TOME II
nature même do la controverse ; car si jamais le principe d'autorité de droit divin put Être légitimement combattu , ce fut certainement lorsque celui qui l'invoquait était , aux yeux de l'immense majorité de la nation, le chef avoué des ennemis de Dieu. Au reste , cette résistance admettait des restrictions, et nos ligueurs, même au moment de l'exaltation la plus grande , engagèrent leur foi au Roi pour l'époque où il rentrerait dans le giron de l'Église.
Le dimanche 21 , on fit une procession générale à Saint- Père, à laquelle assistèrent le comte de Saint-Pol, le Chancelier , le maréchal de Biron , M. de Sourdis rétabli dans son office de gouverneur, et plus de 40 mille personnes de toutes conditions. Cette multitude défilait en ordre lorsque le Roi , au grand scandale des assistants , traversa les rangs avec les seigneurs protestants de sa suite , pour aller au prêche dans un tripot de la paroisse Saint-Saturnin, appelé le Palais \ Les fervents catholiques murmurèrent, mais force était de tout passer au vainqueur. Henri 1Y partit le lendemain, laissant pour garnison huit enseignes du régiment de Navarre et 400 Suisses , sous le commandement du sieur de Valliraut, mestrede-camp ; avec lui s'éloignèrent les curieux , bouches inutiles qui , jointes à celles des gens de guerre et de leur suite dé* sordonuée, avaient fait enchérir le pain plus que pendant le siège. Ia) Chancelier et le maréchal de Biron restèrent : le premier , avec la mission de lever pour les magasins royaux 1,850 muids de blé dont les chanoines et le clergé durent fournir la majeure partie * ; le second , pour asseoir sur les ha-
1 Ce Palais, dit le Journal (|i. 174), était le lieu le plus profane de la ville, lieu qui n'est dédié synon à l'exercice des dances satiriques des amoureux , et où les basteleurs jouent ordinairement leurs farces et aprennent aux ruffiens à desbauchtr les honnestes femmes mariées et à violler les vierqes chastes , à crocheter chambres et bujfetz, à tenir les baccanales, brelants de dez et de cartes, et brief à commettre lestement toutes semblables impiétés. Là 11 (le Roi) se relira pour faire l'exercice de sa prétendue religion , lieu vrayment digne d'icelle comme elle eslntt digne d'uni) tel lieu.
* Un Estât des bleds prins et levés à Chartres , depuis sa réduction en l'obéissance du Roy jusqu'au viijrjour de juin tli9l, ivdigf' par Martin Baudichon .
bilanls une taxe de 36,000 écus *. Le maréchal obligea les bourgeois de la milice à déposer leurs arquebuses , leurs piques et cinq pièces d'artillerie dans l'église Saint-Nicolas au cloître , transformée provisoirement en arsenal *, et fit établir deux corps-de-garde : l'un, dans le cloître, l'autre, sous les lices du marché aux Chevaux , pour protéger les abords de cette place d'armes \
Le Roi , avant son départ , avait donné l'ordre de transformer en citadelle la porte Saint-Michel , dont les vastes dimensions comportaient un établissement de ce genre et qui, longtemps avant le siège , était baptisée du nom d'arsenal ou citadelle de Chartres. Les travaux entrepris à cette occasion sous la protection d'un corps-de- garde posté à l' Étape- au - Vin, furent poussés avec une telle activité que l'armement et l'occupation purent avoir lieu au mois de septembre. La nouvelle citadelle comprenait dans son enceinte l'église et le cimetière Saint-Michel, coupait le jardin des Cordeliers jusqu'à la garenne de Saint-Père, et se rattachait au ravelin et aux murs de la ville par un cavalier à redans, dominant toute la montagne de la Courtille. Deux arches, pratiquées sous ce cavalier, permettaient à la garnison de descendre à la rivière ; de vastes logements pour le gouverneur et ses troupes occupaient tout l'espace compris entre la vieille porte et l'église , et la nef de ce dernier édifice , dont le chœur et le bas-côté droit avaient été terrassés, servait k la célébration du culte pour les soldats catholiques.
attarde général des vivres , fait connaître que les habitants avaient déjà livré à cette date, aux magasins royaux, 1,242 muids 1 setier 11 boisseaux de blé, et 105 muids 2 minois d'avoine. Le même compte fait également mention de la recelte de 140 poinçons de vin, (Arch. de la Mairie.)
1 25 avril 1591. — Les habitants furent imposés à 20,603 écus 10 sous tourn.; le surplus fut mis à la charge du clergé. On confia la surveillance de cette levée de deniers à M. du Fay, chancelier de Navarre. (Compte de Michel Bachelier; Arch. de la Mairie. — Lettre du Roi, du 27 juin; Pancarte municipale, vol. 2; Ib.)
* Les armes furent confiées à la garde des sieurs Etienne des Palis , Nicolas de La Porte, Guy de Bourges et Jacques Cochin, bourgeois royalistes. (Ib.)
* Ces corps-de-garde furent occupés par les Suisses. (Ib.)
Au mois d'avril, M. de Sourdis \ en exécution de lettrespatentes du Roi , fit revenir de Bonneval , où elles avaient été transférées pendant les troubles , les justices et juridictions royales de la ville et reconstitua le corps municipal selon les anciennes coutumes*. Le lieutenant- général Chouayne recouvra la présidence de la Chambre et fit, en séance solennelle du 2 mai, la distribution des charges et des clefs entre les echevins*. Après le lieutenant-général, le personnage le plus important de la compagnie par le crédit dont il jouissait en Cour, était l'échevin Bachelier; or, la ville avait bien besoin de protecteurs , car les affaires désagréables commençaient à fondre sur elle. On eut tout à la fois sur les bras les particuliers auxquels le Roi avait donné part à la confiscation des biens ruraux des ligueurs chartrains et qui ne voulaient pas lâcher prise ; les royalistes de la ville qui demandaient la restitution de leurs meubles et blés saisis pour le compte de la Ligue , ou des indemnités convenables ; les officiers royaux qui prétendaient lever encore 500 muids de blé et autant de vin sur les habitants ; messieurs de l'artillerie de Tannée royale qui excipaient de leur privilège pour réclamer une forte somme à titre de rachat des cloches \ Le Chapitre parvint le premier à sauvegarder ses intérêts ; il obtint de Sa Majesté , le 29 mai , par l'entremise de l'Êvèque, des lettres-patentes portant mainlevée de la saisie de ses biens et annulation des dons octroyés à
1 Le Journal (p. 181) prétend que M. de Sourdis, qui , avant la Ligue, estoit assez beau de face, doux et bening, et qui faisait estât d'amateur de l'église et des ecclésiastiques, était devenu laid , hideux comme un monstre et superbe outire mesure , depuis son union avec le roi de Navarre et sa rentrée dans le gouvernement de Chartres, après le siège.
* Lettres-patentes d'avril 1591. (Parlement de Paris; Reg. des Ordonnances, Q,M6i.)
3 Reg. des Echevins.
4 Us exposaient dans leur requête au Roi qu'ils étaient entrés en composition avec les habitants, moyennant 1,200 écus en argent et 300 écus en drap, payables comptant; que depuis trois semaines les echevins les renvoyaient au clergé et le clergé aux echevins; qu'ils suppliaient donc Sa Majesté de les faire payer de suite par douze notables , six laïcs et six du clergé , lesquels se rembourseraient sur la communauté. (Papiers du Chapitre; Arch. départ.)
Ml
son préjudice aux l'uyalisles pendant les troubles '; ces lettres, qui trouvèrent d'abord les donutaires récalcitrants, fanât renouvelées le 14 juin \ La ville, de sou côté, expédia vers Henri l'échevin Bachelier, dont les sollicitations déterminèrent, le 13 juillet, un règlement explicatif et complémentaire des articles de la capitulation. Il fut déclaré que le Roi confirmait les privilèges de Chartres ; qu'il accordait décharge des sommes puisées pendant le siège dans la caisse du receveur du Domaine , sauf des deniers provenant des recettes du grcnier-à-sel ; qu'il donnait main-levée de toutes les saisies opérées par les donataires sur les biens des bourgeois ligueurs ; enfin , qu'il remettait les faits de rébellion aux Charlrains compromis, excepté à ceux qui auraient participé au meurtre d'Henri 111, ou qui s'en seraient réjouis («r feux de joie ou port d'écharpes vertes. Le Roi mettait à la charge de la ville les frais de construction et d'entretien des corps-de-garde , évitait de se prononcer sur les demandes des Charlrains royalistes et sur la nouvelle taxe de SOU muids de blé et approuvait les exigences de ses canonnière'. Malgré ces réserves , on accueillit avec grand plaisir ce nouveau règlement ; Henri le sanctionna par des lettres-patentes du 2(i juillet, que le chanoine Gilbert Lorhi, député de la ville et du
1 Lettres datées il ci camp it> Yillcpreux. I Papier» du Chapitre; Airh. départ j » Lettres ilutè:s de Chartres, par le Roi en sou Conseil. (ib.J Cependant le Chapitre et les couvents ne furent pas entièrement déliarwssés îles poursuites des anciens donataires de leurs revenus. Les papiers du Chapitre lotit r.iwtmilre plusieurs -enleiires rumines rentre lui et nuilre l'abbaye de Saint-Jean, aux mois de février et de mars 15112, par M* Guillaume Hubert . se disant rum-nlla rlu et contrôleur pour le Ftey en l'élection de Chartres, commissaire nubdèléguè de M™ tes trésorier» oéiiéraux de France à Orléans . tntufiri* •' BttM , ptw !■< saisie des biens des Ligueurs et bailliage et rtection de Chartres , il la reipiélc de MM. Thibault l'etault , écuver, sieur de Ma 1 musse , commissure ordinaire dey guerres, et Ismaél de Villereau, sieur de Luz, munis de donations du Roi.
' Un artt>l du Conseil séant à Chartres, en date du 17 juin, avait déjà déchargé
les habitants de la fourniture des ÔOfl muids de blé demandés Ce|ieiulaul les agents
subalternes ne res>.ér.'iil pris rl'cxifji-r u>. livrai.-wis rxjïérérs [tour les magasins du Uni.
Les J ,500 iViis promis au\ canonuiers furent iinvés le Lj.". novembre à M. Henri
fiodefroy, commissaire de r artillerie ib' France. ICmptt de Mirhtt Harhelier , Arrli
d« li Mûrie.)
clergé f, présenta inmiédiatenient à la vérification du pari ment royal de Tours et qui furent registrées, le 10 août, à la Chambre du Domaine \
Chartres était , après Tours , la place la plus importante de la France royaliste ; sa proximité de Paris permettait aux agents secrets du Roi de venir prendre le mot d'ordre en peu d'heures , et procurait fréquemment aux habitants la visite des plus grands personnages du parti. Dans les premiers jours de juin , on reçut le comte de Soissons , la princesse de Condé et le cardinal de Bourbon , son beau-frère * ; le Chancelier les suivit avec le grand Conseil. Les discours officiels , les présents de vin et de dragées reprirent dès lors leur place accoutumée dans les usages du corps de ville \ Les seigneurs ayant daigné, le 23 juin , se joindre à messieurs de la Chambre pour allumer le feu de la Saint-Jean , préparé devant la Tour, une collation galante leur fut offerte à l'Hôtel-de-Ville1. Les 25 et 26 juin, on célébra, dans la cathédrale, un service, avec chapelle ardente et représentation, pour le repos de i'àme de Henri 111. Le 3 septembre suivant, les Chartrains furent témoins du baptême d'un fils de M. de Sourdis, qui fut tenu sur les fonts par M"' Catherine de Soissons, abbesse de Chelles, le cardinal de Bourbon, son neveu, et le chancelier de Chevcmy 6.
Le pape Grégoire XIV avait lancé, contre le Kavarrais, de nouvelles bulles d'excommunication (lue le duc de Mayenne, presse'» par les Seize, s'était résigné h faire publier à la fin de
1 Reg. des Echevins; Séance du 10 août.
* Les lettres sont datées de Mantes. (Papiers du Chap.; Arch. départ.) — Un arrêt du Conseil, rendu à Chartres le 11 septembre, confirma, de nouveau, les grâces accordées aux Chartrains par le ttoi. (Ib )
* Le cardinal de Vendôme avait pris le titre de cardinal de Bourbon depuis la mort de son oncle le rot Charles X.
4 Reg. des Echevins; Séance du 31 mai.
* Ordre du paiement des frais de cette collation le 17 décembre. (Ib.)
r' Ce baptême fut princier; tout s'y passa comme aux baptêmes des enfants des rms, sinon que Ton ne chanta pas le te Itenm. (Journal, p. Ktè.)
mai. Henri, décidé à tourner les armes de Rome contre ellemême, réunit à Mantes les prélats et les grands seigneurs royalistes1, et après s'être engagé, par une déclaration du 4 juillet, à soumettre sa croyance à un concile ou à quelque assemblée notable et suffisante, il déclara remettre à ses parlements et au clergé le soin de réprimer l'agression papale. Le Conseil ecclésiastique fut transféré à Chartres * pour éviter les insultes des ligueurs de Paris , et , le 2 septembre , vingthuit prélats et docteurs ouvrirent les conférences dans la salle capitulaire de la chapelle de Saint-Piat 3 ; on voyait parmi eux les cardinaux de Bourbon et de Lénoncourt , l'archevêque de Bourges et les évoques de Chartres, de Châlons , de Beauvais, de Nantes, du Mans, d'Angers, de Noyon, de Maillezais et de Bayeux \ La publication du résultat de l'assemblée se fit le 21 ; ce petit concile gallican annula les monitoires et excommunications du Pape, comme suggérées par les artifices des ennemis de la France. Le lundi, 23, on fit une procession générale par le haut de la ville avec une pompe inaccoutumée ; on y porta toutes les reliques, même la sainte Châsse, et chacun pria pour la conversion du Roi et pour la paix du royaume*.
La police municipale était fort mal observée depuis le siège. Les gens de métier , habitués à l'oisiveté des temps* de troubles , avaient peine à se remettre au travail ; le plus léger
1 Souchct nous a conservé une copie de la lettre adressée par Henri à M. de Thon pour l'inviter à faire partie de l'assemblée de Mantes. (Mss. de Souchct, p. 531; hibl. commun.)
1 Le cardinal de Bourbon et la plupart des prélats et docteurs arrivèrent à Chartres le mardi 27 août. (Journal, p. 190.)
* Le lundy, 2 septembre , MM. le cardinal de Bourbon , l'archevesque de Bourges, l'évesque de Nantes, Baieux, Maillesez, du Mans et d'Anyiers estans en reste ville, fut célébré en l'esglizevar Mr de Chartres une messe haulte de Sancto Spiritu , à ce qu'il pleust à Dieu les assister en leur assemblée qui fut dedans lr rnappitre proche & Hiérosme ; et auparavant fut chanté le Veni Creator. (Beg. du Clerc de l œuvre; Arch. départ.)
4 Le chapitre de Chartres délégua à cette assemblée MM. Charpentier, théologal et archidiacre de Dunois, et Cranger, chanoine. (Journal, p. 190 »
5 Beg. des Echevins; Séance du 17 septembre.
labeur , la moindre marchandise , étaient payés un prix exorbitant. Les clameurs du public accusaient surtout les bouchers , les revendeurs et les portefaix ; la Chambre donna satisfaction aux plaintes, en réglant les tarifs et les salaires des uns et des autres (23 juillet) !. Certaines affaires plus épineuses appelèrent ensuite toute l'attention de l'assemblée. Au moment môme où le règlement du 13 juillet était sollicité par l'échevin Bachelier, M. Haverdin, receveur des Aides, poursuivi par la Chambre des Comptes, obtenait contre la ville une condamnation à lui restituer la somme de 800 livres, enlevée à sa caisse pendant la rébellion ; il fallut s'exécuter par provision et asseoir à cet effet une taxe sur les habitants (5 août) \ Au mois de septembre, arrivèrent les réclamations de MM. de Montescot 3 et de Palaiseau , qui demandaient de larges indemnités en récompense de leurs blés confisqués par les ligueurs ; on débattit longtemps les intérêts des parties et de la ville, et on finit par transiger à l'amiable, le 7 janvier 1592. Beaucoup d'autres habitants tirent valoir les mômes droits; les religieux de Saint-Jean, entre autres, réclamèrent à outrance la valeur des matériaux de leur ancien couvent4. Pour soulager autant que possible les échevins dans leur ta-
1 On li\a If salaire des portefaix à 1- deniers nar harre de bit», à prendre dans 1rs paroisses Saint-Aigiian . Saint-Martin, Saint-Michel , Saint-Saturnin et Sainte- Loy , pour porter au magasin du Uni, et IN deniers, pour le blé à prendre sur les paroisses Saint-Maurice et Saint-André, (lii-y. des Echeeins.)
Le blé du magasin royal avait quelquefois de singulières destinations. Le registre de> KrbevuiN fait mention, à la date du 1''1 août, de la délivrance d'un muid de blé au sieur Le liabbe, veneur du Iloi, pour la nourriture des chiens de Su Majesté.
•' lley. '/r.s Eehevins.
,l ///. M. de Montescot avait été nommé Trésorier des parties casuelles , en récompense de son dévouement pour la cause royale. Il jouit longtemps d'un grand (ledit à Chartro, et, pendant bien des aiméi s, son uoui I lu lira immédiatement après celui du Lieutenant-général, sur la liste «les magistrats et fonctionnaires auxquels ou octroyait annuellement un grand tiiinut de sel. (lie;/, des EvJievins.)
O personnage, issu d'une famille charlraine déjà très-puissante au XVV siècle, était né eu I.Vif» de Thomas de. Montescot, lieutenant du prévôt, et de Anne Piguerre , fille de (iuillaiiiiie. hgnerre, sieur de La Itoiiteillerie et des Hordes, procureur du l'on au bailliage, (le tut lui, comme je fai 'l»i ailleurs, qui reconstruisit l'hôtel de Montescot , aujourd'hui l'Hôtel-de-Ville
; Hetj. des Echevins.
clie, un Ht élection tflŒ notable |»ar quartier, chargé d'exécuter, sous la surveillance de l'échevin de service, les ordonnances et mandements de la Chambre (i" octobre) '.
On pensait depuis le mois de mai à réparer les murailles ' ; le 6 septembre, M. Uisne de Chàtillon, trésorier des finances en la généralité d'Orléans, transféré à Chartres, proposa aux échevins un devis estimatif des travaux à exécuter d'après le toisé des brèches '. Avant de commencer, il fallut battre monnaie ; le rôle d'imposition que l'on dressa pour cet objet, joint à la taxe destinée a la réfection des corps-de-garde et à la solde des gens de guerre de la garnison , se monta à la somme de 18,000 écus; la recette s'en effectua difficilement , et l'on fut forcé, au mois de janvier 1592, d'autoriser M. de Valliraut le jeune, commandant de la citadelle, à envoyer des gurnisaires chez les habitants retardataires '.
Les taxes et les contributions extraordinaires ne huent pas les seuls maux qui désolèreut le pays chartrain pendant les derniers mois de 1 59 1 . Le comte de Soissons arriva à Chartres vers la Toussaint , et ses gens , quoiqu'on terre amie , ne laissèrent pas que de faire de grands dégâts dans les campagnes ; ils pillèrent même Chàteauneut-eu-Tliimerais , ville du domaine particulier du Roi. Ils partirent le 9 novembre, à la grande joie des paysans et des citadins. On n'eut pas à se louer. non plus, de la présence du Grand-Conseil; il déployait une rigueur extrême en matière politique; plusieurs suspects
' lieg. tirs EaAffAH
■ -i mai. — On corameniT ;'i ihori'lior des nwli'ri:nix |>mir retirer 1;i ItnVIie. lit )
> 16.; Sénm des 10 el 28 janvier IEK.
Ui suide des gens de guerre , pour le mois de janvier , se moula ;i la somme de 5,111 èeus qui furent remis :ii! sk-ur de l..i Nodiére. lonimis du ir^soner de l'extraordinaire des guerres, fllumiite de Mir/itl Hachelier : Arrh. de la Mairie.)
Une laxe particulière de «,100 écus avail i'lr demandée oar le [loi. en son Couseil lenu à Lharlrcs le 1 sejtlefiihrc 1501 . pour iHrc employée à la re/erlwn de* rwpt-dr-ijardr. . enlielirn du feu et tliandelle d'tctulx et remboursement des denier! prit sur le tel (Séance ihi ,-lrrgc du 10 septembre; Papiers du Chapitre: Arrh. dépari — Cmptt de Mithel Baehehn , Arrh, de la Maine )
furent pondus pour des causes légères ; on blâma, en particulier, la torture infligée à un chanoine ' et l'exécution d'un jacobin novice * dont la conduite avait été plus imprudente que coupable. Par compensation , les royalistes maltraités pendant les troubles excitèrent, comme de juste, la sympathie de ce tribunal supérieur ; la mémoire de ceux qui avaient subi des peines infamantes fut réhabilitée, et les juges de l'orfèvre Poussemotte et de ses compagnons furent condamnés à les dépendre en effigie et à payer mille écus à leurs veuves et enfants, à titre de dommages et intérêts '. La peste, dont on constata la présence le 26 novembre dans une maison de la rue du Cheval-Blanc \ compléta la somme des malheurs de Tannée.
Commencée sous de tels auspices , Tannée 1 592 ne devait pas être plus heureuse que la précédente. Il fallut, dans les premiers jours de janvier, trouver 400 muids de blé pour MM. de Sourdis et de La Trémouille qui se rendaient au camp du Roi devant Rouen \ Des troupes de ligueurs rôdaient sans cesse autour de la ville * et nécessitaient une surveillance
1 Ce chanoine qui s'appelait Henault avait à peine 20 ans et n'était que sousdiacre. C'était le fils d'un greffier des Insinuations. 11 avait écrit à son oncle, chanoine de Chartres , alors à Paris , qu'il ne pouvait lui envoyer d'argent parce que les taxes lui avaient tout pris, qu'on était mécontent mais qu'il manquait un bon chef. Il fut condamné aux galères et fit amende honorable le 23 novembre. (Journal, p. 215 et suiv.)
* Ce novice, âgé de 13 ou 11 ans, avait dit à la prieure des Filles-Dieu qu'il tuerait volontiers tous les hérétiques, y conmris le Hoi. 11 fut pendu au marché aux Chevaux le iO décembre. Le Journal (p. 232) dit qu'au moment où on allait l'exécuter, untj grand nombre de petits en/ans qui estaient présents, se prindrent tous à fuj/r et à crier, comme sy on les eust voulu tous pendre à ce gibet.
* Arrêt rendu le 12 novembre 1591.
* Maison des hoirs feu François Savard, près la porte du cloître Notre-Dame, rue du Cheval-Blanc. (Reg. des Echevins.)
5 Ou fit à Chartres des prières publiques pour le succès des armes du Roi , et le Journal raconte qu'un jour le prédicateur royaliste Meignen demanda à Dieu , en manière de péroraison , qu'il protégeât Henri et qu'il rendît les armes- des Espagnols molles comme pommes cuites.
* Le dernier jour de novembre 1591, le sieur de Sourdis étant allé chasser dans le bois de Tachainville faillit être enlevé nar une compagnie ligueuse! venue d'Orléans. 11 n'eut que le temps de se sauver et perdit ses chiens et ses oiseaux. (Journal, p. 226.)
continuelle : aussi , pour éviter toute surprise de la part des ennemis, on renforça le guet, le 24 février, et on y mit deux soldats qui devaient être relevés toutes les vingt-quatre heures l .
En vue du retour de la peste, les échevins prirent, aux mois de février et d'avril , des dispositions sévères pour assurer la propreté des maisons et des rues et la police hygiénique du marché aux Bestiaux \ Malgré ces précautions, le fléau reparut à la fin de l'hiver et son intensité fit rouvrir Beaurepaire ; on retint le chirurgien Martin Prévost pour soigner les malades, à raison de douze écus par mois \ Depuis la ruine du Massacre, les bouchers tuaient chez eux et répandaient leurs eaux sur la voie publique ; la Chambre coupa court à cet usage si funeste à la santé des habitants , en faisant reconstruire un hangard au Massacre et en prescrivant aux bouchers d'y abattre leurs bêtes, sous peine de vingt écus d'amende \ Les mesures prises par le corps municipal finirent par triompher de la maladie ; la mortalité diminua au plus fort des chaleurs, et les magistrats rassurés de ce côté purent s'occuper d'autres affaires.
Les gens de guerre insistaient beaucoup sur l'armement complet des troupes de la garnison et sur l'approvisionnement de l'arsenal , dépenses qui avaient été mises à la charge de la commune. Les taxes rendaient très-peu, car les bourgeois étaient épuisés ; s'adresser aux établissements publics ne paraissait pas possible ; la plupart d'entre eux étaient ruinés , et F Hôtel-Dieu lui-même avait en ce moment tous ses revenus saisis par les élus , malgré les ordonnances royales , en compensation de ce que la ville avait exigé de l'élection pendant le siège (10 juin) \ M. de Sourdis avança cent écus ; le peu
1 Reg. du Clerc de l'œuvre; Àrch. départ.
1 18 février et 7 avril, (Reg. des Echevins.)
3 5 et 26 mai. (Ib.)
v Ordonnance du 2 juin, (Ib.)
8 Ib.
de deniers que Fou recueillit d'ailleurs servit à payer huit enseignes de taffetas aux compagnies ( 1 4 août) * et à acheter un millier de piques pour l'arsenal (1 3 octobre-24 novembre) \ Le Roi qui vint à Chartres au mois de septembre , vit avec satisfaction l'état d'avancement des travaux de la citadelle \ La nouvelle de la convocation des Etats de la Ligue à Paris, sous la présidence de Mayenne, fit revenir Henri 1Y dans nos murs le 15 décembre, avec ses principaux conseillers. Le but avoué de l'assemblée ligueuse , dans laquelle le sieur de Réclainville figura en qualité de député des chartrains réfugiés à Orléans \ était de procéder à l'élection d'un roi catholique. Le Conseil royal avait donc à déjouer les projets des ennemis du royaume associés aux Espagnols , et il comptait le faire en démontrant le bon droit du Roi par les arguments tirés de la loi de l'hérédité en France et surtout en poussant les négociations déjà entamées , en dépit de Mayenne , avec une puissante fraction de la Ligue. Le 1er janvier 1593, les chevaliers du Saint-Esprit présents à Chartres firent leur office eu grande pompe dans le chœur de la cathédrale ; le cardinal de Bourbon, l'archevêque de Bourges, le Chancelier, MM. de Nevers , de Grillon , de Chemerault , de Souvré , d'Entragues ,
1 lieg. des Echevins et Compte de Michel Bachelier. — fi aunes de taffetas blanc, incarnat et bleu et huit cordons d'argent.
* Ib. — La mention suivante, contenue dans la délibération du 3 septembre, fait connaître que toutes les portes ne furent pas ouvertes immédiatement après le siège : Un tonneau de bon vin du cru , jusqu'au prix de 16 écus, dit le Registre, sera donné à Mr de Sou r dis, gouverneur, qui abandonne les merrains ayant bouche la porte des Epars.
Cette porte avaii été débouchée par ordre du Gouverneur en date du 15 juin précédent. (Compte de Michel Bachelier. 1590-159%; Arch. de la Mairie.)
* Le Chancelier vint aussi à Chartres au mois de septembre , pour assister au mariage de sa fille Anne avec Cuy de La T remouille , marquis de Royan , qui eut lieu le 10.
Le 2 août précédent , on avait amené à Chartres le corps du vieux maréchal dp Hiron tué d'un coup de canon devant la ville d'Kpernay : On chanta le De profundis en (aulx bourdon, pugs partit le. corps accmnpaignc de Mr de Sourdis, gouverneur de Chartres, et aultres avec lug. {lieg. du (Jlerc de l'œuvre.)
'• Jean d'Allonvillc, sieur de Réclainville, nommé par les réfugiés chartrains le 10 janvier 151KJ, Tut admis dans les rangs de la noblesse dans la séance du 25 mai. (Htst. des Etats généraux de /.W>, p. f»07. -■■ Recueil des Monuments inédits.)
de Pougny, d'O, de Birun et île Suurdis assistèrent à cette cérémonie qui ouvrit solennellement ressemblée royale. Henri IV vint souvent prendre p*rt aux travaux àe ses conseillers ; il data de Chartres la fameuse déclaration du 29 janvier, pour le soutien de la loi salique ; il assista en même temps au mariage de Marguerite HurnulL, veuve du marquis de Nesle et fille du Chancelier, avec Anne d'Anglure, sieur de Givry; il était encore dans nos murs les 7 février ' et 28 mars *. Au hout de quatre mois, on parvint à s'entendre avec les modérés du parti ligueur, et des conférences furent indiquées au village de Surènes pour le 29 avril. La réunion charlraine députa à Surénes l'archevêque de Bourges, les sieurs Pomponne de Bcllièvre, Gaspard de Schomberg, Nicolas d'Angennes, de Chavigny, de Pontcarré, de Thon et le secrétaired'État Bevol. Une messe du Saint-Esprit fut célébrée le 29 avril à la cathédrale, pour demander à Dieu d'assister la canarerjatian de Surènes en son bon vouloir île la paix du royaume ' , et des processions générales furent faites tous les dimanches jusqu'à la conversion du Roi \
Pendant que les chefs publiques du royaume avaient à Chartres leur quartier- général , l'édilité locale veillait avec zélé sur la santé des habitants et de leurs illustres hôtes; on craignait, eu effet, le retour de la peste, et on jugea nécessaire de remettre en vigueur les ordonnances de 1592 sur le nettoyage des rues et la propreté des maisons. L'exécution de ces mesures de police exigeait naturellement l'emploi de beaucoup d'eau, ce qui rendait le commerce des éviers très-
' 16 février. — 38 écus. pour [iri\ de deu\ puiiin'ms de vin dont on a fait présent au Roi et nu\ prince cl seigneurs iln sa *uili; lors de son dernier passage en rette ville. (Hrg. des Echevim.)
Ib. — l écus aux huissiers du grand Conseil et du Conseil privé. (Ib.)
1 G avril. — Paiement de 1,050 pains de munitions nus gens de pierre, passant es-environs de ta ville, lorsque le Roy y est venu le 28 mars dernier. (Ib.)
» Séance du 28 avril. (Ib.)
1 On voit aussi nue Ir o juillet, fut faict prnr.euio» pour ta tanlé. de M- de itimtpenrier . lequel fut bleui devant OHM, llteg. du Clere de ïttvvre.)
lucratif ; eux seuls avaient le privilège de vendre l'eau de la fontaine Saint-André et ils faisaient payer très-chèrement leurs peines. Les échevins mirent un terme aux exigences abusives de ces artisans , en fixant le prix de chaque havre d'eau à quatre deniers dans la vallée et à six deniers sur la montagne (9 mars et 29 juin) \ Malgré les précautions, la peste reparut au mois de juillet ; elle fut très-intense en août et finit en octobre. Le quartier du marché au Blé eut principalement à souffrir du fléau ( 21 août-1 2 octobre) \
Cependant un grand événement venait de s'accomplir; Henri 1Y avait abjuré l'hérésie de Calvin , à Saint-Denis , le 25 juillet, entre les mains des prélats catholiques de son parti, parmi lesquels figurait révoque de Thou. La nouvelle en fut accueillie à Chartres avec de grandes démonstrations de joie * et tempéra le chagrin qu'avait produit l'assiette récente d'une taxe de 5,500 écus pour partie de la solde de 50,000 hommes de pied \ Les résultats de cet acte furent immenses. Avant la fin de l'année, quelques villes des plus ligueuses, Meaux, Péronne, Orléans, Lyon, et quelques capitaines des plus ligueurs, Vitry, d'Estourmel, La Châtre, firent leur soumission. Mais ce n'était pas assez; le Roi voulut frapper d'un dernier coup les esprits indécis en demandant à l'Église
1 Heg. des Echevins.
* lb.; 12 octobre. — Licenciement du sieur Chavari et de sa femme, préposas à Boa ure paire.
3 \je mardi au soir, 27 juillet, vindrent les nouvelles nue le roy awit effectue sa bonne volonté , et fut à la messe dedans l'esglise S* Denis en France , là où assistèrent plusieurs èvesques et aullres seigneurs , avec protestation de viire et mourir en la religion catholicque, apostolicque et romaine.
Et pour rendre grâces à Dieu , le lendemain . fut faict procession généralle au matin après la grand'messe à S1 Père; et à l'issue et retour, fut chanté dedans l'esglise Te Deum laudamus , avec les chantres et orgues , et furent carillonnées toutes les cloches du clocher neuf au malin par les chantres. Et au soir furent faietz les feuz de joye devant la porte Royalle ; devant lequel feu furent sonnées les cloches du clocher vieil Marie et Gabriel par les chantres , et durant lequel feu furent chantez jpar lesdils chantres plusieurs mottetz : et le pareil se feist par la ville. (Heg. du uerc de l'œuvre; Arcn. départ.)
4 Reg. des Echevins; Séances des 22 et 27 juillet.
l'onction sainte. Reims , la ville du sacre , était encore occupée par les troupes de Mayenne ; Henri choisit pour cette auguste cérémonie Chartres, la ville de son bon Conseil !. Le sacre fut fixé au 27 février 1594.
1 Dans les derniers mois de 1593 , Henri IV était venu faire ses dévotions à Notre- Dame de Chartres, pour prouver au peuple chartrain sa sincère conversion : \jt samedi , £ octobre , environ cinq heures du soir , arriva en ceste ville le roy de France Henry de Bourbon ////*, lequel entra dedans l'esglise , et fut receu à la porte Hoyalle par Mr de Chartres en son pontificat et Messieurs de l'esglise rêvestuz de c happes de soyet et fut conduict jusqncs dedans le chœur, où il y avoit une oratoire pour le roy avec un ciel qui estoit pendu à la perche , auquel lieu feisl sa dévotion , et fut chanté Te Deum laudamus ; à l'issue duquel le roy s'en alla à l'évesché; et le lundy ensuyvant, le roy est parti de la ville. (Registre du Clerc de l'œuvre; Arch. départ.)