rabier, Macé et Cochonnet furent arrêtés, ramenés à Chartres et emprisonnés avant la tin du jour dans le cachot de la grosse tour du Palais. La justice ecclésiastique, comme c'était son droit, s'empara de l'affaire; elle condamna les coupables à être pendus.

Mais le caractère de prêtrise dont Rabier était revêtu ne devait pas être souillé par une exécution capitale; il fallait au préalable dégrader le prêtre sacrilège. On procéda avec pompe à cette sinistre formalité. 11 se trouvait en face de l'église Saint-André un échafaud eu bois, construit par Nicolas de Monlaudouin , maître des charpeutiers, et sur lequel une troupe de confrères de la Passion avait représenté quelques jours auparavant le mystère de saint Ladre , sainte Madeleine cl sainte Marthe; ce fut le théâtre de la cérémonie. Au jour choisi, l'évoque Miles d'illiers. accompagné des abbés i\r

Saint-Germain-des-Prés , de SaintJean-en-Vallée , de Cheron, de Thiron, de Coulombs et de Saint-Vincent-des- Bois, vint prendre place sur l'échafaud ; le condamné comparut revêtu de ses habits sacerdotaux , et la dégradation commença selon le rit usité en pareille circonstance. Miles retira successivement à Rabier la chasuble, l'étole et l'aube; puis, armé d'un couteau , il racla les doigts du coupable , comme pour leur enlever l'huile sainte qui les avait consacrés au service de Dieu. En ce moment solennel , les assistants entendirent un craquement sous leurs pieds, les cchafauds churent et tombèrent, d'où plusieurs furent navrés , entre autres Nicolas de Montaudouin qui les avait assurés sur sa vie. Alors, ajoute le chroniqueur, ledit révérend fit mener Rabier en la maison épiscopale où il acheva la dégradation ; après quoi les trois malfaiteurs, vêtus de toile, furent pris par les officiers de la cour laie. Rabier et ses complices appelèrent en Parlement de la sentence rendue contre eux; un arrêt du 23 juin 1496 confirma la décision des premiers juges à l'égard de Rabier qui fut pendu aux fourches de Montfaucon, et prononça le bannissement contre Macé et Cochonnet *.

Plusieurs mutations avaient eu lieu depuis quelques années dans le personnel des hauts fonctionnaires chartrains. En 1 483 , le titre de bailli et capitaine de Chartres passa au sire Jean de Coinghani , capitaine des Ecossais do la garde du Roi et son chambellan. Cette nomination ne changea rien à la position du lieutenant-général Raudry, qui, contrairement à tous les précédents, semblait jouir de l'inamovibilité. En 1 492, le vieux Miles d'illicrs résigna son évôché en faveur de René d'IUicrs , son neveu , fils du fameux Florent et archidiacre de Pincerais en l'église de Chartres. Cette résignation éprouva beaucoup de difficultés ; le Roi la repoussa d'abord comme attentatoire à ses droits et aux libertés de l'Eglise gallicane ;

1 Livre de bois de Saint-André, p. 2i:J, recto, rt suiv.; Arch. départ. — Voir vol. 1", p. 236.

il (il signifier à Miles et Kent' , le 1" février 1493, .les lettres portail défense au résignât ni re île l'aire usage des bulles de provision apostolique qu'il disait avoir reçues et qui n'avaient pas été vérifiées. D'un autre coté, René d'Uliers avait pour compétiteur le chanoine René de Prie, qui s'était fait pourvoir de l'évêché le 1" mai par l'archevêque de Sens, sous le prétexte de la démission de Miles et de la déchéance encourue par le Chapitre pour n'avoir pas présenté un candidat en temps utile. Sur ces entrefaites, Miles mourut le 17 septembre, et René, son neveu, dont la personne était, d'ailleurs, estimée de tous et même agréable au Roi , fut admis , après quelques corrections de forme dans ses bulles. 11 lit son entrée le

29 mars 1495 \

L'arrêt du Parlement de 1493 avait ranimé le courage des partisans de la navigation. Pour donner un peu d'activité au transport par eau, la ville prit le parti de passer, le 3 mars 1494 , avec Pierre Chesneau , marinier de Rouen , un marché par lequel ce dernier s'engageait, moyennant

30 éeus pu an , à se rendre tous les quinze jours avec deux bateaux au quai de Chartres, a embarquer les marchandises qui s'y trouveraient et à les transporter au lieu désigné dans le parcours de l'Eure et de la Seine. Le 13 avril suivant, les frères Thîars, charpentiers roueunais, reçurent la commande de deux bateaux destinés exclusivement au service de la navigation depuis Chartres jusqu'à Rouen. Enfin , au mois de mai 1495, le truite avec Chesneau ayant été rompu, les échevins en conclurent un autre plus important avec Yvonnel Maugars et Jean Mcsnager, bateliers fréquentant la rivière d'Eure. Ces entrepreneurs s'obligèrent à tenir constamment en cours de navigation, depuis le quai de Chartres jusqu'à Rouen, pendant six ans à partir de la Toussaint, six bateaux bons cl marcliatis, et à bâtir une grande maison en iiuntirvi-

- Clicvard, vol. 2, p. 295 el suiv. —

de solle, sur un emplacement du quai pour ce désigné ; on leur fit l'avance de 500 livres tournois, remboursables par annuités pendant le cours de la convention \ On pensait que le commerce ayant des bateaux à sa disposition , reprendrait facilement la voie de la rivière à cause de son bon marché. Toutefois ces arrangements ne suffisaient pas ; au mois de décembre 1 496 , Maugars , dont le service s'était ralenti , répondant devant le lieutenant-général Baudry à la plainte formée contre lui par Mc Jean Nicole , procureur des habitans, allégua que la ville n'entretenait pas comme elle le devait les écluses et portes à bateaux ; que plusieurs fois le piteux état de la rivière l'avait empêché de se rendre aux foires de Rouen, quoique ses bateaux fussent chargés ; que , notamment , en octobre 1 495 , les bateaux ayant été retenus à la guaize de Lemhourc, il avait été forcé de débarquer les marchandises et de les faire charrier jusqu'à Nogent; que, pendant cette année 1490 , le manque d'eau lui avait causé un grand préjudice , et cpie la navigation (Hait presque impraticable dans les conditions lâcheuses où se trouvait l'Eure \ On reconnaissait le bien-fondé de ces récriminations, mais l'argent manquait pour y satisfaire; (railleurs, avant de faire de grandes dépenses en réparations, il était nécessaire que le règlement des péages entrepris par le conseiller Aymcret fût entièrement terminé. Ce magistrat qui déployait dans cette affaire une louable activité, avait clos, par un procès-verbal en date du 29 novembre 1490 , la première partie de son travail comprenant la fixation des péages depuis Chartres jusqu'à Nogent \ 11 continua en 1497, et les registres des échevins font

1 Pièces relatives à la navigation; Arch. départ.

* Procès-verhal du mardi 21 décembre 14%; Archives départem. — D'après Maugars, 1rs Muscs à réparer étaient celles de la Darrc-des-Prés, du moulin de Dretigny près Josaphat, de Saint-Prest, de Plateau, de Ferrières, de Chaudon, de Dioneau , des Moulins-Foulerets , îles Trois-dAteaux , de Maintenon , du moulin du Hoi assis au Dreuil, de l'Orme-AIain , du moulin de Chandres, du moulin de Lemboure , et du moulin le. Doi ou Déranger, près Nogent .

3 Pièces relative* à la navigation ; Arch. départ.

connaître qu'an mois d'octobre , il opérait à La Chausséeil'lvry '. A lii fin on put disposer rie quelque urgent, et nuus voyons que , pendant les années 1 497 , 1 498 et 1 499 , la ville passade nombreux marchés pour la réparation ries portes el écluses et pour le curage de la rivière *.

M. de Coinghaui fut remplacé au bailliage, en 1495, |iar le sire Rigault ri'Oureille , chevalier , seigneur rie Villeneuve , conseiller et niait re-d'hotel ordinaire riu Roi '. Celte mutation . inaperçu à Chartres, n'eut, comme à l'ordinaire , aucune conséquence pour le pays; le poids ries affaires publiques continua do peser sur le lieutenant-général liauriry. Ce fut ce haut fonctionnaire, assisté rie quatre écbevins, qui reçut, le 26 janvier J498, M*1 le ilue d'Orléans, bientôt après IxiuisXfl, lors rie son passage par Chartres, et qui lui offrit le vin rie la ville, ilnir BOfaçOfU an meilleur. Le 9 avril suivant, le bruit se répniiriit que le jeune Charles V11I venait rie mourir subitement; la nouvelle était vraie, un chevaueheur d'écurie rie la Cour la confirma le 10. On prit aussitôt les précautions que la circonstance exigeait : on s'informa rie la direction donnée aux gardes de nuit dans les villes de Blois et d'Orléans; un guet fut établi sur chaque porte pour avoir nouvelles et éviter danger; ries postes de huit hommes surveillèrent les voyageurs à leur entrée en ville ; ordre fut donné de réparer promptement les pnnts-levis des portes Urouaise, Guillaume, Morand H Chàtclet \ Louis XII monta sur le trône sans opposition.

' fog. 4u Ecàmiu; Séances da 4 el 1K octobre 1497.

- th.; Séances îles SU février et C. novembre 119", lï août cl 10 septembre 1498. 18 mars. 22 juillet , 7 septembre el 20 novembre 1499. — On travailla aux i'i liisc» <{•■ [.iTiibuiiri' , ■■■- J.»..i|ili;il . de lu K.irlr'-Mai^irj . in Hrcuil , de la Villctte, île Plateau , de Villcmaric , -lu moulin Hcrariper , iIp MaiiiKnumoM el du moulin du M,

1 lettres du 1" octobre 1495, par lesquelles Charles VIII donne lu charge de bailli de Chartres a M. d'Onrcille , rti iNTiimponse des lions offices que ce seigneur lui a rendus, «m teulemtnl au service de sa bouche, mais MON M fait d'armes de Fanant. (Compta de t.uilljum.: I.cmwiic , 1495-11%; Hectttit de Laisnt vol. 5, p. 169.)

1 Heg. dei Ectievttu; Séances des 9 et 10 avril 1 19N

Dès le 1 9 avril , le corps de ville , après avoir fait célébrer un service solennel à la mémoire du défunt roi , nomma des commissaires pour aller complimenter le nouveau monarque à l'occasion de son avènement et lui demander des lettres de confirmation de privilèges. Cette requête ne tarda pas à recevoir un bon accueil. Le 7 juillet, Louis XII décida que les droits du dixième sur le vin et du barrage ou battage, continueraient à être appliqués aux fortifications ' ; par lettres des 13 juillet et 6 août, le Roi, réparant un oubli de Louis XI, abolit le droit de 1 2 deniers pour livre sur le détail des métiers de pelleterie , mercerie , tannerie et poissonnerie , en considération de V impôt mis par les bourgeois depuis 4 au 5 ans sur le marché et vcndage du bétail à pie fourché , dont il retire grand proufit, la ferme dudit impôt ayant monté, d'un coup, de six à sept vingt livres à sept au huit cents * ; la confirmation de l'exemption du ban et de Parrièreban fut octroyée le 13 juillet3; le 17, arriva la confirmation de l'exemption des garnisons de gens de guerre \

On avait appris dans les derniers jours de mai que la reine Anne , veuve de Charles VII , empressée de regagner son duché de Bretagne, allait traverser la ville. Les échevins ne sachant trop quels honneurs il convenait de rendre à cette princesse qui n'avait jamais été reçue en reine, à Chartres, avaut sa viduité, se disposaient à en référera l'Evèque, lorsque le Doyen du Chapitre leur communiqua, le 31 mai, une lettre du Grand-Ecuyer de la Reine, relative à l'ordre de la cérémonie. Anne arriva probablement le lendemain ; elle trouva à sa rencontre les gens du Roi, les douze échevins et les autres olliciers, bien liabillcs de robes noires et montés sur des chevaux bien harnachés; la harangue fut prononcée par

1 Pancarte municipale, vol. 1er; Arch. de la Mairie.

* lb., p. 26.

8 Ib.t p. 33.

* lb., p. 32.

M* Jacques Thomas, avocat de la ville, et l'on offrit à Sa Majesté six poinçons de vin du meilleur et 200 minois d'uuoine '. On attendait pour le mois d'octobre la visite de Louis XII ; mais il parait qu'elle manqua , à cause de certains bruits de peste que des gens mal intentionnés firent courir, quoique, selon leséchevins, la santé publique fût parfaite en ce moment '. Le corps de ville, dirigé par le lieutenant-général, avait cependant beaucoup compté sur le voyage royal , car il lui importait de faire revenir Louis XII sur une mesure préjudiciable an bailliage. Ou venait, en effet, d'apprendre que le Roi voulait créer un siège royal àRlois, ancienne ville de sou apanage dans laquelle une notable assemblée de prélats, docteurs èslois et décrets, présidents, conseillers et baillis élaborait nue grande réforme judiciaire; l'érection de ce nouveau bailliage menaçait d'enlever au siège de Chartres non-seulement les appels du Rlésois, mais encore ceux du Dunois et de la Sologne , et l'on remarquait déjà que les gens de ces pays refusaient de satisfaire aux assignations des oiliciers du bailliage chartrain. Ou jugea utile d'intéresser M. le Vidame à cette affaire; mais les Chartrains avaient des adversaires trop bien servis, et Blois eut son bailliage royal '.

Les désastres des derniers mois de 1 498 et de l'année 1 499 donnèrent raîsou aux prophètes de la peste. Ce tléau , qui se promenait depuis longtemps aux environs de la ville , finit par y pénétrer et fit de tels ravages dans le courant du mois de septembre 1 499, que la plus grande partie des habitants, sans en excepter les échevins et les gens du Roi, se réfugièrent à la campagne \ Le lieutenant-général Baudry, qui ailminis-

< Heg. <*« Erlf'-ins ; dîners îles âj ri III mai 1198.

' tl>.; Se"ance du 18 octobre U98.

* 14.; Séance a] m M novembre H98.

'14. — Il rèpail aussi dans la populace i't parmi 1rs pens île puerre «no aulrc maliidic inconnue jusnu'aliirs . la syphilis ou mià de Nuples; ou avait bâti pour la turc îles malades, une logera \\i-\\\\\ liieui.M le réVeptartc de Ions Ifs Mitres, coquins et marauds de la contrée. Un linit par ne plus |">uvoir supporter leurs inso-

trait Chartres depuis trente ans, fut peut-être victime de cette horrible maladie ; du moins c'est k partir de cette époque que nous voyons la lieutenance générale occupée par M* Jean de Marnac, licencié ès-lois et conseiller au grand-conseil.

Enfin Chartres vit en 1 502 le bon roi Louis XII et son fidèle ministre le cardinal Georges d'Àmboise ; le cardinal , que l'on appelait M. le Légat , parce qu'il avait reçu les pouvoirs du Pape pour les affaires ecclésiastiques de France, traversa notre ville le 1 1 janvier ; le Roi arriva le 26 du même mois \ Nous ne savons rien de ces visites qui durent se renouveler de temps à autre , car Chartres se trouvait entre Rouen , résidence du prélat, et Rlois, séjour favori du monarque. Pour que la correspondance de ces deux illustres personnages n'éprouvât aucun retard , les échevins entretinrent pendant l'hiver de 1502 à 1503 deux hommes de garde sur la porte Châtelet, uniquement chargés tic guèter les postes du Roi*. Ixïs affaires de France, qui suivaient cette voie, n'allaient pas toujours très-bien ; après des succès éclatants en Italie , le royaume de Naples fut perdu pour les Français au mois de mai 1503. Ce revers força Louis XII à élever la taille et à emprunter de l'argent à ses sujets ; le 24 octobre , Chartres lui prêta 3,000 livres qui furent versées à Paris, entre les mains du sieur de Hérouard , trésorier général , par les soins du Receveur de la ville et du Contrôleur du grenier à sel \

Ce placement forcé des fonds chartrains ne fut pas avantageux pour les préteurs ; faute d'argent, on ne put réparer les portes à bateaux de la rivière, et la navigation déjà si compromise fut bientôt réduite à néant ; au mois de septembre 1 504, Téchevinage appelé à délibérer sur une requête du sieur

Ipuccs; l'hôpital fut détruit et les malades étrangers furent chassés hors des murs. ( Séance du ti janvier li!M>.)

1 Hist. de Souchet, vol. 2, p. 137.

- lleg. des Echevins; Séance du 28 janvier 1504.

3 lb.; Séance du M octobre 1503.

liuuleL-Juuuii , relative au mauvais état îles écluses, ne prit l«is la peine île l'examiner, parce tpie l'Eure avait cessé d'être navigable ' ; et, en effet, le Irailr piaBé IW le marinier Yvunuet Maugars ponr l'entretien |iernianent de six bateaux, tut résilié le 30 novembre 1505 '. L'embarras financier de la ville était UlgtMllté [«ir les frais île certains procès qui la touchaient à divers titres : d'abord , il s'agit de faire décider par la justice <jui , du lieutenant-général ou du prévôt , devait présider les assemblées municipales; on consacra, en juin 1 504, quarante écus au maiutien des droits du premier de ces magistrats qui avait pour lui l'autorité des précédents *; on soutint, ensuite, jusqu'à concurrence de cent livres tournois, contre la duchesse d'Alençon , dame de Ifelesme , que la lerre et lwronnie de Nogent-le-Rotrou ressorlissait de tout temps au baiUilgO de Chartres et ne devait pus loi . hommage et aveu de liefs à la seigneurie de Belesine ; cette instance fut suivie , au mois de décembre 1505, à la requête des habitants, par M* Pierre Ledoys, procureur aux causes, et M. de Champrond, bailli de Nogenl '; enfin, un ancien procès engagé avec les religieux de Saint-Père au sujet de la propriété des Vieux- Fossés, recommença au mois de juillet 1 505 \ A ces causes de dépenses se joignirent en 1504 une peste et une disette qui tirent de nombreuses victimes et nécessitèrent d'abondantes aumônes. Les échevins sentaient le besoin impérieux de rentier dans l'avance faite au Hoi en 1503; or, comme ils avaient dans ce but députe sans succès en Cour, au mois d'avril 1501. MM. Foulques Cheron et Pierre Ledoys, ils

' Ittg. des Eehtvtns; Délibérations des 25 septembre et 23 octobre 1501.

' Du acheta dt1 MaiiRars l;i maison i]ir'il .ivuit fui ..-instruire sur le quai jioiir servir île irupi-iti, el mi l.i loua au mois lie juillel 1507. La lilte aurait bien vuulu se débinUMr ilu sfriini! bateau ijui lui ippvtenail . mais mi n'en trouva pus 20 eriis ri

DU lr laissa s'efiiiioiirlin' el [murrir ilaiis la L'ililiiirfe , îi t'i'iilrée rlu |i>s<é il.' I;i fini-

ima àt l.i porti I »■ . -i «. 1 1 -■ ■ .

* Iteg. drt Hehtvim; Séanecs îles III juin I.jOI >•! -I septembre 1506,

• B.; Séance <lu III décembre 1505.

» lb., Sente* Kijwillel.

pensèrent que le lieutenant-général de Marnac, qui se trouvait à Paris au mois de novembre suivant , pourrait s'intéresser plus utilement à l'affaire , mais on reconnut bientôt que le crédit de ce personnage était insuffisant pour une pareille tâche \

Certaines circonstances fortuites firent sortir encore quelques deniers de la caisse municipale. La reine Anne venant de Nogcnt-le-Roi et se rendant à Blois, dans les premiers jours de mars , fut reçue à Chartres avec les plus grands honneurs ; la rue Muret , que parcourut le cortège , était entièrement tendue de tapisseries; une partie des échevins, les corporations et les notables accompagnaient à cheval Sa Majesté, tandis que les quatre anciens de l'échevinage soutenaient audessus de sa tète un ciel (dais) magnifique fait en damas et frangé d'or. On offrit à la Reine 300 minots d'avoine et 20 poinçons de vin \ Le 26 mai suivant, le corps de ville alla recevoir hors de la porte des Epars un nouveau bailli appelé Jean Bcrziau, sire de Courtenval ; les cadeaux de bienvenue consistèrent en quatre traversains de vin et 50 minots d'avoine; on mena le magistrat souper à la tour du Roi, et, le lendemain, après lecture et enregistrement de ses lettres, il prit possession de son office \ L'argent de la ville ne fut pas

1 A ce sujet M. de Marnac écrivit aux échevins la lettre suivante : « Messieurs, » j'ai parle rie vostre a flaire et y ay quelqif espérance , mais je suis d'advis que une » douzaine de poinçons de vin clairet du meilleur que pourrez envoyer en la maison » de M. le Légat à haillon qui couteroit moins que néant, vous pourront beaucoup » servir, pourquoi vous en ai bien voulu advertir, priant Nostre Seigneur, Messieurs, » vous donner ce que desirez. A Paris, le quinzième novembre 1501, Vostre servi- » leur, frère et ami, Jehan Marnac. — A Messieurs les douze échevins. * On ordonna immédiatement de quérir, arhepler et envoyer ledit vin et on dépêcha à Paris M»* Pierre Ledoys pour entretenir du remboursement désiré MM. Hurault, général des finances, de Dampierrc et autres grands de la Cour. (Séance du 19 novembre 1501.)

- lieg. des Echevins; Séance du 3 mars 1505. — Chaque échevin reçut pour la circonstance un bonnet noir du prix de 20 sous.

3 lb.; Séances des 18 mars et 26 mai 1505. — M. Bcrziau, qui était notaire et seeré taire du Roi , permuta avec M. d'Oureillc , en vertu de lettres-patentes du 20 janvier 1505. (Compte de Guillaume Lemoine, 1504-1505; Recueil de Laisné , vol. 5, p. 231 .) — La ville ne négligeait pas les occasions d'être agréable au bailli :

toujours aussi joyeusement dépensé. En 1504 et 1505, des ouragans endommagèrent les murailles dont un pan tout entier tomba près de la tour Courtepinte ; les réparations nécessitées par ces désastres coûtèrent la somme considérable de 3,500 livres tournois \

La peste et la misère du temps n'empêchèrent cependant pas les échevins de s'occuper activement , pendant les années 1 503, 1 504 et 1 505, de plusieurs affaires d'intérêt public. Les travaux de pavage furent entrepris sur une grande échelle * ; on fit une vérification et une rectification des mesures de capacité usitées pour la vente des liquides et des grains8; un règlement sur la police des marchés protégea les consommateurs contre la concurrence des revendeurs * ; enfin on essaya de rendre la fabrication des draps accessible à tous les ouvriers, en modifiant les exigences de la maîtrise 9.

le 8 avril 1506 elle lui offrit un brochet, une lamproie, une grande carpe, quatre plies . deux darnes de saumon , deux raies , deux sèches , deux aloses , 500 de moules, des épinards et des pointes d'orange. Le tout avait coûté 7 livres 12 sous 11 deniers.

1 Reg. des Echevins; Séances des 27 mars et 6 avril 1505.

* Le service du pavage paraît s'être fait avec régularité depuis cette époque ; il était supporté en partie par les habitants , en partie par la ville , et dirigé par le maître des paveurs. Le cent de pavés coûtait 16 sous tournois en 1503. (Voir : Prix du pain et des marchandises aux XVI* et XVIIe siècles. Appendice n° S, fin de ce volume.) En 1505 on afferma à Mathry Rougemont le sablon des voieries et rivière, à la charge d'en entretenir la ville pour son pavage. (Reg. des Echevins; Séances des 17 et 31 octobre 1503, 19 avril, 13 juin, 1er septembre, 3 octobre 1501, 18 septembre, 8 et 19 novembre, 16 décembre 1505.)

3 Au mois d'octobre 1503, on donna 40 livres tournois au lieutenant-général Jean Marnac , pour avoir exercé la justice et juridiction de l'appetissement de la dixième partie des mesures du vin et autres breuvages. (Ib.; Séance du 24 octobre.) Au mois de juillet 1505, le mesureur du blé fut ajourné à la chambre de ville, avec ses minois , pour être iceux vérifiés et brisés , dans le cas où ils ne seraient pas trouvés conformes à l'étalon de la tour du Roy. (Ib.; Séance du 19 juillet.)

* Dans la séance du 3 octobre 1504, on fit défense aux marchands revendeurs d'aller hors des portes de la ville au-devant des marchands , laboureurs et autres , conduisant au marché des bois de merrain , cercles , blés , avoines , chairs et autres denrées , et d'acheter ou foire acheter, savoir : lès merrains , de quatre heures aprèsmidi au lendemain à onze heures du matin , et les grains et viandes , de neuf à dix heures du matin.

1 Voir vol. 1", p. 385.

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