‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 19 sur 118 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

quer la motte île la Framboisière , et s'emparer, si faire se pouvait, île la personne du sieur Marin Pousteau, dit le Héru, «avec ses alliés et complices, tenant fort audit lieu contre le Roi \ Des haines profondes furent la conséquence de cet état de choses ; elles se manifestèrent , aux mois de mai et juin 1554, par le meurtre du bourgeois Jean Lcfacheu et par les excès de gens de guerre inconnus qui venaient rôder jusque dans les faubourgs , malgré le séjour à Chartres de la compagnie de M. le Dauphin *. On proGta d'un pèlerinage sans apparat que le Roi fit à Notre-Dame au mois de novembre \ pour le prier de remédier au mal , et on obtint un édit qui adjoignit au lieutenant criminel du présidial un lieutenant de robe-courte et six archers. Les échevins accusaient hautement le lieutenant du prévôt des maréchaux, son greffier et ses archers, de négligence et de mollesse dans l'accomplissement de leurs fonctions; on peut croire que ces plaintes n'étaient pas dénuées de fondement , si l'on considère qu'au mois de janvier 1555, la ville renfermait une troupe de bandits cour rant les rues nuit et jour, volant manteaux et battant les passants jusqu à la mort \ D'où venait cette espèce de connivence entre certains magistrats et les fauteurs du désordre? la suite des discussions religieuses le fit connaître. Toujours est-il que l'affluence des vagabonds, gens sans aveu, soldats mendiants, détermina la chambre à prendre une mesure devenue indis|K!nsablc et dont l'idée mère appartenait au chancelier Olivier : ce fut la création de la taxe ou , en d'autres termes, du bureau des pauvres.

Jusqu'alors le monopole de la charité était exercé presque exclusivement par l'Aumône Notre-Dame et les petits hôpitaux annexés h chaque église. Mais ces maisons, qui échap-

1 Hnj. des Krherhis.

- th.; St'anrvs tirs 17 jativiri*, 2i ni 29 mai *»! 12 juin.

1 lb.; Srnncr du ï) novriiilirr

• lb.; Srôirirc du X janvirr.

paient au contacte municipal, n'avaient que des ress 'ces

bornées el ne s'occupaient pas des pâmée mlitles, Cetle classe malheureuse et menaçante attira d'abord l'attention des échevins. Dans une assemblée générale dn clergé, ries gens du Roi , du corps de ville cl îles gagers des croisses , tenue à l'évèché le 11 mars 1556, il fut décidé 1° que les mendiants valides seraient contraints de se trouver, le lundi 1(>, à cinq heures du malin , avec ou sans outils, sous la porte Drmiaise . pour être conduits par MM. Lenoîr et Sorel, échevins, aux ouvroirs publics de la chaussée de Josaphat, du quai d'Oisème, du grand chemin de Paris el des chemins de Saint-Julien-du- Coudray et des Mathurins ; i" qu'il sérail payé , par journée , aux hommes 2 sous tournois et aux femmes 12 deniers: (que M. llavardin, receveur des deniers communs, débourserait 100 livres tournois, pour subvenir à ces dépenses ; 4° que des commissaires seraient nommés pour l'aire le n'ile de tous les pauvres valides et invalides de chaque paroisse, en ayant soin d'indiquer leur Age, leur profession, la nature de leurs maladies ou infirmités curables ou incurables ; S° que les pauvres valides surpris mendiant dans les rues, carrefours, églises ou maisons, seraient punis, savoir: les femmes du fouet , et les hommes des i/nlèrcs , pour y tirer pur force à In rame: (i° que l'on demanderait aux échevins de Tours , Vendôme , Orléans et Paris, communication de leurs règlements touchant la mendicité , pour les appliquer à Chartres , sous le bon plaisir du Roi '.

Cette première résolution , prise d'urgence et pour les be-

' Hcg. dr.s F.rltemtn: S^iifcs (tes 3 et 11 mars.

il.ins iflli' assnulil.'r, iii.'-ui.V par V lieutc -itêiiéril Chn^i''"- l1'" 1 1 <J i ■ ■ 1 1 :i 1 ■ 1 .

li^iirèréiil le- avnr;il< 1'| |c [iriH-iiri'iir iln l'n>i , M" Viiir r>nt de In Liiimie, jiiL.'e-niairjsIr.il criminel an bailliage: i'I siiV« jnvsidiitl, Nircrlc le Tluusse, pri'vrti, Jean de Itordeau* , Claude f.renrl el Klitimc lUqnin , conseiller; au piésidiat , le. iléléjiin's du Chnpilrr. des tmivwil.s et de. paraisses . M'"» Guillaume ilWutiermonl . archidiacre de films . e! -Iran de In Croix, chanoine de Nolrt-TiMme. échevins rcclé'ia-tiuiies, Claude Erleline, tîaoïillei Durera, Jeu Laooir. Jean lînhcri, Flun-nl llavinlin. Nindn-; Maii-

'■lerc . Nirnlas Mau/.aife , Claude le Maréchal <:! ,1-nti Sorel , rVlievins laie- , M' Jean Nicnle. avofiil de I» ville el M' Pierre La|inusliiire. |iriH'iireW 'le- kilulaiilv

soins du moment , ne dispensait pas de songer à l'avenir ; on y pourvut , dans une assemblée générale du 1 9 mars , par l'adoption d'un règlement de l'assistance publique qui peut se résumer ainsi : 1° secours aux pauvres invalides, soit par des distributions d'argent , de denrées et de médicaments à domicile , soit par leur admission , à temps ou à vie , dans les hôpitaux ; 2° secours aux pauvres valides, majeurs ou mineurs, en leur fournissant la nourriture , l'entretien et Y instruction, en échange de leur travail aux ateliers publics ou chez des maîtres; pouvoir de les louer pour trois ans et de les astreindre au travail , sous peine de la prison ; 3° administration du bureau des pauvres confiée à quatorze notables : trois d'église , deux de la justice ordinaire, un de l'élection, deux de Péchevinage, deux du barreau et quatre de la bourgeoisie l ; 4° création d'un receveur général des aumônes et, sous lui , de receveurs particuliers ayant charge de recueillir chaque semaine les offrandes ; 5° taxe annuelle sur les habitants, pour l'entretien de l'œuvre, sans préjudice des dons volontaires ; 6° défense de faire l'aumône dans les rues ou dans les maisons ; 7° assemblée du bureau, chaque dimanche, en la chambre de ville, et pouvoir aux administrateurs de faire exécuter leurs ordonnances par les sergents royaux. Ce règlement général fut approuvé par lettres-patentes du Roi, en date du 9 juillet 1556 , vérifiées et entérinées au Parlement le 21 août suivant, à la requête de M. le Coigneux , procureur de la ville \

1 Les délégués furent MM. Jean Forget, sous-doyen, Jean Me igné, chanoine de Notre-Dame , Guillaume Berthelot, prieur du Grand-Beaulieu , pour le clergé; de Hérouard, lieutenant -général, et Piguerre, procureur du Roi, pour la justice; Thierry Abraham , élu, pour l'élection; Florent Havardin et Claude le Maréchal, pour réchevinaçe ; Brebion, Pierre Lambert, Cardin Bachelier et Etienne Fournier, pour la bourgeoisie.

* Heg. des Echevins; Séances du 26 mars et du 31 juillet 1556. — Voir aussi la pièce intitulée : Règlement et police des pauvres de la ville de Chartres, A Chartres, par Symphorian Cottcreau, imprimeur ordinaire du Roy, de son Altesse royalle, et de la dite ville, rue des Changes, à la Fortune, M. DC. LI, et la réimpression par Nicolas Besnard, imprimeur à Chartres, rue des Trois- Maillets , au Soleil-d'Or, M. UiAï.. LV.

Comme il arrive de toutes les institutions nouvelles, le luireau des pauvres ne fui pas accepté sans opposition. Im travail forcé semblait dur aux mendiants valides , généralement enclins à la paresse et à la débauche, et leurs velléités de résistance présageaient des ennuis multipliés aux administrateurs. Les bourgeois, de leur côté, supportaient difficilement l'espèee de contrôle que l'on voulait exercer sur leurs aumônes ; soit habitude, soit défiance, ils ne tenaient que peu de compte des injonctions du règlement. L'Evoque lui-même fut au nombre des récalcitrants , et il fallut le menacer de la contrainte , pour l'obliger à verser son offrande à la bourse commune (mars et mai 1557) '.

Les succès obtenus pendant la campagne de 1554 sur les troupes de l'Empereur, succès dont le Roi informa les échevïns par lettres du 10 décembre, exemptèrent pour quelque teoap Chartres du logement des gens de guerre, l'armée ayant été distribuée dans les places frontières de Picardie ; mais ils n'empêchèrent pas les villes closes du bailliage de fournir, comme à l'ordinaire, leur quote-part de la solde de 50,000 hommes de pied '. Henri 11, engagé dans une guerre qui sévissait à la fnis en Flandre et en Italie, avait eu recours, depuis deux ans, à des expédients extraordinaires pour remplir les coffres de l'Etat. On remarqua, en particulier, l'édit de Fontainebleau du dernier février 1 554 , qui autorisait les particuliers à racheter au denier 20 les rentes, cens fonciers et droits seigneuriaux dus au Domaine sur les maisons, places vides , jardins et marais situés dans l'intérieur des bonnes villes. 11 est fait mention de celte disposition dans une délibération du corps municipal de l'année 1555; mais on ne voit pas comment elle put profiter aux Charlrains, le domaine de Chartres engagé à Madame Renée ne dépendant plus de la

1 liaj. îles f>/tfi'in> , Si';iih'w du :M> mais et ilu li niai.

' U' : décembre. — Celle pari sVlev;i |icnr Chartres à 5,256 livre- lounmi;

Couronne. Au mois de décembre 1555, le Roi vint faire ses dévotions à Notre-Dame , en compagnie du duc et de la duchesse de Guise, du Garde-des-sceaux et de la duchesse de Valentinois. On reçut le monarque avec les honneurs accoutumés, sans oublier le nettoyage des rues, et, pendant tout le temps du séjour des dames , dont l'une était la fille de la duchesse de Chartres et l'autre la mattresse du Roi , on leur offrit, chaque matin, deux quarts drhypocras et neuf dragées1. La tâche administrative entreprise par la chambre fut poursuivie tant que les craintes de guerre ou de garnison de gendarmes (ce qui se valait aux yeux de nos pères) ne firent pas naître d'autres préoccupations dans les esprits. Au mois de mars 1 556 , on sévit contre les portefaix qui tyrannisaient les pauvres gens * ; en septembre et en décembre , de nouvelles plaintes s'étant produites sur le peu de sûreté que présentait la ville pendant la nuit , on invita les lieutenants criminels de robe courte et longue à s'employer avec un redoublement de zèle à la répression des délits , et on fît défense aux habitants de porter des dagues et épées ou de sortir le soir sans lanternes s. Au mois de mars 1 557 , les cabaretiers et tavgrniers furent soumis à une organisation semblable à celle qui régissait leurs collègues de Paris ; en même temps, pour donner satisfaction aux ànies dévotes, on interdit, sous peine d'amende arbitraire , aux joueurs d'instruments , baladins et tabourins, de se livrer à leurs exercices devant les églises, durant le service divin \

1 lieg. des Eclievins; Séances des G et 10 décembre. — Livre de Guill. Bouvart.

9 lb.; Séance du 2i mars.

L'été de 155G fut exlrémement chaud. Dans la semaine qui précéda l'Assomption et au plus fort de la sécheresse , le feu dévora les villages de Oisèmc , de Chamblay , des Roches près Gallanlon et de Villiers— Saînt-Oricn près Uonneval. A la même époque , une épidémie de petite vérole se déclara dans la ville et les faubourgs , et il mourut 12 ou 1 ,300 enfants sous l'âge de 10 ans. (Journal de Jean Bouvart.)

:t Iley. des Erhevins; septembre et 15 décembre.

* lb.; Séances des 10 et 30 mars. — Le commencement de cette année fut trèspluvieux : dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 janvier, les eaux devinrent si

l.a reprise des hostilités en Picardie, dont ou s'était peu , inquiété à Chartres pendant les premiers mois de 1557 , se fil brusquement connaître au mois d'août par le combat de Saint- Laurent , fatal épisode du siège de Saint-Quentin. A cette nouvelle, les échevtns se hâtèrent d'armer les murailles qui B'étiient plus garnies que de quelques mauvaises hacquebutes; ils firent venir des maçons d'Orléans, n'y en ayant pas il'ussez habiles à Chartres, pour boucher une brèche ouverte dans la muraille entre la porte Saint-Jeau et la porte Chàtelet; ils achetèrent de la poudre, des boulets el autres munitions de guerre; puis ils attendirent de pied ferme l'éventualité d'une attaque (17, 18 et 31 août)'.

Elle faillit se présenter le 1" septembre. Trois enseignes, fortes de 900 hommes , se montrèrent aux portes , et demandèrent l'entrée de la ville pour s'y loger et y l'aire montre. La chambre se retrancha, comme d'habitude, derrière les privilèges recouses par le Roi , tout en offrant au capitaine de le défrayer en ville , ainsi que sa suite , et de lui donner 10 écus soleil, s'il consentait à passer outre. Comme les nouveaux venus faisaient mine d'insister, on leur déclara tout net qu'on ne les recevrait pas. Les habitants prirent les armes; on ferma les portes, ou braqua six pièces de canon sur lesinurs. et la compagnie d'arbalétriers occupa bravement la brèche \ Il parait que cette contenance iutimida les soldais étrangers et que leur chef se résigna à accepter les conditions des échevins, sans tenter la lutte.

Le dimanche 5 septembre , une grande procession, où se trouverait, avec le clergé, les officiers du présidial et les corps privilégiés, plus de 800 personnes portant chacune un

uraudts i|uVI1r>s |);is.m'>ivm par-ilirssirsles mur? de l.t lnitlaiiie Siiinl-Aniln'1 cl uni habitants tic h rue il-' la taniicri*' (iin'iil i tmlramls dYseakitlcr le- irnn-s tic l.i pur se suuïct. (Lim <le Boti «V Saiiit-Auilrr ■'. |). Kt7, r. Ar<li. tlqiarl !

1 tir-/. <i<< EekttUu.

cierge , promena les reliques dans les principales rues tendues de tapisseries et implora la grâce de Dieu en faveur des armes du Roi l. Il était trop tard ; Saint-Quentin avait été pris d'assaut le 27 août. En annonçant officiellement ce désastre par lettres qui arrivèrent à la chambre le 16 septembre , Henri II fit ressortir la générosité du clergé , qui lui avait offert un décime en sus des quatre précédemment octroyés, et le bon vouloir des bourgeois de Paris qui avaient mis à sa disposition 300,000 livres tournois pour la solde de 10,000 hommes de pied pendant trois mois ; Chartres ne pouvait refuser de s'associer à cet acte de patriotisme ; le monarque le pensa ainsi et il termina sa missive en priant les gens des T rois-Etats , sans distinction de privilégiés, de lui envoyer 10,000 livres tournois , pour l'aider à faire la levée de nouvelles troupes. Cette demande parut dure ; pourtant on décida qu'il y serait satisfait promptement \

La revanche éclatante prise à Calais par le duc de Guise au mois de janvier 1558 8 permit à notre cité, rassurée sur les dangers extérieurs , de traquer les ribleurs et coureurs de nuit. Pendant plus d'une année cette chasse occupa la compagnie d'arbalétriers à laquelle les gendarmes du Roi-Dauphin, qui vinrent tenir garnison au mois de février 1 559 , prêtèrent assistance \ Quelques mois plus tard , le 29 juin , au milieu d'un tournoi dont les principaux tenants étaient le duc de Guise et le prince Alphonse d'Est, gendre et fils de la duchesse de Chartres, le roi Henri H fut blessé à mort en rompant une

1 Hetj. des Echevins; Séance du 3 septembre. — Livre de Bois de Saint- André; Arch. départ.

* lb.; Séance du 16 septembre.

3 lb.; 21 décembre 1558. — La prise de Calais fut célébrée en vers et en orose

Sar tous les beaux esprits du temps; Me Etienne Prévost, officiai de Chartres, donna cette occasion une pièce intitulée : Petit Traicté touchant les comtez et villes de Calais et Guines. Chartres, S. Picquot, 1558, in-8°. (Bibl. impér., Lb Sl, 67.)

4 La compagnie du Roi-Dauphin fut reçue à Chartres en vertu d'une lettre de commission du duc de Guise, datée de Saiiit-Germain-cn-Laye le 7 décembre 1558. (lb.; Séance du 14 février 1559.)

lance avec le comte de Monlgomuierv. Il trépassa le Ht juillet, et le lendemain 1 1 , une procession générale parcourait les rues île Chartres pour demander au ciel son rétablissement '. Peu de temps après , mourut à Montargis , sans laisser aucun souvenir en Beauce , le duc Hercule d'Est , époux tle Madame Renée.

L'avènement de François 11 au trône , en donnant la puissance à la reine-mère Catherine de Médicis et aux Guise , oncles de la reine Marie Stuart , détermina cette rivalité terrible rrui fit entrer en lice, d'un côté, la maison de Lorraine et la religion catholique , de l'autre , la maison de Bourbon et la Réforme. Les hostilités à main armée commencèrent par la conspiration d'Amboise, dont le chef secret était le prince de Coudé et le chef apparent un gentilhomme inconnu appelé la Renaudie. Le 14 mars 1560, veille du jour où ce complot devait éclater , le Roi manda aux éehevins la découverte des machinations tramées contre lui , les invita à rendre grâce à Dieu du bénéfice des révélations faites à ce sujet , et leur prescrivit de publier en l'auditoire et par la ville à son de trompe, que l'impunité, en foy de Prince et parole de Hotj, serait accordée aux complices qui, dans la huitaine, viendraient se confesser franchement au bailli \ Nous ne savons si la publication détermina des aveux , mais il parait que la lettre de François II inspira des craintes , car on doubla les postes et on condamna la porte Saint-Jean. La déconfiture

' lltg. iltt Etlievius ; St'.uici' iln 10 juillet.

On s'occupa, en 1559. île lii rejiressiim des délits en minus par les faux -sauniers 1)111 fraudaient nuitmitell'iiiii-itl l;i i;ri belle cl . par contre coup, le ilruit de la ville sur le sel; ce droit, qui était île i livres 10 sous par umiil vendu, -•( de il! sous par inuul entré ou sorti, rapportait, bon an, mal au, de 18 à 1,900 livres.

Les deniers communs, jmlriinimiaux cl d'oelmi étaient soumis, an prolit il» domaine , à une perception d*uu sou pour livre ; ou versa , en 1 55U , pour ce droit liscal, une somme de (il livres 5 sous tournois enlre les mains de M, liermaiii Boursier, généra! et si]|ii'iïiileiiilaiit ,>n celle parlie pour les villes d'entre Seine et Yonne. 'l'ample de Ihxoul Ikifrrm , reeceeur rfes denin' tmiimuns ; octobre 1558 â oelidire 1559; Arcli, de la Mairie .}

' A Séance du M NU,

des rebelles, qui cependant fut prompte et complète, ne rassura pas entièrement la Cour sur les dispositions du pays Chartrain * ; dans les premiers jours de mai , elle envoya la compagnie du duc d'Orléans pour renforcer la milice bourgeoise*. Quinze enseignes de gens de pied français , dirigés sur la Normandie qui remuait , faillirent prendre gîte à Chartres le 1 2 juin ; on parvint, non sans peine, à les faire passer par Auneau, Gallardon et Nogent-le-Boi. La ville était, en effet, encombrée outre mesure , car , en sus des gendarmes d'Orléans , les équipages du Roi , venant de Châteaudun , occupaient toutes les hôtelleries , et les trois jeunes frères du monarque arrivaient en même temps pour faire montre de la garnison \ Diviser pour régner était la devise de Catherine de Médicis; momentanément alliée aux Guise , elle n'épargna aucun effort pour semer la discorde entre les membres de la famille de Bourbon , et elle y réussit en détachant les intérêts de la branche cadette de Bourbon-Montpensier de ceux de la branche aînée représentée par Antoine , roi de Navarre , premier prince du sang, et par son frère l'énergique prince de Condé. Des lettrespatentes datées de Fontainebleau le 20 août 1560, firent connaître aux échevins de Chartres que dorénavant le gouvernement de Touraine, Orléanais, Dunois, Chartrain, etc., serait divisé en deux ; que Louis, duc de Bourbon-Montpensier, aurait la charge de l'Anjou, du Maine, de la Touraine, des comtés de Laval et de Blois , du Vendômois et du Perche , et que son frère, Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon , administrerait le Berri , l'Orléanais , le Chartrain , et les pays de Gien , Montargis et Etampes \ Notre ville attira, tout d'abord,

1 Hcg. des Echevins; Séance du 1er avril * lb.; Séance du 8 mai.

s lb.; Séances des 12 et 13 juin. — Le Koi était à Châteaudun le 10 juin et il en partit le lendemain pour se rendre à Pnntgouin, chez TEvéque. (lettre du cardinal de Lorraine au duc de Ncvers. Mém. du duc de Guise; coll. Michaud, vol. 0, p. 462.)

4 Le Roi donna, en même temps, à la ville des lettres-patentes portant confirmation de privilèges. (Pancarte municipale; Arch. de la Mairie.)

l'attention ilu nouveau gouverneur, parce que certains paniers saisis sur un agent du prince de Coudé, avaient gravement compromis le Vidame de Chartres, et que les Guise, redoutant quelques entreprises de ce côté, s'étaient hâtés de faire surveiller le pays Chartrain parles compagnies des gardes sous les ordres de MM. de Brezé et de Saviguy (octobre) '. Par lettres du 15 novembre, M. de la Roche-sur-Yon prescrivit aux échevins de refuser l'entrée à tout homme d'armes ou archer se présentant mm étiquette de fourrier et sans snye de livrée de sa compaiijnie , môme à ceux ordinaires de lu mite de la Cour, sauf à lui eu référer, en personne, ou à M. de Cypierre , lieutenant-général de l'Orléanais \ Cet ordre fut bien reçu ; la religion comptait à Chartres un assez grand nombre de partisans dans la robe , et l'assemblée municipale . c'est-à-dire la classe moyenne, instinctivement hostile aux magistrats qu'elle regardait comme ses oppresseurs , n'était pas fâchée de seconder, sous ce point de vue, les intentions de la Couronne.

L'échevinage saisit avec empressement l'occasion qui se présenta quelques jours après de manifester plus clairement encore ses antipathies et ses désirs. Le Prince-gouverneur avait invité les oiliciers de Chartres , par lettres du 1 8 novembre , » l'informer de l'état des affaires religieuses et politiques du pays: la Chambre rédigea sur-le-champ et lit porter à Orléans une réponse dont voici la substance : « Jusqu'à présent il n'y a eu aucun trouble sérieux au sujet de la religion , car depuis trois ans tout s'est borné à quelques insolences commises dans l'église de Notre-Dame par des gens de guerre de passage, a quelques vitres cassées dans la maison d'un ricaire el il quelques alouettes mangées un vendredi au village

■ Li'llr-'.- ihi Km. il.il.V. de S;nnl-

de Chamblay par certains mauvais compagnons \ Mais, dernièrement , à l'assemblée des Etats particuliers du bailliage, plusieurs députés ont fait des propositions grandement contraires à la foi catholique , ce qui a donné lieu à des informations. La justice est mal administrée quant au criminel et à la police qui appartiennent exclusivement au prévôt et par supériorité au bailli. Certes, si la chambre de ville avait une juridiction quelconque sur ce point , les choses n'en iraient que mieux ; mais que peuvent faire douze échevins, sans Maire, qui n'ont pas même le pouvoir de faire exécuter leurs ordonnances sur les affaires communes sans l'aveu des gens de robe ? On ne peut donc dire s'il s'est trouvé à Chartres des défaillants à recevoir le corps de Notre-Seigneur à la fête de Pâques ; s'il plaisait au Roi et à M" de la Roche-sur-Yon de donner à la Chambre le pouvoir inquisitorial nécessaire pour s'en assurer, elle en ferait amplement son devoir avec l'aide des habitants. On peut assurer qu'il se commet par la ville nombre de larcins, meurtres et autres crimes, sans qu'il en soit fait la moindre poursuite , ce qui , d'ailleurs , n'est pas surprenant, puisque Chartres n'a pas de guet ordinaire de nuit ; on sait aussi que des batteurs de pavé parcourent la banlieue , en chantant les chansons de Marot, ce qui serait facile à rabattre si Messieurs de la Justice le voulaient bien. . . • » Ainsi, voilà ces échevins , naguèrcs si dociles aux volontés du lieutenant-général , qui en sont arrivés à demander un Maire ; ils iront bientôt plus loin.

Le bailliage de Chartres avait député aux États généraux assemblés à Orléans le théologal Louis Charpentier, Jean

1 On ajouta qu'il avait été trouvé en l'église Notre-Dame un livre sur lequel était écrit : Confession de ceux qui sont faussement appelés huguenots.

* Ces réponses furent portées au prince de la Roche-sur-Yon par le sieur de Gauvillc , auquel on donna deux chevaux et un bel équipage , pour qu'il pût faire bonne figure dans sa mission.

On chargea , en même temps , ce député de présenter les hommages de la ville à Mme Renée, qui se trouvait alors à Orléans. (Reg. des Echevins.)

Couldrier, procureur du Roi , cl le bourgeois Ignace Olive '. Iaï document dont l'analyse précède peut l'aire juger de la nature des doléances contenues dans le cahier confié aux députés charlrains. Mais les Guise n'eurent pas le loisir de tirer parti des plaintes formulées par leurs amis les catholiques contre les huguenots ; François II mourut le 5 décembre 1560, et cet événement inattendu, eu sauvant la- vie au prince de Condé, remit en faveur le roi de Navarre et le vieux connétable de Montmorency. Les Etats généraux , clos le 31 janvier 1561, furent suivis de l'ordounance réformatrice d'Orléans , œuvre du chancelier de l'Hôpital.

La Cour ne s'était pas souciée de soulever devant l'assemhlée des députés du royaume la grave question des subsides ; elle avait jugé plus utile à ses intérêts d'engager en temps opportun les Etats provinciaux à voter quelque petit secours au jeune Charles IX qui entrait au pouvoir avec 43 millions de dettes. Les échevins do Chartres, invités par lettres du 16 février 1561 à donner leur avis au Roi sur les moyens de combler ce déficit, ne reculèrent pas devant la proposition suivante : « Il faut que le Roi prenne le tiers du revenu de tous les bénéfices produisant de 300 livres à 4,000 livres, moitié du revenu de tous ceux qui donnent aux titulaires non résidents plus de 4,000 livres, moitié du revenu des quatre prévôtés du Chapitre de Noire-Dame, la totalité du revenu des bénéfices en déport et de ceux où l'on ne célèbre pas l'office divin; il faut imposer les draps de soie et se garder de charger le vin , le sel et autres denrées nécessaires au pauvre peuple *. » Proposer en 1561 de mettre la main sur les bénéfices ecclésiastiques, c'était, comme le fait remarquer un écrivain , devancer son temps de deux siècles et deviner 1 789 *.

1 Archives ili' l'Empire, section historique , KK, fi33. * lieg. des f'.thfi'ins ; Séjuep ilu \ mars.

J Monneiaruf swtal dcCkartm nu XVt'tirtlt, par M Pliitorèti- C.hasles; firn*r rfe* lhui-M<m<h*. 15 mai 184».

Ce n'est pas à dire cependant que l'échevinage se départit de ses convictions catholiques romaines. Dans les premiers jours d'avril , plusieurs malfaiteurs de la foi furent remis à la justice et interrogés par Mc de Bordeaux, conseiller au présidial ; puis on dénonça à l'officialité diocésaine les paroissiens qui manquèrent à faire leurs Pâques l. Ces sévérités étaient justifiées par l'agitation que les huguenots entretenaient dans les campagnes et dans la ville môme. Le 27 avril, un prêche clandestin découvert par les voisins occasionna un grand tumulte * ; le 29 , cinq notables de la paroisse Saint-Martinle-Viandier dénoncèrent à la chambre des conventicules hérétiques tenus dans plusieurs maisons du quartier; ils se plaignaient que, loin de les empêcher, l'autorité eût constitué prisonniers ceux qui voulaient s'y opposer 3. Les choses en arrivèrent au point que, dans le mois de juillet, les mécontents du dehors vinrent tirer des pistolades jusque sous les murailles. Les échevins répondirent à ces bravades en procédant à des arrestations et en pressant les grands-vicaires et le promoteur de faire et parfaire le procès aux suspects d'hérésie \

L'avortement du colloque de Poissy n'avait fait qu'envenimer la querelle religieuse. Le 1 7 octobre, on fit courir le bruit que trois ou quatre mille huguenots des environs se dirigeaient sur Chartres dans l'intention de s'emparer de vive force de l'une des églises; aussitôt les portes furent fermées, on fit des visites domiciliaires , et les portiers veillèrent aux guichets sur les étrangers porteurs de pisioles et hacquebutes 5. Ce n'était qu'une fausse alerte , mais elle précéda un danger véritable. Le dimanche 7 décembre, au matin, un grand nombre de gentilshommes armés entrèrent dans la ville et assistèrent

1 Reg. des Echevins; Séance du 25 avril.

5 Ib.; Séance du 28 avril.

* Ib.; Séance du 29 avril.

4 Ib.; Séance du 8 juillet.

* Ib.; Séance du 17 octobre.

publiquement au prêche dans la maison de II. Jean de Ilérouard , (ils du lieutenant-général. L'indignation des habitants dut se taire devant le nombre et la qualité des coupables; on n'osa pas les attaquer et on se borna à faire une instruction sommaire et à en informer laCoor'. Cette pusillanimité1 déplut à M. de Montrond , lieutenant-général de la province, qui vint à Chartres le lu décembre et fit savoir le 19 que si Messieurs de la Chambre ne répondaient pas du repos public . il leur expédierait vingt gentilshommes pour y pourvoir. Les échevins ne demandaient pas mieux que de sévir contre les turbulents: mais, comme ils ne se souciaient pas d'avoir sur les bras la compagnie de M. de Montrond , ils répondirent que la tranquillité serait suffisamment assurée par la création d'une garde civique de vingt ou vingt-cinq personnes dans chaque quartier *; en attendant l'autorisation nécessaire pour cette levée, les magistrats municipaux firent comparaître devant eux le chanoine Jean Charpentier et le jacobin Pierre I.£gay et les prièrent d'expliquer dorénavant la parole de Dieu sans se répandre en invectives ou injures pouvant causer émotion {±2 décembre). 1-a requête de la Chambre ayant reçu l'approbation du Roi , par lettres datées de Saint-Germain le 1" janvier 1562, on se hâta de faire choix de cent cinquante hommes d'élite pour le service du guet. 11 n'était que temps, car on apprit le 7 février que quatre ou cinq cents gentilshommes en armes marchaient sur la ville, dans l'intention d'y établir un prêche. Les mesures de sûreté furent immédiatement prises, et lorsque les ennemis se présentèrent, ils trouvèrent les

1 Iteg. des Echei-ms; Séances des 7 et !) décembre. — 30 décembre, nrdon-

natire ilf paiement de la yimme ik •-■■■■{ livres (uiiniui'i, diimice à Si ri t'miart et

Jean Colas, serments royaux, Lant pour salaire que [mur ).i grosse de l'information

£ar eus faite, à la requête du procureur du Uni , tuirliaiit rassemblée , sédition et motion, advenues en (a ville, où ils ont interrogé seize [éuieins. il'.nmple île Mirhrl de llaigruaux , receveur des deniers communs, octobre I.M11 à orkdire 1562; Areh. de la Mairie.)

* Iteg. de» Echevins; Séances des If) et 22 décembre. — Vin présente" a M. de Montrond le 16 décembre. /Compte de Michel de Baîfjneaux.)

portes closes et les murailles occupées par les nouveaux gardiens et la compagnie d'arbalétriers \

La défection du roi de Navarre au profit des Guise ne fit qu'ajouter à la méfiance des écbevins (fin de février). Charles IX ayant défendu, par lettres du 1 1 avril 1 562, de recevoir en ville aucunes forces sans exprès mandement de luy ou de son oncle le roy de Navarre , son lieutenant-général et représentant dans le royaume, on crut à une prochaine attaque et on rendit le guet obligatoire à tous les habitants , y compris les magistrats. Le prévôt et les conseillers au présidial excipèrent en vain de leurs fonctions ; ils obtinrent seulement la permission d'envoyer au guet , à leur place , des hommes valides et bien armés \ Quant à Messieurs du Chapitre , ils avaient offert , dès le 7 avril , leurs personnes et leurs biens pour le soutien de la religion \ Il y avait lieu , en effet, de se tenir sur ses gardes : un jour on trouva entre les mains de quelques individus suspects des lettres contraires au Roi , à la Reine sa mère , et à la religion , et on s'empressa d'emprisonner les porteurs dans la Tour, au pain et à l'eau ; le lendemain , le bruit courant que des amas de gens de guerre se formaient à Saint-Piat, Jouy et Gorget, il fallut expédier des forces sur ces points , pour déconvoyer les rebelles , si faire se pouvait \ Le 18 avril, on saisit des papiers compromettants sur le messager d'Etampes ; un complot devait éclater dans la nuit. Grande fut la frayeur ; on consigna les suspects chez eux, on doubla le guet, et les habitants reçurent l'ordre de se

1 Reg. des Echevins et Compte de Michel de Baigneaux.

La ville paya , le 15 mars , la somme de 300 livres tournois à Me Simon Boullène, receveur général des finances d'entre Seine et Yonne, pour sa quote-part dans l'impôt exigé pour les fortifications de Calais, Metz et autres places frontières. Pareille somme fut donnée le 15 juin. (Ib.)

* Reg. des Echevins; avril. — H y eut, le 6 avril , une montre générale des bourgeois. (Compte de Michel de Baigneaux.)

31 Reg. des Echeifins. — Le 14 avril, M. Brissonnet, chanoine, offrit quatre pièces d'artillerie qu'il avait dans sa maison de Levéville.

* lb. et Compte de Michel de Baigneaux.

tenir prêts à marcher au premier signal et de mettre un poinçon d'eau à leurs portes pour déjouer toute tentative d'incendie1. Personne ne bougea, fort heureusement, car Chartres n'eût pas su résister.

Cette dernière panique démontrant à la chambre son insuffisance pour garder la cité d'une surprise , la détermina à demander au Roi un capitaine expérimenté (21 avril). Loin de se faire prier, la Cour accorda plus que l'on ne désirait ; à la fin d'avril, elle fit partir pour Chartres M. de Fontaine-la- Guyon % avec les cent chevau-légers de sa compagnie ; mais les nouveaux venus se conduisirent si mal que des plaintes furent faites contre eux dès le 4 mai. C'était un embarras de plus dans une circonstance déjà si embarrassante par ellemême ; le ban et l'arrière-ban du bailliage avaient été convoqués à Chartres par ordre du Roi , pour le 7 mai ; or on craignait tout des gentilshommes campagnards ; il fallait donc se garantir à la fois des vexations de la garnison et des projets hostiles supposés à la noblesse. Les écbevins parvinrent à franchir a* mauvais pas à l'aide du concours dévoué de tout le peuple; chaque porte reçut un corps-de-garde de cent hommes de milice bourgeoise, une compagnie de cent bourgeois occupa la Tour, et les gentilshommes du ban et de l'arrièreban ne furent admis en ville qu'après avoir déposé à l'entrée leurs bâtons à feu ; ils conservèrent seulement leurs dagues et leurs épées *. Vers la mi-mai , les compagnies d'ordonnances de Vaudemont et d'Eguilly vinrent renforcer la garnison et furent suivies de près par M. d'Eguilly ', nommé gouverneur

1 Heg. de* Echevint; avril.

' Adrien de Gallol, seigneur de Fiinl;iiinvl;i-Giivfin >t il.- Murvillc-les-Bois, gentilhnmmi- ordinairv A<- h ■ li.nnl.i-' 'In Uni 1! riait (ils ri'Ad™n de Gallot et de Jeanne de Terne. (Aveu fait au Roi; Recueil de Lainte. vol. 5. p. 285.}

3 Reg. ttrx Ethtvint; i mai.

* Pierre le Vavasseur. chevalier, seigneur d'Ejrnill)' Son mariage avec Françoise de Billv l'avait rendu Rtgneur en partie de la baronnie de Courville. (Hommage à M"" Renée. 1557; Recueil Uime. vol. 5, p. 547.)

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