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la première classe (judicia primœ classis x ); et voici le conseil qu'il donne au dictateur pour les réformer * : « Il me semble bon que tous les citoyens de la pre- » mière classe soient juges ; mais il faudrait que les » juges fussent plus nombreux qu'ils ne sont. »
La première classe, au temps de César, se composait donc des juges, c est-à-dire de tous ceux qui avaient au moins le cens équestre, sénateurs ou chevaliers.
Ainsi, depuis leur institution en l'an 400 av. J.-G. jusqu'à César, les chevaliers equo privato, qui, au temps des Gracques, composèrent l'ordre judiciaire, ont constitué avec les chevaliers equo publico toute la première classe. Le cens de la première classe a toujours été identique au cens équestre.
L'identité de la chevalerie romaine et de la première classe nous fournit l'explication d'un passage de la République 3 de Cicéron qu'on n'est pas encore parvenu à comprendre. Nous allons l'expliquer, sans y changer un mot, ni un chiffre, et démontrer que les changements que l'on a proposé ou que l'on pourrait proposer d'y faire sont inutiles 4 , et qu'il faut s'en
soient de Salluste. Nous partageons son opinion, parce qu'un écrivain, qui n'eût pas été contemporain de César, et qui eût fait un pastiche de Salluste aussi bien réussi, n'eût jamais précisé comme lui ce fait désormais certain, mais que la critique moderne n'avait même pas encore mis en lumière: qu'au tem| s de César tous les citoyens de la première classe formaient l'ordre judiciaire.
1 Salluslii ad C Ccesarem epistola I, \2. • Quoniam judicia phimm » classis mitienda putem. » — * Ibidem, ch. 7, lin. « Quare omnes rr.i-
» MJt CI.ASM* JUD1C4RE PLACET, ICd tlUmcTO plitTCS Ql'AM JUD1CANT. »
Le sens est que, sans ôter aux hommes de la première classe le droit de juger dont ils sont investis, il faut leur adjoindre de nouveaux juges, comme à Rhodes où riches et pauvres partageaient la judicalure. C'est le privilège exclusif de la première classe que Salluste propose de laisser de côté (Mitienda judicia primai classis)' — 3 Cicéron, De Republica, U, 22. — •* Voir, sur le texte de la République. II, 22, les changements proposés par Niebuhr (Hist. romaine, V éd.,
tenir au texte tel que l'a publié Angelo Mai. Voici les premières lignes de ce fragment 1 : duodeviginti » censu maximo. Deinde. magno equitum numéro ex
• omni poptdi summa separato, reliquum populum » distribua in quinque classes. »
Angelo Mai complète ainsi la première phrase, qui est tronquée : scripsit centurias equitum; cette restitution est d'une exactitude peu contestable. Car Cicéron, décrivant dans ce passage la constitution de Servius, suit le même ordre d'idées que suivit plus tard dans une description plus complète Denys d'Halicarnasse, et Denys * emploie même des expressions tout à fait semblables à celles de Cicéron : « To te t«v
» tr~£i)V 7Ù,YjÛQÇ è~Ô£%sV £X TMV £^OVTû)V TO fliyiGTOV
» Tipr^xa. xai xarà yà/o; éfti^avûv ffyvérafs Oc £t;
• oxTwxatfoxa xai ttoosévcI/j^v crjToù; toi; 7rpsiToiç
• T&iv <poLka*fli'àv G7<foi;xoy?a as/si;. »
Traduisons littéralement le passage de Cicéron avec la restitution d'Angelo Mai :
» Servius enrôla dix- huit centuries de chevaliers » ayant le cens le plus élevé. Ensuite, ayant séparé » de tout l'ensemble du peuple un grand nombre de » chevaliers, il distribua le reste du peuple en cinq » classes. »
Ces nombreux chevaliers dont parle Cicéron, il les distingue d'abord des dix-huit centuries équestres, puisqu'il fait suivre les mots duodeviginti censu made l'adverbe Deinde qui marque nettement la formation d'une nouvelle catégorie de citoyens. Il ne les distingue pas moins des cinq dernières classes,
Berlin, 1833, \" partie, p. 472, note 4<)38), cl par M. Monmiseu {Les iribu* romaines. Alloua, 1844, p. 62-64). » Cicéron, De Re public i, II, 22. — * Denjs, IV, <8.
puisque ces classes formaient, après que Servius eut mis à part ce grand nombre de chevaliers, tout le reste du peuple, retiquum pnpulum.
Pour résoudre celte difficulté, il faut nous reporter au passage de Denys qui pour les idées et pour les expressions correspond à celui de Gicéron. Denys 1 compte en tout six classes et cent quatre-vingt-treize centuries. Gicéron, comptant le même nombre de centuries 2 , doit aussi admettre le nombre de six classes, sans exclure la dernière classe comme l'a fait Tite- Live 3 . Ces nombreux chevaliers qu'il place entre les citoyens des dix-huit centuries équestres et ceux des cinq dernières classes, en les distinguant des uns et des autres, ne peuvent être que les hommes de la première classe, qui avaient, comme dit Tite-Live, le cens équestre, sans avoir reçu un cheval payé par l'Etat \
Mais comment Cicéron a t-il pu appeler du nom de chevaliers (cquitum), ces hommes de la première classe qui, selon Tite-Live et Denys, formaient, au temps de Servius, quatre-vingts centuries de fantassins phalan-
1 Hcnys, IV, 18. « 'Eycvovro c-jjiuop^i pèv I;, S; xaXoOîi 'Putia-ot » xXiïîi;.... Xo'/ot Se, où; al rjuaof.ai îtEsiîX^i'iavov, Éxxrèv xal èwevt,- » xavra-îfEî;. » — 2 Cicéron {i)v It ; nh'ica . II. 22) décompose le même nombre de 193 centuries en 89 plus loi el en 97 plus 96. — a Til» 1 — Live, I, 43. Tite-Live ne compte que cinq classes dans l'assemblée renluriatc (liv. III, 30/ : Tribuni phbh deam cictiti «uni bini rx sin ynlis classibuM Mais comme il ialhut arriver a retrouver les 193 centuries qui, de l'accord de lous les historiens, avaient formé l'assemblée ceniuriate de Servius, el qu'en reirancbant la Ci nlurie unique de la sixième classe, on ne serait arrivé qu'au total de 192, Tite-Live a ajouté à la cinquième classe une centurie iVacccnsi qu'on ne retrouve pas dans le compte de Denys. Les acansi velitvs ou peut-être acccnsivi laii n'étaient autres que tous les hommes de la cinquième classe qui s'opposaient par le no n û'accenti a tous ceux des quatre premières classes appelés censi. - * Tite-Live, V, 7. • Quibu* ce n tus , equesler eral, equi publici non trant assiynali •
gites? N'est-il pas certain, d'ailleurs, que, jusqu'à l'an 400 av. J.-C, il n'y eut à Rome d'autre cavalerie que celle des dix-huit centuries équestres? C'est que les fantassins de la première classe, en celte année 400 av. J.-C, ayant tous le cens équestre de 100,000 as, avaient offert de servir sur des chevaux qu'ils achèteraient à leurs frais (cquis suis ou privatis). Depuis ce temps-là, la première classe tout entière ne se composait plus que des chevaliers equopublico des dix-huit centuries, çt des chevaliers equo privato. Pour un homme du siècle de Cicéron, les dénominations de chevalier romain et d'homme de la première classe étaient devenues synonymes. Cicéron, tout préoccupé du jeu de la constitution de son temps, et faisant d'ailleurs une analyse très-rapide 1 de celle de Servius, s'est figuré la première classe du temps de Servius, telle qu'il la voyait au dernier siècle de la République. Il a, par anachronisme, qualifié de chevaliers (en sous entendant equo privato)\es hommes de la première classe qui, au temps de Servius. ne portaient pas encore ce nom. Par là s'expliquent les mots du texte magno numéro cquitum. Les chevaliers equo privato formant presque toute la première classe* 2 depuis l'an 400 av. J.-C, devaient être fort nombreux. Nous avons prouvé 3 , par le nombre des lésions mises sur pied en 212 av. J.-C, qu'en 218 il devait y en avoir au moins dix mille. Les mots suivants, ex omni populi summa, sont une preuve de plus que, dans l'esprit de Cicéron, la première classe du temps de Servius était
1 Cicéron, Dr Rr pu h! ira. Il, 52. * Quœ drseriptin, fi essrt ignola • vobis,ciplicare(ur a me.» — 2 II n'y avait aver. eux, dans la première classe, que les 2,400 chevaliers equo pub! t'en. — 3 Voir plus haul, liv.H.cli. I". § 1.
»2{(i HISTOIRE
non seulement composée, mais même distribuée comme la première classe de son temps. Les mots populi parles, corrélatifs de populi summa, ont toujours été synonymes de tribus. Après s'être appliquée aux six demi- tribus qui représentaient les grandes races de la Rome primitive l , celte dénomination passa avec le nom même de tribus aux circonscriptions locales de la ville et du territoire de Rome 2 . Gicéron a donc voulu dire que Servius mit à part un grand nombre de cbevaliers pris parmi toutes les tribus romaines. Mais ces cbevaliers sont mis par Cicéron en dehors des dix-huit centuries équestres, quoique l'histoire ne nous montre point d'autres chevaliers dans les tribus au temps de Servius. Au contraire, après la première guerre punique, les hommes de la première classe, devenus chevaliers equo privato depuis l'an 400 av. J.-C, furent répartis dans les trente-cinq tribus. Entre la bataille des îles Egales el la guerre d'Annibal se place une révolution politique, dont nous donnerons plus loin la description el dont le résultat fut que chacune des trente-cinq tribus se décomposa en cinq classes 3 , et chaque classe d'une tribu en deux centuries, une de juniores, une de seniorcs. 11 y eut donc dans les trente-cinq Irihus soixante-dix centuries
l Feslus. s. v. Sex Vestœ sacerdotes: . chutas liomana in sex est >• distribula partes, in primas secundosque Titkmts, Hhamncs el Lu- » cercs. » Denys appelle ers anciennes uilr.s. axa ni qu'elles fussent dédoublées, t?î:; çuXfcç tJtç ftvtxii (liv. IV. eli. XIV). — Ti'e-l ivc, I. 4j. « (Juadrifariam enim urbe ditisa rcyiunibus collibusquc , quœ ■ habilabantur iartis, tribus cas appcllaiit. » Ce sont là les Irihus que Denys (IV, ch. XIV) appelle Ti; T^sapaç ?i; wtixd;. Cieéron (De legibus III. 3) définit ainsi une des fonctions il s censeurs:» Popoli > partes tn tribus dhtribuu.'Uo.u parce qu'ils di.-vlriiment dans les cadres des tribus (sur leurs registres) les différentes parties du peuple, c'est-àdire les citoyens des trente-cinq circonscriptions. — 3 Cicéron (Pro Plancio, XX) appelle pour cela la cenlurie prérogative de son temps: uniu,n tribu* pirs
DES CHEVALIERS ROMAINS «4t
de chaque classe, et les chevaliers equo privato, qui formaient depuis 400 av. J.-G. la première classe, furent répartis de même, et composèrent deux centuries dans chacune des trente-cinq tribus. Le tableau comparatif des listes des centuries à l'époque de Servius et après la première guerre punique fera apprécier la confusion que Cicéron a faite entre deux formes successives de la constitution.