TOME II
Les immenses travaux entrepris par Louis XIV pour conduire dans les bassins de Versailles l'eau de la rivière d'Eure amenèrent le monarque à Chartres le 4 septembre 1685 *. Il fut reçu à la porte Drouaise par la Chambre et par M. le comte de Chàtillon , gouverneur , qui lui présenta les clefs. Le lendemain , le Roi examina les travaux jusqu'à Pontgouin et il repartit pour Versailles le 6 , après avoir fait ses dévotions à Notre-Dame.
On vit, en 1686, lors des assemblées préparatoires pour le choix des candidats à l'échevinage, combien les élections populaires sont difficiles à diriger. Malgré les précautions prises en 1677 , une cabale , organisée par des meneurs de la basse classe et dirigée contre la magistrature, donna un nombre considérable de voix au sieur Claude Cheron , commis à la re-
du 20 février 1676 et d'un arrêt du Conseil du 9 août 1682 , la ville y fit comprendre au mois d'août 1685, son aveu et dénombrement pour les places, fossés, fortifications, etc., ainsi que ses droits d'usage et de pâture sur les prés l'Evtaue et des Reculés, constatés par la transaction du 2 octobre 1446. (neg. de* Echevins; Séance du 7 août.)
1 14 août. Ordonnance de police pour l'entrée du Roi. Rues nettoyées, boutiques fermées; le soir, lanternes aux fenêtres du second étage de chaaue maison. (Ib.)
4 septembre. Arrivée du Roi , sur les quatre heures du soir. Il se rend au Louvre (l'évéené) où il est complimenté par le corps de ville. Compliments adressés également au Dauphin et à la Dauphine , à Monsieur et ù Madame , à M" de Conti et de La Roche-sur- Yon , à M. le Duc et à M™6 la Duchesse, à M. le duc du Maine, à M. le comte de Toulouse et à Mlle de Blois.
Le départ du Roi eut lieu, non par la porte des Epars, mais par celle Châtelet, parce qu'une de ses voitures avait été brisée au carrefour Sainte-Fov. (Ib.) Cet accident fut cause que les echevins prirent, le 11 septembre, un arrêté Je police par lequel il fut défendu à tous les propriétaires de maisons de construire des auvents élevés à moins de dix pieds au-dessus du sol et ayant plus de deux pieds et demi de châssis en largeur. (Ib.)
Le voisinage des troupes qui travaillaient à l'aqueduc de Maintenon, sous le commandement du marquis d'Uxelles, lieutenant-général des années de S. M., était loin de plaire à la ville. On craignit, au mois d'octobre, d'avoir à loger une partie de cette armée pendant l'hiver, indépendamment des trois ou quatre bataillons de la garnison ordinaire. La Chambre envoya le Lieutenant-général et M. de Milleville vers le marquis d'Uxelles pour le prier d'exempter Chartres de cette charge. Au mois de juin 1680, on fut obligé de sévir contre les boulangers qui, sous prétexte que le camp de Maintenon leur enlevait beaucoup de farines, n'approvisionnaient plus suffisamment leurs boutiques. Le 24 juillet , on lit défense aux cabaretiers et aubergistes de recevoir chez eux les soldats déserteurs des travaux de la rivière. Des maladies contagieuses s'étant déclarées dans le camp de Maintenon pendant les premières chaleurs de 1687, la ville fut transformée en hôpital pour les officiers malades. (Ib.)
celte des décimes, homme d'une naissance obscure et dont les antécédents s'accordaient peu avec une dignité municipale. Il y eut protestation de tous les corps constitués de la ville et requête présentée à S. A. R. par le Lieutenant-général, Maire perpétuel, pour obtenir que Cheron ne fût pas nommé. Le Prince accueillit ce désir, et il appela à l'échevinage , au mois de janvier 1687? MM. Claude Halgrain , conseiller au bailliage, et Alexandre Pintard , greffier du grenier à sel , qui avaient également réuni la majorité des suffrages \
Le Roi vint à Maintenon au mois d'avril 1687 * ; la compagnie alla le saluer , et Louis honora Chartres de sa présence le lundi 20 ; il entendit la messe dans la chapelle des cryptes et il repartit aussitôt après 8.
Les créations d'offices , imaginées par le contrôleur-général Pontchartrain à la fin de 1689, affectèrent vivement les libertés et les finances municipales. Les charges de greffier et de procureur de la ville furent les premières que l'on mit à l'encan. M. le marquis de Creil, intendant de la généralité, fit comprendre aux échevins qu'il était de leur intérêt d'enchérir, surtout pour l'office de greffier, fonction qui initiait le titulaire à tous les secrets de la compagnie ; ils s'exécutèrent, et un arrêt du Conseil-d'État, du 21 novembre 1690, fixa la finance à payer à la somme de 20,000 livres \ Ce fut bien autre chose en 1692 ; un édit du mois d'août créa des maires et des assesseurs de maires en titre d'office. Cette disposition frappait
1 Reg. des Echevins; Séances des 28 septembre 168C et 16 janvier 1687. — Les marchands commencèrent alors les sourdes menées qui devaient leur réussir peu après; ils sollicitèrent et obtinrent le 30 août 1688 un arrêt du Conseil , qui décida que sur les six échevins deux au moins seraient choisis parmi eux. (Arcn. impér., section Administ., E, 1,845 et 3,374, f» 294.)
* Le Roi venait d'être fort malade d'une fistule , pour la guérison de laquelle il avait subi une opération douloureuse. Le rétablissement de la santé du monarque fut célébré à Chartres, le 19 janvier 1687, par un Te Deum en l'église des Cordeliers et des feux de joie. (Ib.)
8 Les échevins , conduits par le Lieutenant-général , avaient été saluer le Roi i Maintenon le 19 avril et lui avaient offert quatre douzaines de bouteilles de vin. (Ib.)
4 tt>.; Séances des 26 août et 17 octobre 1690.
surtout le lieutenant-général Nicole, jusqu'alors maire perpétuel. La Chambre laissa des particuliers acheter les charges d'assesseurs ', mais quand il s'agit de la mairie , elle décida qu'elle enchérirait au nom de la ville, et elle chargea le Lieutenant-général de traiter directement l'affaire avec le Contrôleurgénéral. Ce magistrat fit connaître, dans la séance du 10 février 1693, qu'il avait offert 20,000 livres et qu'on paraissait assez disposé à les accepter lorsque le sieur Vintant , marchand , s'était présenté et avait enchéri jusqu'à 35,000 livres, au nom
1 Les acquéreurs de ces offices, au nombre de huit, furent les sieurs Pierre de fieaulieu , marchand tanneur et ancien juge consul , Paul Goussard , notaire royal , Léonard de Braquemont sieur de Feugerolles, Edrae Juteau, bonnetier, Michel Duhan, bourgeois, Eloi Fournier, avocat, Jean Girard, avocat, et Michel Tribalet, marchand. On fixa la finance à 3,000 livres par office. (Reg. des Echevins.) — Un arrêt du Conseil, du 1G juin 1693, décida que la moitié des echevins serait prise
Sarmi les assesseurs, et nue ces derniers auraient rang, séance et voix délibéralive ans les assemblées générales et particulières avant le Procureur du Roi. (lb.; Séances du 22 juin 4093 et du 26 septembre 1694.)
D'autres Chartrains furent pourvus a la même époque d'offices nouveaux créés par le Roi ou le duc d'Orléans pour se procurer de l'argent :
2 décembre 1692. Charge de vérificateur et rapporteur des défauts aux quatre mairies royales de Chartres , en faveur de Pierre Bignon ;
Même date. Charge de capitaine des guides du duc d'Orléans, au profit de Jean Champion ;
10 janvier 1693. Charge d'écuyer-cavalcadour de la duchesse d'Orléans, au profil de Théodore Lorin , sieur de Busse ;
Même date. Charge de greffier, garde et conservateur des registres de baptêmes, mariages et sépultures , au profit de Pierre Mahon ;
Même date. Charge semblable, au profit de Claude Bance;
10 février. Charge de gouverneur des pages de la duchesse de Chartres, au profit de Michel Baude;
Même date. Charge d'essayeur des ouvrages d'étain de la ville et faubourgs, au profit d'Elie Jacquelin;
17} mars. Charge do commissaire particulier aux revues des gens de guerre, au profit de Michel Auvray;
21 mars. Commission délivrée à Pierre Romeray, marchand , rue de la Clouterie, dépositaire de François Damaine , bourgeois de Paris , seul privilégié dans les terres du Roi, pour la vente des thés, cafés, chocolats, vanille et cacao;
22 juin. Charge d'expert-priscur arpeuteur-juré de Chartres, au profit de Pierre Salmon. (lb.)
Un édit de mars 1091 créa, moyennant finances, des offices de major, capitaines et lieutenants des compagnies bourgeoises. L'office de major fut accordé à M. Jean de Gyvès (Séance du 31 mai 1605); les capitaines furent MM. François Janvier , Philippe Tochon, Jacques Pastey, Alexandre Olivier, Nicolas Lebcau, Marin Tabouricr (12 octobre 169i), Jean Lebeau (19 octohrci, Jacques Vallou (20 juin 1695); les sieurs Charles Mallet, Marin Girard (1er octobre 1691), Simon Tochon, Denis Boutrouc , Toussaint Boutlon , Barthélémy Billette , Etienne Sénéchau , Pierre Corapaignon et Etienne Barrier acquirent les offices de lieutenant. (12 octobre et 19 novembre 1694, 23 janvier 169o; Jb.)
du corps des marchands de Chartres. Cette communication donna Heu à une discussion confuse dans le sein do l'échevinage, les uns demandant une assemblée générale, les autres voulant que l'on offrit la même somme que les marchands, et. les assesseurs tâchant de dissuader de pousser plus loiu l'enchère; on ne conclut donc à lien. Enfin, le 21 mars, M. Gilles Caniiaillc, marchand, ancien juge consul et échevin, se présenta à la Chambre, qui était présidée par M. Le Féron, conseiller en l'élection, doyen des échevius, et requit l'enregislremeut des provisions de Conseiller du Bai, Maire de la ville <!•■ Chartres, h lui délivrées le 7 mars, movennant quittance d'une finance de 85,000 livres, empruntée et fournie par la communauté des marchands. L'enregistrement eut lieu sur la réquisition de M. Beurrier, procureur du Roi, et M. Camiaille entra immédiatement en tondions '. L'or du commerce avait brusquement changé un état de choses durant depuis la lin du XI11* siècle.
' lier;, da Eeheuiut; Séames des 2 soptemlire 11192, 10 lévrier et 21 mars 169:1. — Le nouvel échevlnage ne voulut plus admettre dei -lie vin-, ecclésiastiques, mais le Chapitre en ap|>eta au Conseil, cl un arn1! «lu 25 mai Iti'.il le maiiiliiil dans le droil d'envoyer à l.i Cli.unlu-e ileuv iliaiioiiies rrliciiiis, il mil ilunl il jouissait depuis 1191 lArch. impér.; secl. Aduiiu., Ë, 1883. — IU>ij. des Kcliciii»; .Séance ilu •!'■'. nnveml>re 16&U.)
Les ae. italiens .'[ révi.ltiljnus n n j r . j « ■ « | >. ■ L . ■ - ir'.'iu|..-i Ii-'-i-tiI pas ta ville de prendre part aïer le reste ,li l.i lï.nnv ;m\ ;iieiv- île uns arme", il Y cul . le 01 iielfilire
16W, l'en île pue pour uj rieWn rMDMftèl 1 Sta&rfc parCatinat; le 25 avril 1G1II. ïe Ikum pour la prise de Mon»; In 13 juillet 1093, Te Ucum |Mjur ta prise deK»mur. (ih/- Je» Efiwfiuj
La ville envoya une ili'piil.ilien I l'.iris, li' 21 février 1691, pour fcliciler H. le duc de Chartres' el M"' de Mois sur leur mariage. SI. lloberl , isr.uiil-arcliidiaerc de Chartres, porta ta parole, llli. cl Mercure valant, février 11192, p. 3i3.)
On chant* des Te llenm, le 2 juin HiïKJ , pour ta prise d'Ih-idellier"; pur li duc de Lorges; le 22 juin, [mur la prise de lluse en dialogue; le I 1 ;nn"il , |> ■ l.i vieillira de Ncrwinde, remnortee par le maréehal de LrjpMDbMrl. ; le 27 octobre . pour
a prisi' île ('.harlemy. |% des Kcherin La Cathédrale , où avaient lieu ces ci
■s cérémonies d'apparat, venait d'élre ,l,-|i,iui!l,-,s plus pn'i'ii'iiv unii'iiieiils d'orfèvrerie: un mauvais suffi de Cluirtrr* nnmiiié Iiulian, lenanl i une lamille de haute luiur^'oisie, avait volé, dans la mai du 25 juillet I6',K), ta WjjaÎBqiiB lampe dm- /i» eistU. pesant 2.7 marcs, awc Hâme enrichi 'le peintures et de dorures, offerte en H120 par liane de Méilin-, eu léuieieiiaee de sa iléviiiion pour la V ie rge-a it x- Mi racles, Ce roi. ni OM une profonde indignation dans la ville , donna lieu à un procès criminel dont tous les incidents onl étérapportéMtaii-; le Mmjasiii ■ÛtsrMflM, année 1 MT>;i. ]> 1 12, llil cl 170
Nous devons mentionner d'autres mutations survenues pendant ces dernières années dans les rangs des hauts fonctionnaires chartrains. M. le chevalier du Liscoët, capitainecolonel des Cent-Suisses de la garde du corps de Monsieur, fut nommé, le 28 avril 1686, gouverneur de Chartres, en remplacement de M. le comte de Châtillon !. Depuis la paix intérieure c'était une charge absolument sans fonctions et qui ne donnait au titulaire que le droit de présenter les clefs au Roi 7 lors de ses entrées , et de toucher 400 livres par an , sur la caisse municipale , pour indemnité de logements \ M. l'évèque de Neufville de Villeroi mourut à Paris le 8 janvier 1 690 , à l'âge de quatre-vingt-deux ans; il fut inhumé dans la chapelle du séminaire qu'il avait fait construire au Grand-Beaulieu \ Ce prélat, qui laissa des regrets dans le diocèse, eut pour successeur le directeur et le conseiller de M"* de Maintenon , M. Paul Godet des Marais, l'un des docteurs les plus estimés de l'église gallicane. 11 ne Gt son entrée que le 16 septembre 1692, l'expédition de ses bulles ayant été retardée par suite des difficultés survenues entre la France et la cour de Rome *•
1 Reg. des Echevins; Séance du 9 septembre 1687.
* Il m'a été communiqué un certificat daté de Paris le 2 mai 1689 et signé Lise.oèt. par lequel ce seigneur déclare qu'eu sa qualité de gouverneur de Chartres il lui est attribué par 1rs états du Roi la somme de -100 livres pour son logement en ladite ville.
En ellet, une délibération de la Chambre, du 10 février 1093, constate le paiement fait ;'i M. du Liscoé't de la somme de 2,000 livres pour cinq années de loyer de son logement, (Reg. des Echevins.)
3 On trouve à la page 1,525 du 164e tome de Y Ordre du Saint-Esprit (cabinet généalog.; ltibl. imper.) un dessin au lavis du mausolée érigé dans l'église du séminaire à M. de Neufville de Villeroi, et une copie de l'épiUiphc sur marbre noir et blanc qui étnit attachée au mur du chœur.
On a de M. de Neufville un Règlement pour son diocèse, imprimé en 1660. (Recueil de l'abbé Brillon; catalogue des Mss de la liibl. commun., p. 1ÎJ0, 11-8.)
* L'entrée de M. Godet des Marais fut très-solennelle. M. Noël, avocat de la ville, gui fit la harangue , if oublia pas de parler de la direction donnée à la maison de âaint-Cyr par le sage prélat, assisté en cette œuvre par une pieuse dame beaucoup plus illustre encore par elle-même que par son élévation, (Reg. des Echevins.)
Les poètes chartrains célébrèrent à l'envi la venue de l'évèque Godet des Marais. Le marchand Claude Savait, probablement l'auteur de l'histoire de Saint-Maurice, fit imprimer chez Claude Peigné une pièce de vers latins intitulée : lliustrissimn rcclesiœ principi Paulo de uodet des Marais, episcnpatum Carnntensem solem-
Le nouvel évèque se fit bientôt connaître par ses vertus ; sa charité sans bornes, pendant la disette et les maladies contagieuses qui désolèrent le pays en 1693 et 1694, lui gagna tous les cœurs ', et pourtant ses revenus allaient être largement diminués par la création de l'évêché de Blois au préjudice de celui de Chartres (1695-1697) \ En 1695 le bailli changea; M. Servin, qui ne venait même pas à Chartres pour les convocations de l'arrière-ban *, fut remplacé, suivant lettres de
niter ingrédient* Eptthalamium. 1692. On lit, à la fin de cette pièce, l'anagramme suivant , de la façon d'Eustache Peny , élève de philosophie :
Paulus Godetus.
Ego pulsu datus.
Non hominis pulsu , sed pulsu numinis adsum; Ecce datus cunctis et data cuncta mihi.
(Collection Marchand; communiquée par M. Bellier de la Chavignerie.)
1 Procession générale à Josaphat, le mercredi 7 juillet 1693, pour la famine, la guerre et la peste. (Voir la Petite histoire de l'Eglise de Chartres, p. 178.) — 11 semble résulter d'une délibération du 28 juin 1694 qu'il y eut une autre procession générale le 7 juillet de cette année. Le pourpre fit de çrands ravages dans la pojputation en 1694. (Reg. des Echevins; Séances des 28 juillet 1693, 6 mai, 6, 9 et 28 juin 1691.)
* On donna à Blois les archidiaconés de Blois et de Vendôme et 54 paroisses de l'archidiaconé de Dunois. En compensation , on unit à l'évêché de Chartres l'abbaye de Joyenval , au val de Gally.
s L'arrière-ban était convoqué presque tous les ans depuis la guerre. Voici la liste des gentilshommes du bailliage, ajournés au 8 mai 1691, par le marquis de Creil, intendant d'Orléans , pour servir pendant la campagne :
Gentilshommes qui serviront en chef.
MM. de Bruet de la Chcsnaye, de Cosne de Rouvray, de Sain t- Vincent , de la Noix des Châteliers , de Gravelle d'Arpentigny , Martel de Chambine , de Reviers des Hayes, le comte de Vassé-Eguitly, de la Prière, de Dessus-le-Pont de Boisgarenne, du Doigt de la Poirière , Bailleul de Perray , de Durcet de Tansonville , Feydeau de Rouville , Serizy de Cernay, de Baigneaux de la Mairie de Dangers , de Bouglainval- Sailly, de Hou ville, de Prunelay, Dévoré de la Raguainière, Brissonnet d'Essay , Le Mairat de Guibert , Bauchard de Mormoulin , Sailly de Breval , Sailly d'Aumeaux , Le Bouleur des Brots , de Bellouis de Donueinain , de Beaumais de Chavannes , de Caruel de Meray , de Vassé de Valière , de Loubcrt du Sauce , de la Ferrière de la Boulaye , Rohard de la Goguerie , Contet de Mandeville , de Pronsac de la Hulière , de Saint-Paul de Masle, de Guérard de Maindreville , de Méréglise.
Gentilshommes qui feront à deux un cavalier.
MM. de Chartrain de la Soublière, Le Forestier de Douvre, de Comargon de Pré, Le Lieur de Poyers , de Tuillière de la Chapelle , de Cafardel de Sery , de Chalet , Giraudeau de la Noue , de Neveu du Boulay , Maigret de la Haye , Fremont de la Merveillère , Piguerre de la Motte-Loinville , Boiscler de la Mezaudière , de Bellesaises-Bois-Saint- Amant , Loubert de Nantilly , Scrizv de la Va renne , Philemain de Laubinette , de Bcaumaitre de la Fcrette , Dautin de ^aint-lllier , de Feugerolies , de Bellesaises de la Monuerie , de la Motte-Saint- Loup , Le Bouleur de Malnos , Imbert
commission du 28 mars, par M. Joseph-Jean-Baptiste Fleuriau, seigneur cT Armenonville, Gas et autres lieux, Consciller-d'État et Intendant des finances. Ce personnage présenta ses lettres à la Chambre, le 6 avril ' ; il rendit aux échevins de très-bons
de Saint- Arnoul des Bois , de Taragon de Chatonville , de Chartres du Bourgneuf , de Chartres de Belsard, de Tuillière de la Guimonière, de Dannes de Tessonville, Léger de la Coudrelle , des Mazis de Neufbois , Pellerin du Mousseau , des Essarte du Buisson-Maisonneuve , de Grenet du Cormier, de Courcelles de Beaulieu, du Doigt de la Rifaudière, du Buisson du Tortoy, Le Barbier de Bezus, de Vassé, clerc tonsuré, du Mouchet de la Mouchetière, de Vannier de Pré-Saint-Evroult, Egrot de Villemoret, dame Souche, veuve Duchamps de Crcmainville , du Val du Bourg, de Vion de Presle, Laurent des Autels du Bouchet, de Lancé de la Morlière, de Phelines de Carcassonne, de l'Estang, d'Arlange de Villarceaux, d'Escrones de Buttac, de Sacre de la Boulière , de Bongrain de Mondonville , de Lorville d'Ermenonville , de Villiers du Plessis , Rolant le Pelletier , Marivas de Clercy , Moucheron de la Chevalerie , Léger de la Noue-Boizard , des Guets de Chevrigny* de la Garenne de Saint- Vincent , du Buat de Flacourt , Evrard de Ileurteloup , Le Verrier de Guainville , des Mazis de Nuisement, de Fonteny de Menainville, de Beaufils de Valainville, Le Fôvre-Bricnueville , dame Bregeni, veuve du Fresne, de Brassard de Montanbœuf. de Théais des Maignèrcs , de Marigny, de la Mire de Semerviller, de Sabrevois de Sermon ville.
(Petite pièce imprimée; collection Marchand.)
1 La séance d'enregistrement des provisions de M. d'Armenonville à la Chambre de ville donna lieu a un fâcheux conflit. Le maire Camiaille avait cédé la place d'honneur au Bailli et allait s'asseoir à côté de. lui lorsque le lieulenant-généraf Nicole prit cette place. Camiaille se fâcha, Nicole excipa d'un arrêt du Parlement qui lui donnait la préséance après le Bailli; le Maire répondit que le Bailli n'avait pas lui-même séance à la Chambre et que Fou n'agissait en cette occasion que par pure courtoisie. M. d'Armenonvillc coupa court en demandant l'enregistrement de ses lettres, ce qui lui fut accordé. Cependant le Maire ne s'en tint pas là; dès le 15 avril il entama des poursuites devant le Parlement, contre le Lieutenant-général; le 18, M. d'Armenonville notifia son intervention en faveur de son lieutenant, et l'instaure suivit son cours.
Le ~2X , le Bailli dénonça à la Chambre une ordonnance par laquelle il faisait défense,, en sa qualité «le capitaine de Chartres, aux olliciers tlu Yidame, d'assembler leur compagnie et de taire battre la caisse , pour quoique ce lût , sans son ordre exprès ou celui de sou lieutenant-général. On riposta par une ordonnance portant injonction aux vidainiers d'obéir à la ville, selon le droit immémorial, et de venir, le premier dimanche de mai. |nendrc le Maire à l'hôtel commun pour le conduire en cérémonie au lieu où se tire l'oiseau, sous peine de 100 livres d'amende. Les vidainiers se conformèrent aux ordres des échevins. Celle nouvelle querelle lut apaisée par une transaction que la Chambre proposa le il» juillet et que le Bailli accepta définitivement le 12 juillet ITI'2. d'après laquelle on admettait que le commandement des vidainiers appartenait de droit à M. d'Armenonxille, nijuiainr, pendant sa présence à Chartres, mais qu'en sou absence, ce commandement revenait de droit à la ville chargée de la police, à l'exclusion du Licufniant-géuéml , simple lieutenant du Bailli et non du capitaine.
On tâcha d'arranger l'all'aire du Maire et du Lieutenant -général au mois de novembre Hjiir», et ou envoya à ce sujet une députation à M. le Bailli, qui se trouvait alors» à sa terre d'Armenonville (lli'y. 'tes Erhrvinsi ; mais on ne réussit pas , et le procès ne fut terminé que par un arrêt du 1 ï juillet , qui donna gain de cause au Lieutenant-général et condamna la ville aux dépens envers ce magistrat , lequel en fit remise le 13 janvier KiïML ilb.)
offices et acheta en 1702, de M. le chevalier du Liscoèt, le gouvernement particulier de la ville, ce qui lui lit prendra le titre dcGrund-Bailli, Gouverneur et Cai>itaine de Chartres' . Cependant l'administration de M. Camiaille n'avait pas tardé à soulever des plaintes '; il eut bientôt pour adversaires ses confrères les marchands eux-ménn-s. qui le farcirent à résigner ses fonctions et traitèreut de la place de maire, au mois de mars 1091», avec le lieutenant-général Nicole. La rentrée de ce magistrat à la Chambre, qui eut lieu le 23 mars, fut accueillie avec une vive satisfaction '. Au mois de juin H>hh . M. Nicole, voulant consacrer tous ses moments aux affaires de la ville, résigna la lieutenance-générale du bailliage, au profit de M. Charles Nicole, son fils, et conserva la mairie '.
I Reg. dti Eehtvitut; Séances des 5 décembre 1 702 et 2 janvier 1703.
H. d'Armcnonville s'entrcniil avec "le dans pUisii-urs affaire, concernant la ville, notamment dans relies îles Iran es- lie t.. el -lis ta\.>s. l'nur reconnaître, ses servira, la Chambre décida, le X novembre 1707, qu'elle ferait taire son portrait par le peintre Rigaull. pour la sn Ile des années, (76. J
II sri-.nt intéressant île li.vlii'rrluT si ir porlrail , cumulande .'i mi grand artiste, a élu" exécuté el en quelles mains il se trouve aujourd'hui.
' M. Camiaille avail |-ourLml monlré beaucoup d'activité et rie dévouement pour les intérêts île la ville, au début île sa mairie; irrite à ses sollicitations el à la protection de M™ de Maiiilenou et de M.M. de Ponlcliarir.iiu el il'AniiiTniiiville, on avait
obtenu que le droit dît pour les francs-tiels i les ions privilèges île la ville à tel
égard avaient été mis à néant) lui réduit à ;W,W'K> livres; d'un autre coté, d'cxrelleatn nulle in llffl de police concernant la nmrn'fl Bl w boulangers étaient sorties du Conseil de ville aux mois de juillet il d'octobre H.i'.W. l-i première querelle qui divisa le Maire et réchevinaire eul lieu à l'occasion des présents de vin du jour de l'an; H. Camiaille voulait que l'un supprimai ces radeaux . les éi hevins s» récriêrenl; on alla aux voix malgré le Maire, ri l'unanimité lui pour le maintien de ec vieil usage. (16janvier lliili.i l/s éilievins accusèrent ensuite le Maire de cumiuollre îles exactions, en malière de billets de l.i-emenl . de concert avec le sieur Auvray, commissaire aux revues; l'inlriidant d'Orléans lut obligé d'intervenir et de régler li tours de logements cnlre les non- privilégiés (±0 mars et 25 avril 1694). Fai même temps, les assesseurs se plaignirent de ce eue Camiaille ne prenait pu leurs avis,
iiiis.ul luit à sa lèle e i-ulMut seulement quelque.- imiri'liiind-, el snul.'iiail le
sieur Auvray dans -e- un un 'livres déloyales. iHi.i Les clioses allèrent si loin que li* cclicvins. sachant ipie i|iiclques quidam* étalaient eontre eux le peuple à rause de leur ortposilion au Maire, portfwt plaiule au lieutenant-criminel, (fi mai IflM; Ib.)
1 Les provisions de M. .Nicole, délivrées par le due d'Orléans, élaieul dalé'es du 17 mars 1606. (th.; Séances des -2> el ÏJ mars.) — l'ar décision de la Chambre du 5 juin , le liouIcTiant-narlieulicr Ixtellier lut réintégré dans le droit de séance el dans la présidence de la Compagnie, en cas d'absente du lieu tenant -général, flb.)
■ Les provision" de M. Charles Nieok étaient datées du 18 juin. Ce magistral fui maintenu au corps de ville, les lieu tenants- généraux en ayant toujours fait partie.
Le duc Philippe , frère du Roi et apanagisle du duché de Chartres , étant mort le 9 juin 1701 , le corps municipal députa M. le Maire à Paris pour saluer le nouveau duc d'Orléans. Ce Prince reçut très-bien les compliments de la ville et promit que son fils aine prendrait le nom de duc de Chartres ', promesse qui fut réalisée au mois d'août 1703 \
On revint en 1 704 au projet de la navigation de la rivière, et, cette fois avec toutes les apparences de succès, car l'affaire était en bonnes mains. En effet, le Roi accorda, au mois de novembre , à M™ la marquise de Maintenon l'autorisation de canaliser l'Eure depuis Chartres jusqu'au Pont-de-P Arche, ensemble les affluents et ruisseaux , y compris les canaux ci-devant faits par Sa Majesté. Les travaux commencèrent au printemps de 1 705 ; le 1 7 août, M. le maire Nicole alla en grande cérémonie poser la première pierre du nouveau port , et, le 9 novembre, ce magistrat put faire examiner à M. le bailli d'Armenon ville les gros ouvrages de maçonnerie et les écluses déjà terminés. Cependant l'entreprise eut le sort des précédentes et il n'en fut bientôt plus question \
au dire des échevins. (Reg. des Echevins.) D'ailleurs, M. Charles Nicole acquit en 1702 la charge de lieutenant de maire, ce qui lui donnait naturellement séance. (Ib.; 12 septembre 1702.)
1 lb.; Séances dos 20 juillet et 22 août 1701 .
1 Te Deum et feu de joie à cette occasion, (lb.: Séances des 11 et 19 août.) On avait eu pondant ces dernières années plusieurs autres occasions de chanter des Te Deum, savoir: le 10 septembre 1090, pour la paix avec le duc de Savoie; le 10 juin 1097, pour la prise d'Ath; le 25 août, pour la prise de Barcelonne; les 24 novembre 1097 et 9 janvier 1098, pour la paix; le 9 septembre 1702, pour la prise de Luzara et la victoire remportée en Italie par le roi d'Espagne; le 2o mars 1703, jMuir la prise du fort de Kehl.
La ville rendit encore au ciel de solennelles actions de grûce le 5 juillet 1704, à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne. (Ib.)
8 lb.; Séances des 8 avril et 23 décembre 1701, 15 et 17 août et 9 novembre 1705. — I*. 17 août, M. Nicole, maire, assisté de MM. Beurrier, procureur du Roi , Libour , garde-scel , Texier , échevin , et Foisy , greflier de la ville , se rendit au lieu où se construisait le port destiné à la retraite et décharge des bateaux, hors la porte Drouaisc, et y posa la première pierre sous laquelle furent enfermés plusieurs jetons d'argent et autre métal aux armes d<- M. dWrmenonville, gouverneur, et dudit sieur maire. M. Bouvart, receveur des deniers communs, donna une gratification de 20 livres aux ouvriers. (Ib.i
Les créations d'offices municipaux, moyen financier assez misérable , continuèrent pendant les premières années du XVIIP siècle, si funestes à la fortune de la France et à la gloire de Louis XIV. Trois charges d'échevins héréditaires furent instituées en 1704; le sieur Gilles Camiaille, ancien maire , en acheta une * . Bientôt après on créa un M aire alternatif d un Lieutenant de maire; M. Noël fut pourvu de la première de ces charges (1708) * ; l'autre eut pour titulaire M. Robert Gouault (1708) 8. M. Nicole n'en resta pas moins maire perpétuel et il exerça cette importante fonction à l'entière satisfaction des habitants jusqu'au mois de mars 1711, époque de sa résignation au profit de M. Nicole du Plessis, son second fils \
Les malheurs et les deuils particuliers à la ville correspondirent à ceux de la France durant cette dernière et bien triste période du règne du grand Roi. Les gelées de mai 1708 endommagèrent les vignes, et la rigueur de l'hiver de 1 709 5 jeta la misère dans la population. Le bureau des Pauvres eut près de 5,000 personnes à secourir. L'évêque Godet des Marais, dont les aumônes n'avaient pas fait défaut aux malheureux
1 Reg. des Echevins; juillet 1704.
* lb.; 8 mai 1708.
3 lb.; septembre 1708.
4 Le licutenant-^'n^ral Charles Nicole , fils aîné du Maire , était mort le 25 février 1711; cette perte influa probablement sur la décision de son père, oui résigna immédiatement ses fonctions municipales. M. Nicole du Plessis fut installe le 3 mars, (lb.)
5 11 y avait déjà eu de très-fortes gelées en 1684 et 1698; pendant cette dernière année le vin vieux de 1697 valut à aaiut-Père 62 livres la rondelle, soit 248 livres la queue ; le vin nouveau se vendait 50 ou 60 écus la queue et le cidre 40 livres le poinçon. En 1708, la celée de mai fit le plus grand mal aux bourgeons des vûmes. Le vin valut 25 et 28 écus le poinçon , le cidre 20 et 30 livres. A la Saint-Martin d'hiver la pinte de vin coûta 6 sous, en avril 1709, 8 sous, et 12, 16 et 18 sous jusqu'aux vendanges. L'hiver de 1709 fut le plus rude que Ton eût vu de mémoire d'homme. La gelée commença le lendemain des Rois et ne finit que le 25 janvier. A llliers , le blé de semence se vendit 48 livres le setier et le pain de neuf livres 30 sous. Presque tous les arbres fruitiers moururent. La vigne fut tellement endommagée qu'on parlait de la couper au pied. En 1710, la récolte en vins fut médiocre, mais on vendit au cloître une très-grande quantité de raisins en grappes dont les habitants faisaient des râpées. La queue de vin nouveau se vendit 200 livres, soit 50 livres la rondelle. (Continuation au Journal de Jean Bouvart; collect. Marchand.)
en cette triste circonstance , mourut le 26 septembre 4 709 ' ; il fut remplacé par son coadjuteur et neveu, M. Charles-François de Monthiers de Mérinville , qui fit son entrée le 2 juin 1710 \ Ce nouveau prélat , héritier des vertus de son illustre prédécesseur, trouva bientôt l'occasion de manifester sa charité, car la rivière déborda le 17 février 1711, se répandit dans toutes les rues de la basse ville et dévasta les prairies de la vallée \ Le 25 du même mois, M. le lieutenant-général Charles Nicole, homme vivant et mourant de la ville, mourut *; sa charge passa à M. Etienne Nicole, son fils. Le vieux lieutenant-général honoraire et ex-maire perpétuel, Jacques Nicole , ne survécut pas longtemps à l'aîné de ses enfants ; il succomba le 7 janvier 1713 , emportant les regrets de ses anciens administrés \ Enfin, la mort alla encore frapper cette honorable famille, le 21 mars 1714, dans la personne du
I M. Godet des Marais mourut d'un ulcère aux poumons pour lequel il était traité par M. Claude Bouvart, docteur en médecine, fils du rédacteur de la continuation du journal de Jean Bouvart.
Ce prélat fut extrêmement regretté dans son diocèse. Il introduisit à Chartres les dames de l'Union Saint-Chaumont , pour la conversion des protestants.
Plusieurs mandements de M. Godet des Marais sont très- remarquables. On cite, en particulier, celui qu'il fit en 1 703 contre l'écrit janséniste intitulé Cas de conscience. Un autre de ses mandements, daté de 1697, supprime un grand nombre de fêtes chômées, qui enlevaient une partie de l'année à l'agriculture. (Chartres, chez Peigné.) Ces pièces, très-rares maintenant, font partie de la collection Marchand.
* M. de Mérinville prit possession à l'aigle du cho'iir le 2i avril 1710, en vertu des bulles du pape, et fut sacré par M. de Noailles, archevêque de Paris, le 2fi mai suivant. On fit sur son nom l'anagramme suivant :
Charles-François de Monthiers de Mérinville;
Je ferai des merveilles, chacun me louera.
(Journal de Bouvart; continuation.)
5 Ib. — La misère fut très-grande pendant l'été, et, pour y remédier, on fit une loterie de 20,000 billets à 10 sous, composée de 250 lots, savoir : 450 pièces de serge et 800 aunes de toile tissées par les pauvres. Cette loterie, qui était la seconde imaginée par le bureau, fut tirée a l'évéché le fi juillet. (Chapitre, M i scella nea ; Bureau des Pauvres, n° 8, B, i; Arch. départ.)
II y eut le 0 octobre un tremblement de terre dont on sentit les secousses en quelques maisons de la ville; les guetteurs crurent que le clocher neuf allait tomber. (Journal de Bouvart.)
4 Voir la note i de. la page 459 ci-dessus. — M. Nicole du Plessis, maire, fut présenté au duc d'Orléans comme homme vivant et mourant en remplacement de son frire. (Ib.; 25 avril 1713.)
8 La Chambre alla en corps à son convoi le 9 janvier. (Reg. des Echevinsj
nouveau lieutenant-général , M. Etienne Nicole '. Ce magistrat eut pour successeur dans ses fonctions judiciaires M. Nicole du Plessis, qui reprit le titre traditionnel de Lieutenant-général et Maire perpétuel.
On vivait dans une ère de douleur, et les événements publics fournissaient à la ville plus d'occasions de réciter des prières funèbres que de chanter des Te Deum. Louis XTV n'eut pas seulement à déplorer les défaites des armées françaises ; il vit mourir, le 1 4 avril 1711, Monseigneur le Grand- Dauphin f ; le 12 février 1712, la charmante duchesse de Bourgogne, nouvelle Dauphine ; le 18 du même mois, le duc de Bourgogne, Dauphin, Pélève chéri de Fénélon 8; le 8 mars, le jeune duc de Bretagne, l'aîné des enfants du duc de Bourgogne. Le duc de Berri, second des fils de Monseigneur, succomba aussi, au mois d'avril 1714 \
Cependant, la naissance du duc d'Anjou, troisième fils du duc de Bourgogne (février 1710) 8, la victoire de Denain qui sauva la France (24 juillet 1712) 6, le traité de paix signé à Utrech, le H avril 1713, entre la France, l'Angleterre, la Hollande , la Prusse , le Portugal et la Savoie 7 , la prise de Landau (20 août), l'entrée solennelle de M. Fleuriau de Morville, Grand-Bailli par résignation de son père (3 septembre) 8, la prise de Fribourg (16 novembre), et enfin la
1 La Chambre alla à son convoi le 23 mars 4714, mais sans tirer à conséquence, le sieur Etienne Nicole ne tenant pas à la mairie. (Reg. des Echevins.)
1 5 mai. Service funèbre pour le Grand-Dauphin. (Ib.)
3 20 février. Service semblable pour le duc de Bourgogne. (Ib.)
* Cette mort empêcha le Te Deum projeté le 5 mai à l'occasion de la publication de la paix avec l'Empereur. (Ib.)
' 25 février. Te Deum pour la naissance de M. le duc d'Anjou. (Ib.)
6 /J août. Te Deum et grandes réjouissances pour la victoire de Denain. (Ib.)
7 6 juin. Te Deum pour la paix. (Ib.)
8 M. Charles- Jean-Baptiste Fleuriau, seigneur de Morville, Procureur-général au Grand-Conseil , ayant fait connaître son arrivée et celle de son père pour le 3 septembre, les communautés , la maréchaussée, le Vidame, allèrent au-devant d'eux jusqu'à Col tain ville. Les echevins, conduits par M. Noël, maire alternatif, les reçurent a la porte Saint-Michel, et, après les compliments d'usage, ils les accompagnèrent
paix conclue entre la France et V Autriche (7 mars 4744) ', firent un peu diversion à la tristesse que les malheurs de la famille royale causaient aux Chartrains.
Louis XIV, en mourant le 1er septembre 4745 *, emporta la consolation de laisser le royaume sinon prospère , du moins en repos du côté de l'extérieur. Le nouveau Roi était un enfant de cinq ans ; le duc d'Orléans , nommé seulement chef du Conseil de régence par le testament du feu Roi , fut investi de l'autorité la plus absolue par le Parlement. Le corps municipal députa à ce prince, le 40 septembre, MM. Nicole du Plessis, maire, Recoquillé, lieutenant de maire, Noël, maire alternatif, et Beurrier, procureur du Roi, pour le complimenter au nom des fidèles habitants de la seconde ville de son apanage \
Chartres fournit plus d'une œuvre remarquable à la littérature du grand siècle. Cependant la poésie n'entre que pour une très-faible part dans les productions des compatriotes et successeurs de Régnier ; mais ils s'illustrèrent dans la théologie, la morale, l'histoire , la philologie et l'esthétique.
Nous n'avons à citer en poésie que les traductions de Y erotique président Claude Nicole (1693) \ Nous n'appellerons
jusqu'à l'évéché, où leur gîte était préparé. Le lendemain ces Messieurs entendirent le Te Deum qui fut chante pour la prise de Landau , allumèrent le feu de joie et remontèrent en carrosse pour retourner à Armenonville. 11 y avait à cette réception plus de 500 hommes sous les armes, avec piques, hallebardes et épées. (ïieg. des Eciievins et continuation du Journal de Bouvart.)
1 20 avril, 21 mai et 55 septembre 1714. Publication de la paix, Te Deum et feu de joie. (lieg. des Echevins.)
* Services à la Cathédrale pour Louis XIV, les 24, 25 et 26 novembre 4715; M. de Mérinville oflicia et l'oraison funèbre fut prononcée par M. Gontier, théologal. (Ib. et Catal. de la Bibl. imper., vol. 2, p. 319, n° 4,471.)
8 Le sieur Espitalier, chartrain, fit imprimer, en 1710, chez Nicolazzo, une pièce intitulée : l je parfait et souverain régent, ou les sublimes et excellentes qualités de S. A. H. Mjt le duc d'Orléans. (Bibl. impér.; Catal., vol. 2, p. 327, n<> 74.)
4 Claude Nicole de Bain ville , président en l'élection de Chartres , oncle du célèbre théologien Pierre Nicole et parent des lieutenants-généraux de ce nom , naquit à Chartres en 1 01 6 (il fut baptisé à Sainte-Foy le 9 octobre) et mourut dans la même ville le 22 novembre 1686. Il donna au public deux volumes de traductions ou d'imitations des Amours d'Adonis du cavalier Marin , de la Proserpine de Claudien , des erotiques et des satiriques latins , du quatrième livre de l'Enéide , et des psaumes de
l'attention du lecteur ni sur les Questions pratiques et canoniques du doyen Nicolas-André Félibien (1680-1 711) l, ni sur les écrits théologiques du chanoine Félibien (1673-1716) f, dont quelques-uns firent du bruit, ni sur les remarques et descriptions artistiques de Jean -François Félibien, moins célèbre par son mérite que par son nom (1687-1733) \ Nous mentionnerons en passant les travaux sur l'histoire de la ville, de Notre-Dame et des monastères de Chartres, accomplis avec plus ou moins de bonheur par Pintard * ,
David. Une des rares pièces originales sorties de sa plume est intitulée le Parc de Rambouillet, caprice, et contient un éloge pompeux de M. de Montausier et de la divine Julie d'Angennes. (Paris, de Sercy, 1693 et CI. Prud'homme, 4705.) Le président Nicole écrivait avec une grande facilité , mais son vers est languissant , peu Harmonieux et dépourvu de trait. Ce poète magistrat demeurait à Chartres dans une maison qui avait une sortie sur la petite rue de la Bourdinièrc. (Voir volume Ier, page 243, note 1.)
1 Questions pratiques et canoniques sur les cinq livres des Décrétâtes de Grégoire IX, ouvrage manuscrit, en six volumes, conservé à la bibliothèque communale. Nicolas-André Félibien, fils aîné d'André Félibien, dont il sera bientôt parlé, fut doyen du Chapitre. U mourut le 16 septembre 1711.
1 Jacques Félibien , frère d'André , chanoine et archidiacre de Vendôme en l'église de Chartres, né à Chartres et baptisé à Saint-Maurice le 26 avril 1637, mort le 23 novembre 1716, fit paraître divers ouvrages de critique religieuse, dont l'un, intitulé Pentateuchus historiens (1703-1704), fut supprimé par arrêt du Conseil, parce qu'il avait été imprimé avec la seule permission de l'évéque de Chartres et sans privilège du Roi.
M. Emile Bellier de la Chavignerie vient de faire paraître (1856. Garnier à Chartres) une intéressante étude bibliographique sur le Pentateuchus de Jacques Félibien.
9 Jean-François Félibien , fils d'André et son successeur dans ses places , né à Chartres vers 1664 et mort à Paris en 1733, composa divers ouvrages d'architecture et de biographie artistique peu estimés aujourd hui. (Voir le Mercure de France du mois d'août 1/33, p. 1,848.)
* Alexandre Pintard (plus correctement Pintart), ancien échevin, greffier du grenier à sel et percepteur des revenus des maladreries et léproseries du diocèse , a composé une Histoire chronologique de Chartres , depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1 700 , dans laquelle il a très-souvent mis à contribution les ouvrages de Roulliard , de Duparc et de Souchet , mais qui contient quelques parties originales et assez bien étudiées, entre autres celle relative aux Monnaies. Cette histoire est inédite; le manuscrit autographe appartient à la bibliothèque de Chartres; il en existe plusieurs copies, dont l'une se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal. M. Lejeune possède un recueil d'extraits de chartes et titres divers, fait par Pintard comme travail préparatoire. Le style de cet auteur est lourd et terne; comme ses devanciers , il accorde une très-large place à l'histoire ecclésiastique et s'occupe peu de l'histoire communale.
Chevard , qui cependant cite à tout propos l'histoire chronologique , a fait de Pintard un chanoine. (Voir Y Histoire de Chartres, par Chevard, vol. 1er, p. 223 et 458, vol. 2, p. 129, 240, 362, 379, 390 et 4*0.)
Chaline * , Sablon * , Jacques Anquetin 8, fr. Etienne Gaultier *, fr. Nicolas Lefebvre ', dom Fabien Buttreux §, dom Bernard Àubert 7 et Claude Savart * (deuxième moitié du XVII' siècle) , et nous nous arrêterons un instant aux ouvrages des cinq écrivains cbartrains les plus distingués de cette époque : Souchet, Thiers, André et Michel Félibiea et Pierre Nicole.
Jean-Baptiste Souchet , docteur en Sorbonne et chanoine
1 Charles Chaline, premier avocat du Roi au Présidial, a écrit, dans les premières années du XVIIIe siècle , une Histoire de Chartres , inédite , qu'il a divisée en deux parties : Chartres payenne et Chartres chrétienne. Cet historien a puisé aux mêmes sources que le précédent; il n'a rien tiré de son propre fonds, mais on doit reconnaître qu'il ne manque pas absolument de critique et que son style est assez correct. Les copies de l'ouvrage de Chaline sont rares.
Charles Chaline était probablement le fils d'un autre Charles Chaline , élu en l'élection en 1609, échevin en 1619, avocat du Roi en 1631, lequel prononça, à l'audience du bailliage du 30 octobre 1610, un panégyrique de Chartres qui fut imprimé à Paris, chez la veuve de Guillaume Pelé, 1012, in-4°. (Bibliot. dtartraine de Dom Liron, avec notes de l'ahbé Brillon; Bibliot. communale. — Voir aussi les séances de la Chambre des 28 novembre 1609, 13 octobre 1619 et 24 mai 1631.)
1 On a de Vincent Sablon , chartrain , qui vivait dans la seconde moitié du XVD* siècle, une Histoire de l'auguste et vénérable Eglise de Chartres, imprimée chez Etienne Massot, réimprimée chez sa veuve en 1696, in-18, puis chez Nicolazzo, 1715, in-12. C'est un abrégé de la Parthénie de Roulliard.
* Jacques Anquetin , notaire apostolique et procureur en Cour épiscopale , nommé greffier de la ville en 1667, fit paraître en 1681, chez la veuve Cottereau, une pièce intitulée : La Beausse desséchée , ou Discours sur la procession générale faite à Chartres le iS juin 1681. ■
4 Martyrohgium conventus Carnutensis fratrum minorum per fratrem Ste-
phanum Gaultier, conventus iilium et quondam fratrem gardianum. Parisiis apud Scbastianum Martin, 1055, petit in-8°.
8 Prœdicator Carnutensis , sire institutio conventus Carnutensis Fratrum Prœdicatorum, auctore Nicolas Le Febvre doct. thcolog. et relig. conv. Carn. ejusdem ordinis. Carnuti, Peigné, 1637, in-8°.
6 Histoire du monastère de Josaphat-lès-Chartres , par dom Fabien Buttreux , 1668; un vol. grand in-folio, manuscrit inédit de la Bibl. communale. Cet ouvrage renferme des renseignements assez curieux sur le couvent.
7 Véritable inventaire de l'histoire de la royale abbaye de Saint-Père en vallée de Chartres, par dom Bernard Aubert, prêtre religieux et supérieur de ladite abbaye. 1672, petit in-folio, manuscrit inédit. Ce livre a été utile à dom Muley et à M. Ciiiérard. (Voir Prolégomènes du Cartulaire de Saint-Père de Chartres, 1er vol.; Recueil des documents inédits.)
* Le sieur Claude Savart, ancien juge consul et marguillier de Saint-Maurice, composa une Histoire de l'Eglise collégiale et parochialle de Saine t-Maurice-lès- Chartres, 1671, manuscrit inédit, petit in-l°, qui appartient à la Bibl. communale. C'est un recueil de fables grossières entremêlées de quelques renseignements curieux, que l'abbé Brillon a dépouillé avec sa sagacité ordinaire.
de Notre-Dame, né à Chartres le 3 janvier 1588 et mort dans cette ville le 8 avril 1654 ', donna en 1647 une édition des œuvres d'Yves, évoque de Chartres (Paris, Laurent Cottereau, in-fol.) et, en 1649, une édition de la vie du bienheureux Bernard , fondateur et premier abbé de Thiron , par Geoffroy Le Gros (Paris, J. Billaine, in-4°). 11 laissa en manuscrit une Histoire de la Ville et de l'Eglise de Chartres * qui dénote un immense savoir et un jugement généralement très-droit. Souchet connaissait à fond les archives du Chapitre et des couvents de Chartres; aussi l'histoire ecclésiastique est-elle la partie la plus complète et la plus satisfaisante de son ouvrage ; quoique chanoine très-zélé , il n'accepte pas sans discussion toutes les traditions rapportées dans les anciennes chroniques de l'église 8; il aime volontiers à s'appuyer de preuves, on
1 Le testament olographe de Souchet, daté du 21 août 1651 , fait connaître que cet écrivain avait alors 03 ans 7 mois et 18 jours, ce qui reporte sa naissance au 3 janvier 1588. 11 était fils de Jean Souchet et de Marie Hersent, qui demeuraient sur la paroisse de Saint-Michel. D'après ce testament, déposé chez Contet, notaire et secrétaire du Chapitre , et dont j'ai sous les yeux une copie imprimée , la famille de Souchet habitait Chartres depuis trois siècles et avait sa sépulture dans la nef de Sainte-Foy, en avant du dernier degré du jubé; c'est aussi en cet endroit que le testateur exprima le désir d'être inhumé. Souchet institua l'HAtel-Dieu son légataire universel , a la charge de deux services perpétuels pour les âmes d'Edmond Rivière et de son neveu Jacques Chasles, ses bienfaiteurs; ce legs comprit notamment des terres à Maindreville; il laissa un souvenir à toutes les paroisses de la ville, au Cha-
Sitre de Saint-André, dont il avait fait partie, a l'église de Morancez et à celle 'Abondant, dont il avait été curé, aux abbayes des Hautes-Bruyères et de Belhomer, au monastère du Paradis , diocèse de Condom , en mémoire des bienfaits qu'il en avait reçus pendant qu'il étudiait à Agen et à Toulouse. Il fit don à la bibliothèque du Chapitre de tous les manuscrits lui appartenant et particulièrement des Observations Je Jean de Hesdin sur l'Epitre à Titus (Catalogue des mss. de la Bibliot. communale, n° 425); il partagea le surplus de ses livres entre les Jacobins, les Minimes, les Capucins et les religieux de Josaphat. Ses exécuteurs testamentaires furent le chanoine Bonavcnture Oudineau et le bourgeois Claude Rousset.
1 Le manuscrit autographe de Souchet appartient à la Bibliothèque communale. Il en existe quelques copies, abrégées pour la plupart, dont l'une se trouve à la Bibliothèque impériale.
L ouvrage de Souchet a été réduit en 1 701 par le chanoine Etienne ( manuscrit de la Bibliot. commun.) et donné par extrait, avec des corrections et annotations, vers la même époque, par M. Mareschaux, doyen du Chapitre, (Ib.)
1 Ainsi , Souchet repousse la tradition qui fait les évêoues comtes-propriétaires de Chartres antérieurement au XIe siècle. S'il n'admet pas 1 incendie de 119i, fait dont la découverte est due en grande partie à une science qui n'existait pas encore de son temps , & l'archéologie , le savant chanoine reconnaît que le passage du Poème des Miracles relatif à l'incendie de 1020, dont l'interpolation a été démontrée dernière-