‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 6 sur 118 · TOME H · texte numérisé non relu

TOME H

tions de grâce à Saint- Père pour le dimanche d'après la Purification 1413 , et les habitants assistèrent d'autant plus volontiers à cette cérémonie que la contagion cessa en même temps que les hostilités1. Cependant la guerre civile n'était pas éteinte partout ; elle durait encore à Paris retombé sous le joug des bouchers ou cabochiens. Le duc de Bourgogne luimême était devenu impuissant à calmer la fureur de cette populace qui avait pris pour chef le beauceron Hélion de Jaoqueville, homme bien habile de son corps \ Le 25 mai, Charles VI promulgua, un peu à contre-cœur et pour satisfaire aux exigences des confédérés du Tiers-Etat dits Chaperonsblancs, une sorte de code de police et d'administration ; l'article 39 des lettres-patentes données 5 cet effet supprime la guette de la tour de Chartres , comme ne servant à rien et coûtant d'entretien 13 livres 3 sous 4 deniers , par an \

Louis de Bourbon , comte de Vendôme , profita de ce moment de repos pour accomplir un vœu qu'il avait fait à Notre- Dame de Chartres en sortant de la prison où son frère le comte de la Marche le retenait depuis dix mois. La procession du Chapitre du mercredi des Rogations, 31 mai 1413, revenant de Sain t-Martin-au- Val par Saint-Lubin, rencontra ce Prince près du lieu de Mautrou , au bout du pavé de Bon ne val. Louis de Vendôme mit pied à terre, suivit la procession à la cathédrale et assista au reste de la férié ; le lendemain , jour de l'Ascension, il se rendit, à l'issue de matines, nu, en chemise , tenant un cierge à la main , devant la porte royale où le clergé vint le recevoir. Il accomplit dévotement son vœu à

1 Procession générale à Saint-Père , pour rendre grâces à Dieu , quod per suam graeiam cessata est mortalitas et guerra. (Reg. capit.; Séance du 3 février 1418.)

1 Juvénal des Ursins , p. 481 .

1 Ordonn. des Rois de France, vol. X, p. 79. — Cependant la guette de la tour se trouve encore comprise pour un salaire de 8 d. par jour, dans les comptes du Domaine de 1439-1440 à 1512-1513. (Copies de ces comptes dans le Recueil de Laisné, prieur de Mondonville, vol. 5, p. 21 et suivantes; Mss. de la BiblioC impériale.)

l'autel de la Vierge-Noire et fit donation au Chapitre, par acte du 2 juin , de soixante livres tournois de rente sur le comté de Vendôme et les ch à telle nies de Mondoubleau et d'Epernon , à la charge d'une messe à chacune des cinq principales fêtes de l'année \

L'anarchie qui existait à Paris sous le gouvernement ultradémocratique des bouchers détermina les princes à se rapprocher ; le duc d'Orléans et ses partisans adressèrent aux ducs de Berry et de Bourgogne un factum dans lequel ils exposaient, entre autres choses , qu'il fallait soustraire le Roi, la Reine et le Dauphin à la tyrannie des gens de Paris et les conduire en lieu sûr, Chartres, par exemple. La paix dite de Pontoise, conclue au mois d'août par suite de ces ouvertures, fut le signal de. la chute des cabochiens et de l'avènement des Armagnacs , car dans ce temps malheureux on ne pouvait se débarrasser d'une faction sans tomber sous le joug de la faction opposée. Ce revirement d'opinion se manifesta à Chartres par un changement de bailli ; le sire de Douxménil , qui avait su conserver cette charge pendant dix ans, ce qui témoigne assez de la souplesse de son esprit, fut remplacé par Simon de Morainvillier , écuyer, gentilhomme de la maison du duc d'Orléans. Les Armagnacs du pays purent alors relever la tête. On remarquait parmi eux les religieux de Josaphat, auxquels le duc d'Orléans accordait une rente annuelle de dix livres tournois sur le comté de Dunois \ L'évêque de Chartres, Me Martin Gouges, qui n'était pas revenu dans son diocèse depuis 1411, rentra en faveur en même temps que ses patrons ; nous le voyons siéger au mois de juillet 1414 parmi les conseillers au Grand- Conseil du Roi , et, comme il estoit bien habile sur le faict

1 Papiers du Chapitre, caisse 3, A, p. 72; Arch. départ. — Souchet, p. 49; Bibl. communale. — Par acte canilulaire du 2 décembre U14, les chanoines nermirent au duc de Vendôme de bâtir la chapelle hors-œuvre qui porte son nom. (Voir vol. 1" p. 208.)

* Voir volume 1», p. 292, note i.

des finances , il remplaça , vers la fin de cette année , M* Jirvénal des Ursins dans la charge de chancelier du Dauphin ',

L'année 1415 fut fatale à la France. Les Anglais et les Bourguignons reprirent les armes, et la journée d'Azincourt (25 octobre) vit se renouveler les désastres de Crécy et de Poitiers. L'ancien évêque de Chartres, le belliqueux Montaigu, les sires Jean et Gauvain de Dreux, le vicomte du Tremblay, le sire Hector de Chartres le jeune et ses deux frères furent au nombre des morts ; le duc d'Orléans tomba au pouvoir des ennemis. Après cette bataille, le duc de Bourgogne se dirigea sur Paris, mais le Dauphin, son gendre, se hâta d'y réunir tous les Français survivants et envoya Martin Gouges, son chancelier, vers Jean -sans -Peur, pour lui signifier d'arrêter sa marche. L'hésitation du vainqueur sauva la France. Le Dauphin étant mort le 18 décembre, Jean duc de Touraine, son frère, devint héritier du royaume ; mais ce changement ne fit pas dévier la cour de sa politique alors favorable aux Armagnacs , et l'évèque de Chartres fut expédié de nouveau , au mois de janvier 1416, près du duc de Bourgogne , pour le sommer, de par le Roi , de déposer les armes.

Les Armagnacs de Chartres , prévoyant un conflit , s'efforcèrent de mettre la ville dans le meilleur état de défense possible; ils avaient obtenu du Roi, au mois de décembre 1415 , la permission d'appliquer pendant dix ans à l'entretien des fortifications l'impôt du dixième du vin * ; les travaux furent menés avec activité en 1416. Au mois de juin de cette année, le connétable d'Armagnac fit nommer aux fonctions de bailli et de commandant supérieur de la Beauce le sire Simon de Dreux , seigneur de Beaussart , conseiller et maître d'hôtel du Roi. Ce nouveau magistrat, connu depuis longtemps des Chartrains, signala son avènement par une mesure de sévérité

1 Juvénal des Ursins, Hist. de Charles VI, p. 502.

* Pancarte municipale, vol. 2, p. 3, v°; Arch. de la Mairie.

contre les bouchers meneurs du parti bourguignon ; à l'instar de ce qui s'était fait à Paris ', il provoqua et obtint du Conseil du Roi , au mois d'octobre , une ordonnance qui abolit la communauté de la boucherie de Chartres et réunit ses biens au domaine \ Après avoir accompli cet acte et s'être assuré des ressources de la ville en cas de siège , Simon de Dreux , trop grand personnage pour occuper longtemps le bailliage , le céda au commencement de 1417 à Gilles de Chonvilliers ou d'Eschevillier, seigneur d'Aunay-la-Rivière et de Ver-le-Grand, écuyer d'écurie de la Reine, et remit la capitainerie de la ville au bourgeois Regnault Sequart. L'évêque Philippe de Boisgiloud, qui avait remplacé en 1415 Martin Gouges transféré au siège de Clermont, fit son entrée le 14 juillet 1417, en présence du nouveau Bailli et des principaux seigneurs armagnacs du pays chartrain 8. Ce fut la dernière fois que le parti d'Orléans dit d'Armagnac, trouva l'occasion de faire montre de son importance à Chartres.

Le dauphin Jean de Touraine était mort d'une maladie putride le 4 avril 1417, et Charles, nouveau dauphin, dernier fils de Charles VI , partageait l'aversion de ses frères trépassés pour le duc de Bourgogne. Mais ce dernier Prince avait su gagner à sa cause la reine Ysabeau , reléguée à Tours par ordre des Armagnacs. Fort des encouragements de cette princesse irritée , Jean-sans-Peur fit acheminer des troupes en Beauce et en Touraine , avec mission de s'emparer de gré ou de force des places de ces provinces. Chartres, nonobstant l'épaisseur de ses murailles, se rendit, vers le mois d'août, au

1 Ju vénal des Ursins, p. 532.

1 Voir vol. 1er, p. 513. L'ordonnance est donnée à Paris, au mois d'octobre, l'an de grâce mil cccc et seize, et de nostre règne le 57*. Par le Roy, à la relation de son grant-conseil , auquel le cardinal duc de Bar, le Roy de Secille , Monsr le duc de Touraine, l'evesaue de Clermont (c'était Martin Gouges), le chancellier de la Royne, Mess. Olivier de Mauny, leprévost de Paris et plusieurs autres du grant-conseil, estoient. Mauregart. (Ordonn. des Rois.de France^ vol. X, p. 382.)

3 Voir vol. l«r. p. 557 , note i.

sire HélioD de Jacqueville, son ancienne connaissance, qui commandait , avec les capitaines Jean de Guigny et Jean du Clau, un parti de 1 ,600 Bourguignons \ Ce farouche guerrier dont les mœurs se ressentaient de sa camaraderie avec les cabocbiens de Paris, persécuta les bourgeois qui passaient pour armagnacs , chassa les officiers du Roi et garda pour lui la capitainerie de la ville. Le duc de Bourgogne, en ratifiant ces dispositions , confia le poste de bailli à Me Guillaume de Pourbail , licencié ès-lois et décrets ; puis il arriva à Chartres la nuit de la fête de Toussaints , atout la plus grand' partie de ses seigneurs et capitaines de sa compagnie et aussi de ses gens d'armes les mieux montés et habillés, mais il se partit soudainement; et par Bonneval et Vendôme s'en alla hâtivement devers Tours \ Jean s'empara de la ville et du châtel, tira la Reine des mains de ses gardiens et s'achemina avec elle vers Chartres , où ils firent leur entrée le 9 novembre ; et avoit la reine en sa compagnie quatre chariots qui menoient vingt femmes et seulement un chevalier nommé Mire Robert du Cyne \ Le 1 2 novembre , Ysabeau adressa des lettres aux bonnes villes de France, pour leur faire connaître sa délivrance , le mauvais gouvernement des conseillers du Roi , et son projet, conçu et délibéré à Chartres, de prendre, avec son cousin de Bourgogne, le timon des affaires publiques. De son côté, le Dauphin fit expédier, le 27 novembre, au nom du Roi , des mandements portant défense d'obéir aux ordres de la Reine et du duc de Bourgogne , lesquels se sont retirés à Chartres, d'où ils escrivent lettres séditieuses à plusieurs bonnes villes du royaume \

Pendant que Chartres se trouvait ainsi transformé en capitale, un assassinat vint ensanglanter ses murs. Le cabochien

1 Chrim. de Monstrelet, p. 418.

* Ib., p. 421.

» Ib., p. 422.

* Ordonn. des Rois de France , vol. X, p. 42?

HéliûD de Jacqueville fut blessé à mort sur les degrés de la cathédrale, au moment où il sortait de l'hôtel du duc de Bourgogne, derrière Notre-Dame (Pévèché). Le meurtrier était le sire Hector de Saveuse, l'un des plus vaillants capitaines du parti bourguignon , qui avait eu dispute avec Jacqueville et s'était embusqué dans un coin du cloître avec 1 2 ou 16 hommes de fait pour faire le coup. On porta le blessé, en tel état qu'il étoit, devant le Duc, auquel il fit piteuse complainte; Jean promit de le venger et le ût visiter par notables médecins, mais ce rien n'y valut, car dedans les trois jours en suivant , il trépassa. Jacqueville mort , le Duc oublia sa promesse, et Saveuse ne tarda pas à rentrer en grâce !.

Après toutes ces besognes, Jean -sans-Peur partit pour Troyes avec Ysabeau, non sans avoir donné le bailliage et la capitainerie de Chartres au sire Etienne de Prez % l'un de ses écuyers et échanson du Roi. La Reine laissa également des traces de son passage; elle remit en dépôt au Chapitre plusieurs joyaux estimés 23,200 livres, en stipulant que si ces joyaux n'étaient pas retirés à l'époque de sa mort , ils seraient vendus et qu'une rente de 100 livres parisis serait constituée à l'Œuvre, pour la célébration de son anniversaire \

La prise de Paris par les Bourguignons , le 30 mai 1418, remit à l'ordre du jour le gouvernement des bouchers. Parmi les nombreuses victimes de cette horrible réaction se trouva le vaillant chevalier Hector de Chartres, maître-d'hôtel du Roi et père de l'archevêque de Reims v; Martin Gouges, évoque

1 Chron. de Monstreiet, p. 424.

* Ce seigneur , d'une famille du Perche , portait d'argent à une bande de sable. (Rituel des armes et armoiries de France au temps du Roy Charles septième. — Recueil Mss. de Laisné, prieur de Mondonville, vol. 3, p. 253; Bibliot. impër.)

5 Titres du Chapitre, caisse 3, A, p. 72; Arch. départ.

4 La famille de Chartres qui posséda longtemps la seigneurie de Ver et qui se subdivisa en plusieurs branches a Tune desquelles appartenait Hector de Chartres, portait d'argent à deux fasces de gueules. (Recueil de Laisné, cité ci-dessus.)

de C 1er mont, ancien prélat chartrain, parvint à s'évader f. Au milieu de ces luttes sanglantes , les Anglais débarqués en Normandie s'emparaient des principales villes de cette province. Un grand nombre de bourgeois et même d'artisans normands émigrèrent; Chartres reçut , pour sa part, disent les titres , neuf boulangers qui obtinrent la permission d'exercer leur profession sans satisfaire aux conditions imposées par les statuts du métier \ Le dauphin Charles, qui avait esquivé la poursuite des Bourguignons, lors du sac de Paris, se hâta de faire acte d'autorité souveraine en établissant une cour suprême à Poitiers ; les lettres de création de cette cour, datées de Niort le 21 septembre, furent notifiées au bailli de Chartres , et les premières présentations des causes des juridictions de France, c'est-à-dire de Berry, Chartres, Orléans, Montargis, Cepoyet Saint-Pierre-le-Moutier, furent indiquées pour les 3, 4 et 5 février 1419 5. Chartres, dominé par son bailli bourguignon , ne répondit pas à cet appel. On doit dire toutefois que Etienne de Prez , ce bailli , s'occupait des intérêts de la ville avec plus d'activité et d'intelligence qu'on n'en apportait d'ordinaire, dans ce temps, aux affaires administratives. Il attacha son nom à l'ordonnance du 16 septembre 1418, approuvée par le Roi en juin de l'année suivante, qui eut pour but de remettre en honneur l'antique renommée de la draperie chartraine *.

L'évêque Philippe de Boisgiloud étant mort en septembre 1418, le Chapitre, avec l'autorisation du Roi, nomma à sa place , au mois de décembre , Jean de Fretigny , archidiacre de Blois en l'église de Chartres , partisan dévoué de la politique bourguignonne. Le duc de Bourgogne, qui trouvait dans

1 Chron. de Monslrelet , p. 433 et 436. — Juvénal, p. 543 et 544. — Mémoires âe Fenin, p. 593 et 595.

* Voir vol. 1«, p. 509 et note 3.

* Ordonn. des Rois de France, vol. X, p. 480.

* Voir vol. !•', p. 383 et suiv.

ce prélat un auxiliaire des plus utiles par son influence de position , proGta de la circonstance pour donner aux Chartrains une nouvelle marque de bienveillance; il obtint du Roi, le 13 février 1419, des lettres- patentes portant donation à la ville des deniers perçus par le Domaine pendant la régale ouverte après le décès de Philippe de Boisgiloud. La remise de ces deniers l'ut constatée par un acte du 10 mars suivant, dans lequel figurèrent, comme parties, Plilippot Jouet, receveur du domaine royal , Guillaume Badière et Thévenin La Troyne, procureurs des habitants, et, comme témoins, M* Michel de Champrond , Jean Lemoine, Jean-le-Houic, licenciés es-lois, Jean Piehot, Perin Cousin , Gilot Navarin et Jean Baudry, faisant la plus grande et saine partie des douze éehevins, Etienne Huvé, chanoine de Notre-Dame et le nouvel élu, Jean de Fréligny '. Cet évoque ne prit possession que le 2 juillet el l'on remarque qu'au lieu de passer la vigile de son entrée à Saint-Martin-au-Val , selon lu coutume, il accomplit ce devoir au couvent de Saint-Père , intrà marné, parce que les Armagnacs rôdaient dans les environs; il prêta serment en présence des abbés de Saint-Père, de Josaphat, de Saint-Vincent-des-iîois et de Jean Iîrelel ou Iîreteau , capitaine de Chartres.

Les Armagnacs ne cessèrent, en effet, de battre le platpays pendant toute l'année. Dès le mois de février la campagne n'était plus tenable, et le Chapitre fui obligé de permettre aux chanoines chargés de la perception de la taille sur les hommes de corps des prébendes, de ne pas verser l'argent aux époques habituelles, attendu l'impossibilité d'effectuer les recouvrements '. Les ennemis, dit Monstrelet,

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1 Reg. capit.. Séance du samedi d'après I» hirilfr.it irut I ili). — Les chanoines employaient souvent à retle r'jxHjuf? la formule suivait l« ijm peint liien le malheureux fiai du paye: Altrnta maliaa ttmpmt et gntrrii nrur rii/tiilibus , rapiîulum oril", uni tfûod, etc.

menèrent alors forte guerre à la ville de Chartres et autres forteresses , au pays tenants la partie du duc de Bourgogne et se rendit en son obéissance la ville de Bonneval et aucunes autres places audit pays char train \ Revanche cruelle de la mort du duc d'Orléans , le meurtre du duc Jean-sans- Peur, commis le 10 décembre, à Monteireau-faut-Yonne , par les chevaliers français de la suite du Dauphin , vint ranimer la guerre civile au moment où Ton pouvait espérer une réconciliation sincère entre les princes. Cet assassinat eut pour résultat l'union du nouveau duc de Bourgogne et d'Ysabeau avec le roi d'Angleterre et la reconnaissance de ce dernier par Charles VI , comme héritier de la couronne de France , au préjudice du Dauphin (traité de Troyes, 21 mai 1420). Chartres, sous la puissance bourguignonne , reconnut immédiatement le roi d'Angleterre en sa nouvelle qualité.

Au mois de juin 1420, les Anglo-Bourguignons mirent le siège devant Melun , ville fidèle à la cause du Dauphin. On distinguait, parmi ses défenseurs, le sire Gilles d'Eschevillier, ancien bailli armagnac de Chartres , qui fut fait chevalier en cette occasion par le vaillant capitaine Barbazan \ La guerre prit la Beauce pour théâtre au mois de mai 1421 ; le Dauphin avoit assemblé de plusieurs pays très grand'puissance de gens d'armes a tout lesquels se tira pour aller vers Chartres; et se rendit à lui la ville de Gallardon avecques aucunes autres forteresses, lesquelles il garnit de ses gens; et puis s'en alla loger au plus près de ladite ville de Chartres, et V assiégea de tous côtés très puissamment; mais elle fut fort défendue par le bâtard de Thien et autres capitaines, lesquels hâtivement avoient été envoyés de Paris pour secourir ladite cité \ Le Dauphin pouvoit avoir avec lui six â sept

1 Chron. de Monstrelel, p. 452.

* Juvénal des Ursins, p. 558 et 560.

9 Chron. de Monstrelet , p. 503. — Gallardon fut pris d'assaut au bout de huit ours de siège; les Français y firent une piteuse occision et boucherie. Le Bailli qui

mille harnois de jambes, 4000 arbalétriers et 6000 archers. Si commencèrent iceux Dauphinois à dresser plusieurs engins contre les portes et murailles d'icelle ville dont elle fut aucunement travaillée ; les assiégés s'en souciaient peu parce qu'ils savaient que le roi Henri V d'Angleterre marchait à leur secours. Ce monarque s'avançait , en effet, du côté de Chartres ; mais le Dauphin , qui avait déjà fait des efforts inutiles devant la ville pendant trois semaines , leva le siège et prit le chemin de la Touraine1. Henri V poursuivit jusqu'à Chartres , où il se rafraîchit ; puis il ût sur Chàteaudun une tentative qui échoua par la bonne contenance de la garnison , et, après avoir inutilement essayé ses forces contre Orléans, il retourna vers Dreux qui se rendit à lui par capitulation , le 20 août

En quittant la Beauce , le roi d'Angleterre établit pour lieutenant dans ces quartiers , Gilles , sire de Clamecy , chevalier, qui s'intitulait conseiller du Roi , bailli de Chartres et gouverneur du pays chartrain, Dreux, Gallardon, Epernon, et autres villes, châteaux et forteresses nouvellement conquises. Ce magistrat guerrier prit pour lieutenant-général le praticien Jean Mauterne (1421-1422). Jean de Fretigny était déjà à cette époque l'un des conseillers intimes du roi d'Angleterre, et, lors des funérailles du malheureux Charles VI , qui mourut au mois d'octobre 1 422 au milieu des ennemis de la France , ce prélat remplit les fonctions de diacre assistant l'évêque de Paris \ Le pays chartrain fournit, à la un de 1422, une autre illustration au parti anglais;

se nommait Rousselet , après avoir résisté avec vaillance dans le donjon ( l'épaule de mouton), fut fait prisonnier et eut la tête tranchée. (Juvénal des Ursins, p. 566.)

1 Chron. de Monstrelet, p. 503. — Les documents locaux que j'ai consultés sont muets sur ce siège de Chartres.

» Ib., p. 512. — Juvénal, p. 566.

* Monstrelet, p. 534. — Juvénal, p. 569. — Le mudIc pleura Charles VI l'in-i sensé. On lit dans le livre de bois de Saint-André : 1422. Audit an ïobit du Roi fut faict où fut mis IV cierges pesant XX titres et y avmt e$cu de France. (Arch, départementales.)

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On prétend qu'au moment où le pays chartrain était presque totalement perdu pour Charles VII , M prince en disposait au profit du comte de Vendôme. Le Comte avait prêté au Roi une somme de vingt mille écus d'or ; le comté de Chartres lui fut promis en nantissement de cette somme, comme le témoigne une lettre datée de Poitiers au mois d'avril 1425 ', Le comte de Vendôme , s'autorisant de cette promesse , prit quelquefois le litre de comte de Chartres, notamment dans des lettres du 20 mai 1444. rapportées par Monstrelet *, mais on peut contester qu'if en eût le droit , car jamais Chartres ne lui fut donne en apanage ; jamais il n'y créa d'officiers, jamais la justice ne s'y rendit en son nom. jamais enfin il n'y jouit des prérogatives de la seigneurie. La promesse d'engagement , faite alors que la ville était au pouvoir des Anglais, ne fut vraisemblablement jamais réalisée.

Chartres ne se doutait pas de l'espèce de marché dont il était l'objet de la part du roi français. Toute l'administration était en ce moment anglo-bourguignonne ; plusieurs gentilshommes considérables de la province, renfermés dans les murs, entre autres Jean des Mazis ' et Jean-le-liaveux, presque tous les membres du clergé, dirigés |iai leur évèque Jean de '" '!.!!'> les sieurs Jean Grenet, Jean-le-Houic et Gilles de I,auliespinc, principaux représentants de la bourgeoisie de R)be, et au-dessous d'eux, le menu jieuple, conduit par les bouchers : tous ces gens , anciens bourguignons trop compromis pour redevenir français, avaient adopté sans hésitation la bannière d'Angleterre ; noire ville, forteresse anglaise, se j"is,nl m rivale d'Orléans, capitale Au parti dauphinois. Le , rapjM-lé par le roi d'Angleterre, fut

ili's plus .-ii h' jeunes du Drmiais,

mrrletlu de table. (Voir sur la

prient lit MondahvilU . vol. 3. p. 253 et

remplacé au commencement de 1423, dans le gouvernement du pays chartrain, par le sire Hue de Prez, écuyer, vaillant homme d'armes , frère de l'ancien bailli Etienne de Prez. Ce capitaine eut la mission de s'opposer aux tentatives de Geraud de la Pallière qui commandait les petites forteresses beauceronnes, vexinoises et gâtinaises, encore occupées par les troupes royales ; il choisit pour lieutenant général , Me Jean Grenet, licencié ès-lois. Un des actes de cette administration , fort bien vue par la populace , fut le rétablissement de la communauté des bouchers ; à cette occasion , Henri , roi de France et d'Angleterre , déclara par lettres-patentes datées de Paris au mois de mai 1426, que la boucherie de Chartres avait été abolie en 1416 en haine de ce que les dits bouchers, à l'exemple de leurs confrères de Paris, tenoient le parti du duc de Bourgogne dernièrement trépassé l . Dans ce temps, plusieurs années calamiteuses vinrent éprouver la Beauce et l'Ilede-France ; les récoltes furent très-mauvaises en 1 425 et 1 426, et les pluies qui durèrent en 1427 jusqu'au mois de juillet, faisaient encore appréhender de nouveaux malheurs ; mais en pou d'heures Dieu laboure, le soleil revint et les blez furent bons et largement \

Les Anglais, comprenant toute l'importance de la place de Chartres pour leur cause , ne cessaient d'encourager les habitants à la résistance, en cas d'attaque par les Dauphinois. Ils étaient secondés en cela par Hue de Prez qui tint le bailliage pendant neuf ans et par les Chartrains eux-mêmes auxquels les courses des Français causaient beaucoup d'effroi. Les ressources de la ville ayant été promptement absorbées par les premiers travaux de réparations des murailles, il fallut, pour achever cette utile besogne, recourir à la voie des contributions extraordinaires; par lettres-patentes du 17 février 1428, le

1 Voir vol. 1er, p. 514.

* Journal d'un bourgeois de Paris, sous Charles VII, p. $48.

roi anglais, d'après l'exposé à lui fait à la requête de ses Gdéles bourgeois et manants , appliqua à l'œuvre des fortifications un subside de quatre deniers sur chaque charrette chargée traversant Chartres ou faubourgs , deux deniers sur chaque cheval, et sur chaque habitant ayant chevaux à louage ou voiture, trois sous par cheval et dix sous par voiture, par an , le tout pour trois ans ! . Lorsque les forteresses anglo-bourguignonnes de la Beauce eurent terminé leur remparement , le comte de Salisbury* reçut l'ordre de s'avancer contre Orléans, quartier-général du parti français. Chemin faisant (juillet et août 1428), ce seigneur vint loger à Chartres, où on lui fit une brillante réception ' ; puis , après quelques jours de repos, il s'empara de Courville et de Nogent-le-Roi , obligea Geraud de la Pallière à quitter précipitamment Toury et emporta Janville d'assaut. Le capitaine Le Gallois de Villiers , et Prégent de Coëtivy qui devint amiral de France , furent pris dans cette dernière place. Le 12 octobre, l'armée anglaise, augmentée des faux et renégats françois de Chartres et de Paris 4, alla camper sous les murs d'Orléans ; ses débuts d'abord heureux furent marqués bientôt par un événement de sinistre augure; une pierre de canon tua le comte de Salisbury dans une reconnaissance (novembre). Pour remplacer ce chef renommé, le duc de Bedfort , régent de France , créa plusieurs commandants, tant des anglais que d'aucuns faux français, parmi lesquels on distinguait Jean des Mazis , Jean-le-Baveux et le bailli Hue de Prez \

1 Pancarte municipale, vol. 1er, p. 191. — Henri accorda aussi la continuation de l'impôt du dixième du vin, pour trois ans, par lettres du même jour. (lb., vol. S, p. 3,V.)

* Thomas Montagu , comte de Salisbury , avait été fait comte du Perche par \% roi d'Angleterre ; il rendit foi et hommage à l'évéque Jean de Frétigny le 24 juin 1426, comme détenteur des seigneuries de Longny, de La Loupe et des cinq baronnies du Petit-Perche. (Souchet, vol. 2, p. 75.)

* Chron. percheronnes, par l'abbé Fret, vol. 2, p. 511.

4 Mémoires concernant la pucelle d'Orléans, coll. Michaud, p. 85. » Jfc.. p. 86.

11 advint au mois de février 1429 que le duc de Bedfort expédia de Paris à l'armée assiégeante un grand convoi de vivres de carême, sous la conduite du sire Falstolf, son mattre-d' hôtel, de Simon Morbier, prévôt de Paris, et du beauceron Brichanteau , neveu de ce dernier '. Les Français, guidés par le duc de Clermont , le bâtard d'Orléans , les maréchaux de la Fayette et de Boussac, la Hire et Saintrailles, atteignirent ce convoi, le 1 2 février, dans la plaine de Rouvray-Saint-Denis. Les assaillants croyaient avoir bon marché de ces marchands de Paris et des archers anglais leurs convoyeurs, mais- il en fut autrement ; les chevaliers français ne purent pénétrer dans le carré que les Anglais avaient formé et furent repoussés avec grande perte. Us rentrèrent en toute hâte à Orléans , laissant sur le champ de bataille des harengs le sire Guillaume d'AIbret , John Stuart, connétable d'Ecosse et son frère Guillaume; du côté des Anglais il n'y eut de tué qu'un seul homme de nom, le sire de Brichanteau*. Les Français prirent leur revanche , le 1 8 juin suivant , à la journée de Patay où périt Pélite de l'armée anglaise ; il est vrai que Jeanne d'Arc portait alors l'étendard des Lis \ Les fugitifs de Patay voulurent

1 Le fief de Brichanteau , aujourd'hui hameau de la commune de Coulombs, quoique dépendant de la justice de l'abbaye de Coulombs , relevait en foi et hommage de la seigneurie de Villiers-le-Morhier; il fut longtemps possédé par la maison de Brichanteau-Nangis et passa par vente, en 1744, au sieur Gog^iyer , écuyer, ancien mousquetaire. Les archives de la maison de Noailles contenaient les actes d'aveu et dénombrement suivants, concernant ce fief: 1° du 1er septembre 1360, par Jean de Brichantel , écuver, à Philippe Morbier, seigneur de Villiers; 2° du 5 octobre 1389, par Robert de Brichanteau, fils de Jean, audit Morhier; 3° du 24 août 1525,

Îar la veuve de Louis de Brichanteau , à Miro Jacques Morhier ; 4° du 23 juillet 680 , par Louis Faust de Brichanteau , marquis de Nangis , au dernier seigneur de Villiers, de la maison de Morhier; 5° du 6 novembre 1716, par le marquis de Brichanteau-Nangis , alors colonel du régiment du Roi et depuis maréchal de France , au duc de Noailles, seigneur de Villiers. Ce fut le comte de Guerchy, héritier du maréchal de Nangis, qui vendit cette terre au sieur Goguyer. (Mémoire de MeFleury, avocat, dans l instance pendante entre M,re Antoine-François Goguyer, seigneur de Brichanteau, et les ducs de Noailles et dAyen, seigneurs de Villiers-le- Morhier. Paris, 1765.)

* Monstrclet, p. 598. — Bourgeois de Paris, p. 252. — Mémoires sur la Pucelle, p. 87.

3 Monstrelet, p. 605. — Mémoires sur la Pu celle, p. 91, 92 et 93. — Histoire du connétable de Richetnont, coll. Michaud, p. 197 et 198.

entrer à Janville , mais les bonnes gens du lieu fermèrent leurs portes; l'écuyer anglais qui commandait le château, voyant la défaite de son parti , traita avec les habitants et leur rendit la place. Il demeura en icelle ville grande quantité de provisions, munitions et despouilles qui y avoient esté laissées par les Anglois à leur départ, pour aller à la susdite bataille , avec grande quantité de traict, de canons, et autres habillemens de guerre, de vivres et marchandises. Et aussi tost ceux de ladite ville d'Yenville se réduisirent à Vobeyssance du Roy 1 .

En 1430, Hue dePrez eut pour successeur dans les fonctions de bailli le sire Jean-le^Baveux ; mais ce seigneur n'occupa le siège que jusqu'au mois de novembre, et Jean-le-Houic, licencié ès-lois et avocat du Roi , exploita intérimairement la juridiction du bailliage pendant deux mois ; vers la fin de décembre, Me Gilles de Laubespine reçut de ses amis les Anglais la double commission de bailli et de capitaine de Chartres. Le procès inique de Jeanne d'Arc, commencé en 1430 et terminé, le 30 mai 1431 , par le supplice de cette héroïne, dut exciter un sentiment sinon d'indignation du moins de curiosité dans la ville , car le juge ou plutôt le bourreau de la Pucelle, Me Pierre Cauchon , évèque de Beauvais , avait longtemps fait partie du Chapitre en qualité de grand-archidiacre \

Cette monstruosité juridique ne profita guère aux Anglais; les armées de Charles VII reprirent l'offensive en 1432 et la campagne fut inaugurée par la recouvrance de Chartres. Deux marchands de la ville, nommés Guillemin ou Guillaume Bouffineau et Jean Lesueur , qui faisaient le commerce de sel, vins et blés avec l'Orléanais et le Blésois, ayant été souvent rançonnés par les garnisons françaises de ces contrées,

1 Mémoires sur la Pucelle, p. 100.

* Il avait remplacé, comme grand-archidiacre, M* André de Challant, et il eut pour successeur dans cette dignité, en 1420, le cardinal des Ursins. (Répertoire des privilèges du Chapitre , i 500 ; Arch . . départem .)

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