‹ Histoire de Chevaliers romains considerée dans ses rapports avec les différentes constitutions de Rome depuis le temps des rois jusqu ́au temps des GrecquesChapitre 18 sur 45 · V. — ABMEMEKT ET MANIERE DB COMBATTRE DES CHEVALIERS · texte numérisé non relu

V. — ABMEMEKT ET MANIERE DB COMBATTRE DES CHEVALIERS

Denys 4 dit que les chevaliers institués par Romulus, étaient les premiers à l'attaque et les derniers à la retraite, qu'ils servaient à cheval dans les plaines ouvertes, à pied sur les terrains rudes et impraticables aux chevaux. Ils formèrent une cavalerie légère, depuis l'époque des rois, jusqu'aux guerres d'Annibal. Polybc dit que c'est aux Grecs qu'ils empuntèrentune lance plus forte et un bouclier plus solide 0 . Voici comment il décrit leur armement :

« Aujourd'hui, les cavaliers romains s'arment à la » façon des Grecs. Autrefois ils n'avaient point de » cuirasse et combattaient avec un vêlement serré au » corps; aussi étaient-ils toujours prêts à descendre » de leur cheval, ou à y remonter d'un saut. Mais.

1 Titc-Live, IV, 52. — 2Tite-Live, IV, C'est ainsi que l'air ièreban devint ridicule m Fmire. el le commandement de l'arrièrc-irarde était dédaigné. — » Jusqu'à l'an 400 av. J.-C. — * Denys, II, 13. — * Polybc, VI, 25.

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» dans les rencontres, le man(|ue d'armes défensives » les exposait à bien des dangers. Leurs lances avaient

> deux défauts : comme elles étaient légères et fragiles, * ils ne pouvaient guère viser le but qu'ils voulaient

> atteindre, et, avant que la pointe fût appuyée, le » mouvement du cheval suffisait à les ployer et à les » rompre. De plus, comme elles n'étaient pas munies » par le bas d'un sabot de fer aiguisé, elles ne pou- » raient servir qu'une fois pour frapper avec la pointe, » et, brisées du premier coup, elles étaient hors d'u- » sage. Quant à leurs boucliers longs l , ils étaient de » cuir de bœuf et de la forme des gâteaux bombés » qu'on met sur la chair des victimes. Ils ne servaient - guère à repousser les projectiles, à cause de leur » peu de solidité, et. lorsque les pluies les avaient

> dépouillés ou détrempés, ils ne pouvaient plus » être d'aucun service. C'est pourquoi les Romains

» empruntèrent aux Grecs leur armement car ils

» ont plus qu'aucun autre peuple cette qualité de » changer leurs habitudes pour imiter celles des étran- » gers, lorsqu'elles valent mieux. »

Il est probable que ce changement qui rendit la cavalerie plus forte, mais moins agile, ne fut pas beaucoup antérieur à la création des vcliles, soldats d'infanterie légère, dont trente montaient on croupe derrière les trente cavaliers de la turma, et sautaient à bas des chevaux pour lancer des javelots à la cavalerie ennemie*. Jusqu'à la seconde guerre punique, le cavalier romain employait à lui seul les deux manières de combattre : ou bien, dans une charge à cheval, il frappait l'ennemi de sa lance, assez légère pour servir au lie-

i Sctda. - * Tite-Live, liv.XXVl, -4.

soin d'arme de jet; ou bien, il sautait en bas de sa monture pour tirer l'épée f .

Dans les premiers temps, le cavalier, au lieu du bouclier long, dont il était chargé au temps de Polybe, portait la parma qu'il transmit plus lard au velite. C'était un bouclier rond et assez léger, de trois pieds de diamètre 2 , fait de bois, de cuir ou même d'osier 3 . Le velite fut donc comme le dédoublement du cavalier, quand celui-ci, muni d'armes plus pesantes, ne fut plus en état de combattre à pied.

Les combats des premiers chevaliers romains ressemblent souvent aux rencontres des chevaliers du moyen âge. Brutus et Aruns croisent leurs lances comme deux paladins 'et se percent tous deux en même temps à travers leurs boucliers 5 rompus. Dans le duel de Titus Manlius et de Geminus Metius de Tusculum °, rien ne manque à l'analogie, ni ie défi, ni le champ clos entouré de chevaliers devenus spectateurs, ni les passes du tournoi que le Romain termine à son avantage par un coup que la loyauté des contemporains de Philippe-Auguste eût désapprouvé: Manlius frappe la téte du cheval de son adversaire.

Le combat change d'aspect lorsque les chevaliers quittent leurs montures pour se transformer en une infanterie d'élite, .qui donne au moment décisif. C'est ainsi que les chevaliers gagnèrent la bataille du lac Régille (496 av. J.-C ) 7 . Celte victoire fut si glorieuse

1 Tite-Live, IX. 22, combat do Salicula. — * Polybe, Vl.S2.Comp. Tile-Live, XXXVlll. 21.-3 r Y;i ; :ment de S.dliKfe dans Nonius. 18. — 4 Tite-Live, II, 6. Comp. le duel de Claudms Asellus et «tu chevalier campanien Jubeliius Taurea (XXIII, 46 et 47), et celui de Crispions et du ramp:inien fiadius (XXV, 18 . — :> Parma» — Tttcl.ive. VIII, 7. Comp. un combat de cavalerie dans YEnêide, liv. XI, v. 596. etc. — 7 Tile-Live, II, 20.

pour les chevaliers, que le dictateur Postumius voua un temple à Castor, le dompteur de chevaux l . Douze ans après, sou fils en fit la dédicace, le 15 juillet 484 *, et l'anniversaire du 15 juillet fut célébré par une fête militaire et religieuse 3 à laquelle le censeur Q. Fabius ajouta, en 302 av. J.-C, le défilé solennel de la chevalerie*. Dans la bataille du lac Régille, les esclaves écuycrs ramenèrent aux chevaliers leurs chevaux devant le front de bataille , afin qu'ils pussent, par une charge, achever la déroute des Latins 5 . Quelquefois, les chevaliers, après avoir rétabli la bataille au centre, en combattant à pied, se retiraient par les intervalles qui séparaient les manipules 6 , pour remonter sur les chevaux que leurs esclaves tenaient tout prêts ; et ils se reportaient sur les ailes. Chaque cavalier menait avec lui en guerre, pour faciliter ces évolutions, au moins un esclave chargé de seller et de nourrir le che • val 7 . La triple ration de blé que recevait en campagne le cavalier romain 8 fait même penser qu'il nourrissait deux esclaves, un éeuyer et un palefrenier.

Une manœuvre semblable à celle de la journée de Kégille valut à Iloratius, consul en 446, une victoire sur les Sabins 0 . Enfin, en l'année 420 av. J.-C, Sex. Tempanius, décurion de chevaliers, sauva le

1 Les Dioseurcs étaient les patrons célestes de la chevalerie romaine. Tite-Live, II, 20. — ■-' Tite-Live, II, 42. — 3 Dcnys, VII, 71 et ïi. ~ » Tite-I.ive, IX, in. Suétone, Vie d'Auguste, 38. — •> Tite-Live, II, 20. cTilM.ive. III, C3. - ? Tito-Luc, XXII, 42. Aulu-Gclle, liv. IV-, ch. XX. n<> 11. — «Potybe, VI, 3«J, n"» 13 et! 4. La ration du fantassin était <les deux tiers «l'un mé<iimne de blé par mois. C'est un peu moins de ticntc litres de I » 1 - * , pour lesquels on obtiendrait aujourd'hui do (|uarauto-deux à quarante-cinq livres de pain. C'est la ration d'une li\ro et demie de pain par jour, qui est celle do nos soldais. Le cavalier latin avait une ration de pain double; le cavalier

romain, une ration triple. L'un nourrissait i .srlave. l'autre deux. —

» Titc-I,iw\ III, <i-2.

m HISTOIIŒ

consul Sempronius d'une défaite, on faisant descendre de cheval les quatre cents chevaliers de deux légions ! . Il en forma une cohorte' 3 où A. Sellius. Sex. Antislius et Sp. Icilius prirent le rang des trois centurions en chef, et Tempanius, celui du vcxillaire. La cohorte année de la parma se lit jour à travers les Volsques.

On ne peut expliquer que par celte habitude de quitter les chevaux dans les occasions décisives, l'exploit qui lit donner aux chevaliers le nom de Trossuti*. Ils prirent à eux seuls, et sans le secours des fantassins, la ville étrusque de Trossnlum . située à neuf milles en deçà de Vulsinies: et cette ville est probablement la même que celle de Troïlium, emportée en 293 av. J.-G. par le consul Carvilius'. 11 n'était pas rare de voir des chevaliers monter à l'assaut d'une place, puisque Pline rapporte que « Manlius Capilo- » linus fut le premier chevalier romain qui remporta » une couronne murale*. »

A la Trébie, en 218 \ les velitrs combattirent aux ailes, a côté des cavaliers romains. Déjà ils avaient paru au Tésin 7 ; niais ils n'étaient sans doute encore que les anciens jaculatorcs, puisque les chevaliers, dans ce combat, descendirent presque tous à pied pour soutenir les fantassins. Celle mauieuvrc au Tésin ne produisit que du désordre.

A Cannes (210 av. J.C), elle amena un désastre; elle permit aux cavaliers numides d'envelopper l'armée romaine. Annibal, voyant le consul romain donner

1 litc-Livc, IV, 38.39, 42. — La cohorte «'lait ûv 400 hommes. Tilc-Live, VU, 7. ei IV, .19. La lésion rompiail lantoi :;00. tantoi 200 cavaliers. Pnhhe, III, 107. — ■» IMinc, H, st. na( , XXXIII. ch. 0. — » Tilo-Li\c, X, 40. — Pline, f/ùrf. mit., VII. i'K — Tite-LivR. XXI, 3i». - 7 TiUsLivc, XXI, 46.

à ses cavaliers Tordre de mettre pied à terre, s'était écrié : « J'aimerais bien mieux qu'il me les livrât en- » chaînés. » Eu effet, la plus grande partie resta sur le champ de bataille.

Ces cruelles expériences furent les motifs qui décidèrent les Romains à tenir toujours leurs cavaliers à cheval, à renforcer leur armure et à faire monter derrière eux les velites, qui se portaient ainsi rapidement sur le front de l'armée. La chevalerie romaine fut donc, depuis le temps des rois jusqu'à la seconde guerre punique, une cavalerie légère qui, dans la même bataille, pouvait combattre à pied ou achevai. Ce fut au temps d'Annibal que les cavaliers romains empruntèrent aux cavaliers grecs leurs armes pesantes , et perdirent en agilité ce qu'ils gagnaient en force; ce changement leur fit adjoindre l'infanterie légère des velites 1 (212 av. J.-C).

1 Varron, Dr lingua Uilina, V, 82. « Magister equilum.quod summa • poVsta* hujus im kqoitiîs et accent, n Les velites ou jaculatorcs

(Paient les anciens accensi , les hommes de la cinquième classe tombai tant hors îles rangs. Tile-Livo. I. 4 j.

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