CHAPITRE IV
IIISTOIRK i'ARTIC.ULIKRE DES UOUZB CENTl RIKS ÉOl KSTRKS Jl'SOr A L AN m AVANT JKSl S-CHRIST
SI— OniGOE DE l.A FLFItE
La Rome de Servius contenait déjà une autre plèbe que celle des clients. Ancus Martius peupla l'Aventin en y transportant les Latins de Politorium, de Tellène ctdeFicana 1 . Les bois de lauriers qui le couvraient furent abattus, et, entourée d'un mur et d'un fossé, cette montagne devint l'avant-postc de Rome vers le Midi , comme le Janicule l'était vers le Nord \ Une ebaussée fut jetée sur la vallée Murtia. gorge étroite et profonde, qui la séparait du Palatin, et entre les deux montagnes furent établis les anciens habitants de Medullia et de Fidènes. En même temps, dans l'enceinte de la ville quiritaire que Servius dut agrandir, affluait une multitude nouvelle où Tarquin l'Ancien choi-
> Tite-Live, I. 33. Jusqu'à Claude, rAvpniiu l'ut, rn dehors d<> I pii- < oinU< sarree du Poimprium {AuIii-GpIIc, XIII, 1 4. T.mU;, Animir*. XII, H, il . — » lJenys, 111,37, 3» pi 43.
(MIS ( IIF.VAUl-RS ROMAINS 169
sit les nouveaux Quiritcs, avec lesquels il doubla le nombre des sénateurs, des chevaliers et des citoyens des curies l .
Mais, en dehors des cadres de la cité patricienne et de l'enceinte sacrée du Pomœrium, il resta une foule nombreuse et menaçante, qui fit plus lard de l'Aventiu la citadelle de la liberté plébéienne. Deux fois les plébéiens révoltés cherchèrent à y fonder une cité plébéienne, en quittant celle du Mont-Sacré *.
Servius, par sa constitution, n'appela point les plébéiens à partager les droits politiques des curies; mais il les fit contribuer au paiement des impôts, et il les classa dans les rangs de l'armée. Les plébéiens, mêlés aux anciens Quiritcs dans les centuries, commencèrent au temps de la République à exercer des droits politiques. L'assemblée centuriate nomma les premiers consuls \ et la loi de Valerius Publicola sur l'appel au peuple fut la première qu'elle vota 4 .
S U. — r'CI&SASCE DP LA PLÉRK. Kl. LE COMPTE DES CHEVALIERS PARMI SCS CHEFS
Ce fui en grande partie parmi la plèbe d'origine latine que Servius prit les douze cents nouveaux chevaliers, qu'il attacha à ses quatre légions actives 5 . Ce choix était naturel de sa part, s'il est vrai, comme le dit Dcnvs dllalicarnasse % qu'il ait débuté par être chef de l'armée «les alliés latins, et commandant de la
1 l)enys(III, 37, fini «lit que les Lutins de Politonum furent réparlisdans les runes ries le temps d'Aneus. — Cicerou, De Republica, II, 33 et 37. — ^ Tite-Live, I. tiO. — » Cicoron, De Republica. Il, 31. — Titc-I.i\e I. -H, ;i p| «elle les don/.!- . ents c'ic\ rdiers enrôles p;ir Servius. p, in»>r>s rirititis ; et les eheviiliers pléhciens, avec lesquels Rrutus complet;» le Serml : primons rqtutlri* yradu* (II, \). — fi Dcnvs, IV, 3.
cavalerie 1 sous le règne de Tarquin l'Ancien. La plèbe de l'Aventin élail déjà assez forte au temps du premier dictateur * 2 pour résister au palrieial, et lorsqu'en 494 av. J. -G., seize tribus rustiques vinrent renforcer le parti plébéien, elles trouvèrent la lutte engagée. Cette plèbe, qui affluait aux portes de Rome de toutes les villes environnantes, comptait déjà des chefs riches et puissants. Cinquante ans après (en 438 av. . J.-C), le chevalier ' Spurius Madius était un homme de la plèbe ; car Tite-Live (ail dire à Cincinnatus 1 qu'il aurait pu souhaiter le tribunat; sa fortune était si grande, qu'il nourrit le peuple dans une famine ; son ambition parut si haute, qu'on l'accusa d'aspirer à la royauté.
g III. — Les plébéiens dans tes docze centuries équestres
Lorsque Brutus compléta la liste des trois cents sénateurs, il choisit, pour les y inscrire, les premiers citoyens du rang équestre 5 , et ce choix, dit Tite- Live, contribua puissamment à réconcilier les patriciens et les plébéiens. Les premiers de Tordre équestre étaient donc, aux yeux de l'historien, les chefs de la* plèbe. Il dit autre part 6 que ces nouveaux sénateurs furent élevés au patriciat par un ordre du peuple des curies. Denys est encore plus explicite sur l'origine de ces Pères Conscrits 7 .
« Après l'abdication de Collatin, les deux consuls
i Denys, III, 39 et 40. Tarquin avait été de même chef de la cavalerie sous Ancus Mmiu>.— ? Dciivs, V, C3. Tilc-Live, II. IK. — .1 Tite-Live, IV, 13. - « Tit -Live, IV, 13. - 5 Tiie-Li\e, II, 1. — 6 Tite-Live, IV, 4 « NobUiltlrm quam plerlque habetis aut ab regibus • lecti aut rosx reguexaci»* jussc popili. » — 7 Denys, V, 13.
» Brutus cl Valerius commencèrent par choisir les plus » puissants des plébéiens. Ils en firent des patriciens, » et remplirent avec eux les places vacantes du Sénat, » de manière à rétablir le nombre de trois cents » membres. »
Ces chevaliers plébéiens, devenus d'abord patriciens, puis sénateurs, ne pouvaient avoir été choisis dans les six centuries des Rhamnes, des Tities et des Luceres; car elles n'admettaient encore que des patriciens 1 .
Ils sortaient donc des douze centuries équestres, de ces corps purement militaires, destinés à former les ailes des quatre légions consulaires *. Ces douze centuries contenaient donc un très-grand nombre de plébéiens, et cette induction est confirmée par les faits historiques.
Les décurions de chevaliers, Tempanius, Sellius, Antistius, Icilius. qui, en 420 av. J.-C, sauvèrent Tannée du consul Sempronius, étaient plébéiens, puisque l'année suivante, ils furent, en récompense de cet exploit, nommés tribuns de la plèbe 3 . Or, s'il y avait quatre plébéiens parmi les chefs de la cavalerie de deux légions consulaires, c'est-à-dire à la tête d'une moitié des douze centuries, combien ne devait-il pas y en avoir dans les rangs de ceux qu'ils commandaient?
S IV. — N't AVAIT-IL QUE DES PLÉBÉIENS DANS LES DOUZE CENTORIES