‹ Histoire de Chevaliers romains considerée dans ses rapports avec les différentes constitutions de Rome depuis le temps des rois jusqu ́au temps des GrecquesChapitre 29 sur 45 · i««i»>70 de fantassins · texte numérisé non relu

i««i»>70 de fantassins

* ciassc^ i d e irompeiles.

r . ,,.„.\70 de fantassins.

5» classe^ j dc ceux qui gonnalent do cor.

6» classe (ne compte pins •) Toial 372 centuries ».

Cicéron, tout en admettant le total bien connu des 193 centuries pour l'époque de Servius a, par inadvertance, supposé que la première classe du temps de Servius, était composée comme elle le fut depuis la seconde guerre punique, c'est-à-dire de 18 centuries

1 Au temps dc la seconde guerre punique, la sixième classe, qui en fait n'avait jamais voté, avait fini par n'être plus appelée à l'assemblée centuriate. Ceux qui la composaient n étaient plus une classe. C'étaient les citoyens des sous-classcs {infra clauem ouaiarii). Voilà pourquoi Tite-Live <I, et III. 30) ne compte que cinq classes. — 8 Nous prouverons plus loin, par le témoignage (Mreades auteurs anciens, que telle était la forme de la constitution, depuis la fin de la première guerre punique.

Je chevaliers equo publico, de 70 centuries de chevaliers equo privalo, et d'une centurie de charpentiers ; ce qui donne en tout 89 centuries pour la première classe.

Voici donc la traduction avec commentaire explicatif des premières lignes de ce fragment tant controversé.

« Servius enrôla dix-huit centuries de chevaliers » (equo publico), ayant le cens le plus élevé (le cens » équestre de 100,000 as). Ensuite, ayant séparé de » toutes les tribus un grand nombre de chevaliers » (c'est-à-dire 70 centuries de chevaliers equo pri- » vato, qui composaient la première classe, et for- ♦ maient deux centuries par tribu), il distribua en » cinq classes le reste du peuple (ce qui donne en tout » six classes, conformément au compte de Denys). »

On hésiterait à reconnaître que Gicéron a, par mégarde, transporté la première classe de son temps au siècle de Servius. et commis ainsi un grave anachronisme, si la même erreur ne se trouvait répétée dans le même passage, quelques lignes après. Nous reproduisons cidessous le texte, parce qu'il a été souvent altéré par ceux qui voulaient le corriger l .

Nous traduisons littéralement :

« Maintenant vous voyez que le système de cette » constitution est tel, que les centuries de chevaliers » avec les six suffrages et la première classe, en y

1 C.iocTOn, De Repubtica, II, 2i. « Xunc rationcm videlis esse lalem, u ut equilum centuries cum sex sùffragiis, et prima ctassis, addila cen- . luria quœ ad summum usum urbis fabris tignariis est data, LXXXII » centuriàs habeat, quibus, ex cenlum quatuor centuriis lot enim reli- » quœ $unl), octo solce si accetscrunt, confeeta est vis populi universa • » rctiquaque mutto major mulliludo sex et nonaginta cenluriartm, n neque eicluderctur sùffragiis, ne tuperbum esset, nec valeret nimis, » ne esset periculosum. »

> ajoutant la centurie qui, à cause de sa grande utilité » pour la ville, a été assignée aux charpentiers, for- » ment quatre-vingt-neuf centuries ; et, si huit seule- » ment des cent quatre centuries qui restent, viennent » à se joindre à elles, la majorité du peuple entier est » formée; de telle sorte que les autres centuries, au » nombre de quatre-vingt-seize, bien supérieures par

> la multitude des citoyens qu'elles renferment, ne » sont ni exclues des suffrages, ce qui serait lyran- » nique, ni trop puissantes, ce qui serait dange- » reux. »

Cicéron compte évidemment dans ce passage, comme dans les premières phrases du fragment, 193 centuries en tout, lien met 89 dans la première classe, ainsi composée : 18 centuries de chevaliers equo publico, comprenant les six suffrages, 70 centuries de chevaliers equo privato, formant la première classe proprement dite, et une centurie de charpentiers. En retranchant ces 89 centuries du total des 193, il en reste 104, et si, dans l'assemblée centuriate, les 89 centuries votent dans le même sens, et que, des 104 qui restent, 8 seulement se joignent à elles, la majorité est formée, celle de 97 centuries contre 96 (97 + 96 = 193).

Ce raisonnement est tout à fait clair, et ce qui Ta fait rejeter par plusieurs critiques, ce n'est pas la difficulté de le comprendre, c'est la difficulté d'en admettre les données qui sont fausses. Il est faux, en effet, qu'au temps de Servius il y ait eu 89 centuries dans la première classe. Il y en avait 98, comme le témoignent Tile-Live et Denys, et elles se partageaient en 80 centuries de fantassins et 18 de chevaliers. Pour mettre le langage de Cicéron d'accord avec la

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vérité historique, on a fait subir au texte des changements de plusieurs sortes. Mais ils sont tous condamnés d'avance par leur inutilité. Quand même on parviendrait, en substituant un texte imaginaire au texte réel, à faire dire à Cicéron ce qu'il n'a point dit, à quoi réussirait-on ? A rendre inintelligibles les deux premières phrases du même fragment, qui ne s'expliquent pas, si l'on suppose que Gicéron n'a pas commis l'erreur que l'on veut corriger. S'il n'a pu oublier un instant que la première classe de Servius comprenait 80 centuries de fantassins et 18 de chevaliers, que voudrait-il dire en parlant de ce grand nombre de chevaliers, pris par Servius dans toutes les tribus, et qui n'étaient, ni des dix-huit centuries, ni des cinq dernières classes?

L'erreur de Cicéron est la même dans les deux passages du fragment, et, loin de nous en plaindre, il faut en faire notre profil. L'homme d'État qui parle d'histoire a quelquefois des préoccupations plus intéressantes que son sujet, et il est heureux que Gicéron ait, par inadvertance, antidaté une partie de la constitution de son temps : sans cela nous la connaîtrions mal. Denys a assisté sous Auguste aux réunions des assemblées centuriates. Il a vu le jeu de la constitution que Cicéron avait pratiquée, et il ne Ta pas compris. lien est revenu avec 1 etonnementd'un érudit. que la vue des, choses présentes embarrasse, parce qu'elles ne sont plus d'accord avec les livres anciens qu'il connaît 1 . Pour Gicéron, c'était tout le contraire. Le sentiment si vif qu'il avait de la réalité contemporaine lui faisait quelquefois oublier le passé; et ce qu'il a écrit au livre II de la République sur la cons-

» Oenys, IV, 21, lin.

titution de Servius, n'a plus rien d'obscur, si l'on reconnaît qu'il a mis dans la première classe de l'époque des rois ce qu'elle contenait de son temps : 18 centuries do chevaliers equo publico et 70 centuries de chevaliers equo privato \

Nous arrivons donc avec Cicéron au même résultat où nous ont conduit Tite-Live 9 et Sallusle 3 : à l'identification de la chevalerie romaine avec la première classe de citoyens, depuis la fin du premier siècle de la République.

Cette vérité historique a tant de conséquences, qu'à cause des duules qu'on pourrait élever à tort sur l'authenticité des lettres de Salluste ou sur le sens du passage de la République de Cicéron, nous allons la déduire directement du langage des auteurs latins.

Tous les écrivains de l'antiquité, lorsqu'ils parlent des derniers siècles de la République, opposent le nom (teplèbe (plebs), détourné de c ^ ^ns primitif, à celui des deux ordres supérieurs du Sénat et de la chevalerie. Asconius 1 compte au temps de Cicéron trois ordres : les sénateurs, les chevaliers, les plébéiens.

Horace dit aussi 5 : « Des quatre cent mille ses- » terces^qui donnent le droit de s'asseoir au théâtre,

1 M. Peter, dans son excellent livre inlitulc : F. poche n dvr Vrrfns- Mé>njst,<'*chichte der Rômischen Rep , S. M (Leipzig. I8H), avait eom mène ("explication du seoini pacage <ln fragment de la République, IL 22. ni reconnaissant -pte Ci 'cron mettait par anachronisme 70 centuries dans la première, classe «le Senius. Nous Lavons achevée en riahlissar.l l'i<lenlite de ces 7(1 centuries avec les chevaliers equo pricato du temps île Ciivrnn; ce qui fait comprendre aus-i le premier passade du ni/me frai'inenl jusqu'ici inexpliqué. — ^Tilc-Live, V. 7. — 3 Sitl^lii <pht. ml C. Casarem. I. 7 el I 2. — « Asconiic*. In Divinalione, III. s. v. eliam centorium nomen «Qui sennlor essel. . qui • eques Romanus ..qui plebeius. » — 5 Horace, epitre I rp , livre I pr . vers 55-05. Il ajoute : « Roscia die sodés melior lex an purrotum X<tnia. » La loi Roscta n*a pas établi le cens équestre de 400,000 sesterces. 11

• dans quatorze rangs réservés aux chevaliers), qu'il » vous en manque six ou sept mille, et vous serez » de la plèbe. »

Cicéron oppose aussi la plèbe à l'ordre équestre : « G. Servilius Glaucia eût été nommé consul, pen- » dant qu'il était préteur, si l'on eût jugé sa candida- » ture légale. Car la plèbe était pour lui, et l'ordre > équestre était attaché à lui par la loi dont il lui était

• redevable l . » Enfin, lorsque Tile-Live nous raconte que les citoyens ayant le cens équestre, offrirent de faire le service de la cavalerie avec des chevaux achetés à leurs frais, il ajoute que la plèbe rivalisa de dévouement avec eux, et promit de faire aussi un service extraordinaire dans l'infanterie 8 .

Dans tous ces passages, les mots plèbe et plébéiens ne forment plus, comme dans l'histoire du premier siècle de la République, l'antithèse du mot de patriciens. On les oppose aux noms des ordres supérieurs, du Sénat et des chevaliers. Le plébéien est celui qui n'a pas le cens équestre, qui sert à pied dans les légions, qui, après la loi judiciaire de C. Gracchus, ne fait pas partie de la judicature, et que la loi de Roscius Othon sur le théâtre, laisse derrière les quatorze rangées de bancs réservés à ceux qui ont un cens de quatre cent mille sesterces 3 .

était déjà fixé à celte somme avant la seconde guerre punique. File réserva aux chevaliers qui avaient le cens, quatorze rangées de bancs derrière l'orchestre.

1 Cicéron, Brutus 62. La loi de Servilius était une loi judiciaire. Les mots ordo equesler signifient toujours, dans Cicéron, ordre composé de ceux qui ont le cens équostre et lé droit de ju<;cr. — '-' Tite- Live, V. 7. — * Juv«>nal, Satire XIV, vers H<'8 et suivants :

. Efficc sunimam

Bis cm ordinibus quant lex dignalur Othonis

» Sume duos équités, fac terlia quudringenta. -

Maintenant, si nous relisons dans Tite-Livc le récit du procès de Claudius, en 169 av. J.-G. l , nous voyons que c'est entre le vole de la première et celui de la seconde classe de l'assemblée centuriate. que les nobles quittent leurs anneaux d'or, pour implorer l'indulgence des classes qui n'ont pas encore voté, et Tite-Live désigne celte démarche par ces mots : « Ils faisaient en suppliant le tour de la plèbe. » Le mot plèbe, en cet endroit, ne peut recevoir le sens général et indéterminé d'assemblée populaire. Car il s'agit d'un vote par centuries, et non par tribus; et l'assemblée centuriate s'appelle populus. Il s'applique donc spécialement à l'ensemble des quatre dernières classes. Or, comme le mot plèbe désigne aussi tous ceux qui n'ont pas le cens équestre, il faut en conclure que la première classe était composée des citoyens qui le possédaient.

Si nous avons tant insisté sur rott*» preuve, c'est que l'identité qu'elle établit pour toutes les époques de Tliistoire romaine, entre le cens équestre et le cens de la première classe, confirme tous les résultats que nous avons déjà obtenus par nos recherches et en prépare d'autres.

L'histoire militaire nous avait amené à induire du nombre des légions qui servaient en 212 av. J.-C, que les chevaliers equo privalo devaient être dix mille en 218*.

L'hisloire politique nous montre qu'il ne pouvait pas en être autrement, puisqu'ils formaient avec les 2,400 chevaliers equo publico toute la première classe. En expliquant ce qu'étaient les œrarii 3 , nous

1 Tile-Live, XLUI, 16. « U supplices plkbem ciratmirent. •■ — Voir plus haul, liv. II, ch. l",8 1. — 3 Livre II, ch. 11,8 1-

avons dit que les légionnaires du temps de Polybe, qui avaient dix mille drachmes ou cent mille as de cens l , n'étaient pas les hommes de la première classe, mais ceux de la première sous-classe (infra classem).

En elTct, s'ils avaient appartenu à la première classe, ils auraient possédé le cens équestre, et servi dans la cavalerie et non dans l'infanterie, au rang assez peu considéré des hastats, où Polybe les range. Le cens de la première classe était, depuis Servius jusqu'aux guerres puniques, de cent mille as. C'était aussi, comme Denys le dit expressément, le cens équestre. Or, le cens équestre était, au temps de la loi de Roscius Othon (G7 av. J.-C), de quatre cent mille sesterces 9 ou d'un million d'as de deux onces 3 . Il avait donc décuplé en valeur nominale, comme le

1 Polybe, VI, 23, n* 15. « 01 ùirkp tki {iypîa; TtjMii[«voi SpotjrjiA;. j» — 8 Horace, liv.I, épit. I. v. 53 et suiv. Juvénnl, Satire XIV, v. 30i et sniv. — 3 Pline, Hist. naturelle. XXXIII, 13. Letronne, Contiaeralions générales sur l'évaluation des monnaies grecques et romaines. Le sesterce valait 2 as de deux onces. L'as sexlanlarius, ou de deux onces, avait existé, comme monnaie réelle, de la fin de la première guerre punique jusqu'à l'an 218 av. J.-C. Fn 217 av. J.-C , l'as réel fut réduit au poids d une once; et, en 131 av. J.-C, à une demi-once (13 grammes Viî)- Ce ne fut plus qu'un billon dont le poids n'avait guère de rapport avec la valeur usuelle. Lo denier ou la drachme d'argent (de 3 grammes 88 ou 89 renl grammes | valut seize de ces as d'une once ou d'une demi once. Mais, dans les comptes de la solde, dans les chiffres du cens et dans toutes les estimations légales, le déni r ét;iit regardé comme l'équivalent de dix as sejrtantarii, ces as étant devenus une monnaie de compte. Ainsi, on payait au légionnaire la solde de 1,200 as par 120 deniers d'argent, et une fortune de dix mille deniers ou drachmes était évaluée cent mille as sur les registres du cens. Sur les registres de Caion le Censeur, qui sont de l'an 18 i av. J.-C, une somme de quinze cents drachmes ou deniers d'argent (Plutarque, Vie de Caton l'Ancien, ch. X VIII) était exprimée en monnaie romaine par quinze nulle as \Tite- Live, XXXIX, 44). Ces as v.il.iient donc la dixième partie du denier; c'étaient «1rs as de deux onces qui n'étaient plus qu'une monnaie de compte, puisqu'à partir de 2|7 av. J.-C, on frappait des as d'une once valant, dans le commerce, la seizième partie du denier.

prix de Yequus publiais, qui avait été porté de mille as à dix mille, entre les deux premières guerres puniques.

Si le chiffre représentant en as le cens de la première classe s'éleva de cent mille à un million, le cens de la cinquième classe a dû s'élever de douze mille cinq cents as à cent vingt-cinq mille. Nous avons donc eu raison de dire qu'Aulu-Gelle 1 s'était trompé en preuanl ce dernier chiffre, pour celui du cens de la première classe. C'était bien réellement, au temps de la loi Voconia (168 av. J.-C), la limite inférieure du cens des classici, c'est-à-dire des citoyens des cinq classes.

A quelle époque faut-il faire remonter ces changements ? Ils ne peuvent avoir eu lieu qu'après la transformation de l'as d'une livre en as de deux onces, c'est-à-dire après la (in de la première guerre punique \ Mais, dès l'an 220 av J.-C, nous trouvons le cens équestre d'un million d'as (decies œris), mentionné dans Tite-Live 3 . Essayons donc de décrire celte révolution monétaire et économique qui eut lieu à Rome, entre l'an 269 et l'an 220 av. J.-C.

Tous les droits des citoyens romains, et surtout ceux des chevaliers, étaient attachés au cens. Ne pas se faire une idée exacte de la fortune privée des Romains , et des évaluations des censeurs aux différents siècles, ce serait risquer de m rien comprendre à l'histoire politique de Rome, ou du moins, de confondre, comme on l'a fait souvent avec Aulu-Gelle, la constitution antérieure aux guerres puniques avec celle du temps des Scipions.

1 Aulu-Gelle, VII, 13. — « Pline, Hùt naturelle, XXXIII 13. — «Tile l.ive, XXIV. II. I." n?ci( «je Tile-Live, pour l'an 320, est perdu, mais il cile les registres des censeurs de cetlo annee-Ià.

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