‹ Histoire de ChartresChapitre 1 sur 21 · FINANCES, TRAVAUX, INSTRUCTION, ARTS · texte numérisé non relu

FINANCES, TRAVAUX, INSTRUCTION, ARTS

Politique. — La chute de Louis-Philippe avait eu lieu le 24 février 1848. La république proclamée par un Gouvernement provisoire, le Conseil délègue à Paris MM. Jules Courtois et Devaureix pour « s'enquérir de l'état de la capitale, en l'absence de communications régulières. »

Dans une séance extraordinaire du 27 février, les délégués rendent compte de leur mission.

Le maire lit une lettre du préfet, datée du jour même : « M. le Maire,

« J'ai l'honneur de vous informer que j'ai reçu hier soir, de M. Ledru-Rollin, ministre de l'Intérieur, une décision par laquelle il m'annonce que le Gouvernement Républicain est constitué, et m'invite à lui prêter mon concours.

» Je porte ce fait à votre connaissance et à celle du Conseil municipal, et vous annonce en même temps que j'ai prié spontanément le ministre de l'Intérieur de vouloir bien accepter ma démission et pourvoir à mon remplacement...

» Veuillez, etc.

De Mentque. »

» La présente lettre, ajoute le maire, confirme la commu- » nication officieuse que je vous avais faite hier soir. »

On lit dans le Glaneur^ du 28 février 1848.

» Mercredi dernier, Révolution à Paris. La garde nationale a franchement fait cause commune avec le peuple ; les ii l

('•loves de l'Ecole Polytechnique, les étudiants en droit et en médecine étaient sur tous les points, dirigeant les niasses du peuple. « La Révolution s'est faite, aux cris de: A bas (iuizot ! Vive la Réforme !

» L'après-midi, la victoire était à la garde nationale et au peuple ; la troupe avait disparu.

» Une tentative, faite à la Chambre des députés pour proclamer la Régence, a échoué; la duchesse d'Orléans s'y était transportée avec ses deux fils, accompagnée du duc de Nemours. MM. Dupin, Odilon-Barrot, parlèrent en faveur de lu Régence ; Crémieux, Lamartine, Ledru-Rollin, contre. Le peuple pénétra dans la salle, au cri de : Vive la République ! piiH de Régence ! plus de Bourbons ! plus de Rois !

» Un gouvernement provisoire fut formé aussitôt; il se transporta à l'Hôtel de ville ; il est composé de MM. Dupont (de l'Eure), Lamartine, Crémieux, Ledru-Rollin, Garnier- Pagès, Marie, Arago; secrétaires, Armand Marrast, Louis Blanc.

« Le général Subervic, député de Nogent-le-Rotrou est nommé ministre provisoire de la Guerre ; la Chambre des Députés est dissoute ; il est défendu à l'ex-chambre des pairs de se réunir.

» Le drapeau portera les trois couleurs, comme elles étaient pendant la République: bleu, rouge, blanc. Il portera ces mots: République Française.

» L'anxiété était grande le jeudi à Chartres ; à 4 heures de l'après-midi, une foule considérable attendait la voiture de poste ; à 6 heures et demie, elle s'arrête devant le bureau; cette voiture avait été obligée de faire beaucoup de circuits dans les rues, pour éviter les barricades. La voiture des messageries, l'Union, n'avait pu arriver le matin, ayant servi à faire une barricade.

» Dans la nuit, à deux heures du matin, arrive une voiture publique. On apprend que Louis-Philippe a abdiqué en faveur de son petit-fils, le Comte de Paris ; que la Régence a été repoussée, après un envahissement de l'Assemblée par le peuple.

» Le vendredi, à 4 heures et demie du matin, le Conseil municipal est convoqué ; on bat le rappel pour réunir la garde nationale ; des postes sont établis en divers points.

» A 7 heures du matin, une proclamation, signée du Préfet et du Maire, engageant les habitants au maintien du bon ordre, est placardée sur les murs de la Ville.

» A onze heures, le Préfet et le Maire, tous deux en costume, visitent les postes de la garde nationale.

» Le Conseil vote un nouveau crédit pour la continuation des travaux de charité.

» Le soir, quelques groupes d'ouvriers ont parcouru la Ville, en chantant la Marseillaise et en faisant entendre le cri de : Vive la Réforme ! vive la République î l>n des groupes s'est dirigé vers l'Evèché ; il n'y a commis aucun excès ; il s'est borné à pousser quelques cris de: Vive la République ! A bas la calotte î

» Dans la rue Muret, un homme, appartenant à un groupe, a lancé un pavé dans une devanture de boutique et a brisé plusieurs carreaux; c'est le seul fait de désordre de la journée. »

La proclamation suivante est arrêtée par le Conseil : » Aux habitants de Chartres,

» Le maire et le conseil municipal déclarent à leurs concitoyens que, par une lettre du Ministre de l'Intérieur, du 26 février, le Conseil est informé que le Gouvernement Républicain est installé en France.

» En conséquence, le Conseil proclame la République et invite ses concitoyens à prêter leur concours au Gouvernement provisoire.

» Fait en séance, le 27 février 1848.

» Durand, maire, président.

» Lefebvre, secrétaire. »

Cette proclamation sera imprimée, placardée, publiée au son du tambour, par M. le Commissaire de police, escorté d'un détachement de la garde nationale.

Les trois conseillers de préfecture ont donné leur démission. Le Conseil délègue MM. Lefebvre, Devaureix et de

Boisvillette, pour exercer provisoirement le pouvoir préfectoral et l'autorité des conseillers de préfecture.

Une souscription sera ouverte à la mairie, en faveur des victimes des glorieuses journées de février.

M. Person, directeur de l'école normale, met ses élèves à la disposition de l'administration, pour faire le service de la garde nationale. Le général retraité, Potier, offre son concours pour le maintien de Tordre.

Le 1 er mars, le préfet de Mentque est révoqué. Les commissaires Marescal et Barthélémy, le remplacent.

« A la séance du Conseil, M. Marescal est introduit; il annonce qu'il vient de prendre un arrêté de dissolution du Conseil municipal ; il nomme une administration nouvelle : MM. Lefebvre, maire ; Devaureix, Félix Durand, adjoints ; il remercie le maire Durand et le Conseil pour leur zèle et leur dévouement à maintenir Tordre. »

Ce même jour, réunion considérable d'ouvriers dans la salle d'honneur; sont nommés des délégués, chargés de défendre les intérêts de la classe ouvrière auprès des pouvoirs constitués. Les ouvriers avaient eux-mêmes réclamé un piquet de garde nationale ; ils ont poussé le cri de : Vive la garde nationale, qui a répondu : Vivent les ouvriers. Avant de quitter la séance, ils ont chanté : Le chœur des Girondins ! La Marseillaise ! et se sont séparés, au cri de : Vive la République ! Le plus grand ordre a régné dans la réunion.

Le sieur Renault, notre concitoyen, compose un chant républicain, intitulé: Réforme et Propagande, sur un air nouveau ou à faire. En voici un extrait :

L'égalité, sous le ciel, sous la loi, Ce grand principe humanitaire, Emane du Sauveur, l'évangile en fait foi.

En quittant le ciel pour la terre, Le démocrate du Calvaire, Dieu, s'est fait homme et non pas roi.

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