‹ Histoire de Chevaliers romains considerée dans ses rapports avec les différentes constitutions de Rome depuis le temps des rois jusqu ́au temps des GrecquesChapitre 10 sur 45 · QUATRIÈME EPOQUE 400-3C6 ANS AVANT JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

QUATRIÈME EPOQUE 400-3C6 ANS AVANT JESUS-CHRIST

Malgré l'indépendance légale que le tribunat assurait à la plèbe, on ne voit pas que la puissance politique des patriciens en ait été diminuée au premier siècle de la République. Ils restèrent en possession de toutes les anciennes magistratures, el même ils obtinrent presque toujours celles que les plébéiens pouvaient leur disputer. Avant l'an 400 avant Jésus-Christ, il sortit rarement de la plèbe un questeur ou un tribun militaire avec pouvoir consulaire. Pourtant, alin de

rendre leur concurrence plus sérieuse, les plébéiens avaient obtenu que l'élection à la questure ou au tribunal militaire se fit dans une assemblée des tribus qui se tenait au Champ-de-Mars avec toutes les formalités du droit politique des patriciens. Cette sorte d'assemblée de caractère mixte fut aussi employée, en 3G5 avant Jésus-Christ, à l'élection des édiles curules, parce que l'édililé était originairement plébéienne et que les candidats étaient patriciens. Le succès presque constant des patriciens, auprès des tribus assemblées au Champ-de-Mars, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, indignait les tribuns de la plèbe, et il s'explique par l'égalité de la population urbaine et de la population rurale à celte époque. En 470 avant Jésus-Christ, la campagne fournissait quatre légions, et la ville en armait autant. Si les hommes de la ville étaient répartis dans quatre tribus seulement, ou ne peut douter que les propriétés rurales des patriciens ne s'élendissentdans les tribus rustiques les plus rapprochées des murs de Rome, par exemple dans la tribu Lemonia dont le territoire commençait sur la voie latine, non loin de la porte Capène. et dans la tribu Romilia, située sur la rive droite du Tibre. L'influence patricienne s'étendait donc sur Rome et sur ses environs; autrement l'on ne comprendrait pas que Coriolau, l'ennemi de la plèbe, eût été condamné seulement à la majorité de deux voix, celle de onze tribus contre neuf. Il suffisait qu'un magistrat patricien présidât l'assemblée mixte des tribus du Champ-de-Mars, pour faire pencher la balance en faveur des candidats de son ordre, et pour que les candidats plébéiens à la questure et au tribunal militaire, eussent le dépit d'échouer auprès de la plèbe elle-même.

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Mais les conquêtes des Romains allaient bientôt rompre l'équilibre en laveur de la plèbe de la campagne. A mesure que le territoire romain s'agrandit, le nombre des tribus rustiques augmenta, et ce qui honore le tribunal, ce qui justifie sa puissance, c'est que ses intérêts lussent liés à ceux de la grandeur romaine. Les tribuns de la plèbe 1 provoquaient l'extension du droit de cité que le Sénat cherchait à restreindre, parce qu'ils sentaient que tous les nouveaux citoyens accroissaient la force de la plèbe rustique et le nombre des rivaux de l'aristocratie urbaine. Aussi les progrès de la puissance politique des plébéiens ont-ils suivi de près la première conquête importante des Romains, celle de Véies et de son territoire. Quatre nouvelles tribus rustiques sont formées, en 380 avant Jésus-Christ, sur le territoire véien, et en 376 avant Jésus-Christ, arrivent au tribunal Licinius Stolon et L. Sextius qui, après dix ans de lutte, finissent par obtenir le partage du consulat. Il faut observer ici que ces tribuns connaissaient trop bien l'organisation aristocratique de l'assemblée centuriale, pour se contenter de la simple éligibilité au consulat. Ils obtinrent qu'un des deux consuls fût toujours un plébéien. Autrement on n'eût donné aux chefs de la plèbe, en les admettant au nombre des candidats, que le droit (h; s'exposera des échecs certains. La constitution de 509, œuvre des patriciens, eût suffi pour empêcher leurs rivaux de parvenir.

Le siège et la prise de Véies, qui préparaient pour l'avenir la prépondérance de la campagne sur la ville, delà plèbe sur le patriciat, furent accompagnés d'une tentative remarquable de sécession, et d'une révolu-

T.ie-Live XXXVIII, 36.

tion à la fois politique et militaire dans l'organisation de la chevalerie.

La proposition de transporter la capitale politique de Rome à Véies fut faite deux fois aux tribus par les tribuns de la plèbe, en 392 et en 387 avant Jésus- Chrisl. Elle n'eut pas pour cause la difficulté de reconstruire Rome, incendiée par les Gaulois, puisqu'elle fut disculée' pour la première fois sur le Forum, deux ans avant la bataille de l'Allia. Que pouvait donc signifier un tel projet, quand Rome entière était debout? Proposa -t-on jamais à tout un peuple de quitter ses foyers, ses temples, ses champs, ses tombeaux, toutes ses habitudes civiles, politiques, religieuses, pour se transporter dans une ville conquise, fût-elle beaucoup plus belle que la sienne? Qui eût réglé tant de mutations de domicile et de propriété? Et qu'eùt-on fait de lu ville abandonnée ? L'idée de cette émigration en masse suppose de plus que Véies était restée entièrement vide depuis la prise de cette ville par Camille (305), et que les Romains en avaient exterminé ou vendu tous les habitants. Comme la proposition fut renouvelée, en 387 avant Jésus-Christ, celte magnifique solitude de Véies aurait été inoccupée pendant huit ans. Les pauvres de Rome et de l'Êtrurie se seraient abstenus pendant huit ans de s'emparer de tant de maisons sans propriétaires et de tant de champs et de jardins abandonnés. Ils auraient attendu pour le faire que le peuple romain, régulièrement convoqué, ou bien adoptât le plan du tribun Sic'mius, ou se laissât persuader par les arguments du dictateur Camille. Enfin, le plan d'un partage égal de la population et du Sénat de Rome entre les deux villes réunit, à toutes les impossibilités d'une émigration en masse, celle du

maintien de l'unité politique dans des conditions où elle devait être infailliblement brisée. Un récit qui mène logiquement à des hypothèses absurdes ne peut pas être admis dans l'histoire.

. Les tribuns de la plèbe connaissaient trop bien les patriciens pour leur demander de quitter leur Capitole, leurs trente curies, leurs cultes privés et publics, tous les souvenirs de leur race, toutes les traditions qui étaient le fondement de leur puissance ; et si Camille eût voulu démontrer au peuple, comme il le fait dans Tite-Live, que cette désertion était impossible, il eût pris une peine superflue. Les tribuns ne songeaient pas à enlèvera la ville de Rome sa population de Quiriles. Les Fabius auraient pu continuer à sacrifier sur le Quirinal, les féciaux romains à cueillir les verveines sacrées du Capilole. Mais la plèbe rustique, étrangère au peuple quirilairc, et au droit religieux des (jentes, aurait transporté à Véics son marché des nundines, et reconnu la protection delaJunon véienne, au lieu de celle du Jupiter Gapitolin. Ce changement n'eût entraîné aucun déplacement de population, aucun abandon de domicile, pas plus que celui par lequel les dix tribus d'Israël choisirent Sichem à la place de Jérusalem pour centre religieux, politique et commercial de leur confédération. La sécession proposée en 392 avant Jésus-Christ par les tribuns à la plèbe était donc en tout semblable à celle (jui fut tentée cent ans auparavant sur le Mont-Sacré, <*t si la motion 1 fut repoussée par onze tribus contre dix qui la volèrent, cette faible majorité en faveur du maintien de l'alliance entre la ville de Rome et la plèbe des campagnes, est une preuve de plus que jus-

i Tite-Li\e V, 30. Lrgem urui ptures tribus antiquarunt.

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qu'à la fin du premier siècle de la République, l'influence du patriciat et celle des tribuns dans l'assemblée des tribus, se balançaient à peu près également.

Le Sénat, d'ailleurs, avait trouvé moyen, pendant le siège de Véies, de s'attacher par des liens nouveaux les chefs de la plèbe. Tous ceux qui avaient le cens équestre sans avoir reçu un cheval de l'Etat, c'est-àdire les citoyens des quatre-vingts centuries de fantassins de la première classe dont la fortune était estimée cent mille livres d3 cuivre 1 , vinrent offrir de servir avec des chevaux achetés à leurs frais (400 avant Jésus-Christ). Désormais, les quatre-vingt-dix-huit centuries * de la première classe ne se composèrent plus que de chevaliers. Les dix-huit premières étaient les dix-huit centuries de chevaliers equo publico; les quatre-vingts dernières étaient les centuries de chevaliers equo privato.

Les chevaliers equo privato remplacèrent les chevaliers equo publico comme cavaliers légionnaires. La solde venait d'être instituée. Chaque cavalier romain en reçut une triple de celle du fantassin. Elle étail par jour d'un as d'une livre de cuivre, ou de 305 as par an. Le questeur fournissait encore au cavalier romain pour son cheval un tnodius d'orge par jour (dix litres, un à deux décilitres), c'est-à-dire par an 372 décalitres. Enfin, comme le cavalier avait le droit de mener à la guerre avec lui deux esclaves, sa ration de blé était triple de celle du fantassin. Le fantassin recevait par mois de 29 à 30 litres de blé, c'est à-dire de

1 La livre romaine était de 3î~ grammes. — 2 Nous ne comptons pas ici la centurie des ouvriers charpentiers dont les membres pouvaient difficilement être assujettis aux mêmes conditions de cens que les 98 autres centuries de lu oremière classe.

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quoi faire 750 grammes de pain par jour. Le cavalier eu recevait par mois deux médimnes, c'esl-à-dire de 88 à 89 liirejs.

Celle libéralité du trésor envers les chevaliers cquo privato disposait toute la première classe à favoriser les intérêts du Sénat. A la solidarité des intérêts se joignit bientôt celle de l'orgueil aristocratique. Une noblesse équestre se forma depuis l'an 400 avant Jésus-Christ à coté de la noblesse sénatoriale, parce que le litre de chevalier, attaché désormais à la fortune de cent mille as d'une livre, devint héréditaire comme elle. Si le fils d'un chevalier equo privato n'avait plus autant de fortune que son père, il conservait l'honneur et l'avantage de servir dans la cavalerie. 11 ne perdait que les privilèges politiques attachés à la possession réelle du cens équestre de cent mille as, c'està-dire le vole dans la première classe.

Les dix-huit centuries de chevaliers cquo pubtico. depuis Tan 400 avant Jésus-Christ, cessèrent d'être divisées en escadrons de trente hommes (tuvmœ), et de faire le service régulier des légions. Elles devinrent un état-major dont les membres s'attachaient individuellement à la personne des consuls, des lieutenants des consuls, et des tribuns des soldats. Sur le champ de bataille ils se tenaient hors des rangs avec la cohorte qui entourait le chef de guerre Dans le camp, une place était réservée à celte chevalerie d'élite auprès de l'élite de la cavalerie extraordinaire des alliés. Les chevaliers cquo pubtico étaient aussi désignés suus le nom d'amis et de compagnons de tente des généraux et des tribuns militaires.

Leur service, depuis l'an 400 avant Jésus-Christ, étant devenu en quelque sorte volontaire, les trois

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cen!s sénateurs purent, quoiqu'ils eussent lous achevé les dix ans de service exigés par la loi. garder le cheval que l'Etat leur avait payé, pour faire de temps en temps une campagne extraordinaire. En conservant le litre de chevaliers equopublico. les sénateurs s'assuraient l'avantage politique de voter personnellement à côté de leurs fils dans les six premières centuries équestres, qui étaient les six prérogatives. A l'époque de la mort de Scipion Emilien. en 129 avant Jésus-Christ, ils conservaient encore le privilège de garder leur cheval, qui semhle leur avoir été enlevé par Caïus Gracchus. Les six centuries, ou les six su tirages, portaient pour celte raison le nom de suffrages du Sénat (su/f'rayia Senatus) , et les douze cents chevaliers qui les composaient, appartenant tous à la nohlesse sénatoriale, se distinguaient par l'insigne^ sénatorial de l'anneau d'or C'est seulement au dernier siècle de la République et au premier siècle de l'Empire que la distinction de l'anneau d'or fut obtenue et usurpée par tant de monde, qu'à la lin elle ne distingua plus personne. Les chevaliers des douze dernières centuries equo publico ne portaient encore (pie l'anneau de fer, comme les chevaliers equo privato. Au bout de leurs dix ans de service, ils rendaient au censeur le cheval que l'Etat leur avait confié.

Les chevaliers des dix-huit centuries n'étant pas comptés, depuis Tan 400 avant Jésus Christ, dans les cadres réguliers des légions, ne recevaient point de solde. L'Etat continuait, comme il avait fait depuis Servius, à leur donner mille as d'une livre de cuivre pour acheter un cheval, et deux cents as par an poulie nourrir. Ces deux subventions, appelées œ$ équestre et œs hordearium, étaient fournies par les biens

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dos veuves et des orphelins, qui étaient inscrits à part sur les registres du cens. Les tributs ordinaires étaient employés à la solde des troupes faisant le servi* e régulier.

Le service dans les dix-huit centuries était donc plutôt un honneur qu'un avantage matériel.' Il ne convenait qu'aux riches, qui allaient à la guerre pour satisfaire un goût noble, ou aux jeunes gens, qui entraient dans les rangs d'une milice brillante pour s'ouvrir la carrière des hautes magistratures.

MUS l»K Pl HI.II.It S IMIILO, n'HOKTKNSll S Kl l»K M.t.Ml S ;tfi-wr, ANS AVANT JKSl S-CIIKIST

L'époque des lois de Publilius Philo, d'florlensius cl de MiPiiius fut celle du triomphe définitif de la plèbe rustique. On peut en trouver la cause dans les agrandissements du territoire romain qui, en achevant de déplacer la majorité, firent passer la prépondérance politique de la ville à la campagne. Si l'annexion des quatietribus rustiquesdu territoire véien. en 380 avant Jésus-Christ, avait donné à la plèbe la force de se faire admettre en 300 au partage du consulat, la campagne romaine s'accrut encore de huit tribus rustiques entre les années 355 et 200 avant Jésus-Christ. En celte dernière année, sur trente-trois tribus, lacampagneencomptait vingt- neuf. L'équilibre était donc rompu à son prolil,el la défaite politique de l'aristocratie urbaine était inévitable. Chaque victoire de Home sur ses ennemis, chaque conquête qu'elle faisait sur ses voisins était un coup porté aux privilèges des patriciens. Entre la ville

enfermée dans l'enceinte de son vieux pomœrium, et le pays plébéien qui grandissait sans cesse autour d'elle, l'issue de la lutte n'était pas douteuse. Aussi voit-on en même temps le nombre des tribus s'accroître, et les plébéiens partager tous les honneurs depuis le consulat jusqu'à l'augurât, 366 — 300 avant Jésus-Christ.

Le partage des honneurs prépara la fusion des deux peuples de la ville et de la campagne, en faisant entrer les chefs de la plèbe dans les curies de la ville. La loi du tribun Ovinius, qui est de peu d'années postérieure au partage du consulat, détermina les droits des anciens magistrats à siéger au nombre des trois cents sénateurs. Tous ceux qui avaient géré les magistratures curules 1 devaient, à moins d'indignité personnelle, être inscrits par les censeurs sur la liste du Sénat. C'étaient les anciens censeurs, consuls, préleurs et édiles curules. Le plébéien que le suffrage populaire classait parmi ces ordres de magistrats, prenait rang au Sénat parmi les dix chefs d'une des trente curies. Il devenait chef de gens 2 et pouvait transmettre son image à sa postérité. Sitôt qu'un plébéien arrivait à la première des charges curules, à l'édilité, tous les liens de clientèle qui pouvaient l'attacher à une des grandes maisons de Rome «se trouvaient rompus. De client il devenait patron.

Ainsi se forma la noblesse sénatoriale composée de patriciens et de plébéiens qui comptaient leurs litres par les images de leurs ancêtres, c'est-à-dire par le

1 Curulis est le mt v mc moi «pie curialis. La magistrature curuleest colle qui lionne un si«^e à la curie. Aulu-Gelloenlro toutes é>ymo- \n>/u>s qu'on donnnil di* ce mot a choisi la moins bonne curulin pour curulti, venant de cumu char. * Tite-Live, X, 8 : Vos tolos [patricio* gentem habere.

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nombre des grandes magistratures que leur famille avait obtenues. Des plébéiens venus des municipes les plus rapprochés de Rome, de Tusculum par exemple, s'anoblirent en parvenant aux honneurs de la ville (honores urbis, honores populi romani) ; et des patriciens sans ambition ou sans vertu, comme Servius Sulpicius 1 , laissèrent tomber dans l'oubli leur antique noblesse pour n'avoir pas su la rajeunir par une candidature heureuse. Ces patriciens se trouvèrent à la fin comptés parmi les simples chevaliers de famille équestre, c'est-à-dire parmi les citoyens de la première classe qui n'avaient non plus que leur père ni leur aïeul, pris place sur le fauteuil orné d'ivoire où siégeaient les magistrats.

La composition du Sénat patricio-plébeien* de la République, depuis la fin du iv" siècle avant Jésus- Christ, explique pourquoi au lieu d'être seulement divisé en trente curies, comme l'ancien Sénat, il présente aussi trois ordres distincts : 1° celui des consulaires (consulares) ; 2° celui des anciens préleurs (prœtorii) ; 3° celui des anciens édiles curules (œdilidi). Les cousulairos étaient consultés les premiers, les anciens préteurs parlaieut ensuite, les anciens édiles n'étaient appelés qu'en troisième lieu à dire leur avis. Il y avait aussi de jeunes magistrats, comme les questeurs et les tribuns des légions, qui, sans avoir le

! Ciceron, Pro Murcena, 7 cl 8. — 2 Voir sous oc litre une belle élude de M. Mommsen, dans ses Recherches romaines [Rormische forschnngeri. Nous n'avons pu admellie avec lui que les conscripti rissent des plébéiens reçus au Sénal, dés l'origine de la République, sans élre sénateurs cl sans avoir le droit «le parler. M. Mommseu les idenlilie avec les pedarii Mais, d'ap vs les auteurs anciens, les contcri/iti furent sénateurs et patriciens, cl ils reçurent ce titre des curies. Nous avons montré (pic les conscripti sont les mêmes que les Paires minorum gentium.

titre de sénateurs, étaient invités à foumirdes renseignements sur les affaires financières ou militaires qu'ils avaient conduites, et à en dire leur avis. Leur présence dans rassemblée fait comprendre cette formule par laquelle un consul donnait rendez- vous au Sénat en convoquant : les sénateurs et ceux à qui il est permis de dire leur avis dans le Sénat. Après les dix ans de service exigés de tout cavalier romain, et qui se faisaient ordinairement de vingt à trente ans, un homme de la première classe pouvait briguer la questure et exercer cette charge de trente à trente et un ans (œlate quœstorin). Un usage, que les lois annales consacrèrent plus tard, voulait qu'on laissât écouler deux ans (biennium) entre deux magistratures successives 1 . Eu attendant qu'il pût briguer l'édilité curule, l'ancien questeur avait le droit de dire son avis au Sénat, sans être encore sénateur en litre. Il pouvait devenir édile à trente-quatre ans et être inscrit sur la liste du Sénat de trente-quatre à trente-cinq ans (œtate senatoria).

Dans le cas où les magistratures cnrules n'envoyaient pas au Sénat assez de sénateurs pour remplir toutes les places vacantes, afin de maintenir le nombre de trois cents membres dans cette assemblée, on inscrivait sur la liste, même des citoyens qui n'avaient géré que des magistratures secondaires. C'est ce que fit, en 216 avant Jésus-Christ, après la bataille de Cannes, le dictateur Fabius Buteo. Ces sénateurs supplémentaires

1 La pr.'lurc. ou l'on )»onv;iit arriver à trente-sept ans, «-lait une magistrature de deux ans lorsqu'on était nommé propréteur â trentehuit. L'intervalle entre la lin de la proprelurc et le consulat, devait être double, c'est-à-dire de quatre ans. C'est pourquoi l'àpe consulaire fut lixé à quarante-irois ans. Uuelqucfois I intervalle «le quatre ans était placé après la proquesture.

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n'avaient pas le droit comme les autres d'orner d'argent le mors de leurs chevaux. N'étant pas sortis d'un des trois ordres de magistratures curules, ils n'avaient pas la parole dans le Sénat, mais ils prenaient part aux votes par division en se portant à droite ou à gauche. Comme, pour faire connaître leur avis, ils ne pouvaient se servir que de leurs pieds, et non de leur langue, on les appelait sénateurs pédaires (senatores pedarii). On les nommait plus exactement chevaliers pédaires (équités pedarii), parce qu'une des magistratures curules était l'échelon par où l'on s'élevait ordinairement du rang équestre au rang sénatorial, et qu'ils n'en avaient obtenu aucune.

Mais, pour que les élections du Champ-de-Mars pussent sans obstacle porter aux magistratures curules, et par suite faire entrer au Sénat les candidats de la plèbe extérieure, il fallait que le Sénat perdit le droit d'en proposer l'annulation aux curies. C'est le contrôle du Sénat et de l'assemblée urbaine du Comitium sur les voles du Champ-de-Mars qui disparut grâce aux lois de Publilius Philo et du tribun -Mdenius, 337 — 285 avant Jésus-Christ. Par la loi Publilia, les décisions législatives des centuries, par la loi Mœnia, les élections centuriates durent être approuvées d'avance par le Sénat, c'est-à-dire que les sénateurs, avant le vote des centuries, rédigeaient le sénatus-consultc par lequel ils proposaient aux curies de confirmer ce que les centuries auraient décidé. L'initiative du Sénat auprès des curies, et le droit de contrôle de l'assemblée curiale furent ainsi rendus illusoires. Des deux sortes de comices nécessaires jusque-là pour valider chaque élection et chaque loi, une seule désormais fut sérieuse. Les comices du peuple de la ville étaient ré-

duits à une vaine formalité, et les membres des curies ne se donnaient plus la peine de se réunir. Ils se faisaient représenter par les trente licteurs des trente curies, et c'est devant ce simulacre d'assemblée que l'élu du Champ-de-Mars venait, par respect pour un vieux souvenir, demander Yimperium et prendre les auspices.

La souveraineté passait donc de la curie et du Comitium au Champ-de-Mars, du peuple de l'intérieur de la ville au peuple du territoire entier réuni hors des murs. L'importance de cette révolution a frappé Cicéron et Salluste. D'après Cicéron. le privilège que le Sénat s'attacha le plus énergiquemenl à défendre, fut celui de faire ratifier ou improuver par l'assemblée curiate les décisions des centuries. Pour Salluste, une des plus grandes conquêtes de la plèbe, fut de s'être délivrée de cette tutelle politique des sénateurs et des patriciens des curies 1 . Désormais, l'opposition aux volontés du sénat et aux voles des six centuries prérogatives avait au Champ-de-Mars quelque chance de . succès. Une loi du dictateur Horlensius, 286 avant Jésus-Christ, développa chez la plèbe la conscience qu'elle avait de sa force numérique, au moment même où Publilius et Maînius assuraient l'indépendance de son droit. Sur le Janicule, où la plèbe rustique essaya une dernière fois de transporter son centre commercial pour échapper aux tribunaux romains et à l'usure patricienne, Horlensius lit voter plusieurs plébiscites, dont l'un déclarait fastes les jours de nundines. La

l Salhisle. — Fragm. des Hist. lit?. ///, frag. 3 du discours de C. Licinius : Libéra ab aucluribu* putricii* tuffrayia majora veslri

plèbe, en revenant apporter tous les neuf jours ses denrées au marché du Forum, eut désormais le droit de traiter aux mêmes jours ses alïaires commerciales et ses alïaires politiques. Cet usage dura de 286 à 130 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire depuis la loi Hortensia jusqu'à la loi Fufia.

Dans les assemblées de centuries et de tribus, tenues aux jours de marché, les plébéiens purent se compter. Dès qu'ils se lurent aperçus qu'une révolution favorable à leur droit était possible, elle devint inévitable. Car il se trouva que, par des motifs dilïérents, tout le monde la désirait, même les patriciens, et que la constitution aristocratique de 509 avant Jésus Christ ne convenait plus à personne.

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