‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 26 sur 118 · DE CE MONARQUE · texte numérisé non relu

DE CE MONARQUE

M. de La Bourdaisière , revenu à Chartres avec deux compagnies de chevau-lègers et une compagnie d'arquebusiers à cheval, au premier bruit de la marche des ennemis *, s'était empressé de renforcer les corps-de-garde des portes. L'événement prouva qu'il avait eu raison, car sa prudence sauva la ville d'une surprise méditée contre elle par les sieurs de Maligny et de Favières. Cette circonstance décida les bourgeois à recevoir une garnison de la Ligue ; mais La Bourdaisière ne put obtenir que l'on brûlât les faubourgs.

Le dimanche 10 février, on fit entrer dans les murs les débris de la compagnie d'arquebusiers à cheval du sieur de La Croix-Cottereau , qui avait été battue et détroussée, le premier de €e mois , dans le village de Prunay-le-Gillon , par les sieurs de Sourdis et de Marolles , et qui bivouaquait depuis lors sur le revers du fossé des Bas-Bourgs \ Le lendemain

1 Le document le plus curieux sur le siège de 1591 est un manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal (catalogue 270, in-8°) , intitulé : Journal des choses plus mémorables advenues à Chartres et es environs , de l'année 1579 jusques en février 1592. Ce journal, écrit par un ecclésiastique grand ligueur, appartenait au siècle dernier, u après une note du premier feuillet, à M. Delaroche, notaire à Chartres; il passa de là dans la bibliothèque de M. Mutte, doyen de la cathédrale de Cambray, lequel en fit cadeau, en juin 1770, à M. Fevrct de Fontette, conseiller au parlement de Dijon.

Quelques historiens locaux manuscrits , copiés par Doyen et Chevard , ont connu cet ouvrage; mais ils ont omis d'en tirer bien des détails intéressants.

* Voir Palma-Cayet (vol. 12, p. 268) et Cheverny (vol. 10, d. 511). Le Journal des choses plus mémorables (p. 78), dit que les gens de La Croix-Cottcreau perdirent leurs chevaux et leurs bagages , estimés à cent mille écus , et que plusieurs de la dicte compagnie s'en revindrent à Chartres ung baston blant en main.

soir, le sieur de Gramont, échappé à graniT peine aux royalistes de Sourdis , parvint à se réfugier sous les canons de la place, avec ses gardes sous la charge du sieur de Longueville, deux compagnies de chevau -légers et quelques cuirassiers \ M. de La Pinellière , mestre-de-camp d'un régiment d'infanterie, réussit également à introduire quelques-unes de ses compagnies. Les forces de la défense se trouvant donc réunies, La Bourdaisière partagea les quartiers entre les capitaines : il se réserva la porte Saint-Michel , donna à MM. de Pescheray et de Longny la porte des Épars, à MM. de Rochambeau et de Réelainville , la porte Châtelet, à MM. de La Pinellière , de La Patrièrê de Beauce et de La Croix-Cottereau, la porte Drouaisc , à MM. de Gramont et d'Intigny , la porte Guillaume , et à MM. Le Grand , des Monts et de Vaux , la porte Morard ; puis, il régla le service entre les soldats et les bourgeois, dressa un inventaire complet des armes et munitions , installa l'artillerie et les ateliers d'artifices , et envoya prévenir le duc de Mayenne de la présence des ennemis devant Chartres *.

1 Gramont se rendait à Paris lires du duc de Mayenne, lorsqu'il rencontra vers Ltampcs les troupes royales qui le forcèrent à se replier sur Chartres au plus vile. Sa brusoue venue parut suspecte à quelques bourgeois oui disaient que ctstoit fourbe du Uni de Mavarre nui l'envoyait devant luy. (Journal cité, p. 79.) La suite prouva la fausseté de ce soupçon.

' Voici les noms des principaux chefs qui concoururent à la défense de Chartres : MM. de La Bourdaisièrc, gouverneur (de La Gagnerie, son lieutenant; de 1m biupe , capitaine d'une compagnie de sa suite; Pierre Chapellain , son trésorier; Antoine Papillon, son mnilre-d' hôtel); — de Gramont (de Longueville, capitaine de ses gardes; de Villiers, capitaine d'une compagnie de sa suite; Pierre de La Houe, son secrétaire) ; — de La Pinellière , mestre-dc-camp (de La Borde, son lieutenant; Jacques de Gremouville , son écuyer); — de Pescheray (de Longny, son lieutenant; de La Uretesche, son maitre-a hôtel); — Porcherie, de La Petite- Croix ou La Croix-la-Balâfrc , des Loges , Bretcleville , capitaines des compagnies du régiment de La Pinellière; — Bouthelière, Sauvage (de La, Vallée, son lieutenant), de La Carrière, de Jarrièrc, de Saint-Martin, de Lille, d'Arcissc, Ficvéc, Nicolas de Besnard sieur du Plessis, de Montaigne, gouverneur d'Etampes pour la Ligue, Louis dWIlonville sieur de 1/Ktang , d'ïntigny , de La Rivière , de Mézières , de Lamarre et de La Bouieardière , capitaines de compagnies détachées; — de La Groix- Gottereau et de La Brosse, capitaines de deux compagnies d'arquebusiers à cheval; — Thomas Dcscorchcs sieur des Monts et Joachim de La Ferrierc sieur de La Patrièrê de Beauce (de \a (irassetière , son lieutenant), capitaines de deux compa-

On eut bientôt lion du se repentir il avoir enserré l-Ls ïau- Iinurgs, car Sourdis s'empara, dans la nuit thi 1 1 M 12, de relui des Épais: on essaya alors d'incendier les autres, mais, malgré les efforts de la garnison, ils Eurent occupai, dans la nuit du 12 au 13, par l'infanterie de Sourdis, qui s'y logea fortement. Lesaaiégés firent, pendant ces premiers jours, de iinmlireuses sorlies dans lesquelles le sieur île Grnmont s*' distingua extrêmement'. Henri IV étant arrivé le 15, les

finies tle chevau -légers ; — de Vaux , de P.éelainville , de Rochambeau , Le Grand , lii'nlilsliiiinmcs volontaires.

Los trou pis régulières el olrcctif de 3,500 bouimes de ,

latinn, accrue d'un KrJi"! nombre de paysans réfutés, aux bruches.

Le service de l'artiMone lui emilié .nix maili-es-r rit.ins Jeun Aveline (terrante

de la tour Saint-Père); rrntiçius Martin {jw-te S-i.ot - Michel ) ; Girard Roulli-

neaii (tripot Uennieri; ih-nb lircluti . h,ur t'.nillard > ; Je;in l.i el , Mathuriu

Grivelier, Gabriel Grandi (parte de* Eptir* . l 'terre Mall.d , r'iiemic l.i 'i < fort

d'Hercule); Mathuriii l'iessis [Unir Couitrpinh' i; Juliau Texier | parte Chiitrlet ) ; Jean Texier, Mauiaii IH.uidrl, Jacques Milli-vtilr j/i.ur du Fer-à-Cheral i . Nicolas Repaull (cavalier de la Prècherie/, Jean Huiler! (porte llraiiaise ) ; Robert Ilruuellé, Gilles Vassor l parte Itubwt); Thomas Moussel, Charles M.iiiiiv i/mrtr CuillaiiiHt) ; Jean Bouliineau , lotirent Didier i imrle M/fard i . Antoine G rois (lotir de» lient* j.

M.Jean Chesneau , capitaine de la miupa-tiii' liourgetiisc du quartier Moranl. reçut la direction des ateliers de la tinte des ballos el do l'arlifieerie auxquels travaillèrent Jc'iu Charticr. Denis IViïon . Michel et Maxiimlit'ii l'uillel . maîtres ranon-

niers-fondenrs , Claude Cl.ap.ll.iiii , il!'.' f.nu'lusscur, Claude Guiet, LouisFrain,

Claude Leloup , Pierre Rony , l'Iiilippe Manille, Miebel Brégent . No.;} Cotlereau, maîtres poticrs-d'élain,

La veuve Pierre Denis, poudrière el snlnèlrièrc, faliriuua la plus grande partie dos poudres; le surplus fui fourni par Ifs sieurs Michel Bodeau , Claude Bnère , Lambert Léger. Jacques de Lépino el Towtttf Fnnrnicr.

La service des vivres et de la solde des travailleurs incomba à SI. Jean Rouleroue, echevin, cl, en sous ordre, H 1 nJMil Dena Handouin ; M. le prévûl de

Loudun, ingénieur, fut cliarp1 de la direction des fortifications.

(Etat des dépentet faites pendant le siège de 1591; Arch. de la Mairie.)

' Mardi 12 — Sortie par le bourgeois Robert Contcl, son fils et douze arquebusiers, qui incendient une maison voisine de la h in. In'.- du inarclu' aux Pourceaux. — Le premier défenseur de Cli.irtres tué par l'ennemi fut un nommé Le Pont, soldai do la suite de M de ISéclainvillo, qui reçut ce mardi un coup d'arquebuse au ravelin de la porte des Epars.

Mercredi 13. — Sortie par Gramonl el par Varenne, sergent de la ville, du cote de, Saint- Barthélémy. Ce jour-là ou brilla tant do poudre qu'on prétendit que le canonnier du cavalier de la Prfcherie en avait employé à lui seul cent livres par

Jeudi 14. — Sortie par Gramonl, du cillé de la Croix -Saint- Lui) in , où le maréchal -des- logis de ses gardes fut fait prisonnier . el par La Pinellièro , vers Saint- Maurice. (Journal des choiri plut mcmornWoj. p. fiO el S] .1

royalistes construisirent une barricade en face du ravelin de la porte Drouaise et ouvrirent une tranchée dans le marché aux Pourceaux , sous la protection d'une batterie masquée par des maisons en ruine et pointée contre le ravelin de la porte des Êpars ; ils choisirent de préférence ce dernier poste , parce que les murailles du ravelin , inachevées en plusieurs endroits ? donnaient prise à l'artillerie. Toutefois, avant d'entamer les hostilités, le monarque voulut tenter la voie amiable et il envoya , le 1 6 , un trompette et un héraut pour sommer les Chartrains de se rendre. Le maire Suireau et le gouverneur La Bourdaisière répondirent qu'ils résisteraient tant que le Roi n'abjurerait pas son hérésie \ Les royalistes poussèrent alors leurs travaux avec une grande activité , et bientôt une tranchée de six pieds de profondeur , de laquelle partaient plusieurs mines et qui était couverte par un gabion nage de poutres, solives et sacs de terre , menaça le ravelin de la porte des Épars; M. de Pescheray, auquel les mouvements de l'ennemi n'échappaient pas , fit pratiquer sous le ravelin un réduit casemate, pour servir de tète aux contremines. La barricade du faubourg Saint-Maurice n'était pas moins inquiétante pour la porto Drouaise. M. de La Bourdaisière fit amener dans le ravelin des pièces de très-gros calibre qui parvinrent à faire brèche dans cet ouvrage ; ses défenseurs l'abandonnèrent le dimanche 17 , et les Chartrains le détruisirent complètement pendant la nuit1. Malgré ce suc-

1 II paraît que Suireau enchérit sur La Bourdaisière , prec qu'on se défiait d'eux et que le quatrain suivant avait été affiché sur les murs de la ville :

Escouttez , Messieurs de Chartres , sy ne mettez bientost en Chartres La liourilaisière et Sureau ils vous mettront tous au tombeau.

(Journal, p. 82.)

* On feignit une sortie contre cette barricade, et les ennemis s'étant groupés derrière pour la défendre , on démasqua le canon et on tira des bordées dedans ce nit qui en dénicha bien des oy seaux.

Le soir de ce dimanche et toute la nuit , il neigea et plut abondamment. — Le guet donna Y alarme , on y alla et on crut reconnaître que Y ennemi pratiquait une mine; on se mit aussitôt à* contre-miner. (lb., p. 82, 83.)

ces , on ne put empêcher les assiégeants non-seulement d'épauler leurs travaux d'approche des Epars par de forts terrassements, mais encore d'ouvrir une autre tranchée dans le cimetière de l'Hôtel-Dieu , et de conduire d'autres mines dans la contre-escarpe du fossé , entre les portes Chàtelet et Saint-Jean. Afin de battre, s'il était possible , la barricade qui couvrait cette tranchée, on construisit précipitamment entre la tourelle du Fer-à-Cheval et la porte Chàtelet une plateforme que l'on arma de grosses pièces \

Le Roi , qui comptait un assez grand nombre de partisans dans la haute bourgeoisie, avait espéré prendre Chartres d'un coup de main ; il se voyait avec peine engagé dans un siège ; aussi, voulut-il, avant la canonnade, sommer de nouveau la ville, et il renvoya , le 21 , un trompette et un héraut à M. de La Bourdaisière ; mais ce fut inutilement2. Le dimanche soir, 24, le baron de Biron eut, sans plus de succès, un colloque

1 Lundi 18. — On tâcha d'abattre par un feu de mousqueterie bien dirigé les soldats ennemis que Ton voyait porter des terres derrière la contre-escarpe. Il fut dit que le cordier de la basse-cour de la porte Chàtelet en tua neuf pour sa part tant il tirait dextrement.

Ib. — M. Caillcau, curé de Saint-Aignan , fit une procession dans sa paroisse avec tout son clergé , mis pieds , malgré le froid et la neige.

Ib. — On s'aperçut que les ennemis voulaient détourner l'eau de la Courtille , mais il était trop tard car la ville avait déjà bon nombre de moulins à bras.

Ib. — On arrêta une jeune fille mendiante, de 12 à 14 ans, qui essayait de sortir de la ville; on trouva sur elle des lettres adressées au roi de Navarre qu'elle dit tenir du receveur du Domaine Bonhomme , des sieurs Adrien Aubert et Pigeard , et d'un pâtissier du Muret; elle accusa aussi un jeune prêtre appelé Etienne Goussu; mais on ne put rien prouver contre eux.

Ib. — On s'aperçut que l'ennemi se retranchait dans le cimetière de l'Hôtel-Dieu. Un chaussetier de la ville, nommé Mignon, capitaine de la porte Chàtelet, fit une sortie avec quinze hommes , tua une partie des pionniers ennemis , mit les autres en fuite et détruisit à coups de hache et de pioche les gabions préparés par eux.

Mardi 19. — Un homme de Lèves rapporta qu'il avait vu le lieutenant-général Chouaync avec le roi de Navarre et que ce dernier disait qu'il resterait plutôt deux ans devant Chartres que de ne pas le prendre.

Ib. — On fait fournir six sacs de toile par ménage, pour le cas de brèche. (Journal, p. 82, 88.)

* Ib., p. 88.

Samedi 2o. — Le greffier Lenoir fut blessé dans une sortie.

Ib. — On escarmoucha la nuit avec les ennemis au ravelin des Epars.

Dimanche 21. — Communion générale des habitués de Notre-Dame et grande procession. — Le canonnier de la porte Chàtelet f nommé Julian, reçut un coup de mousquet dont il mourut. (Ib., p. 88 et 89.)

avec Pescheray * ; le 26 , te Roi fit faire une troisième sommation ; puis, Biron et Sourd i s s'abouchèrent avec La Bourdaisière et Suireau sur la planchette de la porte Saint-Michel ; mais les habitants coupèrent court à toute explication \ Pendant ces tentatives de négociations , le gouverneur fit demander des secours aux garnisons ligueuses de Dourdan , Àuneau , Orléans et Dreux, et à MM. de Nemours, de Montpensier et de Guise8.

Le 27, jour du mercredi des Cendres, à six heures du matin , les troupes royales firent jouer contre la muraille , entre Sainte-Foy et la porte des Êpars , une batterie de sept pièces 4 établie dans la tranchée du marché aux Pourceaux.

1 Dimanche soir 24. — Apres une alarme très-chaude , le colloque suivant eut Heu entre Biron et Pescheray : Iiiron. Qui commande ici? — Pescheray. C'est Pescheray, Monsieur le Baron. — B. Puisque vous ne voulez recevoir votre roi il va vous battre de quatre côtés. — P. Je n'en crois rien , car il n'a pas assez de canons ni de poudre; en tous cas nous avons remparts et tranchées pour lui résister. — B. 11 n'y a personne dans la ville. — /'. Il y en a assez pour vous, quand il n'y aurait que moi , mes gens et les habitants. — II. Comment combattez- vous , car vous n'avez qu'un bras , ayant perdu la main droite ? — P. Je suis devenu bon gaucher; j'appuyerai la pique sur le bout de mon moignon. — B. M. de Mayenne est bien lourd et bien lent à vous secourir. — /'. Il a de bons chevaux pour le porter. — B. Oui , mais votre secours n'est pas proche. — /\ La ville n'a que faire de secours humains d'ici à plus de trois ans. — B. Vous pouvez avoir des blés, mais vous n'avez pas de farines. — /'. Il n'y a à nrésent maison en ville qui n'ait son moulin à bras. — B. ^)ui commande le grand éperon de la porte Saint-Michel? — P. M. de La Bourdaisière. — B. Et le petit cavalier de la porte Saint-Jean? — P. f,e sont d'bonnétcs hommes. — II. Oui commande la porte Drotiaise? — P. M. de (iranien!. — II. J'en suis bien aise, c'est mon cousin. Adieu, Monsieur, je suys rostre serviteur. --- /'. Adieu, Monsieur le Baron , je. suis vostre , sauf le party. ( Journal, p. Si) et 90.)

3 D'après le Journal, Suireau aurait été très- violent. Biron ayant dit : Nous qui reconnaissons le Boy, ne. sommes-nous pas catholicques comme vous? Le maire aurait répondu : Nous vous réputons tels que mus estes . aussy méchants que luy , trahistres à rostre relligion , puisque vous militez pour luy contre elle. Sy vous ne le suyviez pas . il vous suivrait; sy wus ne couriez pas après luy, il courrait après vous. Vous estes cause d'empescher que il ne se faict catholicque (p. 91).

On lit dans Lcslnile (vol. 12, p. 4i): Le lundi vingt cinquième dudit mois de fcbvrier, qui estoit le lundi gras , Paris estoit plain de processions commandées qui se fesoienl pour la délivrance de. Chartres que le lloy tenoit assiégée; et le mercredi des Cendres tous les prédicateurs de Paris la recommandèrent aux prières du peuple comme la mère nourisse de Paris.

* Etat des Dépenses faites pendant le siège et Compte de Michel Bachelier; Arch. de la Maine.

; Il y avait trois doubles canons qui jettoient la boulle. de ."# livres pesant et qui battoient en ruine le fort d'Hercule. (Journal , p. 93.)

Le feu cessa à midi et reprit à deux heures jusqu'au soir avec une incroyable fureur. Cette canonnade endommagea les tranchées et terrassements du fort d'Hercule , détruisit les gabions , abattit plusieurs maisons et jeta par terre le haut du clocher de Sainte-Foy1. Les assiégeants élevèrent, le 28, une épaule de gabions sur le chemin de Bailleau, pour balayer les remparts avec des batteries de coulevrines, et continuèrent à miner la contre-escarpe du fossé Saint-Jean*. Pendant la nuit, leurs efforts se portèrent du côté de la porte Guillaume qu'ils croyaient mal défendue, mais ils ne réussirent pas, et ils revinrent à leurs premières attaques \ Quoique les assiégés résistassent avec énergie, les ennemis parvinrent, en peu de jours, à étendre leurs galeries jusque sous les murs du ravelin des Êpars \ Le Roi pensa alors qu'il était temps de donner l'assaut.

1 Un boulet, dit le Journal, pénétra et fit un grand dégât dans une chambre de t'évéché où Henri III avait coutume d'assembler son conseil et dans laquelle on prétend que le massacre de Mois fut résolu. Un autre alla se loger entre les deux clochers de Notre-Dame et brisa une des grandes figures de la galerie au-dessus de la rose. (Journal, p. 93 et 91.)

M. de La Bourdaisière envoya en préseit à M. l'évéque deThou le premier boulet de l'ennemi.

Un soldat de la garnison fit preuve , pendant cette attaque , d'une audace extraordinaire. Les ennemis, après avoir tiré une volée, pendaient un manteau devant leurs pièces pour recharger à Taise. Ce soldat se glissa dans le fossé et alla s'emparer d'un de ces manteaux à la gueule du canon. Il dit en revenant, que s'il avait ou des clous et un marteau il aurait facilement pu enclouer quelques pièces. (Ib., p. 95.)

* Jeudi 28. — M. de Réclain ville , commandant au rempart de la porte Saint- Jean , fut blessé d'une pierre que la boule d'une artillerie lui fit voler contre la tète, dont il fust longtemps entre les mains des barbiers, mays enfin (grâces à Dieu) il en guarit. (lo.. p. 9(3.)

1b. — Deux ou trois cents enfants de la ville prièrent Gramont de les employer à défendre la brèche lorsqu'il en serait temps. (Ib., p. 98.)

Ib. — Les ennemis pendirent aux faubourgs deux hommes que Ton pensa être les messagers que la ville avait envoyés à Dreux et près de M. de Mayenne. (Ib., p. 98.)

5 Ib., p. 97.

4 Vendredi 1er mars. — Quelques volées contre le fort d'Hercule. — Le soir, neige abondante.

Samedi 2. — Canonnade contre le ravelin depuis midi jusqu'au soir. Au milieu du feu , un capitaine et un religieux Jacobin nommé fr. Louis Frant , protégés par l'escopettcrie des murailles , allèrent , avec quelques soldats , détruire une barricade que les ennemis avaient dressée assez près de l'escarpe du fossé.

Ib. — Une des grosses pièces neuves de la ville creva sur le ravelin Saint-Michel et blessa , entre autres personnes , M* Le Roy , procureur au bailliage.

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