‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 27 sur 118 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Le 5 mars au matin, pendant que les pièces d'artillerie tonnaient contre la porte dont elles abattirent tout le couronnement ', 35 enseignes de gens de pied vinrent se masser derrière la barricade , attendant le moment de l'assaut. Un officier de la garnison , qui faisait le guet dans le clocher neuf de la cathédrale , remarqua ce mouvement et en informa La Bourdaisière. Cet avis sauva les assiégés ; ils réunirent la plus grande partie de leurs forces sur le point menacé et reçurent l'ennemi avec une extrême vigueur lorsqu'il se présenta à l'escalade par la brèche du ravelin. Le combat , commencé à trois heures de l'après-midi , dura jusqu'à la nuit sans que les royalistes pussent se maintenir à l'assaut ; ils se retirèrent, non sans laisser bon nombre de morts dans le fossé \ Toutefois ? cette affaire fut fatale aux Chartrains; ils perdirent soixante des leurs , dont quarante soldats et vingt bourgeois , et le sieur de Pescheray, l'un des plus braves défenseurs de la ville, reçut un coup de mousquet dont il mourut peu de jours

Samedi 2. — Le soir, M. de Pescheray voulut débusquer les mineurs ennemis arrivas tout près du ravelin ; il y eut un combat meurtrier dans lequel on tira plus de 500 coups de canon. (Journal, p. 98, 1)1), 100.)

Dimanche de Quasimodo, 5 mars. — Nouvelle canonnade contre le ravelin. Uu coup tiré trop haut alla frapper la ebarpenterie du clocher neuf et cassa la cloche llencc.

Ib. — Le capitaine de La Carrière et le sieur Nicolas Hénault furent blesses; les nommés Hubert Monllouy et Doutte-à-bas furent tués.

Lundi l. — Dans la nuit du o au l, l'ennemi essaya de s'emparer de vive force du ravelin , mais il fut rejeté dans ses retranchements par Pescheray. (Ib., p. 101-lOi.)

1 Ku tombant , les pierres de la porte bouchèrent une partie de la brèche du ravelin , ce qui lit dire à (iramout que le roi de Navarre avait tin» 500 coups de canon pour se boucher une brèche et qu'il lui en faudrait plus de 1 ,500 pour la déboucher.

Un coup renversa, sans la briser, la statue de Notre-Dame qui était placée audessus de l'entrée. On imputa cet accident à mauvais présage, parce qu'en 1508 les boulets du prince de Coudé n'avaient jamais pu atteindre la statue de la vierge de la porte Drouaise. (Journal, p. 107.)

* Us perdirent entre autres, lis capitaines Sanson et Goliath. (Litre de Bois de Saint-André; Arch. départ.) A propos de ce dernier officier qui avait été tué par La Croix-Cottcreau , l'auteur du Journal s'écrie : hi fronde et les pierres qui tuèrent Golliath , poussées par la main de David , figuraient la croix de nostre seigneur J. 0. vt ses cinfj plages . et me semble ici que ceste ancienne figure de (lolliath et de David est derechef aromplie , quand celuy qui par argue.il et présomption se faisait nommer (lolliath est tué par ung gentilhomme vaillant et bon catholique qui awit nom le sieur de La Croix, (p. 110. 111.!

après \ On remarqua le bouillant courage du sieur de La Croix -Cottereau, ardent ligueur dont l'exemple animait les combattants, gens de guerre ou bourgeois. Les jours suivants furent employés à nettoyer le fossé et à réparer les dégâts des murailles V

Cet échec rendit les assiégeants plus circonspects. Ils se bornèrent à continuer leurs cheminements et leurs mines, en détournant l'attention des habitants par quelques décharges d'artillerie \ Une nouvelle sommation avait eu lieu le il, et le Roi , malade d'impatience , dans l'auberge de la Croix-de- Fer au Grand-Faubourg , avait juré de faire payer cher aux Chartrains la poudre qu'ils lui faisaient brûler *. Ces derniers , de leur côté, s'ingéniaient d'autant mieux à déjouer les plans

1 13 mars. — A François Bernier, maître menuisier, IV livres, pour la façon du cercueil où a été mis le corps de M. de Pescheray.

19 mars. — A Claude Ricker et Denis Mauduit, deux escus, pour la façon d'un cercueil de plomb où a été mis le corps de feu M. de Pescheray. (Etat des dépenses, etc.; Arch. de la Mairie.)

Ce capitaine fut inhumé à Saint-Martin-le-Viandier. (Journal, p. 115J

La mort de M. de Pescheray donna lieu à un petit poème intitulé: Tombeav de messire Loys de Vallée, chevallier et capitaine de ctnqvantes lances des ordonnances du Roy , sieur de Pescheré , qui de/fendant le sainct party catholique fut tué dans la vtile de Chartres, assiégée par les huguenots et maheustres. 1591. Par Nicolas de La Rue, gentilhomme Tourangois. Orléans, par Saturnin Hotot, imprimeur iuré de la dicte ville et université. 1593. (Bibl. imp.)

1 15 mars. — A Roboam Poullain, maçon, 10 écus, pour avoir abattu le pan de muraille qui est demeuré à la porte des Espars , après la batterie faite par F ennemi le 5 mars. (Etat des dépenses.)

8 Les vœux et prières pour Chartres ne cessaient pas à Paris. Le jeudi 7 mars, dit Lestoile , es toit le sermon de la Cananée, que tous les prédicateurs de Paris unanimement interprétèrent et fort alléaoriquement pour laaite ville de Paris ; et

?\ue sa fille estoit ùhartres , et le Diable qui la tourmentoit le Bearnois ; et qu'il aloit prier nostre Seingneur et l'importuner pour sa délivrance. (Tome 1er, Impartie, d. 44.)

Samedi ù. — Un homme, rémouleur de son métier, envoyé par la ville près de M. de Mayenne , annonça que les secours promis par ce Prince allaient bientôt arriver , et ajouta qu'en traversant Josaphat le matin , il avait oui ung certain Halligre demandant au chancelier Cheverny que d'entrée et au sac de la ville (car ils se la promettaient) , on lui donnast deux chanoynes nommés Mr$ les Héneaux, pour les esgorger et en faire à son plaisir. (Journal, p. 113.)

4 Lundi 11. — Un gentilhomme nommé le cadet de Réclainville fut tué, ainsi qu'un jeune prêtre de F Hôtel -Dieu nommé Malaisé.

Le même jour , le capitaine Lafontaine mourut des blessures qu'il avait reçues au ravelin. (Journal, p. 114.)

de l'ennemi l qu'ils s'attendaient à recevoir d'un instant à l'autre des secours que M. de La PinelUère était allé chercher à Dreux. Un jour, l'ingénieur de garde éventa la mine pratiquée sous la porte Saint- Jean ; un autre jour, le sieur de Gramont remarquant du haut du ravelin de la porte des Epars que les coups d'arquebuse n'effrayaient pas les sapeurs royalistes, fît jeter sur l'espèce de toiture dont ils se couvraient une grande quantité d'huile bouillante et de fleurs de soufre *; ceux qui furent atteints poussèrent de tels cris que tout le monde accourut et qu'il en résulta un combat dans lequel plusieurs personnes perdirent la vie \ Le 15 mars, on célébra avec la plus grande solennité l'anniversaire de la levée du siège de 1568, et le soir, Gramont, qui avait fait creuser une galerie sous la mine des Epars , y fit mettre le feu ; mais si son explosion détruisit les travaux de l'ennemi , elle renversa également tout un pan du ravelin dont les ruines comblèrent le fossé. Une attaque aurait pu alors inquiéter la ville ; les royalistes ne se crurent pas assez forts pour la tenter, quoique le Roi qui s'était fait porter à Josaphat , eût prescrit avant son départ de donner l'assaut à la première occasion. On se hâta de réparer les dégâts*.

1 Le Journal dit que les paysans réfugias fraient très-malheureux, qu'on les faisait travailler à l'excès et qu'on ne leur donnoit par jour que deux petits pains et fort peu de vin, sans aucun argent, (p. 11(5.)

* 29 mars. — A Jehan Aillet . marchand de verres, 3 livres 15 sons pour 15 bouteilles de verre baillées aux gens de guerre étant de garde sur le ravelin de la porte des Epars pour jeter fleurs de soufre sur les ennemis hors de leurs approches pour les empêcher d'avancer. (Etat des dépenses.)

8 La conduite des défenseurs de la porte des Epars mérita une marque publique de reconnaissance. On lit dans Y Etat des dépenses cité plus haut : 14 mars. — A Me Jacques Régnier, bourgeois, 14 écus, pour la vente d'un poinçon de vin présenté aux échevins, capitaines et chefs de gens de guerre combattant au ravelin de la porte des Epars.

Furent blessés , entre autres gens de marque , un jeune prêtre nommé Etienne Goussu, le fils de l'avocat Boileau et M. Auvray, secrétaire de M*r de Thou. M. de (îramont perdit plusieurs soldats de ses compagnies; il en était déjà mort quarantecinq depuis le commencement du siège. (Journal, p. 116.)

4 18 mars. — A Etienne Maillard, maitre paveur, 2 écus pour avoir pendant 5 jours travaillé par commandement du sieur de la Gagnerte aux mines de la

Cependant les gens de Dreux ne venaient pas ; ils avaient fait dire le 16 qu'ils ne pouvaient se mettre en route sans les compagnies promises par le duc de Mayenne \ Le 21, un marchand de Nogent-le-Roi nommé Girard de Radepont, grand ligueur et intermédiaire ordinaire entre les Chartrains et les villes ligueuses du voisinage, apporta des lettres des lieutenants de Mayenne à Dreux , remplies de belles promesses , mais muettes quant à l'époque de l'arrivée des secours \ Les capitaines reconnaissaient bien l'impossibilité de tenir sans un prochain ravitaillement; quelques-uns d'entre eux, La Bourdaisière et Gramont surtout , se seraient facilement décidés à remettre la ville aux mains du Roi, si les habitants n'eussent manifesté une si grande répulsion pour le Navarrais hérétique. Ils jugèrent que, dans l'état des choses, le mieux à faire était de gagner du temps, et ils ouvrirent, dans ce but, de nouvelles négociations. Déjà La Bourdaisière et Gramont, d'un côté,

porte des Espars , pour rompre les démolitions des murailles de la dite porte afin d'empêcher les entreprises de l'ennemi. (Etat des dépenses.)

51 mars. — A Roboam Poullain, maçon, 10 écus, pour avoir abattu avec ses yens les côtés de l'arche de la porte des Epars. (Ib.)

5 avril. — A Macé Drouautt , maître aes maçons . Jehan Drouault , François Gibon , Charles Hache , Baptiste Douteville et Loys Buisson , compagnons dudit état, 28 livres 11 sous, pour 9 journées par eux employées à faire une casemate près la porte des Espars , plus une muraille près la porte des Espars pour soutenir les terres de la dite terrasse et autres œuvres de leur état. (Ib.)

L'explosion de la mine coûta la vie au capitaine du Plessis , gentilhomme attaché au sieur de La Bourdaisière. (Journal, p. 118.)

1 Journal, p. 120. — On saisit ce jour-là des lettres adressées au Roi, sur un jeune garçon qui dit les tenir du sieur Bardon , sergent et fourrier de la ville. Malgré les preuves accumulées contre cet homme , les gros de la ville l'auraient relâché sans punition , si Gramont ne se fût porté partie contre lui et ne lui eût fait donner la question. (Ib., p. 121.)

* 29 mars. — A Girard de Radepont , marchand et bourgeois demeurant à Nogent-le-Roy et de présent en cesle ville de Chartres pour maintenir le parti de la sainte Union jurée en ceste ville, lîOescus, en considération d'un voyage par lui faict de la ville de Chartres dont il seroit sorti pendant ledit sièoe à travers l'armée des ennemis et seroit allé en la ville de Dreux vers Mrt de Contenant , de Vitray et de Faulcon , pour les semondre de s'acheminer en ceste ville pour le secours d'i celle , dont aussi il seroit retourné au travers la même armée et rapporté nouvelles tant desdits seigneurs que de leurs forces. (Etat des dépenses.)

Un autre émissaire de la Ligue arriva à la porte Saint-Michel peu d'heures après Radepont, le 21 mars; mais il ne put se faire ouvrir parce que les soldats de garde étaient à jouer au tripot Régnier, il fut surpris par les ennemis et fait prisonnier. (Journal , p. 124.)

de l'ennemi * qu'ils s'attendaient à recevoir d'un instant à l'autre des secours que M. de La Piuellière était allé chercher à Dreux. Un jour, l'ingénieur de garde éventa la mine pratiquée sous la porte Saint- Jean ; un autre jour, le sieur de Gramont remarquant du haut du ravelin de la porte des Epars que les coups d'arquebuse n'effrayaient pas les sapeurs royalistes , fit jeter sur l'espèce de toiture dont ils se couvraient une grande quantité d'huile bouillante et de fleurs de soufre *; ceux qui furent atteints poussèrent de tels cris que tout le monde accourut et qu'il en résulta un combat dans lequel plusieurs personnes perdirent la vie \ Le 15 mars, on célébra avec la plus grande solennité l'anniversaire de la levée du siège de 1568, et le soir, Gramont, qui avait fait creuser une galerie sous la mine des Epars , y fit mettre le feu ; mais si son explosion détruisit les travaux de l'ennemi , elle renversa également tout un pan du ravelin dont les ruines comblèrent le fossé. Une attaque aurait pu alors inquiéter la ville ; les royalistes ne se crurent pas assez forts pour la tenter , quoique le Roi qui s'était fait porter à Josaphat , eût prescrit avant son départ de donner l'assaut à la première occasion. On se hâta de réparer les dégâts \

1 Le Journal dit que les paysans réfugias étaient très-malheureux, qu'on les faisait travailler à l'excès et qu'on ne leur donnoit par jour que deux petits pains et fort peu de vin, sans aucun argent, (p. HG.)

* 20 mars. — A Jehan Aillet , marchand de verres, 3 livres 15 sous pour 15 bouteilles de verre baillées aux gens de guerre étant de garde sur le ravelin de la porte des Epars pour jeter fleurs de soufre sur les ennemis hors de leurs approches pour les empêcher d'avancer. (Etat des dépenses.)

3 La conduite des défenseurs de la porte des Epars mérita une marque publique de reconnaissance. On lit dans Y Etat des dépenses cité plus haut : 1Â mars. — A Me Jacques Régnier, bourgeois, 14 écus, pour la vente d'un poinçon de vin présenté aux èchevins, capitaines et chefs de gens de guerre combattant au ravelin de la porte des Epars.

Furent blessés , entre autres gens de marque , un jeune prêtre nommé Etienne Goussu, le fils de l'avocat Boilcau et M. Auvray, secrétaire de M*r de Thou. M. de Gramont perdit plusieurs soldats de ses compagnies; il en était déjà mort quarantecinq depuis le commencement du siège. (Journal, p. 116.)

4 18 mars. — A Etienne Maillard, maitre paveur, 2 écus pour avoir pendant 5 jours travaillé par commandement du sieur de la Gagnene aux ruines de la

Cependant les gens de Dreux ne venaient pas ; ils avaient fait dire le 16 qu'ils ne pouvaient se mettre en route sans les compagnies promises par le duc de Mayenne \ Le 21 , un marchand de Nogent-le-Roi nommé Girard de Radepont, grand ligueur et intermédiaire ordinaire entre les Chartrains et les villes ligueuses du voisinage, apporta des lettres des lieutenants de Mayenne à Dreux , remplies de belles promesses , mais muettes quant à l'époque de l'arrivée des secours \ Les capitaines reconnaissaient bien l'impossibilité de tenir sans un prochain ravitaillement; quelques-uns d'entre eux, La Bourdaisière et Gramont surtout , se seraient facilement décidés à remettre la ville aux mains du Roi , si les habitants n'eussent manifesté une si grande répulsion pour le Navarrais hérétique. Us jugèrent que, dans l'état des choses, le mieux à faire était de gagner du temps, et ils ouvrirent, dans ce but, de nouvelles négociations. Déjà La Bourdaisière et Gramont, d'un côté,

pnrte des Espars , pour rompre les démolitions des murailles de la dite porte afin d'empêcher les entreprises de ï ennemi. (Etat des dépenses.)

3i mars. — A Roboam Poullain, maçon, 10 écust pour avoir abattu avec ses gens les côtés de l'arche de la porte des Epars. (Ib.)

5 avril. — A Macè Drouautt , maître aes maçons , Jehan Drouault , François Gibon, Charles Hache, Baptiste Douteville et Loys Buisson, compagnons dudit état, 2# livres 11 sous, pour 9 journées par eux employées à faire une casemate près la porte des Espars , plus une muraille près la porte des Espars pour soutenir les terres de la dite terrasse et autres œuvres de leur état. (Ib.)

L'explosion de la mine coûta la vie au capitaine du Plessis , gentilhomme attaché au sieur de La Bourdaisière. (Journal, p. 118.)

1 Journal, p. 120. — On saisit ce jour-là des lettres adressées au Roi, sur un jeune garçon qui dit les tenir du sieur Bardon , sergent et fourrier de la ville. Malgré les preuves accumulées contre cet homme , les gros de la ville l'auraient relâché sans punition , si Gramont ne se fût porté partie contre lui et ne lui eût fait donner la question. (Ib., p. 121.)

* 29 mars. — A Girard de Radepont, marchand et bourgeois demeurant à Nogent-le-Roy et de présent en cesle ville de Chartres pour maintenir le parti de la sainte Union jurée en ceste ville, 120escus, en considération d'un voyage par lui faict de la ville de Chartres dont il seroit sorti pendant ledit sièae à travers l'armée des ennemis et seroit allé en la ville de Dreux vers Mrt de Contenant , de Vitray et de Faulcon , pour les semondre de s'acheminer en ceste ville pour le secours d'i celle , dont aussi il seroit retourné au travers la même armée et rapporté nouvelles tant desdils seigneurs que de leurs forces. (Etat des dépenses.)

Un autre émissaire de la Ligue arriva à la porte Saint-Michel peu d'heures après Radepont, le 21 mars; mais il ne put se faire ouvrir parce que les soldats de garde étaient à jouer au tripot Régnier, il fut surpris par les ennemis et fait prisonnier. (Journal, p. 124.)

de l'ennemi l qu'ils s'attendaient à recevoir d'un instant à l'autre des secours que M. de La Piuellière était allé chercher à Dreux. Un jour, l'ingénieur de garde éventa la mine pratiquée sous la porte Saint-Jean; un autre jour, le sieur de Gramont remarquant du haut du ravelin de la porte des Epars que les coups d'arquebuse n'effrayaient pas les sapeurs royalistes , fit jeter sur l'espèce de toiture dont ils se couvraient une grande quantité d'huile bouillante et de fleurs de soufre *; ceux qui furent atteints poussèrent de tels cris que tout le monde accourut et qu'il en résulta un combat dans lequel plusieurs personnes perdirent la vie \ Le 15 mars, on célébra avec la plus grande solennité l'anniversaire de la levée du siège de 1568, et le soir, Gramont, qui avait fait creuser une galerie sous la mine des Epars , y fit mettre le feu ; mais si son explosion détruisit les travaux de l'ennemi , elle renversa également tout un pan du ravelin dont les ruines comblèrent le fossé. Une attaque aurait pu alors inquiéter la ville ; les royalistes ne se crurent pas assez forts pour la tenter , quoique le Roi qui s'était fait porter à Josaphat , eût prescrit avant son départ de donner l'assaut à la première occasion. On se hâta de réparer les dégâts \

1 Le Journal dit que les paysans réfugies étaient très-malheureux , qu'on les faisait travailler à l'excès et qu'on ne leur donnoit par jour que deux petits pains et fort peu de vin, sans aucun argent, (p. 1 10.)

* 29 mars. — A Jehan Aillct , marchand de verres, 3 livres 15 sous pour 15 bouteilles de verre baillées aux gens de guerre étant de garde sur le ravelin de la porte des Epars pour jeter fleurs de soufre sur les ennemis hors de leurs approches pour les empêcher d'avancer. (Etat des dépenses.)

9 La conduite des défenseurs de la porte des Epars mérita une marque publique de reconnaissance. On lit dans Y Etat des dépenses cité plus haut : 11 mars. — A Me Jacques Hegnier, bourgeois, lé écus, pour la vente d'un poinçon de vin présenté aux échevins, capitaines et chefs de gens de guerre combattant au ravelin de la porte des Epars.

Furent blessés , entre autres gens de marque , un jeune prêtre nommé Etienne Goussu, le fils de l'avocat Boilcau et M. Àuvray, secrétaire de M*r de Thou. M. de Gramont perdit plusieurs soldats de ses compagnies; il en était déjà mort quarantecinq depuis le commencement du siège. (Journal, p. 11(3.)

4 1 8 mars. — A Etienne Maillard , maître paveur, 2 écus pour avoir pendant 5 jours travaillé par commandement du sieur de la Gagnent aux ruines de la

Cependant les gens de Dreux ne venaient pas ; ils avaient fait dire le 16 qu'ils ne pouvaient se mettre en route sans les compagnies promises par le duc de Mayenne \ Le 21 , un marchand de Nogent-le-Roi nommé Girard de Radepont, grand ligueur et intermédiaire ordinaire entre les Chartrains et les villes ligueuses du voisinage, apporta des lettres des lieutenants de Mayenne à Dreux , remplies de belles promesses , mais muettes quant à l'époque de l'arrivée des secours \ Les capitaines reconnaissaient bien l'impossibilité de tenir sans un prochain ravitaillement; quelques-uns d'entre eux, La Bourdaisière et Gramont surtout , se seraient facilement décidés à remettre la ville aux mains du Roi , si les habitants n'eussent manifesté une si grande répulsion pour le Navarrais hérétique. Ils jugèrent que, dans l'état des choses, le mieux à faire était de gagner du temps, et ils ouvrirent, dans ce but, de nouvelles négociations. Déjà La Bourdaisière et Gramont, d'un côté,

porte des Espars , pour rompre les démolitions des murailles de la dite porte afin d'empêcher les entreprises de l'ennemi. (Etat des dépenses.)

31 mars. — A Iioboam Poullain, maçon, 10 écus, pour avoir abattu avec ses yens les côtés de l'ardte de la porte des Epars. (Ib.)

5 avril. — A Macé Drouautt , maître aes maçons . Jehan Drouault , François Gibon, Charles Hache, Baptiste Douteville et Loys Buisson, compagnons dudit état, 2# livres 11 sous, pour 9 journées par eux employées à faire une casemate près la porte des Espars , plus une muraille près la porte des Espars pour soutenir les terres de la dite terrasse et autres œuvres de leur état, (la.)

L'explosion de la mine coûta la vie au capitaine du Plessis , gentilhomme attaché au sieur de La Bourdaisière. (Journal, p. il 8.)

1 Journal, p. 120. — On saisit ce jour-là des lettres adressées au Roi, sur un jeune garçon qui dit les tenir du sieur Bardon , sergent et fourrier de la ville. Malgré les preuves accumulées contre cet homme , les gros de la ville l'auraient relâché sans punition , si Gramont ne se fût porté partie contre lui et ne lui eût fait donner la question. (Ib., p. 121.)

* 29 mars. — A Girard de Radepont, marchand et bourgeois demeurant à Nogent-le-Roy et de présent en cesle ville de Chartres pour maintenir le parti de la sainte Union jurée en ceste ville, 1Î0 escus, en considération d'un voyage par lui faict de la ville de Chartres dont il servit sorti pendant ledit sièoe à travers l'armée des ennemis et seroit allé en la ville de Dreux vers Mr* de Contenant , de Vitray et de Faulcon , pour les semondre de s'acheminer en ceste ville pour le secours d'i celle , dont aussi il seroit retourné au travers la même armée et rapporté nouvelles tant desdits seigneurs que de leurs forces. (Etat des dépenses.)

Un autre émissaire de la Ligue arriva à la porte Saint-Michel peu d'heures après Radepont, le 21 mars; mais il ne put se faire ouvrir parce que les soldats de garde étaient à jouer au tripot Régnier, il fut surpris par les ennemis et fait prisonnier. (Journal, p. 124.)

de l'ennemi * qu'ils s'attendaient à recevoir d'un instant à l'autre des secours que M. de La Pinellière était allé chercher à Dreux. Un jour, l'ingénieur de garde éventa la mine pratiquée sous la porte Saint- Jean; un autre jour, le sieur de Gramont remarquant du haut du ravelin de la porte des Epars que les coups d'arquebuse n'effrayaient pas les sapeurs royalistes , fit jeter sur l'espèce de toiture dont ils se couvraient une grande quantité d'huile bouillante et de fleurs de soufre *; ceux qui furent atteints poussèrent de tels cris que tout le monde accourut et qu'il en résulta un combat dans lequel plusieurs personnes perdirent la vie \ Le 15 mars, on célébra avec la plus grande solennité l'anniversaire de la levée du siège de 1568, et le soir, Gramont, qui avait fait creuser une galerie sous la mine des Epars , y fit mettre le feu ; mais si son explosion détruisit les travaux de l'ennemi , elle renversa également tout un pan du ravelin dont les ruines comblèrent le fossé. Une attaque aurait pu alors inquiéter la ville ; les royalistes ne se crurent pas assez forts pour la tenter , quoique le Roi qui s'était fait porter à Josaphat , eût prescrit avant son départ de donner l'assaut à la première occasion. On se hâta de réparer les dégâts \

1 \ji Journal dit que les paysans réfugias étaient très-malheureux , qu'on les faisait travailler à l'excès et qu'on ne leur dontwit par jour que deux petits pain* et fort peu de vin, sans aucun argent, (p. HO.)

* 20 mars. — A Jehan Aillet, marchand de verres, 3 livres 15 sous pour 15 bouteilles de verre baillées aux gens de guerre étant de garde sur le ravelin de la porte des Epars pour jeter fleurs de soufre sur les ennemis hors de leurs approches pour les empêcher d'avancer. (Etat des dépenses.)

3 La conduite des défenseurs de la porte des Epars mérita une marque publique de reconnaissance. On lit dans Y Etat des dépenses cité plus haut : 14 mars. — A Me Jacques Régnier, bourgeois, 14 écus, pour la vente d'un poinçon de vin présenté aux ècherins, capitaines et chefs de gens de guerre combattant au ravelin de la porte des Epars.

Furent blessés , entre autres gens de marque, un jeune prêtre nommé Etienne Goussu, le fils de l'avocat Boileau et M. Auvray, secrétaire de Mb* de Thou. M. de Gramont perdit plusieurs soldats de ses compagnies ; il en était déjà mort quarantecinq depuis le commencement du siège. (Journal, p. 116.)

4 18 mars. — A Etienne Maillard, maitre paveur, 2 écus pour avoir pendant 5 jours travaillé par commandement du sieur de la Gagnerte aux ruines de la

Cependant les gens de Dreux ne venaient pu ; ils avaient l'ait dire le 16 qu'ils ne pouvaient se mettre en route sans les compagnies promises par le due de Mayenne '. Le 21, un marchand de Nogent-le-Roi nomme Girard de RadeponL, grand ligueur et intermédiaire ordinaire entre les Chartraius et les villes ligueuses du voisinage, apporta des lettres des lieutenants de Mayenne a Dreux, remplies de belles promesses, mais muettes quant à l'époque rie l'arrivée des secours '. I,es capitaines recon naissaient bien l'impossibilité de tenir sans un prochain ravitaillement ; quelques-uns d'entre eux, La Bourriaisière et Gramont surtout, se seraient facilement décidés à remettre la ville aux mains du Roi, si les habitants n'eussent manifesté une si grande répulsion pour le Navarrais hérétique. Ils jugèrent que, dans l'état des choses, le mieux à faire était de gagner du temps, et ils ouvrirent, dans ce but, de nouvelles négociations. Déjà 1-a Bourdaisiére et Gramont, ri'un côté,

porte des Espars, pour rompre les démolitions des murailles de In dite parle afin d'cmpètlier les entreprises de l'ennemi, {Etat des itépenUt.)

51 murs. — A Iloboam l'oullain, mnçou, iU ci-mi, puar avoir abattu avte ses gens le» côtés de l'arche de la porte des Epars. (10.)

S airil. — A Mticé Drouoult. maître des maçon* , Jehan llnoiaull Français Gibon. Chartes Hache , Uuptittt Uoiiteiille cl Ijnjs Unisson, compagnons dudit • tat , 28 titres I i sans , }umr II journées par t ui employé** à faire une. casemate prés la porte des Espar» . plus une muraille prés la porte des Espars pour soutenir tes terres de la dite terrasse et autres û livres de leur état, (Ilr.i

L'explosion de la mine cuùla la vie au capitaine du l'Iessis, yeritilhotnmc altailu' au biciir de La Bourdaisiére. (Journal , p. 1 1 8.)

1 Journal, p. 120. — On saisit ce jour-là des lettres adressées au Roi, sur un

Eue garçon qui dit tes tenir du sieur rlardvij . scr^eut i't (mimer de la ville. Malgré preuves accumulées contre cet huiiune, les gros de la ville l'auraient relie lié sans punition, si Gramont ne se fut porté partie «mire lui et ne lui eut fait donner la question. (7t.. p. 121.)

' 59 murs, — A Girard de Hadcpont. marchand et Ixmrgeois demeurant « Nogrnt-le-Hou et de présent en celle mite de Chartres pour maintenir le parti de la sainte (/ni™ jurée en teste ville, l'illtscus, en MMfMufiM d'an VDfafW jiar lai faict de In ville de Chartres dont il teroil sorti pendant ledit riigt a liarers l'armée des ennemis et serait allé en la ville de llreux vers M'1 de Contenant, de Vilray et de Fauteuil , pour la temondre de s'acheminer M tut* rtlt<pimr te. secours d'tcclie , d'ail aussi il serait retourné au travers ta même armée et rapporté nouvelles Unit desdits seit/ntars i/w de leun foires (Etat des dépenses.)

In autre émi-saii.' de l.i Litiic arriva à la porte Sainl-Mielic! peu d'heures après Radeponl, le 21 mars, mais il ne nul. se faire ouvrir parée que les scddnts de tarde étaient 1 jouer au tripot Régnier. Il fui surpris par les ennemis et fait prisonnier (Journal, p. 124,}

Livanliuet Biron, de l'autre, avaient eu, le 19, wnj minium près du couvent des Capucins de Saint-Lubio '. Le 26 , quatre seigneurs du parti du Roi, Lavardin, du Lude, Saiut-Pol et Biron, bien escortés, s'approchèrent de la porte Saint-Michel d'où sortirent Gramont, La Patriére de Beauce, La Pinellière et La Borde ; mais à peine avaient-ils ouvert la conférence qu'un coup de canon , parti par mégarde du camp royal , ricocha jusqu'à eux. Les gens de Chartres, se croyant trahis, ripostèrent [Kir une arquebusade qui tua quelques soldats de l'escorte royaliste ; cette méprise termina brusquement le> pourparlers. Le lendemain 27 , Grauiunl , accompagné de Longueville, de La Gagnerie et de deux autres gcniilsluiumies. alla entamer directement la négociation avec le Roi au couvent de Saint-Lubin et rapporta le soir une proposition que les ligueurs chartrains , encore en majorité dans le Conseil , repoussèrent par des protestations de mourir plutôt que de se

1 Ce jxuiemmt [ut U commencement de noitrr ruyne , irrne le réacteur du Journal du neae (p. 133).

Uijoomri i|i!i -mviriTit criie pronièR tnttWM hRoImnqnéM ptf ifieulenl* MU intéressants :

l'rmUni U nuit du mardi 19 m mercredi 20, te u-lktivnl U couverture de l:i tour Courte pu île que l'un prit la |>;irti de la défaire lirrr-niwil |">ur f wilçr qtip la t-liarpeiili- m- xinl ;'i t'iiiil«r Mir i|ikdi]Ui-i gens de U *

Mercredi il). — Les ennemi? lirenl l'essai de deux grosses pièces venues de Blois, 'jui jetaient quarante d'uj livret fietaul . el du premier c.iup ils inversèrent b MM .!■■ M Ilmn, rhanoine, et tuèrent troys jugeons.

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rendre à un roi huguenot. Cette bravade dont Henri IV eut connaissance le 28 par Gramont, valut à la ville un assaut assez meurtrier dans lequel le capitaine Porcherie fut fait prisonnier par les royalistes \

Le Roi , pensant que cette correction avait rendu les Chartrains moins récalcitrants , leur dépêcha le 29 M. de La Ferté- Milon, avec des paroles de conciliation. Le messager royal fut reçu par l'assemblée de ville avec moins d'arrogance que par le passé , et La Bourdaisière et Gramont parvinrent à proposer quelques articles d'un traité de capitulation. Mais à peine M. de La Ferté s'était-il retiré, que les forcenés ligueurs de % la garnison et do la bourgeoisie firent passer des propositions inacceptables ; à la veille d'une prise d'assaut , ils ne demandaient rien moins que la neutralité de la ville pendant un an , l'exemption de toute garnison à l'exception de la compagnie des gardes du gouverneur, le maintien de M. de La Bourdaisière dans son office , la libre sortie des troupes de la Ligue , Féloignement de l'armée royale de dix lieues de Chartres , et enfin une trêve d'un mois pour communiquer ces articles à Mayenne*. Ils promettaient, en retour, de reconnaître le Roi pour seigneur et maître lorsqu'il rentrerait dans le giron de l'Église. Quoique le seigneur de La Ferté-Milon eût été donué en otage aux Chartrains , on ne voulut charger personue de marque de porter ces propositions au Roi , car on se doutait bien de l'accueil qui leur était réservé. On dit que Henri, vivement courroucé , remit le papier à Rapin , son prévôt de l'hôtel, en s'écriant qu'une fois maître de la ville il ferait pendre ces mutins qui se moquaient ainsi de lui s. Les porteurs

1 28 mars. — Au capitaine Porcherie 80 écus , tant pour partie de la rançon en quoi il est tenu pour se racheter de sa prise par les ennemis que pour l'entretenement de ses soldats en attendant d'autre gratification. (Etat des dépenses.)

» Journal, p. 134-136.

* Les messagers dirent que le Roi ayant jeté les yeux sur les articles proposés , jm m* Mort-Dieu (contre sa coustume de jurer Ventre-Saint-Gris) que Gramont mît Ml «cément de n'être pas venu lui-même ; ils ajoutèrent qu'Henri , après avoir

se retirèrent épouvantés et Von ne songea plus qu'à se bien défendre \ Le 30 mars, 25 cuirassiers, partis de Dreux sous la conduite de La Rivière , soldat de la compagnie du capitaine de La Carrière, parvinrent à s'introduire dans les murs par la barrière du ravelin Saint-Michel *. C'était peu ; mais comme ces nouveaux venus en annonçaient d'autres, les Ghartrains reprirent courage.

Le dimanche 31, au point du jour, les assiégés, qui redoutaient un assaut à la brèche du ravelin des Epars, virent avec étonnement les ennemis construire de nouveaux retranchements de gabions dans la vallée , vis-à-vis l'ancienne porte Imbout , à peu de distance de l'endroit du fossé appelé le Vieux-Trou. On ne comprenait guère cette manœuvre, car le fossé de la vallée pouvait être rempli à plein bord en levant les pales des moulins de la ville , et offrait , par cela même , un obstacle immense aux assiégeants ; d'un autre côté, cette partie des murailles, solidement édifiée, s'appuyait par derrière sur une terrasse de quinze pieds d'épaisseur. Ce n'était cependant pas une vaine démonstration : pendant les nuits du 31 mars au 1er avril et du 1er au 2 avril, l'armée royale transporta dans la vallée presque tous ses cauons du marché aux Pourceaux et en arma trois batteries, dressées Tune dans

menacé la ville de sa colère , s'était tourné vers le chancelier de Cheverny en lui disant : Que vous en semble, Monsieur le. Chancelier? et que ce dernier aurait répondu : Sire, vous avez tout pouvoir. L'auteur du Journal prend texte, de cette parole de Cheverny pour l'aire une violente sortie contre ce magistrat , qu'il accuse d'attiser la haine dans le mur du Koi, de n'avoir ni foi ni loi, de sVlre engraissé des sueurs du peuple et d'avoir même dépouillé sa propre famille pour s'enrichir, (p. 137.)

1 La chainhre reçut ce jour-là même une adresse; nar laquelle Messieurs du clergé protestaient de leurs désirs de soutenir le siège le plus longtemps possible et déclaraient être prêts à verser dans la caisse» municipale un tiers des deniers jugés nécessaires pour parvenir à ce but. (Papiers du Chapitre: Arch. départ.)

2 On donna, le 5 avril, une gratification de "lit écus au soldat La Iliviore, pour le récompenser de ses services. (Etal des dépendes.) - ■ \œ Journal (p. 138-130) dit que cette troupe, qui entra dans la ville aux cris de Vive Im Châtre et le vicomte de Tavannes, était conduite par le capitaine de Lésinant; la mention expresse de ï Etat des dépenses reclilie ce pavage. lVut-ctre les soldats introduits appartenaientils à la compagnie du capitaine Thomas Uescorches, sieur des Monts, qui tenait déjà garnison à Chartres

le clos l'Evêque, l'autre dans le clos des Filles-Dieu, el la troisième dans les jardins qui font face aux Herses de Léthinière. Le 2 avril, à six heures du matin, ces batteries, fortes de douze à treize pièces , ouvrirent un feu terrible sur un espace de 1 20 pas , entre la porte aux Cornus et la dernière tourelle du Massacre. À midi , la brèche étant pratiquée sur une largeur de 40 toises, l'ennemi vint la reconnaître; mais, comme l'accès lui en parut encore difficile , il continua à faire jouer son artillerie jusqu'à ce que la muraille et la terrasse fussent complètement rasées. 11 était alors deux heures et les troupes royales s'ébranlèrent pour l'assaut ' .

Les capitaines de la garnison avaient profité de ces deux jours pour renforcer les points menacés. Ils avaient fait construire , à quelques pas de la muraille et parallèlement , un énorme retranchement de gabions et de sacs de terre ; un peu en arrière s'élevait un second retranchement aussi fort que le premier ; puis venait en troisième ligne un fossé plus large et plus creux que le fossé extérieur et qui pouvait au besoin être rempli de six pieds d'eau. On avait édifié à chaque bout de ces retranchements, des épaules ou plates-formes qui dominaient tout à la fois la courtine et les ouvrages accessoires ; l'une de ces épaules était couverte par la porte aux Cornus, murée et bien bâtie, l'autre s'appuyait sur la tourelle du Massacre. La milice bourgeoise occupait seule le premier retranchement , le plus exposé aux coups de l'ennemi ; le second était défendu par les gens de M. de La Croix-Cottereau , capitaine de ce quartfcr. MM. de La Patrière, de Réclainville, de Vaux et d'intigny tenaient l'épaule de la porte aux Cornus ; celle du Massacre avait pour défenseurs les soldats de feu M. de Pescheray et ceux de MM. de Gramont et de La Bourdaisière, aux ordres de M. de La Gagner ie. Les compagnies

1 Nous vous pouvons dire . amys lecteurs , que ce fut yci la crize de la maladie de toutte la France et de l'cglize caUiolique , après laquelle on devoit attendre ou la mort de la patrie ou un certain progrez de sa pristine santé. (Journal, p. 144.)

commandées par MM. des Monts et de La Pinellière garnissaient les remparts à droite et à gauche du théâtre de V action. Un corps-de-garde posté sur la porte Saint-Jean surveillait les mines de l'ennemi ; les capitaines Bouthelière et Sauvage gardaient le ravelin des Épars avec vingt-cinq hommes d'élite. M. Le Grand avait pour consigne de parcourir la ville avec une compagnie d'arquebusiers, pour empêcher tout désordre et contraindre tout le monde à. faire son devoir ; La Borde, sergent-major à cheval , devait porter les ordres d'un quartier a l'autre ; enfin , Gramont et La Bourdaisière s'étaient placés près du chevet de l'église Saint-André , pour diriger les opérations dans leur ensemble.

La défense fut admirable ; six fois le Roi lança ses troupes à l'assaut , six fois les assiégés les repoussèrent avec succès. Les royalistes ne se retirèrent que vers sept heures du soir, laissant le talus des fossés, les fossés et la brèche jonchés de cadavres. Après le quatrième assaut , comme il ne restait plus personne dans le premier retranchement qui ne fût blessé ou hors de combat , La Bourdaisière fit venir les soldats de la porte Saint-Jean , et cette poignée de braves soutint presque seule les cinquième et sixième charges. Le canon de l'armée royale ne cessait de tirer que pendant les assauts ; mais, alors, • la mousqueterie des retranchements et des plates-formes et l'artillerie du cavalier de la Préeherie, incommodaient beaucoup les assaillants. Parmi les héros de la journée il faut citer les enfants de la ville dont la valeur brillante fit avorter les quatre premiers assauts !, les soldats de la porte Saint-Jean qui vinrent les relever, et les 25 hommes de Bouthelière, de garde au ravelin des Epars, qui tinrent tète pendant plus de quatre heures à 400 arquebusiers de Biron. Les ennemis

1 En voyant la milice bourgeoise occuper le premier retranchement , La Patrièrc avait levé les épaules et s'était vanté que dix rie ses gens valaient mieux que quarante de la ville. Mais, après Tassant, il changea de langage, et dit, pour flatter les bourgeois , que il leur baismt la cuisse et que ils mlotent mieux la moictié que ne pensait. (Journal, p. 148.)

perdirent 300 hommes et comptèrent , dit-on , parmi les morts ou les blessés, 14 mestres-de-cavalerie et 30 capitaines. La perte de la ville fut assez considérable ; toutefois, on n'eut à regretter, en fait de personnages de distinction, que le sieur de Vaux , l'un des commandants du quartier de la porte Morard \ Plus de 6,000 personnes couchèrent sur les remparts, mais la plupart, au lieu de réparer la brèche et les retranchements , passèrent leur temps à dévaliser les morts. Les ennemis firent demander , le 4 , une trêve de quelques heures pour retirer les cadavres qui gisaient dans le fossé et sur les talus extérieurs; on y consentit, et cette opération fut exécutée par le sieur de Châtillon , pour les royalistes , sous la surveillance du sieur de Longueville , pour les ligueurs. Comme on vit que Châtillon examinait attentivement la brè-

1 12 avril. — A Denis Moreau, plombier. III livres X sous, pour un cercueil de plomb où a esté mis le corps de mr de Vaulx , tué à l'assaut de la brèche qui fut faict le mardi 2 apvril, et à Louis Ménager, menuisier, V livres X sous, pour un cercueil de bots pour couvrir celuy de plomb. (Etat des dépenses.)

I*e Journal fixe la perte des Chartrains à 35 ou 40 tués et 100 à 120 blessés, la plupart très-grièvement. Plusieurs ecclésiastiques périrent, et M. Bonhomme, receveur du Domaine, reçut une blessure dont il mourut peu après (p. 146).

Voici comment Rocu , secrétaire de l'abbaye de Saint-Père , nous raconte cet assaut : « Le mardy , le Béarnoys changea sa basterye de la porte des Espars et la mena aux Filles-Dieu près la porte Drouaize. Il commença à batre à six heures du matin et fist brèche depuys fa porte Imboust jusques à la grosse tour du Massacre. L'assault commença à une heure après midv et dura jusques à la nuict. 11 fut tiré 1300 coups de canon, un coup moins. Ledict assault fut vaillamment soutenu par les habitants de la ville , en présence de Mr le gouverneur , M«r de Grandmons et autres gentilzhommes et capitaines, lesquelz firent grand estât et louèrent fort les habilans de la ville. 11 y demeura environ cent hommes qui fureut tuez et blessez , entre lesquelz ceulx de nostre quartier de porte Morard : Mr de Vaulx, gentilhomme soubz Mr le gouverneur, capitaine de nostre quartier; Guillaume Varcnnc, marchant et sergent du quartier; frère Hector Fachu, religieux de céans; messire Jehan dlluillv, prebstre; un bon religieulx de Paris, docteur en théologie et principal du collège de la Marche de Paris; Jacques Chevard, boullanger, et Pierre Quartier, maistre sergier, y furent tuez, et frère Mathurin de Harleville , religieux de céans , y fut blessé d'un coup de harquebuze dedans le bras. Il fut tué du party du Béarnoys de sept à huict centz hommes, entre lesquelz a esté remarqué plus de six vingtz gentilzhommes de Beausse , qui furent peschez en l'eau du fossé près la porte Imboust. » (Actes capitulaires de l'abbaye de Saint-Père; Arch. départ.)

Notre-Dame ne désemplit pas de toute la journée. Le soir, M"* de La Bourdaisière , accompagnée de plusieurs bourgeoises de haut rang , vint faire ses dévotions à la chapelle des Cryptes; elle se rendit de là à la brèche pour s'assurer par ellemême que son mari n'avait pas été blessé. On en riait, parce que La Bourdaisière s'étoit fort épargné, restant toujours derrière les combattants. (Journal, p. 149.)

che , on se décida à la boucher, pendant la nuit du 4 au 5, avec des gabions , des sacs de terre et du fumier.

Un mouvement assez difficile à expliquer avait eu lieu depuis l'assaut dans les tranchées de l'ennemi ; le feu de mousqueterie que les royalistes entretenaient chaque nuit paraissait destiné moins à inquiéter les travailleurs de la brèche , qu'à protéger des travaux secrets. On disait que les batteries de siège allaient être reportées au marché aux Pourceaux et que d'autres attaques se préparaient du côté de l'abbaye de Saint- Père. La vérité était que les troupes royales construisaient dans leurs logements de la vallée , d'après les plans du sieur de Châtillon, un grand pont de bois, fermé comme une galerie , roulant sur des tonneaux , et qui , glissant au-dessus du fossé , devait déposer leurs gens au pied des murailles. Cette machine fut mise en place dans la nuit du 7 au 8 , et , lorsque le jour parut, les Ghartrains virent avec effroi des soldats ennemis, armés de crochets, qui commençaient déjà à jeter dans le fossé les gabions et les sacs de terre de la brèche. Quoique La Croix-Cottcreau se moquât beaucoup de cette invention , elle ne laissa pas que d'inspirer une grande terreur aux assiégés dont les esprits tournaient depuis quelques jours au découragement.

Une émeute assez violente avait, en effet, éclaté le 4 au soir ; c'était à qui ne marcherait pas à la défense de la brèche ; le gouverneur avait même été forcé de mettre l'épée à la gorge d'un capitaine qui refusait d'entrer dans le ravelin de la porte des Épars, sous prétexte qu'il n'était plus tenable. De tous les gens de guerre, La Pinellière, La Croix-Cottereau et Réclain ville étaient k peu près les seuls qui n'inclinassent pas vers un accommodement. Le Roi , informé par ses amis chartrainsde la désunion qui régnait dans la ville, avait jugé le moment venu de tenter un accommodement. Le sieur du Bellay s'était présenté de sa part , le 6 , au ravelin de la porte Saint-Michel ; il se disait envoyé par le maréchal de Biron et

If chancelier Cheverny, pour savoir si les assiégés voulaient persister à se perdre. La Baurdaisière , qui avait entamé des pourparlers sur (je propos, eu référa, le 8, au Conseil directeur, et après bien des débats, il fit passer, d'accord avec Suireau, quelques articles que Gramont et l'avocat du Ru se hâtèrent d'aller communiquer au Roi. On élevait encore des prétentions exorbitantes, car le clergé et les chefs ligueurs de la garnison et do la bourgeoisie teuaient toujours au gouverneur de leur choix, à la proscription absolue du culte réformé dans la ville et « un long délai pour avertir le due de Mayenne.

Ces exigences faillirent tout pendre : Henri déchira le papier et donna l'ordre de continuer la sape du ravelin des Épars. Chaque heure faisait gagner des points au Roi, parce qu'il soutenait ses volontés à coups de canon.

Du Bellay étant revenu le 9, La Bourdaisière se hâta de renouer les négociations. Il convoqua une assemblée ecclésiastique et une assemblée laïque auxquelles il soumit la proposition d'adhérer purement et simplement aux articles qui seraient accordés par le Roi. Le clergé tenta vainement rie réchaulfer une fois encore le vieux zèle ligueur ries Chartrains1 ; l'insistance rie La Bourdaisière, qui menaçait de faire

1 Le Chapitre et les cun's , assernhlùs dans la salle é|iiscopale , hors la fthaa de l'Evoque suspctl de royalisme, émirent fadvus fie persister au serment par rm cydevant fait entre les maint de M' le bue de .Vaine et y vivre et mourir, el à celle fin supplier M' le Gouverneur et il" de tu noblesse nui t'assistent et qui ont courageusement jusque* 't prêtent soutenu te* efforts de l'ennemi), vouloir cnntinuer au besoin et ne se lasser à la ilejj'-m-e ri BWftrtJHI de la ville pour laquelle ils ont pris les armes en main et pour ta relligion catholique . promettant de leur pari tout se qui te pourra de leur devoir pour la deffense de leur foy et de la ditte ville, lis lirent perler Ml adris ,m rurwil des Ha pn MM. Macé Cochiinl, sous-chaotro ?.\ WvA IJUlini de l'Evéquc, René Percheron, rhanoine-cheverier, Maihurin de La Chaussée, religieux de Sainl-Pére, et Gervais Moussu , curé de Saint-André' , el ils les chargèrent île soutenir l'opinion qu'il vaut mieux mourir que de donner consentement à devenir esclaves 'le t hérétique et encourir 1rs sentences d' excommunication , reconnaissant un damnante hérétique pour Hoij. et qu'il ne faloit juts que à l'advenir les histoires Usinnigiiassent que an t'eutt rec.eu du consentement du eterge . attendu que on ne peut! jurer obtissauce au chef des hérétiques que, on n'ayi au préalable renoncé l'ohéissanet que l'on a jurée au saint Baptême, à Jésus-CJtrist , à son Eglise ri à ton Pape (Journal, p. 107.)

sa paix en particulier , si Ton tergiversait plus longtemps, l'emporta sur lf éloquence des orateurs ecclésiastiques, et il fut décidé que, dès le lendemain, on aviserait à la capitulation. Le soir de ce jour et pendant la nuit , les royalistes tentèrent plusieurs fois l'escalade par leur pont de la brèche ; le capitaine La Croix-Cottereau leur résista vaillamment, et cette fois encore l'honneur des armes chartraines ne reçut aucune atteinte. Enfin , les conditions imposées définitivement par le Roi furent apportées par Gramont et du Ru le 10 au matin; elles étaient beaucoup moins rigoureuses qu'on ne devait s'y attendre. Henri garantissait l'exercice de la religion catholique , apostolique et romaine , interdisait le culte réformé dans la ville et les faul>ourgs , confirmait les privilèges , offices et gouvernements établis et promettait de ne rechercher personne pour fait de guerre. Les habitants ligueurs, quels qu'ils fussent , obtenaient la permission de se retirer , bagues sauves. Huit jours étaient donnés pour prévenir Mayenne , et si , pendant ce temps , un secours de quatre cents hommes parvenait à s'introduire dans la place, la capitulation devait être regardée comme non avenue * . I ^es gens de guerre, en particulier, pouvaient sortir avec armes et bagages, mèches allumées , enseignes déployées et tambours battants ; le Roi leur accordait, avec l'oubli du passé, la faculté d'enlever leurs blessés et s'engageait à les faire conduire par des personnes de qualité jusqu'aux lieux où ils voudraient aller*. La Bour-

1 \as articles, au nombre de neuf, accordez par le lioy aux habitons de la i Hlle de Chartres et définitivement acceptés le 1 8 , sont insérés dans le registre des affaires communes; ils se terminent ainsi : Fait au camp devant CJtartres le xviij* jour d'apvril 1591, signé Henri/ et plus bas Pothycr. Il en existe, dans les archives de la Mairie, une copie collationnée signée Martin, greffier de la ville.

Le Journal (p. 171 ) dit que le Roi, dans le. but d'intercepter tout secours aux assiégés , veilla lui-même avec la plus grande vigilance. , tournant sans cesse autour de la ville, et que se trouvant un jour exténué di* fatigue, il descendit de cheval, fit coucher ses pages l'un à cAté de l'autre, s'étendit sur eux et dormit ainsi quelque temps.

* Les articles , au nombre de onze , accordez /mr le Huu aux gens de guerre estant de présent en la ville de Chartres, se terminent ainsi : Fait au camp devant Chartres le xj'jour d'apiril 1X91, signé Henry et plus bas Pothier. lTne copie de cette capitulation est conservée dans les archives de. la Mairie.

daisière somma pour la dernière fois les capitaines , les bourgeois et le clergé de signer ; les ecclésiastiques persistèrent dans leur refus * ; les autres cédèrent, à l'exception des sieurs de Réclainville , de La Pinellière et de La Croix-Cottereau. Ce dernier , exaspéré de ce qu'il appelait la lâcheté des capitaines , s'en fut de rage à la brèche et tenta d'incendier le pont roulant qui n'était plus gardé avec une grande vigilance ; il donnait pour prétexte que les batteries royales avaient lâché quelques volées, quoiqu'il y eût depuis deux jours une sorte de Irève tacite \ Malgré cet incident qui n'eut pas de suite, on procéda , le 1 1 , à la remise des otages entre les mains du Roi. Gramont, La Patrière, de Beauce et Rochambeau cautionnèrent les gens de guerre ; le maire Suireau , l'échevin Bachelier, l'élu Pasté et le sergent-major La Borde répondirent des bourgeois. Le même jour, La Gagnerie, Longueville , le chanoine Jean Salmon et l'avocat Etienne Duhan reçurent des passeports pour aller trouver Mayenne \

I Le clergé était représenté par ses délégués de la veille auxquels avaient été adjoints les docteurs aux preschotent , à sçavoyr le Cordelier , le Jacobin , le Minime et le Jésuite. Le Minime porta la parole , et comme il alléguait , à l'appui de son opinion , plusieurs miracles faits par Dieu pour sauver des villes assiégées , La Bourdaisièrc 1 interrompit en disant que nous n'estions plus au temps que Dieu faisoit tels miracles; dont il fut fort blâmé. (Journal, p. 169.)

D'après le Journal (p. 171), La Bourdaisière et Gramont, pour faire croire que le clergé avait prêté les mains à la capitulation , pratiquèrent ung gros Hoger-Bontemps et robineux de chanoyne et archediacre de Vendôme , nommé Mariau , et lui feirent signer ladilte capitulation comme estant député pour le clergé. Mays tant le Chapitre que le cierge désavoua tout ce qu'il en avoit faict, comme aussy il n'avait aucune commission spéciale de ce faire.

* Ce dernier combat coûta la vie à M* Mathurin Duchesne , curé de Coltainville , et à deux jeunes gens de la bourgeoisie , l'un nommé Claude Quédarne et l'autre Médard Bouchard , neveu du chanoine de Baste ; le capitaine Porcherie et son lieutenant y furent blessés. (Journal, p. 170.)

5 11 avril. — A Mr* Jehan Salmon, chanoine de la dite ville, et Etienne Duhan, avocat, députés pour se transporter vers le duc de Mayenne, pour lui faire entendre l'état auquel est à présent réduite ladite ville, 20 écus.

I I avril. — A Lambert AUaire , marchand , 25 écus , pour la vendition d'un cheval baillé au sieur de la Gaignerie , pour assister les députés vers Mr le duc de Mayenne. (Etat des dépenses.)

Le 15 avril, la chambre de ville établit sur les habitants une taxe de 9,000 écus, dont un tiers à la charge du clergé , pour appliquer aux besoins publics , soit que le siège continuât, soit aue la capitulation fût maintenue. Le clergé versa sa quotepart le 17. (Papiers au Chapitre; Arch. départ.)

Les secours n'étant pas arrivés, le vendredi 19 au matin , MM. de Biron et de Sourdis vinrent avec leurs gardes occuper la porte Saint-Michel, puis la garnison défila entre deux haies de soldats royalistes. Gramont et ses troupes tirèrent vers Paris; on conduisit La Bourdaisière du côté d'Orléans, et des Monts gagna la Normandie , muni d'un passeport du Roi. Les principaux ligueurs de la bourgeoisie , ayant à leur tète le charpentier Brebion , échevin , M' Cailleau , curé de Saint- Aignan , et deux religieux , quittèrent la ville avec les gens de guerre et se dirigèrent vers Orléans. En même temps , les troupes royales prirent possession de la brèche et de toutes les portes \

Le chancelier de Cheverny , gouverneur de la province , s'était rendu le matin à la cathédrale; l'Évêque et le Chapitre lui députèrent les chanoines René Percheron et Florent Matthieu, pour prendre ses instructions relativement à la réception à faire au Roi. Il fut convenu que le clergé des paroisses , les religieux et les communautés se rendraient à la porte Saint-Michel , le lendemain , à quatre heures de l'après-midi , avec chappes, croix et bannières , et qu'ils conduiraient processionnellement Henri IV jusqu'à la porte royale de Notre- Dame où M*1 de Thou prononcerait la harangue officielle. Sa Majesté , à cheval et entourée de ses principaux officiers , arriva, en effet, le 20, à l'heure indiquée, ot, après avoir reçu les clefs de la cité présentées par le corps municipal *, elle se plaça sous un dais de velours bleu, garni de crépines d'or et d'argent , porté par quatre échevins * et traversa toute la

1 Le Journal (p. 173) dit que les ennemis, tant gens de pied que gens de cheval, ne faillirent à estancher leur soif des vins de Chartres comme ceux qui n'en avoient de longtemps heu leur saoulz.

* D'après Mathieu (t. II, p. 64), le Maire aurait dit au Roi : Sire, nous sommes obligés à vous obéir et par le droit divin et par le droit humain ; et Henri aurait interrompu l'orateur en s'écriant : Ajoutez par le droit canon. Mathieu est le seul historien qui rapporte celte anecdote.

On paya six écus aux archers de la porte du Roi , pour leur droit , lors de la présentation des clefs, et trente écus à Nicolas Le Breton, roi d'armes du titre de Montjoie-Saint-Denis. (Compte de Michel Bachelier; Arch. de la Mairie.)

» Ib.

ville par les rues Saint-Michel et des Changes; mais, au lieu tle s'arrêter en face des marches de la cathédrale , où le prélat l'attendait, Henri, sans faire mine de l'apercevoir, continua son chemin vers le palais épiscopal. M. de Thou et le Chapitre , coupant alors rapidement par l'église , parurent au perron septentrional , en môme temps que le Roi , qui voulut bien écouter la harangue et fit une réponse gracieuse. On rit un peu de cette espièglerie du monarque , à l'adresse du Chapitre bien plutôt qu'à celle de l'Évèque; car M. de Thou, différant en cela de la majorité de son clergé, n'avait jamais passé pour ligueur.

Un Te Deum chanté en présence des princes, seigneurs et capitaines catholiques, termina cette journée qui avança prodigieusement les affaires de Henri IV.

Ce second siège , soutenu pour une cause peut-être moins juste, jeta autant d'éclat que le premier sur les armes chartraines ! . La politique des Chartrains pouvait s'excuser par la

1 Les documents locaux , relatifs au siège , mentionnent particulièrement , parmi les morts, M. de Pescherav, le cadet de Réclainvillc , les capitaines La Fontaine, du Plessis, Fervaques et de Vaux, le soldat Le Pont, le canonnier Julien Texier, M. Bonhomme, receveur du Domaine, Duchesne, curé, Malaisé, prêtre; les bourgeois Claude Quédarne , Médard Bouchard , Simon Baston , Etienne Langue! , Jean Pitou, Hubert Monlouy, Michel Jelian dit Boute-à -bas. Parmi les blessés figurent MM. Le Grand et de Réclainvillc, les capitaines de La Carrière, Porcherie et son lieutenant, Etienne Goussu, prêtre, Auvray, secrétaire de l'évêché, Le Noir, greffier , Le Roy , procureur , les bourgeois Nicolas Henault , Boileau , fils de l'avocat , Jean Duuré, Jean Joiiy, Colin de Paris, René Poidevin, Simon Perinel, Pierre Doulcet et Michel Haie. La plupart d'entre eux furent soignés par Mes Pierre de Cahauneau et Antoine Hudan, chirurgiens des compagnies de M. de La Croix-Cottereau.

M. de La Pinellière, le capitaine Breteleville, les sieurs de Radepont, La Rivière, Duchesne , Pichon , Maillard , Mignères , Seincaveyne , Le Boulanger , Grosnon et Lemestrc accomplirent , au péril de leur vie , divers voyages pour les affaires de la ville. Le sieur Jean Pic h art et la femme Marie Chauveau furent chargés plusieurs fois d'espionner les mouvements de l'ennemi dans sou propre camp.

Le chiffre des dépenses s'éleva à 7,406 écus 38 sous, suivant 1 état conservé à la Mairie. On remarque dans cet état : 1° le chapitre de la fonderie et de l'artificerie , comprenant la fonte des pièces d'artillerie, 4es boulets et des balles, la confection et le bridage des grenades en étain doux , la mouture des poudres , la fabrication des chausses trapes , des pièces d'artifice et des balles ramées ; 2° le chapitre des ateliers de serrurerie , menuiserie , charpenterie , charronnage , terrasse et maçonnerie , com-

furenant l'équipage de l'artillerie, le montage des petites pièces en façon d'orgue. a confection des gabions et fascines , les mines et contre-mines , la réparation des murailles. On fit face aux dépenses au moyen d'un emprunt sur les plus aisés des habitants, qui produisit 7,717 écus 40 sous.

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