‹ Histoire de ChartresChapitre 41 sur 79 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

« l'apparition du type chartrain date de cette éi>oquc désas- » treusc où les descendants de Charlcmagnc perdent leur » puissance et sont incapables de défendre le territoire. L'u- » nité souveraine n'existe plus, et chaque localité résiste iso- » lément aux attaques des barbares. Dans beaucoup de villes, » les évèques, par uno usurpation légitime, se mettent à la » tète des affaires et sauvent leurs peuples menacés. A Char- » très, Gantelme négocie des secours et ranime le courage » des habitants en leur donnant pour bannière les reliques » vénérées de la Vierge; cette bannière devient, parconsé- » quent, le symbole de leur gloire et de leur délivrance. Que » mettrait-on sur la monnaie locale, si ce n'est ce signe?» On voit , sur les plus anciennes monnaies frappées cà Chartres, au côté droit de la potence centrale , une figure composée de trois pointes renversées et réunies par le haut, dans laquelle MM. Cartier reconnaissent la lettre M, en caractère cunéiforme; sur les monnaies dunoises de la même époque, l'M cunéiforme chartraine est remplacée par une M gothique; cette lettre ne serait-elle pas l'initialo du nom Maria, accompagnant la bannière de la mère de Dieu '?

11 suffit de jeter un coup-d'œil sur le dessin d'un denier chartrain de la première émission , pour apprécier le mérite du système de MM. Cartier. Ainsi, le glorieux épisode delà victoire chartraine aurait son histoire numismatique, écrite, au Moyen-Age , sur la monnaie des évèques et des comtes, et, dans les temps plus modernes, sur les armes de la ville. Les chartrains ne peuvent manquer d'accueillir avec joie cette explication des signes hiéroglyphiques de leur blason *.

1 Cartier père et fils; Dernières obsermthns sur les monnaies au type chartrain; IHi'J, p. 21 et suivantes. — M. Jeuflrain avait, le premier, reconnu que le signe caractéristique du type chartrain pouvait être une bannière , et il eu faisait la bannière itu comte Etienne-Henri, cbel du conseil de l'armée des croisés, en 10!)7. ( Obsermlions numismatiques à l'occasion de quelques monnaies des XIe et A'//' siècles; Tours, 1H32, p. 10.)

- Les armoiries de Chartres sont de gueules , à trois besants d'argent chargés du type chartrain de sable; trois fleurs de lis d'or, en chef, sur fond d'azur.

Les pièces anciennes , deniers et oboles , du monnayage baronal chartrain, toutes anonymes, remontent probablement aux premières années du XI" siècle \ Les deniers, d'un titre très-bon, pèsent de vingt-six à vingt-huit grains; leur module est grand et leur légende cunéiforme; ils montrent, au droit, une croix enfermée dans un grenetis autour duquel se trouvent les mots Cartis civitas, et, au revers, la potence et sa bannière accompagnées, à gauche, de la frange dentelée, et, adroite, de l'M cunéiforme; le revers contient, en outre, trois besants ou tourteaux perpendiculaires, l'un placé au-dessus de la branche de la potence, l'autre entre l'arbre de la potence et la bannière pendante, le troisième, au-dessous du précédent, près du rebord inférieur de la pièce Dans les deniers d'une date plus récente, dont le litre, le poids et le module sont sensiblement altérés, on remarque les différences typiques suivantes : au droit , un des cantons de la croix renferme un besant; au revers, tantôt l'M cunéiforme est placée entre deux besants, tantôt elle est remplacée par une croisette entre deux besants ou par une fleur de lis. Ces remarques sont communes aux oboles anonymes, dont les plus anciennes pèsent de onze à douze grains \

Les seules monnaies baronales dont l'attribution soit certaine appartiennent à Charles de Valois, dernier comte (1 293- 1319). Ces pièces, deniers et oboles, sont, sauf quelques exceptions, d'une fabrication détestable et de très-bas aloi; la plupart ont, au droit, une croix dans un grenetis, avec la

1 Les cartulaires , et notamment ceux de Sainl-Père et de Sainl-Cheron , nous font connaître, aux XIe et XIIe siècles, les monnayeurs chartrains dont les noms suivent: Waltcr ou Gauthier, en même temps changeur (a. 1080), Etienne (c. 1008), Hugues, Gaufrid, Milon (c. 1101), Kadulf, Osbert, Rainaud (c. Hl6), Normand (1137), Hisnard (1170).

* N° 1 1 de la planche de monnaies.

3 Dans la première moitié du XIIe siècle , le denier de Chartres se rapprochait , miant au poids, des deniers de Paris et de l'ontoisc; il ne pesait, en moyenne, que 20 grains et valait, intrinsèquement , 10 centimes i/l(K* de notre monnaie. (Guérard, Carlul. <te Sainl-Père, prolégomènes , n°» 180, 181 et 182.)

légende K. Com. Cartis. Cms., et, au revers, le type chartrain accompagné, à droite, de la fleur de lis, au lieu de l'M \ Quelques pièces du même Prince diffèrent du type précédent en ce qu'au droit, la croix est cantonnée d'une fleur de lis au deuxième, et qu'au revers, le besant central est remplacé par une rosace de petits besants. Sur une obole d'une exécution que les remontrances royales avaient , sans doute , rendue moins mauvaise (après 1315), la fleur de lis se trouve au rentre, et la rosace, au côté droit de la potence. Les deniers les plus purs de Charles de Valois pèsent dix-neuf grains et demi.

Les sommes énoncées dans les titres et contrats chartrains de la fin du Xe siècle et du commencement du XIe , sont stipulées payables en marcs d'or et d'argent, en onces d'or, en sous-écus. Dans le courant du XIe siècle, les livres, les sous , les deniers et les oboles n'ont pas généralement encore de qualification baronale; ce n'est qu'au commencement de 1100 que ces diverses monnaies sont distinguées communément par l'adjectif camotensis. Nous n'avons trouvé que deux titres du XI0 siècle dans lesquels il soit fait mention de la monnaie chartraine; le premier est une lettre de 1019 environ , adressée par Pévêque Fulbert à l'archevêque de Rouen, qui parle d'une somme de 100 livres en monnaie chartraine, centum libras nummorum carnotensium , que la femme séparée de Galeran désire donner au monastère où elle doit prendre le voile*; le second, antérieur à 1070, constate le paiement d'une somme de 40 sous écus chartrains, XL solidos mimmorttm camolorum, fait, en présence du comte Thibault 111, par Landry, abbé de Saint- Père, àRahier, gendre de la matrone Berthe 3. Pendant les XIIe et XIII" siècles, la monnaie chartraine fut en pleine

1 N° iï de la planche de monnaies.

3 Fulberti camotensis epistolœ , apnd D. Bouquet, vol. X, \\. 459. B > Cartul. de Sttint-Père , vol. 1", p. 124.

laveur dans le pays, et il serait trop long d'énumérer les titres qui en parlent. A partir du XIV siècle, les stipulations de paiements en cette monnaie deviennent plus rares dans les contrats importants, à cause des altérations commises par Charles de Valois , mais elles ne cessent pas complètement , comme on Ta pensé 1 ; on les rencontre môme après l'année 1319, date de la suppression définitive du monnayage baronal chartrain \

À Chartres, l'usage de la monnaie locale ne fut jamais exclusif. De tout temps, les Parisis, les Tournois et les pièces au type chartrain frappées ailleurs que dans la ville , circulèrent sans difficulté ; on trouve aussi des paiements faits en pièces d'Etampes et de Provins, en livres angevines, en piles et en oboles poitevines \ Ces dernières monnaies , d'une valeur des plus minimes, furent d'un emploi journalier au XIIIe

1 Cartier, ouvrage cité, p. 31.

' Voici quelques titres du XIVe siècle, tirés des registres capitulaires, qui consultent l'emploi de la monnaie chartraine, dans des conventions assez importantes, sons le gouvernement de Charles de Valois et même après sa mort :

En 1301), le lundi après Saint-Vincent, le Chapitre affranchit, par l'imposition des mains, Pierre, closier du clos l'Evéque, son homme de corps, moyennant 25 litres chartraines.

Le mardi après isli sunt dies 1310, le Chapitre donne à perpétuité, moyennant «ne redevance annuelle de 50 tous chartrains , un étal à boucher de la porte Neuve du cloître.

Le vendredi après Jubilât? 1312, 50 litres chartraines , formant le prix d'une terre saisie sur la demoiselle de Mignières , à la requête des maîtres des foires de Champagne et de Brie, sont remlioursées à l'acquéreur par l'archidiacre de Blois.

En 1313, le samedi après l'Invention de la Croix, on fixe à 40 livres chartraine}, la pension annuelle d'Etienne, dit Grenet, maire de Lé ville.

La même année, le mercredi avant la Saint-Clément, le comte Charles fait payer au Chapitre, en bonne monnaie chartraine, la somme de 160 livres, mise à sa charge par la convention de 1300.

En 1315, le vendredi après Cantate . dans un paiement fait au Chapitre , pour bois vendu , l'acquéreur donne 1 18 livres 3 sous 6 deniers, en chartheins et Mesays.

En 1317, le mercredi avant la Saint-Arnoult , le Doyen prend en précaric les petites boutiques adossées à l'église, en face de l'Aumône", moyennant une redevance annuelle de 50 sons chartrains.

Le mercredi après la Saint-Nicolas d'hiver 1330, le Chapitre enjoint à Kohin (■uiot, maire de Ligaudry, de faire résidence en sa mairie, sous peine d'une amende de 15 litres chartraines.

3 20 livres slampensis monde, .r>0 sous pruviijnensis mtmete (a. 1120. Titres de Saint-Jean, invent., n° 77; Archives départ.), HO livres andegavensis monde <l lîK). Donation au Chapitre par Gtsleberl de Tardais; lb.).

siècle , ainsi qu'on peut on juger par les mentions insérées dans le tableau îles menues coutumes ' ; on s'en servait encore au XIVe siècle , malgré leur dépréciation , et les registres capitulaires font connaître que, le vendredi après la Purification J 3 i2 , on réprimanda un clerc de la cathédrale pour avoir dit en public que « les Francoys ne font pas offrandes » de ecllins (esterlins) corne font les Angloys, mès y font » offrandes de quarretiers et de poitevines qui rien ne va- » lent. » En 1315, le Chapitre touchait de Bertault, le closier de Blois, une somme composée de charlrains, de blésois, de petits tournois, de parisis à la table, de doublons de 13 deniers, de deniers de Saint-Louis, de mailles de quatre, de cornus et de florins à l'aignel \ Les monnaies royales étaient reçues partout, mais il est probable que l'on décria, h Chartres, les monnaies baronales autres que celles dont la circulation nous est révélée par des titres; c'est ce qui se pratiquait d'ordinaire dans les villes pourvues d'un atelier monétaire, et ce qui semble résulter d'ailleurs de l'existence dans nos murs, dès la seconde moitié du XIe siècle, de la riche corporation des changeurs \

Il est difficile de préciser l'époque à laquelle les comtes de Chartres s'emparèrent du monnayage exercé jusqu'alors par lesévèques; peut-être ces deux autorités rivales curent-elles pendant quelque temps deux ateliers fonctionnant en concur-

1 Voir le tableau des menues coutumes sous le u° 7 des Appendices , fin de ce volume. — La pile, picla, poitevine, valait la moitié de l'obole nu le quart du denier; il ne paraît pas que fini ail rencontré jusqu'à ee jour de pile incontestable, et c'est ce qui a fait penser qu'elle n'était qu'une monnaie de compte , de mémo que le sou d'argent, au XIIIe siècle, et le denier, avant l'adoption du système décimal. Cependant les énonciations des menues coutumes, desquelles il résulte que l'on imposait dans certains cas une pite de redevance à l'acquéreur, ou une pite au vendeur, ou enfin une pite sur l'objet exposé en vente, portent à croire que, dans l'origine au moins, la pite Mourait en nature dans la série «les monnaies frappées à Mcllc ou dans les autres ateliers poitevins.

« Ile;/, capit ; Séance du vendredi après Canltitc 1315; Hibl. communale.

* Walther ou Cautbicr et Odielard étaient eban^eurs â Chartres avant 1080. i ùirtul. de Saint-Père, p. 105. 203, 200 et iiï.)

ronce, car nous avons vu que Thibault-le-Trieheur, au lieu île continuer de prime abord le type épiseopal, fit frapper ses monnaies au type carlovingien. Toutefois, lorsque le changement définitif s'opéra au profit des comtes , les prélats surent conserver la moitié des droits seigneuriaux grevant le monnayage ; ils abandonnèrent ensuite ces droits à leurs vidâmes, à litre de fief. On trouve dans le livre des fiefs de Péveché un acte de juillet 1229, par lequel le sire de Meslay, en sa qualité de vidame, fait aveu à PÉveque de la moitié de toutes les redevances et des droits de justice qu'il tient de lui sur la monnaie, les monnayeurs, le change et les changeurs '. Parmi les points litigieux débattus entre le comte Charles de Valois et Pévèque Jeau de Gallande dans la convention de 1 3 1 2, ceux relatifs à la monnaie ne furent pas les moins importants. Charles, avec ses habitudes de fraude, avait fréquemment foulé aux pieds les droits de l'Évoque et de son vidame; l'acte de 1312 expose, de la part de l'Évoque, que le vidame Hugues de Meslay tient la chose de lui , « que le Comte ne puet » fore monnoie en la comtée de Chartres que il ne la face en » la ville, et chacun mille ledit messire (le vidame) doit avoir » saize livres, et avec ce, certaines personnes de Chartres » doivent garder les coings avec émolument lequel ils tien- » lient doudit messire eu arrière-fief de l'Évôque, et plus, que » la justice des faus monnoiers , en quelque manière que ils » soient faussaires, doit appartenir audit messire » On lit dans un censier du XIVe siècle que la monnaie et la justice . sur le fait de fausse monnaie et sur le change où sont les

1 Livre rouge de rEvêcJté, f» 61, verso; Mss. de la'Bibl. communale.

* Livre blanc de l'Evêchè, f° 178; Mss. de la Dibl. communale. — Voir le »° 10 des Appendices, fin de ce volume. — Le Comte ne souleva pas d'objections, mais il prétendit <juc l'affaire de la monnaie intéressait plus particulièrement le Vidame , qui était déjà en instance à rc sujet.

A la fin du XIVe siècle, l'arriere-ficf de la garde des coins existait contre , quoique le monnayage lut supprimé depuis longtemps; il était possédé par les sieurs nenaud Lambert ,* Pierre Tlueuard , Michel Breton , et par les hoirs du sieur Maréchal (Hist. raaJiusc. de Du parc, p. 101; coll. Lejeunc.t

39 tables de changeurs sont tenus en iief de l'Évêque et que les gardiens des coins peuvent décliner toute action personnelle qui les amènerait devant la justice du Comte Quoique le monnayage fût aboli depuis des siècles , les évêques de Chartres ne manquèrent pas de rappeler leurs anciens droits , lorsque l'occasion s'en présenta; des aveux et dénombrements rendus au Roi par Louis Guillard, le 22 mars 1539, et par Nicolas de Thou , en 1374 , font mention « du droit de mon- » noie , delaquelle le S*r de Meslay anciennement avoit la » garde des coings et droit de justicier les faux monnoyeurs » en nostre terre, au lieu de Mautrou, et tenoit le tout de nous » en foi et bornage et de présent ne usons du dict droit »

Cette indivision, entre l'Evêque et le Comte, des droits directs, utiles et honorifiques sur le monnayage et sur le change, paraît donc avoir été tranchée de la manière suivante : à l'Evêque, ou à son vidame, la directe de la monnaie, constatée par une redevance sur la fabrication et sur le change , et par le droit de justice sur les nionnayeurs, les faux monimyeurs et les changeurs; au Comte , le monnayage et ses bénéfices, les revenus du change et la propriété utile des tables ou boutiques de changeur. Les comtes, et Charles de Valois en particulier, exploitèrent leur part d'une manière déloyale * ; les exactions de ce dernier prince et de ses monnayeurs jetèrent même une si grande perturbation dans les afTaires commerciales du pays, que Philippe-le-Bel fut obligé

1 Extrait du livre de l'évêché, dit le Parchemin, f" 7. (Pièces recueillies par Pintard; coll. Lejeune.)

* Cartier, Dernières obseri-ations , p. !), note. Parmi les fiefs pour lesquels il fut fait acte de foi et hommage à M. le dur de Nemours et de Chartres, en 1f>33, on trouve Cruche*, qui est la cvnsive de la monnaye qui est les quatre coings. (Pièce* recueillies par Pintard; coll. Lejeune.)

3 On lit dans les registres capitulaires ;

« Le mercredi après la Pentecôte 1308, les exécuteurs testamentaires de Jeanne, comtesse de Blois et d'Alençon, morte en 1202, avisent le Chapitre que cette princesse lui a laissé, pour son anniversaire, une somme de 100 livres de mauvaise, monnaie , valant H«i livres (î sous H deniers de Intime monnaie. »

Ainsi , la livre de mauvaise monnaie perdait les deux tiers de sa valeur nominale.

d'intervenir. Ce monarque, malgré son peu de scrupule en fait de monnayage , ne se souciait pas d'être imité par les seigneurs; pour inviter indirectement son frère de Valois à respecter les ordonnances de saint Louis, il le consulta, en 1305, sur les moyens à prendre pour empêcher l'altération et déterminer le titre et le poids des monnaies. Le travail des commissaires délégués à cet effet fut résumé dans l'ordonnance rendue eu 1315 par Louis Hutin, pour la réforme des monnaies royales et baronales ; voici l'article relatif aux monnaies chartraines : « Item, la monnoye de Chartres qui est à M. de » Valois. Les deniers doivent être à 3 d. 6 gr. de loy , argent » le roy, et de 19 s. 6 d. de poids, au marc de Paris, et les » mailles doivent être à 2 d. 21 gr. de loy , argent le roy, et » de 17 s. 4 d. de mailles doubles , au marc de Paris, et ne » pourront faire que la dixième partie de mailles , c'est-à-dire » 900 1. de deniers et 100 1. de mailles. Et aussi vaudront les » deniers et les mailles dessus dites, avallués, l'un parmy » l'autre , à petits tournois et à mailles tournoises , 3 s. 4 d. » moins que petits tournois, c'est-à-dire que 14 deniers de » la monnoye dessus ditte ne vaudront que 1 2 petits tournois. » Et doit faire le coing de sa monnoye , devers croix et devers » pile... » Suivant les calculs de M. Cartier, le denier chartrain, taillé selon cette ordonnance, pesait dix-neuf grains et demi, et valait intrinsèquement 6 centimes 342/1000*"; ce qui met la livre chartraine, de 240 deniers, à 15 francs 22 centimes, et la maille , obole chartraine , à 3 centimes Le règlement de Louis Hutin paraît en avoir imposé pen-

1 Cartier, ouvrage cité, p. 35 et .suivantes. — Pintard, qui, seul de tous les historiens du pays, s'est occupé sérieusement des monnaies chartraines, avait eu connaissance de l'ordonnance de Louis Hutin , conservée , de son temps , dans un manuscrit sur parchemin de la bibliothèque de Sainte-Geneviève; il devait la communication de cette pièce précieuse an Père de Sarrebrousse , bibliothécaire de la maison , savant distingué et éditeur de l'ouvrage du Père du Moulinet intitulé : Cabinet de Sainte -Geneviève. Pintard avait aussi consulté Le Blanc, le Père Hardouin, bibliothécaire de Louis-le-Grand , l'abbé Hixot, Vaillant, numismates renommés; il possédait quelques pièces chartraines anonymes et de Charles de Valois, qu'il 4 décrites dans son mémoire

fiant quoique temps à Charles de Valois ; on rencontre , un effet, des deniers de ce comte qui pèsent dix-neuf grains et demi, et dont la fabrication semble postérieure à 1315. Mais il revint promptemont à ses anciennes habitudes d'altération , et , cette fois , avec si peu de retenue , que la monnaie chartrainc perdit presque tout crédit dans le commerce. Col état do choses, menaçant pour la fortune du comté do Chartres, détermina, comme nous l'avons déjà dit, le roi Philippe- lc-Long à se rendre acquéreur, moyennant 50,000 livres tournois, du droit de monnayage exercé par son oncle Charles dans le Chartrain et dans l'Anjou '. Le début de l'acte du 14 mai 1319 qui consacre cette vente, est do nature à édifier sur la moralité des monnayeurs chartrains et do leur seigneur.

« Philippe sçavoir faisons que comme nous eussions

» approché et fait convenir devant nous les gens monnayers » de notre très cher, amé et féal oncle Charles comte de » Valois, sur le fait de ses monnoyesde Chartrain et d'An- » jou , et fait leur montrer comment ils ont mesusé esdites » monnoyes eu les ouvrant et forgeant d'autre poids et d'autre »» loy qu'ils ne deussent , dont nous et nos subjets estions » deceuz et endommagiez; eux proposant à leurs deflensesau- » cunes raisons parlesquelles ils se vouloiont purger et mon- » trer leur inocence. Toutes voies, pour eschiver et osier » toute matière de discort qui puct naistre et venir par occa- » sion de nous et de nostre dit oncle, eu délibération et » consul, avons sur ce accordé en telle manière, que il, dès » maintenant pour li et ses successeurs, vend, baille et de- » laisse perpétuellement à tousiours , à nous et à nos sucecs- » seurs rois de France , ses coings et ses monnoyes de ses ter- » reset comtez do Chartrain et d'Anjou, sans y jamais ouvrer, » ny tenir coing , ne faire mounoye eu nom de li ny de ses

' Voir suprà. j». 183.

» successeurs. Et nous ly donnons cl oclroyons à une fois » cinquante mil livres de bons petits tournois ; cl le quittons » et absoilons, et ses monnoyers dessus dits aussi, de toutes » amendes et peines qu'ils poussent encourre vers, pour cause » de mesuz et forfait qu'ils peussent avoir fait es nionnoyes » dessus dites »

Le comte Charles donna , le lendemain, son consentement en la forme suivante : « Nous Charles, fils de I\oy de France, » comte de Valois, de Chartres et d'Anjou, à tous ceux qui » ces présentes lettres verront et orront, salut : scavoir faisons » que nous avons veu, tenu, leu et diligemment regardé et » pleinement entendu les lettres de notre très chier seigneur »> Monsr Philippe, i>ar la grâce de Dieu roy de France, conte-

» nant la forme qui s'en suit: Philippe, etc lesquelles

» choses touttes et chacune d'icclles, si comme il est contenu » cz dittes lettres, nous recognoissons et confessons aussi » avoir esté faittes et accordées par nous si comme dessus est » escrit, et les louons et agréons, ratifiions el approuvons de » certaine science pour nous et nos successeurs. En tesmoing » de ce et a greigneur fermeté avons fait mettre nostre scel » en ces présentes lettres qui furent faittes el données à Mau- » buisson du costé de Pontoise, le mardi devant l'Ascension, » quinze jours en may, l'an 4319 1 » etc.

Les méfaits que Charles de Valois commit en matière de monnayage, pendant 26 ans (1293-1319), eurent pour résultat , uon-sculemcnl de jeter sur la place une masse de pièces de bas aloi , mais encore de pervertir la conscience publique et de faire de Chartres le lieu de recel des monnaies décriées / du royaume. On disait proverbialement les flans de Chartres \

1 Traité de ia cour des Monnaies, par Germain Constant, 1058, p. Uï et 17 des preuves. — le Blanc , Traité historique des monnaies de France. — Ikcucils mss. de l'hûlel des monnaies de Paris.

* binons ou flans de Chartres, proverbe du recueil <le I ' Ajiostoih' . le. |>ensc que ce proverbe s'appliquait, non â une pâtisserie en réputation, comme le dit Oapclet, mais aux monnaies cbarlraines du Xlll< siècle, qui, par leur état de détérioration, ressemblaient à des flans de métal, dépourvus d'empreintes

pour désigner des pièces fausses. Dans le but de mettre un terme à ces pratiques illicites , Charles VI prescrivit au bailli , par lettres du 13 août 1388, de punir les gens de Chartres qui s'efforçaient de glisser, dans le commerce , des blancs deniers dy argent , rognés et décriés, de saisir ces monnaies et de les faire porter chez les changeurs au marc pour billon, pour être cisaillées \

La revue numismatique de 1843 , p. 384, fait mention d'une pièce frappée au nom d'Hercule d'Est, duc de Ferrare, qualifié duc des Chartrains, dux carnutum. Ce Prince, qui possédait le duché de Chartres, comme apanagiste, du chef de Madame Renée de France, tille de Louis XII , sa femme , ne battit jamais monnaie à Chartres ; la pièce dont il s'agit sort probablement de son duché de Ferrare où il jouissait de toutes les prérogatives de la souveraineté *.

1 Ordonnances des Mois de France, vol. Vil, p. 208.

* Le musée de Chartres possède environ trente pièces au type chartrain , frappées à Chartres, Chdteaudun , Blois, Vendôme et dans le Perciie. Il est fâcheux que, par suite d'un malentendu, la collection de M. Cartier, riche de plus de 180 monuments numismatimies chartrains , ait été perdue pour notre ville. Le musée conserve , en outre , quelques jetons municipaux , aux noms de Jean Nicole , maire , d'André Féhhien , seigneur des À vaux et de Javercy , de Nicolas-André Félibien , vicaire-général et doyen du* Chapitre, de Joachim dë Bruet, seigneur de la Chesnais, et d'Anne Félibien , sa femme.

Ceux de mes lecteurs qui voudront faire une étude plus approfondie de la numismatique ebartrainc , trouveront un traité complet sur la matière , dans les ouvrages de M. Cartier, intitulés : Monnaies au chartrain; Paris, 1816, et Dernières Observations; 1840. Je les engage aussi à lire les mémoires adressés à la Société des Antiquaires de France, sur le même sujet, par MM. Duchalais et Cartier fils.

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