‹ Histoire de Chevaliers romains considerée dans ses rapports avec les différentes constitutions de Rome depuis le temps des rois jusqu ́au temps des GrecquesChapitre 30 sur 45 · HIST01UE · texte numérisé non relu

HIST01UE

Nous examinerons d'abord la valeur des chiffres du cens équestre ou de la première classe qui nous sont donnés par Dcnys, par Tite-Live et par Pline, pour l'époque antérieure aux premiers changements monétaires, qui eurent lieu à Rome, en 209 av. J.-C.

Puis, nous décrirons la révolution économique et monétaire, qui se place entre les années 269 et 220 av. J.-C; enOn, la révolution politique qui en fut la suite, et qui changea la constitution de rassemblée centuriate et de celle des tribus. Ces développements sont nécessaires pour faire comprendre l'influence politique des chevaliers aux différentes époques, et leur manière de voter, qui a varié avec l'ensemble de la constitution.

g II. — Que le ceks de la première eusse, ou erm eqoestre, était

PRIMITIVEMENT DR CE.MT MILLE AS D*UNE LIVRE DE CUIVRE, ET KO* DE DU MILLE OU DE VINGT MILLE AS 1

Trois 2 auteurs anciens nous ont parlé du cens de la première classe, c'est-à-dire du cens équestre de l'époque de Servius Tullius : ce sont Pline, Denys d'Halicarnasse et Tite-Live.

Pline, avec son érudition immense et toujours curieuse de détails, est plus propre à nous instruire sur un sujet spécial qu'aucun autre écrivain latin. Dans le

i Nous combattons ici une erreur généralement répandue parmi les savants de l'Allemagne. Accréditée par l'autorité de .MM. Bœckh, Momiiisen, Zumpt, Marquardl et Niemeyer, elle s'oppose à tout progrès dans la connaissance delà constitution romaine- Voilà pourquoi nous mêlerons ici un peu de polémique à notre exposition. — 2 Nous ne comptons pas Fcslus, parce que sous les mois infra rlassvm il ne parle en aucune façon de la première classe Huant à Aulu-Gcllc, r est un antiquaire et non un ancien ; ses contre sens nombreux n'ont, le plus souvent, servi qu'à égarer la critique moderne qui les a acceptés de confiance.

DES CHEVALIERS ROMAINS Î5t

passage 1 où il fait l'histoire des monnaies romaines de cuivre et d'argent, il rappelle que le roi Servius, le premier, fit une monnaie de cuivre dont l'empreinte portait des têtes de bétail. Aussi fut-elle appelée pecunia : « Le cens le plus élevé était sous ce roi de » cent dix mille as ; et ceux qui le possédaient for- » maient la première classe 2 . » On ne peut douter que, dans l'esprit de l'auteur, cette somme ne se soit composée d'as d'une livre. Car il nous dit quelques lignes plus haut, qu'au temps de la guerre de Pyrrhus, c'est en as d'une livre que se faisaient les paiements ; et il ajoute un peu plus loin, que ce poids de l'as (librale pondus tvris) ne fut diminué qu'au temps de la première guerre punique.

Dcnys est moins instruit et moins exact que Pline. Ce Grec, qui essayait de prouver à ses compatriotes que les Romains n'étaient pas des barbares, ne s'est même pas douté qu'aux premiers siècles de Rome la drachme attique y fût inconnue. Si Pline eût vécu de son temps, il aurait pu lui apprendre 3 que les Romains ne se servirent de monnaie d'argent qu'après la défaite de Pyrrhus, et qu'ils n'en frappèrent qu'en 269 av. J.-C , cinq .ans avant la première guerre punique. L'ignorance de Dcnys à cet égard s'explique par sa préoccupation constante de retrouver les usages grecs dans les usages romains, et par la limite qu'il s'était prescrite dans la composition de son ouvrage sur les Antiquités de Rome. Son récit s'arrêtait à

1 Pline, Histoire naturelle, XXXIII, 13 (ou 3, 13, selon les éditions). — Ci: passage est une preuve de plus qu'il n'y avait point de cens «■queslre supérieur à celui de la première classe. Quant aux dix mille ns ajoutés aux cent mille portés dans Tile-Live et dans Denys, nous ne pouvons en rendre rnmpie. — 3 Pline, XXXIII, 13. Comp. Tite-Live. Epit., libri XV. . l'une primum poputus Romanus argenlo uti co&plt. •

tôt HISTOIRE

264 av. J. G. , et les changements monétaires à Rome ne datent que de la première guerre punique. Denys traduit donc en mines et en drachmes d'argent les sommes marquées en as dans le cens de Servius. Pour lui, cent mille as valent cent mines ou dix mille drachmes 1 , soixante-quinze mille as valent sept mille cinq cents drachmes ou soixante-quinze mines; et il traduit ainsi en monnaies d'argent toutes les valeurs du cens exprimées en monnaies de cuivre, en prenant la drachme pour l'équivalent de dix as.

Gomment Denys a-t-il été conduit à adopter celte traduction ? La drachme attique se confondit peu à peu au troisième siècle av. J.-G. avec le denier d'argent* et elle pesa 3 grammes 88 centigrammes 5 . Au temps de la première guerre punique, l'as d'une livre fut coupé en six. et on en fit six as de deux onces (asses sextantario pondère). Cette nouvelle monnaie de cuivre pesait 54 grammes 50 centigrammes. Le denier d'argent de 3 grammes 88 centigrammes, qui pesait la quatrevingt-quatrième partie de la livre romaine, valut dix

l Denys, IV, 16. Comp. Tite-I.ive, I, 43.— ?Plin Hisl. naturelle . liv. XXI, ch. CIX (34;. « Drachmi attira denarii argentei habel pon « dus. * — 3 M. Lelronne [Considérations générales sur l'évaluation des monnaies grecques et romaines.) fixe le pouls de la livre romaine à 327 grammes 18 centigrammes, ou à 6,ti>4 grains (poids de marc), d'après le poids des scrupules d'or, dont chacun prsait la 2H8«" panie de la livre. Or, Celse (V. i 7j dit qu'on taillait s> pt deniers à l'once d'argent on quatre vingt-quatre à la livre. Le denier des ait donc po»er 3 grammes 89 cent igrammes. La moyenne du poids des île niers du temps de la llepublique. pesés par M. Lelronne, est de 7i grains 597 dix-millièmes, ou de 3 grammes 8,794 dixièmes de milligrammes ; ce qui est. il un centigramme près, le poids de 3 grammes 89 centigrammes déduit de celui de la livre. M. Lelronne montre encore que la drachme .Hliquc.qui était primitivement de 82 grains ou de 4 grammes 36 centigrammes, tomba, au troisième siècle av. J. -('.., à 75 grains, c'est-à-dire à 3 grammes 98 centigrammes, et qu'elle se confondit peu à peu avec le denier de 73 grains ou de 3 grammes 88 centigrammes.

de ces as de deux onces 1 ; ce qui fixa la valeur du

cuivre à ih> de son poids d'argent: —J- 19 - = 140. Un peu plus tard, sous la dictature de Q. Fabius Maximus, en 217 av. J.-C, le Sénat coupa Tas de deux onces en deux as d'une once (unciales), pesant un peu plus de vingt-sept gra\nmes ; et il établit que dans l'usage commun le denier vaudrait seize de ces as nouveaux. « Mais, dans la solde militaire, on » donna toujours un denier pour dix as 9 .» En 131 av. J.-C. laloi Papiria 3 réduisit à une demi-once le poids de l'as. Cette monnaie de cuivre devint alors un véritable billon. Car elle pesait un peu plus de 13 grammes et demi, et notre pièce de 10 centimes pèse 10 grammes. La monnaie de cuivre eut des lors une valeur usuelle qui n'avait plus un rapport cerlain avec son poids, et l'as d'une demi-once de 131 av. J.-C. continua de valoir la seizième partie du denier comme l'as d'une once de 217. C'est ainsi que chez nous on donne pour 10 centimes une pièce de cuivre qui ne vaudrait pas 3 centimes comme lingot 4 .

A côté de ces as réels, on conserva dans les estimations légales l'ancien as de deux onces, qui avait été une monnaie réelle de 243 à 217 av. J.-C. et qui devinj une monnaie de compte servant à traduire les sommes composées effectivement de deniers d'argent.

1 Pline, Hist. naturelle, liv. XXXIII, «3. * Librale pondus œris • imminulum bello punico primo. .. constitulumque ut asses sextan- » lario pondère ferirenlur. lia quinque parles faclœ lucri. » — 9 Pline, ibià. « Q. Fabio Maximo dictatorc (217 av. J.-C), asses un- » ciales facli: placuitque denarium sedecim assibus permutari... lia » respublica dimidium lucrata est. In militari tamen stipendio sem- » per denarius pro decem assibus datus » 3 Pline, Ibidem. — « Le cuivre étant à 250 francs les cent kilogrammes, notre pièce de dix grammes de cuivre vaudrait deux ci mimes et demi, comme marchandise.

C'est ainsi que, d'après Pline, on paya toujours aux légionnaires un denier pour dix as. Pour la solde de 1,200 as par an, chaque légionnaire recevait deux oboles pur jour, c'est-à-dire par an 120 drachmes 1 ou deniers. Que fait donc Denys lorsqu'il traduit les cent raille as de la première classe ou du cens équestre par cent mines, c'est-à-dire par dix mille drachmes ? Il suit l'exemple des questeurs militaires des derniers siècles de la République. 11 compte un denier ou une drachme pour dix as. Cette traduction ne prouve qu'une chose : c'est que dans les chiiïrcs du cens 2 , comme dans le calcul de la solde, on employait l'as de compte de deux onces (sextantario pondère) comme une monnaie légale, l'expression dix as étant considérée comme l'équivalent du denier. C'est ce qui

i Polybc, VI, 39, n° 13. L'identification de la drachme et du denier d'argent, dont parle M. Letronno, était déjà complète au temps de la seconde guerre punique. On sait, par Pline, que les deniers d'argent portaient pour empreinte un char à deux ou à quatre chevaux [Hist. naturelle, XXXIII, 13). « JS'ot<* uryenli fucre bigœ alqtte quadhgœ : » et intte hignti quadriyalique dirti. » Or, dans le récit d'un même lait qui se passe au temps il Annibal, Tite-Live traduit (XXII, 52) par (récents nummis quadrigal-s l'expression trois mines ou trois cents drachmes, employée par l'olybc (VI, 58. n° 5). De mémo Plutarque ( Vie de Marce Uus, X ) traduit par cinq cents drachmes d'argent les ciuq cents écus au chariot \bigalos) que, selon Tfle-Live (XXIII, 15, fin), Marcellus fit compter au chevalier L. fiantius, de Noie. — 2 Nous en avons donné une preuve directe au paragraphe précédent, page 248, note 3. On s;iit qu'au temps de Cicéron le cens équestre était de 400,000 sesterces; or, nous avons prouvé que celait aussi celui de la première cla-se. Nous trouvons dans Tite-Live (XXIV, 11) ce cens équestre, ou de la première classe, désigné par deckt aris, un million d'as, dans les registres des censeurs de l'an 2i0. Le sesterce était donc compte pour î as .;», cl le denier pour dix as. Polybe (VI, 23, n° 15) traduit aussi te cens de 100,000 as de deux onces par dix mille drachmes ou deniers, et Tite-Live (XL V, 45), le cens de 76,000 as par trente mille sesterces. Les chiffres du cens exprimés en as ont toujours été des multiples de 25,000 ou des sousmultiples de 12,000

mis

nous explique pourquoi les mêmes deniers de 3 grammes 88 centigrammes pesés par M. Letronne portent indifféremment le chilïrexou le chiffre xvi. Le premier chiffre indique la valeur du denier dans tous les comptes officiels et même, comme nous le verrons bientôt, dans le texte des lois. Le second indique sa valeur en as usuels d'une once ou d'une demi-once.

Mais, si la traduction que fait Denys de cent mille as par cent mines ou dix mille drachmes est conforme à un usage du troisième siècle av. J.-C, maintenu malgré les changements monétaires dans tous les registres publics par le sénatus-consulte de Tan 217 av. J.-C. , elle n'en est pas moins doublement inexacte. Elle contient une erreur de fait : car elle suppose qu'au temps de Servius on se servait à Rome des mêmes monnaies d'argent qu'à Athènes 1 , quand Pline nous affirme qu'on n'y connaissait aucune pièce d'argent, et quand Tite-Live, dans toute sa première décade, ne mentionne presque jamais l'emploi d'une monnaie autre que Yœs grave composé d'as d'une livre de cuivre 2 . Elle contient aussi une erreur d'évaluation : car, en ad-

1 Sur les premières monnaies d'argent de Rome, voir la note I, au livre II, à la fin du volume. — 2 Tite Live, an 403, liv. IV, ch. 60. Dans une contribution volontaire du Sénat, Vas grave est entassé sur des chariots : « Quia nondum nrgvnlum s gnalum eral, œs grave » plauflris eonvehenlcs. » Tite-Live tl, 53) cite l'emploi fait par Tarquin-h-Superl>e de quarante talents d'argent et d'or pour la construction du nouveau Capitole. Mais ce chiffre est emprunté par Tite- Live à Fabius Pictor, écrivain latin, qui avait employé la langue grecque et traduit, comme Denys, les sommes marquées en as anciens par des mots grecs (Tite-Live, I, 55). C'est le même Fabius Pictor qui, par respect pour la beauté de la langue grecque, a traduit le nom des J6 pagi de la campagne de Servius par le mot grec <pïAa(. Les philheliènes de l'époque des Scipions écrivaient l'histoire de Rome en grec avec la même élégance inexacte qu'on retrouve dans les cicéroniens du XVI* siècle, parlant en latin des choses de leur temps.

mettant que les moonaies d'Athènes auraient eu cours dans la Rome des derniers rois concurremment avec les as d'une livre de cuivre, la drachme, qui après la première guerre punique valait dix as de deux onces, n'aurait pas valu dix as d'une livre sous le règne de Servius. Faul-il préférer l'autorité de Denys à celle de Pline, et croire, avec la plupart des savants de l'Allemagne, que le chiffre de cent mille as n'est pas celui du cens de la première classe sous Servius; mais qu'il représente cent mille as de deux onces du temps des guerres puniques , et que, par conséquent, Denys aurait eu raison de traduire cent mille as par cent mines ? 11 vaut mieux reconnaître l'ignorance évidente de l'écrivain grec sur tout ce qui concerne l'histoire des monnaies romaines, que d'imputer à Pline, qui a l'ait celte histoire avec tant de précision, une erreur si difficile à comprendre. Denys trouvait l'usage établi depuis deux siècles dans l'administration romaine de traduire dix as par une drachme, et il suivait l'usage. Il ne s'inquiétait pas de savoir si lésas du cens de Servius étaient de deux onces ou d'une livre, parce qu'il n'avait aucune idée de cette distinction ; et il était conforme à son svstème d'assimilation entre les Grecs et les Romains de mettre les monnaies athéniennes entre les mains des contemporains de Brulus 1 .

Tile-Live- fixe à cent mille as le cens de la première classe au temps de Servius, et nous avons démontré

l Oenys (VII. 71) dit qu'après la bataille du lac Raille, le Sénat ordonna de dépenser chaque année cinq cents mines d'argent pour les foies du lli juillet, et quon dépensa celle somme tous les ans, jusqu'à la guerre punique. Or Pline (XXXIII. 13) et Tile-Live (Ep.° XV) s'accordent à dire que, jusqu'après la guerre de Pyrrhus, les Romains ne se servirent pas d'argent. — » Tue-Live, I, 43. — 3 Voir g 1 de ce chapitre.

que c'était le même qu'il appelle, à l'an 400 av. J.-C, cens équestre 1 . On ne peut soupçonner l'historien latin d'avoir ignoré, comme Denys, la nature et le poids des anciennes monnaies romaines. Il sait qu'aux deux premiers siècles de la République, les Romains n'avaient pas de monnaies d'argent*; et il distingue en plusieurs endroits la lourde monnaie de cuivre des temps anciens (œs grave) de celle qu'on employa plus tard 3 . Les cent mille as du cens équestre au temps de Servius expriment donc chez lui une valeur en monnaie lourde (œ grave), c'est-à-dire en as d'une livre.

Mais, si l'on ne peut taxer Tite-Live d'ignorance, no peut-on lui imputer une méprise? Les cent mille as du cens de la première classe ne seraient-ils pas le cens de l'époque des guerres puniques exprimé en as de deux onces, ce qui en ferait l'équivalent de dix mille drachmes? Cette méprise est d'autant plus vraisemblable, dit-on, que dans le même chapitre Tite-Live porte Yœs équestre à dix mille as; or, il est avéré que ce prix du cheval fourni par l'État est exprimé en as de deux onces, et doit se traduire par mille drachmes ou deniers 4 .

Ce raisonnement spécieux est faux dans son principe, et il aurait des conséquences toutes inadmissibles. Il est faux que cent mille as de deux onces aient été le cens de la première classe au temps des dernières guerres puniques. Car Polybc 5 place ceux qui ont celte fortune dans les rangs des hastais, le

l Tite-Live, V, 7. — * Tiie-Live, IV, 60. An 403 av. J.-C. « Quia • nondum argenlum tignatum erat. • — 3 Tite-Live, IV, 60, IV, 4*>, et V, 12. - * Voir plus haut, liv. I, ch. III, S 2. -& Polybe, VI, 23, n* 15.

moins considéré des trois rangs de l'infanterie ; or, nous avons démontré que tous les citoyens de la première classe servaient, depuis Tan 400 av. J.-C, dans la cavalerie. De plus, si Ton veut, pour être d'accord avec la logique grammaticale, traduire dans le chapitre 43 du livre 1 er de Tile-Live centum millium œris, qui est le chiffre du cens de la première classe, de la même manière que dena milita œris , qui est celui du prix d'un cheval, on n'est plus guère d'accord avec la logique des faits. Car il résulterait de là, qu'au temps de la seconde guerre punique, le peuple conquérant qui avait soumis la grande Grèce, la Cisalpine, la Corse, la Sardaigne, la Sicile, aurait compté au nombre de ses citoyens les plus riches ceux qui possédaient une fortune équivalente au prix de dix chevaux, c'est-à-dire à dix mille drachmes, qui feraient aujourd'hui 8,022 francs. On se demande alors que possédait la cinquième classe. Sur ce pied, il aurait suffi pour s'y faire inscrire, de posséder une valeur de 12,500 as de deux onces, c'est-à-dire de 1,250 drachmes ou de 1,077 francs. C'est une somme un peu supérieure au prix que coûtait alors le cheval de guerre. Quand on songe qu'au dessous de la cinquième classe, les les prolétaires et les

capite censi formaient trois catégories encore moins riches, et que les chiffres du cens devaient être beaucoup plus faibles au temps de Cincinnalus qu'au temps de Scipion, il faut avouer que, si l'hypothèse d'où ces évaluations découlent était vraie, on ne pourrait jamais assez admirer la pauvreté romaine.

De tous les érudits allemands qui ont admis que le cens de cent mille as était celui de la première classe au temps d'Annibal, et qu'il valait dix mille drachmes,

M. Zumpt a été le plus conséquent avec lui-même l . Il ne s'est trompé que dans ta donnée qui servait de point de départ à son raisonnement. 11 a fort bien vu ce que nous avons démontré par des chiffres précis 2 , que, si le cheval donné par l'Etat (equus publiais), a valu dans les temps anciens mille as d'une livre, et dix mille as de deux onces après les guerres puniques, ce changement doit tenir à une révolution générale dans les chiffres des valeurs exprimées en as. Il attribue, comme nous, ce changement, d'abord à l'opération qui consista à couper Tas d'une livre en six as sexlu n tario pondère ; puis, à l'affluence de l'argent à Rome. Le cheval donné par l'Etat, ayant valu mille as d'une livre, aurait dû valoir six mille as de deux onces; mais, l'augmentation du numéraire ayant fait croître le prix de toutes choses dans la proportion de 3 à 5 ou de G à 10, Yequus publiais valut au temps il'Annibal dix mille as au lieu de six mille. Appliquant ce raisonnement à la recherche de la valeur du cens de la première classe sous Servius, M. Zumpt part de cette donnée fausse, qu'il était de cent mille as de deux onces au temps de la seconde guerre punique, et il en conclut très-logiquement qu'il a dû être, avant les guerres puniques, de dix mille as d'une livre. Mais l'erreur du principe se révèle dans les conséquences qu'il produit. Le cens de la première classe aurait été jusque vers l'an 2G4 av. J.-C. seulement de dix mille as de cuivre pesant 3,271 kilogrammes. Celte quantité de métal vaudrait aujourd'hui un peu plus de huit mille francs. La cinquième classe, dans

l Zumpl, ùber die Romischen Rilter und den Rittertland in Rom. in den Abhandlungen der Berlin Akad. 1839, S. 65-72. Ce mémoir.c a été lu à l'Académie de Berlin, en mai et juin 1839. — 2 Voir plus liaut, liv. I er , cli. III. § 2.

cette hypothèse, aurait eu une fortune évaluée 1,250 as de cuivre, pesant un peu moins de 409 kilogrammes, qui se vendraient aujourd'hui un peu plus de mille francs. Ces sommes si faibles, représentant l'estimation des fortunes, non des prolétaires, ni des (erarii, mais des citoyens des classes politiques, sont en désaccord évident avec les chiffres que nous connaissons des amendes et des récompenses pécuniaires, en usage au premier siècle de la République. Les lois Aternia- Tarpeia de 453 av. J.-C. et Menenia* de 451, bornaient à trente bœufs et deux brebis le maximum de l'amende (muletœ supremœ), qu'un magistrat pouvait imposer par chaque jour. La valeur d'un bœuf était fixée par la loi à cent as, celle d'une brebis à dix. Un magistrat pouvait donc, pour un seul jour de retard, condamner un citoyen, qui avait négligé de comparaître devant lui, à payer une somme de 3,020 as. Or, dans l'hypothèse de M. Zumpt, cette somme aurait dépassé le cens total d'un citoyen de la cinquième classe, et même de la quatrième. Les coupables étaient exposés à des amendes encore plus fortes que les contumaces, et nous trouvons, en l'an 398 av.

» Aulu-Gclle,XI,i.Comp.Cicéron,Iklk/mWka, II, 35.- 8 Festus, 3. v. Peculatut. Cicéron (JWd.) ailribue aux consuls C. Julius ei P. Papirius la loi qui fixait le prix de chaque léte do bétail dans les amendes. Il trouve l'estimation légale peu élevée : « Levù œstimalio » pecudum in tnulta. » En effet, un bœuf n'était estimé que 100 as, c'est-à-dire la dixième partie du prix d'un cheval de guerre, et un mouton 10 as seulement. Aujourd'hui, un cheval ne vaut que trois ou quatre fois le prix d'un bœuf ; un bœuf vaut encore aujourd'hui à peu près dix moutons. Plularque {Vie de Publicola, XI) porte, pour lc9 premières années de la République, le prix du bœuf à cent oboles et celui de la brebis à dix. L'auteur grec a substitué à Tas de cuivre, la monnaie grecque de l'obole qui était la sixième partie de la drachme d'argent. Mais l'argent n'avait point cours i Rome au temps de Publicola.

J.-C, une amende de dix mille as d'une livre (dents mdlibus œris gravis), prononcée par le peuple contre deux anciens tribuns militaires l . Peut-on supposer que cette amende eût été égale à la valeur totale d'une fortune de la première classe ?

L'invraisemblance de la supposition devient encore plus forte, si l'on remarque qu'en l'an 416 av. J.-C. *, deux dénonciateurs reçurent, par ordre du Sénat, dix mille as d'une livre. Le Sénat eût-il récompensé un service de ce genre, par le don d'une fortune de première classe ? Il est vrai que Tite-Live dit qu'à cette époque on était riche avec dix mille as. Mais Tite-Live, comme tous les écrivains du siècle d'Auguste, se plaît à opposer la pauvreté des temps anciens à la richesse de la Rome impériale ; c'est aussi le thème favori que développent Pline et Ju vénal. Il y a dans l'expression de l'historien « Quœ tum diviliœ erant, » une légère exagération destinée à augmenter l'offet du contraste. Mais, si l'on voulait prendre l'expression dans le sens littéral, elle pourrait encore se justifier, sans qu'il fût besoin de l'appliquer à une fortune de première classe. Le Sénat avait à récompenser en l'an 416 av. J.-C. deux esclaves qui avaient révélé nn complot d'esclaves. Leur donner dix mille as avec la liberté, c'était les enrichir assez, si ce don les plaçait, sur les registres des censeurs, immédiatement au-dessous des citoyens de la cinquième classe. C'eût été exagérer la récompense jusqu'au scandale, si la munificence publique

i TileLive, V, 12. En 475 av. J.-C., "une amende de deux mille as étaif modérée (Tite-Live, II, 52). La loi de Licinius Stolon (365 av. J.-C.) fixait à dix raille as l'amende de celui qui aurait mille jugères de terres publiques (Tite-Live, VII, 16). — * Tite-Live, IV, 45. - Indicibus dena millia œri» gravit, quœ tum divitià habebaniur, ex » arario numerata, •

avait classé deux esclaves dénonciateurs parmi les premiers citoyens de Rome, dans la classe qui, seize ans plus lard, fournit les chevaliers cquo privato. En 18G av. J.-C, une courtisane assez connue 1 , Hispala Fecenia, ancienne esclave, reçoit par ordre du Sénat, cent mille as de deux onces, c'est-à-dire dix mille drachmes, pour avoir dénoncé les bacchanales. Ce dernier chiffre fait bien voir, comme M. Zumpt l'admet, que les valeurs exprimées en as avaient décuplé entre 416 et 180 av. J.-C. Mais le métier de la personne à qui la récompense est donnée, montre que cent mille as n'étaient pas la fortune d'un citoyen de la première classe, au temps des guerres puniques 2 , pas plus que dix mille as ne l'étaient auparavant.

Ainsi, l'hypothèse de M. Zumpt, qui porte à cent mille as de deux onces la fortune de la première classe au temps d'Annibal, et qui la réduit à dix mille as d'une livre au temps de Servius, a pour point de départ une erreur démontrée, et aboutit à plusieurs conséquences inconciliables avec des faits certains.

L'opinion de M. Bœckh 3 s'appuie sur la même

l Titc Live, XXXIX, 9. . Scorlum nobilc liberlina Hispala Fecenia.* Comp. Ibid . >9. . Poslumio rrfv renie de P. Kbutii et Hispala Fecenia • pramio srnatm-comullum fartum est: ut singulis his centen» milita » aris quastorcs urbani ex <vrario darenl ■ — ' Vers le même temps, en 184 av. J.-C, Calou le Censeur assujettit au tribut la valeur des voilures el de la toilette des dames, lorsque celte valeur dépassait quinze mille as, c'est-à-dire quinze cents drachmes (1,300 francs). Est-i! possible de croire qu'a une époque où une dame romaine pouvait, sans scandaliser Caton, mettre Irei/e cents francs à sa voilure ou à sa toilette, le prix total d'une fortune de la première classe fût estimé seulement 100,000 as. c'est-à-dire 10,000 draclci.es ou 8.620 fr ancs ? A la mènii: époque, certains esclaves de moins de vin j^t ans, s'achetaient plus de dix mille as. Tito-Liw, XXXIX, 44. Comparer IMularque, Vie du Coton l'Ancien. eh.XVUI — 3 Barkh, Mrtrolotiisc hr l'ntenui! n:iui n uber tira u ' i , M..icfu»a u:td Maase des A i rrlhuiin

hypothèse erronée, el, si elle ne mène pas à des résultats aussi invraisemblables, elle ne les évite qu'au prix d'une inconséquence. M. Bœckh admet que le cens de la première classe était de cent mille as de deux onces au sixième siècle de Rome (240-140 av. J.-C). Il n'en réduit la valeur nominale que dans la proportion de 5 à i pour l'époque de Servius, et il suppose qu'il était, sous ce règne, de vingt mille as d'une livre. Voici comment il raisonne: 1 « Les ci-

• toyens de la première classe avaient un cens de » vingt mille as d'une livre, depuis le règne de Ser- > vius jusqu'à la première guerre punique. Pendant » cette guerre, on coupa l'as de douze onces en six as » de deux onces. Le bien qui valait vingt mille as » anciens, en dut valoir cent vingt mille nouveaux. » Mais de plus, la richesse publique et privée s'étant » accrue, le prix de toutes choses s'éleva dans la pro- » portion de 3 à 5 ou de 6 à 10. Le cons de la prc-

• mière classe, qui, par le seul fait de la nouvelle » taille des monnaies de cuivre, se serait élevé de » vingt mille à cent vingt mille as, aurait dû, par cette » seconde cause d'élévation, être porté jusqu'à deux » cent mille, si le cuivre n'eût doublé de valeur depuis » Servius. Mais on remarque qu'à l'époque de Ser- » vius, vingt mille livres de cuivre valaient un peu plus » de soixante-quatorze livres d'argent, et, qu'au

& 425 und ff. L'opinion de M. Bœckh a été suivie par H. Marquardt (Historiée equilum Romanorum, liv. | w . ch. Il, p. 9) el par M. Niemeyer [De equiiibus Romanis, p. 45}.

i Ce ne sont pas les propres paroles de M. Bœckh, mais c'est le résumé des idées qu'il développe dans ses Recherches métrologiques. Un fragment de ecl ouvrage important, et trf"s-elair dans son ensemble, eût été presque inintelligible. Nous citons pourtant, à la fin du volume, une page traduite de ce livre, et où M. Bœckh donne ses conclusions (Voir note î, au livre II).

» temps des guerres puniques, elles en valaient un » peu moins de cent quarante-trois. 1 Le cuivre avait » donc doublé de prix à peu près; et le bien qui, sans > cela, aurait valu deux cent mille as de deux onces. » n'a dû être estimé qu'à cent mille. »

Ce raisonnement contient dans sa dernière partie une évaluation arbitraire, et une inconséquence. L'égalité de valeur établie entre vingt mille livres de cuivre et soixante-quatorze livres d'argent pour l'époque de Servius n'est pas prouvée. Les valeurs relatives des deux métaux à Syracuse au temps de Servius Tullius, ne peuvent autoriser aucune induction applicable à l'histoire des monnaies romaines. Car, au temps de Servius, les Romains ne connaissaient pas l'argent. Pline dit expressément qu'ils ne se servirent de monnaie d'argent qu'après la défaite de Pyrrhus, * c'est-à-dire vers l'époque de la prise de Tarente (272 av. J.-C). Nous trouvons dans Yepitome du livre XV de Tite-Live, après le résumé de la guerre de Tarente, et avant le commencement de la guerre punique, la mention du premier emploi de l'argent par les Romains 3 . Tite-Live dit qu'il n'y en avait pas à Rome en l'an 403 av. J.-C. 4

l = 270. = lio. Voir, à la fin du volume, noie 2, au

liv. H. — 2 Pline, Histoire naturelle, XXXIII, 13. « Populus Romamu » ne argenlo quidem signato anle Pyrrhum regem deviclum mus esl. » Librales adpendebanlur asses. . — 3Tile-Live, Epiiome XV. . Tune • primum populus Romanus argenlo uti cœpit. » — *Tite-Livc, IV, 60. « Quia nondum argentum signatum erat as grave plauslris conte- *hentes.» Au triomphe de Papirius, *93 av. J.-C on porta deux millions cent irente-Irois mille livres de cuivre {œris gravis), et seulement trois cent trente mille livres d'argent. L'argent commençait à s introduire par la grande Grèce et le Samnium ; mais on récompensait encore les soldats avec des as de cuivre (Tite-Live, X, 46). Au contraire, en 207 av. J.-C, Livius et Néron, dans leur triomphe, portèrent au Trésor trois millions desesterces d'argent, et seulement quatre-vingt mille as de cuivre. Quoique les sommes soient beaucoup

A ces témoignages précis et concordants, il n'est pas possible d'opposer, comme on Ta fait, le témoignage de Varron, qui attribuerait à Servius la fabrication du premier denier d'argent 1 . Le savant polygraphe ne fait, dans ce passage, que rapporter un bruit populaire (dicunt), sans se donner pour garant de l'exactitude du fait supposé. Nous avons montré qu'il y a des raisons de croire que ce denier, attribué à Servius et qui dut peser 8 grammes 18 centigrammes ou 8 gr. 31 c, n'était autre que le premier denier romain fabriqué en 269 av. J.-G. 2

11 n'y a donc pas eu de monnaie d'argent à Rome sous Servius, ni même pendant les trois siècles qui suivirent son règne. Le cuivre seul avait alors cours chez les Romains. Quant à l'argenterie, elle y était si peu connue, qu'en l'année 275 av. J.-C, l'année même de la victoire de Bénévent remportée sur Pyrrhus, les deux censeurs C. Fabricius Luscinus et Q. jEmilius Papus, notèrent d'infamie et chassèrent du Sénat P. Cornélius Rufinus, qui avait été dictateur et deux fois consul, pour avoir réuni dans sa maison dix livres pesant, c'est-à-dire 3 kilogrammes 272 gr. d'argenterie 8 . Trois siècles auparavant, sous Servius,

plus faibles en 207 av. J.-C , la proportion de l'argent par rapport au cuivre est tout autre. Le sesterce d'argent était devenu la monnaie usuelle.

l Varron, dans Charisius, I, 81. « iïummum argenleum con/tatum • primum a Servio Tullio diccnt. • — 2 Pline, XXXIII, 13. Sur les premières monnaies «l'argent des Romains, voir, à la fin du volume, la note l r % au livre II. — * Aulu-Gelle, IV, 8, n° 7, et XVII, 21, n* 39. Valèro-Maximc, IV, ch. 4, n* 3, et liv. IVj ch. 3. Denys d'Halicarnasse, frag. i** du liv. XX, fait un calcul assez juste. Il dil »mc les dix livres romaines d'argenterio pesaient un peu plus de huit mines attiques. En mettant la drachme à 3 grammes 89 centigrammes, la mine pesait 389 grammes, et huit mines, 3 kilogrammes 112 gr., qui sont en effet un peu moins que dix livres romaines ou 3 kilog.

il ne devait donc y avoir à Rome ni argenterie, ni monnaie d'argent 1 ; et M. Bœckh a établi entre la valeur de l'argent et celle du cuivre à Rome sous le règne de Servius un rapport tout à fait imaginaire, puisque le premier de ces deux métaux n'y avait pas cours et, selon toute vraisemblance, n'y existait même pas.

Il est bien vrai qu'au temps des guerres puniques, le cuivre devint plus cher relativement à l'argent. Ainsi, à la fin de la première guerre punique, ce métal valait seulement jk de son poids d'argent, et à partir de 21 7 av. J.-C., quand le denier de 3 grammes 88 centigrammes s'échangea contre seize *as d'une once, il en valait déjà la cent douzième partie. Mais cette hausse du prix du cuivre 2 ne venait pas de ce que ce métal devint en lui-même plus rare et plus précieux. Elle était uniquement relative à la valeur de l'argent qui, devenant plus abondant, s'avilissait par rapport à tout le reste. Le cuivre, comme toutes les marchandises et tous les biens, se paya de plus en plus cher en monnaie d'argent, parce que l'argent devint de plus en plus commun. Celte affluence de

272 gr. Pline (XXXIII, 50) fait allusion à cette anecdote, mais négligemment et sans y croue. Il change même les chiffres pour la rendre plus invraisemblable : ■ A'am propter qunque poxdo notaiutn a » ccruoribus triumphalem scnem fabulosum ja\i videlur. » L'incrédulité de Pline et de ses contemporains n'oie rien à la vérité du fait.

1 Vepilomc XV de Tite-Live dit : t Tune primum popvlus Romamix • AncBNTo uli cœpil. » 11 ne dit pas argento signato, ce qui autorise à croire qu'avant la guerre de Pyrrhus, le métal d'argent lui-même était, a Rome, presque inconnu. — 2 Le cuivre vaut plus cher aujourd'hui, relativement à l'argent, qu'au Urnps des guerres puniques; ca 100 kilogrammes de cuivre valent 2ili francs, c'est-à-dire à peu près un kilogramme d'argent. Le cuivre est-il donc devenu plus rare que dans l'antiquité? Non. Mais l'argent est devenu encore plus abondant qu'il n'était, par rapport au cuivre.

numéraire ne pouvait en aucune façon faire baisser le prix des propriétés. D'après M. Bœckh, l'introduction de l'argent dans le commerce de Rome, aurait eu pour effet de déprécier les biens. Car, en supposant que les Romains se fussent passés de la monnaie d'argent et eussent seulement coupé l'as d'une livre en six, un bien estimé vingt mille as d'une livre avant la première guerre punique, aurait valu après cent vingt mille as dedeux'onces. Mais, d'après M. Bœckh, l'introduction de la monnaie d'argent ayant changé la valeur relative des métaux, ce même bien, par suite de l'abondance du numéraire en argent, aurait perdu vingt mille as. et n'aurait plus été évalué sur les registres du cens que cent mille as de deux onces, au lieu de cent vingt mille.

\\ est évident que c'est l'effet contraire qui a dû se produire. Lorsque les Romains de. 209 à 241 av. J.-C. fabriquèrent les premiers deniers d'argent, ils fixèrent la valeur du denier à dix as. Les as d'argent entrèrent dans la circulation concurremment avec les as de cuivre, et celle multiplication des espèces monétaires augmenta dans la proportion do 3 à 5 le prix de toules les videurs exprimées en as. 11 est contradictoire de supposer avec M. Bœckh, que la même cause ait produit à la fois une augmentation du prix du cuivre, et une baisse du prix des propriétés.

Aujourd'hui, l'or fait concurrence à l'argent et s'y substitue en France, comme à Rome, au troisième siècle av. J.-C. l'argent fit concurrence au cuivre et le remplaça même dans son rôle d'étalon monétaire. On paie aujourd'hui en francs d'or comme en francs d'argent, et le nombre des francs qui sont dans le commerce, depuis la découverte des mines d'Australie

et de Californie, étant de plus en plus grand, le prix des propriétés estimé en francs, au lieu de baisser, augmente de jour en jour. Par la même raison le métal d'argent, dont le franc se composait à l'origine, enchérit par rapport à l'or qui abonde, absolument comme au temps des Scipions, le cuivre enchérissait à Rome par rapport à l'argent accumulé en Italie par les conquêtes romaines.

Si donc on admet, comme M. Bœckh, que* le cens de la première classe était de 20,000 as d'une livre avant les guerres puniques, les as ayant été coupés en six, il faut d'abord porter ce cens à 120,000 as de deux onces ; puis, le prix des propriétés ayant monté dans la proportion de 3 à 5 par suite de l'abondance du numéraire, il faut multiplier encore le chiffre 120,000 par la fraction 4 , et Ton arrive nécessairement à 200,000 as de deux onces, chiffre qu'il n'y a plus aucune bonne raison de réduire. Si l'on veut arriver, comme se le proposent MM. Bœckh et Zumpt, à 100,000 as de deux onces pour représenter le cens de la première classe au temps d'Annibal, il faut partir du chiffre de 10,000 as d'une livre représentant le cens de cette classe au temps de Servius, et le multiplier par six, puis par c'est-à-dire par dix. C'est ce qu'a fait M. Zumpt dont le calcul est seul logique. Mais nous avons démontré qu'il était faux dans les données comme dans les résultats.

Les hypothèses fausses de l'érudition allemande sur les chiffres du cens de Servius étant écartées, il n'y a plus qu'à reconnaître que Tite-Live 1 , instruit comme il l'était de l'histoire des monnaies romaines* en fixant à cent mille as le cens de la première classe

1 Tile-Live, 1, 43.

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de Servius, a simplement voulu parler, comme Pline, de cent mille as d'une livre. Il serait bien étrange qu'il s'y fût trompé ; car, de l'aveu de tous les critiques, les changements dans la valeur du cens n'ont pu avoir lieu que par suite des changements monétaires du temps de la première guerre punique. Il suffisait donc à Tite-Live, pour ne pas confondre les chiffres du temps de Servius avec ceux de l'époque de la seconde guerre punique, d'avoir consulté un seul des registres des censeurs antérieurs à Tan 264 av. J.-C. Supposer qu'il ne l'a pas fait, c'est le considérer comme plus ignorant que Denys, qui cite ces registres 1 , et qui a consulté aussi les mémoires conservés dans la famille d'un ancien censeur sur un fait antérieur de deux ans à la prise de Rome par les Gaulois 8 . Ces mémoires se trouvaient, au temps d'Auguste, chez un grand nombre de familles qui comptaient des censeurs parmi leurs ancêtres, et ils se transmettaient de père en fils comme un héritage sacré.

Il y avait aussi des registres publics des censeurs (tabulœ censoriœ) 3 gardés avec d'autant plus de fidélité, que les censeurs étaient, depuis la loi même de leur institution, conservateurs des archives de l'Etat 4 . Le principal dépôt de ces archives fut, depuis la seconde guerre punique 5 , le portique du temple de la Liberté, bâti sur l'Aventin. C'est là que les censeurs

1 Denys, IV, 22. « 'ûç èv tok tijhiuxoïç ^pcrajrpdtpiuHw* » — ■

2 Denvs, I, 74. « 'Ex tûv TtfiTiTixwv Cnro|xvr,|iàTti)v.... HoXXol i* clolv » ehrfc tûv tijitjtixwv ofxtiw âvÔpsç iitt?avci< ol âia^uXdrrArceç aÙTd. » —

3 Varron, De lingua latina, VI,' § 74. éd. Spengel. — * Tite Live, IV, 8. • MagUlratu egere, cui scribarum ministerium cuttodiœquc et tabula- » rum cura; cui arbilrium formula eetuendi tubjiceretur. • — 5 Tite- Live, XXIV, 16. Le tabularium du Capitulé ne fut construit que par Q. Lulalius Catulus. consul en 78 av. J.-C.

faisaient leurs principales opérations 1 ; c'est là qu'ils dressaient les listes des différentes catégories de citoyens en consultant les tables de leurs prédécesseurs 8 .

Avec de telles sources d'information, Tite-Live eût montré une négligence incompréhensible, s'il eût ignoré les véritables chiffres du cens des classes avant les guerres puniques. Tout porte donc à croire qu'il les a connus, et que le cens de la première classe avant 264 av. J.-C. était, non de dix mille as dune livre comme le croit M. Zumpt, non de vingt mille comme le conjecture M. Bœckh, mais de cent mille, comme Tilc-Live l'a écrit.

Reste â expliquer comment un si excellent écrivain a pu, dans le même chapitre 3 , désigner par centum millium ivris cent mille as d'une livre, et par dena millia arts dix mille as de deux onces, prix du cheval donné par l'État. Cette inadvertance s'explique par la différence des sources où Tile-Live puisait en même temps. Sur les registres des censeurs les citoyens étaient divisés en catégories dont chacune différait de la précédente par Un cens moins élevé de vingt-cinq mille as. Les différents chiffres de 100,000, 75,000, 50,000 as devaient être marqués en tôle de chaque catégorie, pour la distinguer ; et il était presque impossible de s'y tromper. Au contraire Ytvs équestre, ou prix du cheval donné par l'Etat, était une somme fixe et connue de tous. Composée de mille as d'une livre jusqu'à la première guerre punique, de dix mille as de deux onces après cette guerre, elle n'avait pas besoin d'être reproduite chaque année en tète de la

1 Tite-Live, XLUI, 16. — Tilc-Live, XLV, 15. — a TiieLive, I,

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liste des chevaliers equo publico. Elle n'était certainement pas inscrite par les censeurs. Tite-Live ne l'a pas empruntée à un document officiel, mais à quelque livre de seconde main, comme l'histoire de Fabius hclor. Cet historien romain, qui écrivait en grec au temps où Yœs équestre était de mille deniers ou drachmes, l'aura porté à cette somme pour l'époque de Servius. Tite-Live, qui avait sous les yeux les Annales de Fabius 1 en composant les chapitres 43 et 44 de son livre premier, a dû traduire, selon l'usage, mille drachmes par dix mille as, sans songer que, pour établir une distinction nécessaire, il aurait dû ajouter un peu plus haut l'épithèle de gravis après les mots centum miHium œris. Il vaut mieux imputer à Tite-Live cette légère omission que de lui faire dire des choses contraires à l'évidence. Car si par scrupule grammatical on voulait traduire les deux expressions analogues, centum millium œris et dena miliia «ris, de la même manière, et composer les deux sommes d'as de même nature et de même poids, il faudrait se réduire à croire que, pendant tous les siècles de la République, le cens de la première classe a été l'équivalent du prix de dix chevaux de guerre.

CONCLUSIONS

Résumons cette longue discussion :

Les cent mille as du cens de la première classe, c'est-à-dire du cens équestre, depuis le règne de Servius jusqu'à la première guerre punique, sont des as de cuivre dont chacun pesait une livre romaine. Pline le dit expressément. Tite-Live, quoique moins expli-

1 Tile-Live, I, 44. • Adjicit Q Fnbiu$ Pictor scriptorum atUi- • quluimut. »

cite, ne peul être interprété dans un autre sens. Les critiques allemands qui lui ont imputé une méprise et qui ont essayé de corriger ses chiffres, se sont euxmêmes égarés dans des calculs illogiques et dont les résultats sont en contradiction avec les faits. Quant à Denys d'Halicarnasse, s'il a traduit cent mille as par dix mille drachmes, ça été pour suivre un usage conservé dans les comptes officiels, depuis que l'as avait été réduit à deux onces. Le narrateur grec, ignorant l'histoire des monnaies romaines, n'a pas calculé la différence des as de deux onces et des as d'une livre.

Nous allons voir que le cens équestre de cent mille as d'une livre fut transformé, par la révolution économique et monétaire du temps de la première guerre punique, en un cens d'un million d'as de deux onces ou de quatre cent mille sesterces.

g in. — Qob le cens équestre ou de LA PREMIERE CLASSE, QC1 ÉTAIT DE 100,000 AS D'UNE LIVfcE JUSQU'A L'AN 26* AV. J.-C, FUT PO 11 TÉ AVANT L'AN 220 AV. J.-C, A UN MILLION D'AS DE DEUX ONCES OU A QUATRE CENT MILLE SESTERCES. EFFETS DE LA RÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIItE. EXPLICATION DE LA LOI VOCOniCMte.

Chiffres do cbns avant et après la première guerre punique

Jusqu'à la défaite de Pyrrhus, les Romains ne connurent pas l'usage de la monnaie d'argent 1 , lisse servaient d'as de cuivre pesant chacun une livre, et la lourde monnaie était entassée sur des chariots lorsqu'on portait au trésor (œrarium) la solde militaire 2 . La conquête de la grande Grèce et, bientôt après, celle de la Sicile, de l'Espagne, de la Macédoine et de

i Pline, XXXIII, 13. Epitome du livre XV de Tite-Live. — * Tiie- Live, IV, 60.

l'Orient furent pour les Romains ce que fut plus tard, pour les Franks de Charlemagnc, la prise du Ring des Awares, ou pour les Espagnols la découverte des mines du Polose. En un siècle, cette bourgeoisie conquérante de moins de trois cent mille citoyens 1 fit affluer à Rome l'argent ravi à tous les peuples du monde ancien ; et Paul Emile (1G8 av. J.-G.) en versa tant au trésor, que depuis son triomphe le peuple romain fut dispensé de payer le tribut 2 .

Un siècle auparavant, la première rencontre entre les pauvres vainqueurs du Samnium et les Grecs enrichis des dépouilles de l'Asie, avait été suivie d'un étonnement réciproque dont le souvenir se conserva dans la tradition historique ou légendaire.

L'imagination patriotique des Romains a peut-être embelli de récils poétiques la vie d'un Curius ou d'un Fabricius. Il n'en est pas moins certain que le contrite entre ces derniers héros de la simplicité antique, et Cinéas, le Grec raffiné, prodigue de présents et de paroles corruptrices, forme le trait le plus saillant et le plus vrai de l'histoire de celte époque de transformation. L'argent, quoique bien plus rare que chez les peuples modernes 3 , devint cependant d'un usage de plus en plus commun à Rome. Les censeurs qui, en 275 av. J.-G., chassèrent Rufinus du Sénat pour avoir possédé dix livres d'argenterie 4 , en avaient eux-

1 Tite-Livc [Epitome du liv. XVI) compte 282,33» citoyens, avant la première guerre punique. — 2 Pline, XXXIII, 17. Paul Émile versa au trésor deux cent trente millions de sesterces. — 3 Le rapport de la valeur do Pargcnt à celle de l'or était de i à 10, en 189 av. J -C. {Polybe, XXII. 15) Après la conquiHc de la Grèce et de l'Orient, l'argent étant plus commun, le rapport fut à peu près de 11,30 quand le denier d'or de quaranlo à la livro s'échangea contre 25 deniers d'argent. — * Aulu-Gelle, IV, ch. 8, n n 7. « Quod deenn pondo li- • bras argcnli facti haberet. » (3,272 grammes). Denys (frag. I du Uv. XX) dit un peu plus de huit mines ou de 3,112 grammes.

274 HISTOIRK

mêmes chacun une livre 1 . Mais ce n'était pas de la vaisselle de table comme chez Rufinus 9 . C'étaient des vases sacres, la salière et la soucoupe dont ils se servaient pour faire les offrandes aux dieux \ Au temps de la seconde guerre punique, les sénateurs avaient tous, outre la salière et la soucoupe de l'autel domestique, une certaine quantité d'argent travaillé ou monnaye ; et ceux des sénateurs qui avaient occupé les magistratures curules faisaient faire pour leurs chevaux des phalères d'argent

En 269 av. J.-C, sous le consulat de Q. Ogulnius etdeC. Fabius, le Sénat avait fait fabriquer les premiers deniers d'argent, dont chacun valait dix livres ou dix as 5 de cuivre. Le quinaire valait cinq livres de cuivre, et le sesterce, deux livres et demie. Mais le denier d'argent, qui probablement pesait à l'origine de 8 grammes 18 centigrammes à 8 grammes 30 centigrammes, fut, par des diminutions graduelles, réduit à 3 grammes 88 centigrammes, à la lin de la première guerre punique. De même, l'as d'une livre de cuivre fut graduellement amené à ne plus peser que

1 Valèrc Maxime, liv. IV, ch. IV, n° 3.-2 Aulu-Gelle, liv. XVII, ch. 21, n" 39. • Atgcnti facli cr.xx châtia deeem pondo habere. • — 3 Valèrc Maxime, Ibidem. * Patcllam deorum et salinum. » —

• Tite-Livo, XXVI. 36. . Sibi rclinqmnt argenli, qui sella curuli

• gederunl, equi ornamenta, et libras pondo, ut salinum patellamque » deorum haberc pnminl : cœteri tenalores libram argenli tanlum » Comp. Tilc Livc, XXII, *»2 : « Si quid argenti, quod plurimum in n phaleris equorum erat, nam ad vescendum facto perexiguo, ulique . militante*, ulebanlur. » — 5 Plino. XXXIII, 13. « Placuii demtrium

• pro deeem libris atris, quinarium pro quinqw, seslcrlium pro dupon- » dio ac semiste. ■ Nous avons donné nos raisons rie croire que ce premier denier d'argent «Hait le même dont on attribue la fabrication à Servius, et qu'il pesait la quarantième partie de la livre, comme plus lard, en 207, le premier denier d'or. Dans ce cas, 8 grammes 30 centigrammes d'argent ayant valu 3,272 grammes de cuivi *. l'aryen 1 , en 169 av. J.-C, valait, à Rome, quatre cents fois son poids do cuivre [Voir noie 1, au livre II, à la fin du volume).

deux onces 1 . Le denier ne perdit dans ces changements qu'un peu plus de la moitié de son poids primitif, tandis que l'as en perdit les cinq sixièmes ; cependant le denier valut toujours dix as. L'argent à Rome, en 2(i9 av. J.-C, valait à peu près quatre cents fois son poids de cuivre. Après la première guerre punique, il fut seulement cent quarante fois plus précieux. Un tel changement dans la valeur relative des deux métaux nous révèle une introduction rapide de grandes masses d'argent à Rome pendant et après celle guerre. C'esl en effet ce que nous montrent les Irailés de Rome avec Cartilage passés en 241 et 237 av. J.-G. Lutalius avait d'abord exigé que les Carthaginois payassent seulement 2,200 talents eu- Imïques d'argent en vingt ans 2 . Mais le peuple romain ne ratifia le traité qu'à condition d'un paiement de 3.200 talents en dix ans\ Après la révolte des mercenrrres, les Romains abusèrent de la faiblesse des Carthaginois pour leur déclarer la guerre, et les Carthaginois échappèrent à ce danger en leur cédant la Sardaigne et en payant douze cents talents 1 . Ainsi, en dix ans, 241-231 av. J.-C, les Carthaginois seuls versèrent quatre mille quatre cents talents au trésor de Rome. Chaque talent valait six mille drachmes, et M. Lclronne dit qu'au troisième siècle av. J.-C. la drachme se réduisit de 82 grains à 75, c'est-à-dire à 3 grammes 98 centigrammes. Un talent devait donc

1 Plino dil que la diminut ion do l'as fui brusque et non graduelle cl que l'État gigna les 5 / t ; on coupani l'as d'une livre en as de deux onces. Mais on conserve (V. noi. 1, au liv. II, à la tiu du voi.) des as de plusieurs poids différents, depuis 7 jusqu'à 2 onces (de î<>0 gr. à 56 gr.). cl de même des denier» de plusieurs poids, depuis 6 gr. 80 e. jusqu'à 3 gr. 87 c. — » l'olybc, I, 62, n« 8. — 3 Hoiybc. I, 63, n° 2. Ils devaient en verser mille imnié(liaicmcni(Pol\be, III, 27, n n 5). — « rolybe, I, 88, n" 12. Comp. III, 27, i»' 8.

peser 23 kilogrammes 880 grammes d'argent, et valoir 5,306 francs GO c. Les 4,400 talents valaient vingt-trois millions trois cent quarante-neuf mille trois cent quatre francs

On devine quelle révolution économique durent produire de pareilles sommes versées tout d'un coup dans le trésor d'un petit peuple de moins de trois cent mille citoyens, qui, quarante ans auparavant, connaissait à peine le métal d'argent. De plus, les Romains avaient conquis la Sicile, que Caton appelait la nourrice du peuple romain, le grenier de l'État *. Elle fournissait à Rome du blé, du miel et du safran, et,

< Le talent altique, poids fort, en 188 av. J.-C, pesait quatrevingts livres romaines ou 26 kilogrammes 160 grammes (Tile Live, XXXVIII, 38, et Polybe, XXII, ch. 26, n° 49). Ce talent correspondait à la drachme de 4 grammes 36 centigrammes ou de 82 grains l p , dont parle M. Letronno. En composant le talent euboïque de six mille drachmes de 75 grains, nous sommes resté au-dessous des évaluations ordinaires du poids du talent euboïque. La preuve que ce dernier talent se rapprochait beaucoup du talent altique, c'est que Publius Scipion, ayant imposé à Antiochus une contribution de quinze mille talents euboïques, dont cinq cents devaient être payés aussitôt, deux mille cinq cents après la ratification du traité, le reste en douze paiements annuels (Tile-Live, XXXVII, 45. Polybe, XXI, 14), le traité fut ratifie par le Sénat et le peuple (Tite-Live, XXXVII, 65), les 2,500 talents dus après la ratification du traité furent versés (Polybe, XXII, 2i. n" s), et, dans la rédaction du traite définitif, les commissaires romains mirent, au lieu des taleuts euboïques, douze mille talents atliques (Polybe, XXII, 26, n* 19. Tito Live, XXXVIII, 38). Ouaml on ne stipulait pas que le talent altique serait pavé sur le pied de 80 livres romaines, il n'était guère que de 23 kilogr. 563 gr. Le talent euboïque esi estimé un peu plus fort que ce talent altique, dans la proportion de 72 à 70. Donc, comparé au talent attique de 2J kil. 565 »r., il aurait pesé 21 kil. 238 »r. En ordonnant, dans le paiement des \ 2,000 derniers talents dus par Antiochus, que chaquo talent pèserait au moins 80 livres romaines (26 kilog. 160 gr.). les dix commissaires romains rendirent le traité plus onéreux pour le roi de Syrie (Tile-Live, XXXVIII, 38). — *Cicéron, Terrines, act. II, liv. Il, ch. 2. ■ M. Cato ccllam penariam reipublicœ nostrœ, nutrieem • plebis Romanœ Siciliam nominaviL • Comp. Slrabon, liv. VI, ch. 2. « KaXoûfftv ai*T7,v taaelov tt,<; 'Pwht.i;. »

pendant la guerre sociale, elle remplaça le trésor public en envoyant gratuitement aux armées romaines des armes, du pain, des cuirs, des habits. C'est encore pendant l'intervalle des deux premières guerres puniques que les Romains soumirent la Gaule Cisalpine, pays si riche, au dire dePolybc 1 , que, de son temps, le médimne de Sicile 3 plein de froment n'y valait souvent que quatre oboles, et le médimne d'orge, deux oboles ; plaine abondante en vins, en millet, en épeautre, et dont les chênes fournissaient tant de glands aux troupeaux de porcs, que la chair de ces animaux servait en Italie à la consommation des particuliers et à la nourriture des armées 3 . Enfin, c'est dans cette période que les Romains soumirent au tribut Teuta, la reine des pirates d'Illyrie 1 ; qu'ils conquirent la Corse cl la Sardaigne, dont la première fournit un tribut de cent mille livres de cire, et la seconde un tribut de blé. De plus, on vendit tant de Sardes prisonniers 5 que les mois Sardi vénales désignèrent une marchandise à bas prix.

L'accroissement des fortunes des particuliers suivit, pendant l'intervalle des deux premières guerres puniques, le progrès rapide de la fortune publique. Les sénateurs et leurs fils se mirent à trafiquer par mer

1 Polybe, II, ch. 15. — 2 Le médimno do Sicile valait six modii romains (Verrincs, act. II, liv. III, ch. 45). — 3 Polybo ajoute un détail curieux, c'est que, dans une hôtellerie de la Cisalpine, on pouvait vivre un jour pour la moitié d'un as (VijitaTwptou). Polybe fait do celte monnaie le quart de l'obole ; l'obole étant la sixième partie du denier, on ne payait donc, au temps do Polybe, que douze as d'une once pour un denier, tandis qu'en 217 av. J.-C, hi valeur du denier avait été fixée à 16 as d'une once (Pline, XXXIII, 13). C'est une preuve de plus de l'afiluenco toujours croissante de l'argent à Home. — * Polybe, H, 12. — 5 Fcstus, s. v. Sardi vénales. L'origine do co dicton n'est pas bien certaine.

avec les provinces auxquelles ils étaient chargés de donner des lois. Ils y devinrent propriétaires et négociants en même temps que législateurs, proconsuls ou préleurs ; et ce cumul de l'exploitation commerciale avec les fonctions politiques amena de tels abus, qu'en Tan 218 av. J.-C, on fut obligé, pour les réprimer, de voler la loi Claudia 1 . Elle défendait à tout sénateur ou fils d'ancien sénateur d'avoir en mer un vaisseau de plus de trois cents amphores. Un navire de ce tonnage parut suffisant pour que chaque famille pût y transporter les fruits de ses propriétés. Toute opération lucrative parut au-dessous de la dignité des sénateurs.

A côlô de celte riche noblesse sénatoriale, qu'une loi de dérogeanec excluait du trafic maritime, s'étaient élevées, à la même époque, les fortunes des publicains. Nous trouvons, au commencement de la seconde guerre punique, leurs compagnies d'entrepreneurs déjà constituées, riches et puissantes. En l'an 215 av. J -C, trois compagnies de publicains, qui déjà avaient grossi leurs patrimoines dans l'administration des vivres 3 , prennent l'adjudication de la fourniture du blé et des vêtements pour les armées d'Espagne, en se faisant garantir par l'Etat contre les risques de la mer. Un de ces fournisseurs, Postumius de Pyrgi,

1 Tile-Live, XXf, Gil. « Xc quis senalor, cuire senalorius pater • fuisscl, mnrilimam navem quœ plus quant trecentarum amphorurum » tsscl, habi rcl : id salis esse ad fruclus ex agris Vicltmdos: quœslu* » omnis Pulribus indecorus visus. » L'amphore romaine était une mesure qui, pleine de vin, pesa il qualre-\ in.uls livres romaines, comme le talent allique de poids fort. Elle était donc à peu près de "27 litres. Un n;i\ire d'un tonnage :Jc trois cents amphores devait cire une grande barque pontée, capable de contenir plus de huit mille litres d'objets de lianspnri. — - Tile-Live, XXIII, i« cl 49. a (jui i redempturis auxtiscnl palvimonia. »

DKS CHEVAL1KKS ItOMAINS 279

voulant exploiter frauduleusement celle assurance, s'enlcnd avec ses associés pour simuler de faux naufrages 1 . Ils mettent sur de mauvais navires quelques marchandises sans valeur, les font couler bas, et demandent des indemnités comme pour de riches cargaisons. La fraude est dénoncée par le préteur Atilius au Sénat, qui n'ose la punir, de peur d'offenser X ordre des publicains. Enfin, deux tribuns du peuple citent Postumius de Pyrgi devant les tribus, pour faire prononcer contre lui une amende de deux cent mille as. Mais les publicains se jettent en masse sur le Forum et dispersent l'assemblée. L'on ne vient à bout de l'insolence de ce corps que par un sénatus-consulte suivi de plusieurs accusations capitales intentées aux auteurs de cette violence.

La loi Claudia et l'affaire de Postumius en disent assez sur l'énorme accroissement des fortunes des sénateurs et des chevaliers après lu victoire des îles Egates et le traité de 241 av. J.-C. Si l'époque de la première guerre punique fut celle d'une révolution monétaire, elle fut donc suivie d'une révolution économique qui, en augmentant brusquement la richesse publique et privée, dut changer les valeurs de toutes choses relativement au numéraire.

Calculons d'abord rationnellement l'effet que dut produire sur le chiffre du cens de la première classe cette double révolution. Lorsqu'au temps de la première guerre punique, le Sénat coupa l'as d'une livre en six as de deux onces 2 , cette nouvelle taille de la monnaie de cuivre ne fit rien perdre aux biens de leur valeur réelle. Une fortune d'un citoyen de la pre-

1 Titc-Live, XXV, 3 et 4. An 212 av. J.-C. — * Pline, ma. nat.. XXXIII, 13.

mièrc classe, estimée avant l'an 264 av. J.-C. cent mille as d'une livre, dut valoir, après celte opération, six cent mille as nouveaux, dette variation du prix des biens était purement nominale. Mais, après la guerre, le numéraire en argent afflua en si grande quantité à Rome, qu'un cheval qui coûtait autrefois mille as d'une livre, et qui aurait dû s'achetersix mille as de deux onces, en valut dix mille, représentés par mille drachmes ou deniers d'argent 1 . La valeur relative de toutes choses fut donc augmentée dans la proportion de six à dix, ou de trois à cinq, comme l'ont conjecturé avec raison MM. Zumpt et Bœckh ; le bien d'un citoyen de la première classe qui, sans celte hausse générale des prix, eût été porlé sur les registres des censeurs pour une valeur de six cent mille as de deux onces, dut y être évalué un million d'as (decies œris).

Cette conjecture rationnelle se trouve vérifiée par les chiffres réels que nous voyons inscrits sur les registres des censeurs des années 220-219 av. J.-C. Ces registres sont cités en trois endroits par Tite-Live, qui en a conservé avec précision les dispositions les plus intéressantes 2 .

Voici ce qu'il nous raconte d'un tribut extraordinaire levé en 214 av. J.-C, pour l'équipement et l'entretien de la flotte romaine :

« Comme on manquait de matelots, les consuls, » après avoir pris l'avis du Sénat, ordonnèrent que » quiconque, sous la censure de L. jEmilius et de C. » Flaminius, aurait eu un cens de cinquante mille à » cent mille as, lui-même ou son père, et quiconque

l Voir plus haut, liv. I'\ cli. III, g 2. — * Tite-Livc, Epitome «1" Hv. XX, liv. XXIV 11,ot Xl/V. 18.

> aurait acquis depuis une forluue pareille, fournirait » un matelot avec six mois de solde; que celui qui » aurait été inscrit pour un cens de cent mille à trois

> cent mille as, donnerait trois matelots avec la solde » d'une année ; pour le cens de trois cent mille as à un

* million d'as, on fournirait cinq matelots ; pour un » cens au dclu d'un million d'as (supra decies œris), » sept matelots; enfin, chaque sénateur fournirait huit » matelots avec la solde d'un an l . »

On remarque d'abord que ces chiffres étaient inscrits sur des registres qui remontent au moins à Tan 219 av. J.-C. Car les censeurs C. Flaminius et L. iEmilius, sont ceux qui rejetèrent les affranchis dans les quatre tribus urbaines -, et leur censure est menlionnée à la fin de Vepitome du livre XX 3 de Tite- Live, un peu avant le commencement de la seconde guerre punique, qui s'ouvre avec le livre XXI. Or, lésas d'une once de cuivre ne furent taillés qu'en 217 av. J.-C, sous la dictature de Q. Fabius Maximus 4 , et pendant qu'Annibal serrait de près Marcus Minucius.

Les as marqués sur les registres des censeurs de l'an 219 av. J.-C, sont donc des as de deux onces, dont chacun valait la dixième partie d'un denier d'argent. Par le cens d'un million d'as (decies œi'is), ils entendaient une valeur de cent mille deniers

1 Tite-Live, XXIV, 11. — s Tite-Live, XLV, 13. ■ In quatuor ur- » banas tribus detcripli eranl liberlini. - — 3 Tite-Live, Ep itome, lib. XX . Liberlini in qutfttr tribus redaeti sunt .. Esquititinm, Pnla

• tinam, Suburranam, Colliitum, C Flaminius cenwr viam Fluminiam » munir il. » — * Piine, XXX1U, • Po*l< a, Annibale urgente Mai- » cum Mtttucium, (J. Fubiu Mnsimo dictature, «m* uiuiati-s facti ; » ptncuittfue dt iuutum sedreim ussibux iHrmulttri.quinttrium uclttnit.

• sesterlium qualernis Ht respuhlicu dimidntm lucrala vil. In mil tint t

* lamen stipendio semptr dt nariu» pru tkeem auibut datus -

ou de quatre cent mille sesterces ; c'est précisément le cens équestre de l'époque de Gicéron \

Titc-Live nous fait comprendre du reste que, pour les censeurs jEmilius et Flaminius, comme pour les consuls del'an214av. J.-C., l'expression decies œris (un million d'as) ne représentait pas autre chose que le cens équestre lui-même. Il raconte qu'en l'an 210 av. J.-C, on eut recours au même expédient qu'en 214, pour compléter et entretenir les équipages de la flotte, et il s'exprime ainsi :

« On commença à s'occuper du recrutement des » rameurs , et comme on n'avait en ce temps-là ni

• assez d'hommes, ni assez d'argent dans le trésor » pour s'en procurer et leur donner une solde, les

• consuls firent un édit, pour que les simples parti- » culiers donnassent des rameurs, selon leur forlunc » inscrite au registre du cens et des ordres, comme

• cela s'était fait auparavant [Ut privali ex censu » ordinibusque, sicut antea, rémiges darent) *

Les mots sicut antea ne peuvent être qu'une allusion à la contribution de l'an 214 av. J.-C, puisque jamais auparavant les particuliers n'avaient fait les frais des équipages de la flotte 3 . Tile-Live nous dit qu'alors plusieurs ordres avaient contribué. Mais, si l'on se reporte au chapitre xi du livre XXIV, on ne trouve mentionné dans ce passage qu'un seul ordre, celui du Sénat, dont chaque membre avait fourni huit

l Horace, Ep. I, liv. 1«<-, v . 55-63, et Juvénal, Sot. XIV, v. 308-315:

Effice summam

Bis stplem ordinibus quam lex dignatur Oihonis; Hac quoqur si ruyam trahit exlcndilquc labcllum, Sume duos cquiles, rsc tertia qi'adiungenta.

» Tile-Live, XXVI, 35. An 210 av. J.-C. — 3 Tite-Livc, XXIV, 11.

An SU av. J.-C. • Tum primum est factum, ul classit Romana sociis

» navalibu» privai t impensa parali* complerctur. •

matelots. La plus forte contribution, après celle des sénateurs, est celle des citoyens ayant plus d'un million d'as de cens, et dont chacun donna sept matelots*. Il faut donc, pour expliquer le pluriel ex ordinibus, que les citoyens possédant cette fortune aient représenté aux yeux de Tite-Live et des consuls qui firent l'édit de l'an 210 av. J.-C., le second ordre de l'Etat, l'ordre équestre.

Si l'on doutait que ce fût la pensée de Tite-Live, on n'aurait pour s'en convaincre, qu'à lire jusqu'au bout le récit de la contribution de l'an 210 av. J.-G. Le peuple s'irrita des exigences toujours renouvelées du trésor, et avec d'autant plus de raison, que la répartition du tribut de 214 avait été fort injuste, les deux ordres supérieurs ayant moins donné proportionnellement que les classes moins riches. Le Sénat s'aperçut qu'il fallait donner l'exemple du désintéressement, et les sénateurs portèrent aux trésoriers de l'État tout leur or, leur argent et leur cuivre monnayé: t Ce mouvement unanime du Sénat, dit Tite- » Live, entraîna l'ordre équestre, et l'ordre équestre

• fut imité par la plèbe. 2 »

Ainsi les ordres qui, d'après cet auteur, contribuèrent en 214 av. J.-C, doivent être les mêmes qu'il nous montre en 210, dans une occasion toute semblable, apportant les premiers leur don patriotique au trésor ; ce fuient l'ordre équestre et l'ordre sénatorial. Dans le récit de la contribution de 214, le chiffre d'un million d'as (decics œris) ou de quatre

1 Tilc-Livp, XXIV, 11. An 211 av. J.-C. u Qui supra trecenla » millia usque ad decics œris, quinque naulas: qui supra decics,

• scplcm: scmlurcs oclo naulas cum annuo stipendia darenl. » — 2Tilc-Livc, XXVI, 36. . Hune consensum se nains equesier ordo est

• secuius ; equesiris ordinU, plèbes. •

cent mille sesterces, représentant le cens le plus élevé après celui des sénateurs, ne peut convenir qu'au cens des chevaliers. Il suffirait du reste pour arriver à celte conclusion d'admettre qu'un million d'as était en 219 av. J.-C. le cens de la première classe 1 . Car nous avons démontré que ce cens et le cens équestre furent toujours identiques.

Ainsi le cens de quatre cent mille sesterces, ou d'un million d'as de deux onces, était déjà celui des chevaliers ou de la première classe, en 219 av. J.-C, au temps de la censure de C Flaminius et de Lucius Junilius. On peut en conclure que, les sénateurs fournissant en 214 huit matelots, tandis que les chevaliers, qui avaient plus d'un million d'as (supra decies œris), n'en fournissaient que sept, le cens sénatorial devait être, dès la seconde guerre punique, celui de deux millions d'as ou de huit cent mille sesterces. C'est le chiffre qu'il ne dépassa qu'au temps d'Auguste. 5 Ce prince éleva le cens des sénateurs à douze cent mille sesterces en y ajoutant le troisième million d'as que Juvénal appelle 3 tertia quadringenta (sesterlium).

•CONCLUSIONS

Le cens équestre ou de la première classe était, avant 264 av. J.-C , de cent mille as d'une livre. Par suite de la révolution monétaire qui accompagna la première guerre punique, et de la révolution économique qui la suivit, ce cens fut multiplié par dix, comme le

1 Histoire romaine do M. Duruy, ch. XIII, §3, fin, noie relative à la transformation des assemblces centuriates, p. .401 du tome 1 er , éd. 1843.— 2 Suétone, Vie d'Auguste, ch. 41. - 3 Juvdnal, Satire XIV. v. 312 . Sumc duos équités foc tcbtia QUAnRiNotwT*. »

prix de Yequus publions; il devint, avant Tan 219 av. J.-C., le cens d'un million d'as de deux onces ou de quatre cent mille sesterces. Les chiffres du cens des autres classes durent s'élever de même, et celui du cens de la seconde classe dut être porté :

D« 75,000 as fini Km à 750,000 as de itm ma.

Criii in cru it la 3* classe, <U 50,000 — 500,000 —

— 4» classe, - 25,000 — 250,000 —

— 5 e classe, - 12,500 — 125,000 —

Nous allons voir tous ces résultats confirmés par les dispositions de la loi Voconia. Cette loi fut faite en l'an i68 av. J.-C, sur la proposition du tribun Q. Voconius Saxa, que Caton appuya dans un discours resté célèbre 1 . Elle était toute en faveur des hommes et fort injuste à l'égard des femmes 8 . Il y était défendu à tous ceux que les censeurs auraient rangés au nombre des censi, de choisir pour héritière une femme ou une jeune fille 3 . Mais ceux qui n'étaient pas dans celte catégorie des censi pouvaient prendre leur fille pour héritière 4 . Asconius, expliquant un des passages de Cicéron où il est question de la loi Voconia 5 , dit que « le citoyen qui n'était pas census » était celui qui ne possédait pas cent mille sesterces; » car, selon l'usage des anciens, étaient appelés censi > ceux qui avaient déclaré aux censeurs pour cent

l Tite-Live, Epitome, lib. XU. — a Cicéron, J)e Republica, 111, 7. « Quœ quidem ipsa lex, utilitatis virorum gratin rogata, in mulieres » plena est injuria. » — 3 Cicéron, Terrine II, I, 42. De prœtura urbana. « Q. Voconius sanxit in posierum, qui posl eos censores cejvsos » lsskt, ne qui* hœredem virginem neve mulierem faceret. » — 4 Cicéron, Jbid., II, <, *3. « Nuper Annia.... pecuniosa tnulier, qdod cbma

• non mat, tëtlamento fecii hœredem filiam; • et, deux chap. plus haut :

• P. Asellus, quwn haberet unicam flliam, hrquk cessos euet.... fecit ut

• filiam bonis suis hœredem inslituerct. » — * Asconius, sur ce dernier passade, de prœlura urbana, II, 1, 42. • Neqoe censcs esset... Neque

• cenium millia sestertium possiderel. Nam, more majorum, ckjsi

• dicebantur qui cenium millia professione delulisseni ; hujusmodi

• adeo facullates cewsts vocabanlur. »

» mille sesterces de propriétés. C'était cette fortune » qu'on appelait un cens. • Cent mille sesterces, c'està-dire vingt-cinq mille deniers d'argent ou drachmes, avaient pour équivalent légal sur les registres des censeurs 250, 0Q0 as de deux onces. Ce commentaire d'Asconius est conforme à une disposition de la loi Voconia, qui nous a été conservée par Dion Cassius, et d'après laquelle les femmes ne pouvaient hériter d'un bien de plus de vingt-cinq mille drachmes ou de cent mille sesterces 1 . En effet, les censi étant, selon Asconius, ceux qui possédaient au moins celte valeur, et se trouvant seuls assujettis à la loi, ceux qui avaient une fortune moindre, eût-elle été de 90,000 sesterces, c'est-à-dire de deux cent vingt-cinq mille as de deux onces, pouvaient constituer leur fille héritière 2 . Il

1 Dion Cassius, LVI, 40. « T«Lv te -pvatxwv twi, x«\ rspi -rtv » Oùoxwv'tov vo'fiov, xafl' 6v où^ejiii avrûv o!>$£v&; Ccnfcp Ùl/O YJfJLlTJ » ^HJOlÙ^V-C, ote(a; xXr.povofuiv è;T,v, s-jvt/i.»jiT,« toOto iïoiîîv. m Après |iwpiâ^»î,il fautsous-entendre 3p«/juov. On sait qu'Apicius se tua quand il n'eut plus quo dix millions de sesterces (Séncquc, Consol. ad Helviam, iU). Dion (LVII, 19) répète l'anecdote et traduit l'expression latino cetUies leslerlium par foaxwiai x*\ Tvm'.xty/xt fijfta3eç (deux millions cinq cent mille drachmes). Dans i édition do Dion par Smrz (Leipsick, 1824), le Sùo i,\t.iTJ fiypia&tî du livre LVI, 10, est bien traduit en latin par cenium millium nummum (100,000 sesterces). — 8 II y avait exception en faveur de la fdlc unique qui pouvait recueillir la moitié de la fortune de ses parents, quelle qu'elle tût. Cicéron, De Hep., III, 7. « Cur autem, si pecuniœ modus staluendus fuit feminit, » P. Crassi filia posset habere, $i unica patri esset, «tus xiliim (100 millions d'as), taiva lege: mea tricies ('.'J non rosstT. • Nous proposons de lire ces derniers mots ainsi : mea TER ko* posstT. co qui est plus conformo au sens de la loi Voconia, telle que l'expliquent Asconius et Dion. Le texte de l'édition d'Angelo Mai {De Rep., III, 10) porte: •œrismUutm êalva lege: mea (hciens non posxd ■ Mais pourquoi Philus qui présente la loi Voconia comme injuste, cùtil affaibli son raisonnement en disant: f La fille de Crassus pourrait » avoir cent millions d as, et la mienne n'en pourrait avoir trois milt lions, i tandis qu'il pouvait dire: t et la mienne n'en pourrait » avoir trois cent mille? »

paraît même que la somme de cent mille sesterces ou 250,000 as de deux onces était la part qui pouvait être léguée à la fille d'un citoyen census. Cicéron nous parle d'un Fadius, qui, pour éluder la loi Voconia, avait remis son héritage à titre de fidéi-commis à un de ses amis nommé Sextilius. Mais Sextilius qui, d'après sa promesse mentionnée au testament de Fadius, aurait dû rendre tout l'héritage à Fadia, la fille du défunt, niait cette promesse, et se disait au contraire engagé par serment à respecter la loi Voconia. Ses amis, qui ne doutaient pas que Sextilius ne fît un mensonge, furent obligés de lui conseiller de suivre la légalité, et de donner à Fadia tout ce qui pouvait lui revenir d'après la loi Voconienne. Fadia eut donc, comme le dit avec raison Perizonius 1 , cent mille sesterces ou 250,000 as de deux onces, et Sextilius garda le reste qui formait un héritage considérable 9 . Cette faculté de faire un legs en faveur d'une fille, était encore bornée par un autre article de la loi, qui défendait à un citoyen census de laisser plus à ses légataires qu'à ses héritiers* 1 ; de sorte que le père, qui aurait eu précisément la fortune de cent mille sesterces , n'en pouvait léguer à sa fille que la moitié.

La loi Voconia devient très-claire lorsqu'on admet les chiffres que nous avons établis pour le cens de l'époque des deux dernières guerres puniques.

Un citoyen de la première classe qui avait un mil-

1 Perizonius, Dissertatio lerlia de lege Voconia feminarumque apud veteres hœreditatibus, p. 114. — 2 Cicéron, De flnibus bon. et mal., M, 17. « Nemo censuit plus Fadiœ dandum quant postet ad eam lege

• Voconia pervenire. Te nuit permagnim Sextilius hœreditalem. • — 3 Cicéron, Verrine H, I, 12, De prœtura urbana. • Quid, si plus

• legaril, quant ad hœredem hœredcsvc perveniat quod per legetn Voco-

• niam ei qui cuuus sit non liert. »

m HISTOIRE

lion d'as ou quatre cent mille sesterces, ne pouvait léguer à sa fille que le quart de sa fortune, s'il avait un autre enfant.

Un citoyen de la seconde classe qui avait sept cent cinquante mille as ou trois cent mille sesterces, ne pouvait lui en léguer que le tiers.

Un citoyen de la troisième classe qui avait cinq cent mille as ou deux cent mille sesterces, ne pouvait lui en léguer que la moitié.

Un citoyen de la quatrième classe qui avait deux cent cinquante mille as ou cent mille sesterces, ne pouvait lui en léguer que la moitié, parce que sa fille était légataire et non héritière, et que, dans la succession d'un census, les légataires ne pouvaient avoir plus que les héritiers.

Dans aucun cas la fille d'un census, c'est-à-dire d'un citoyen d'une de ces quatre premières classes, ne pouvait être héritière. Le legs qu'elle pouvait recevoir ne devait dépasser ni la moitié de l'héritage total, ni la somme fixe de cent mille sesterces 1 si elle n'était pas fille unique.

1 Cctle explication diffère on un seul point de celle qne Montesquieu donne dans L'Esprit des Lois, liv. XXVII, ch. I : • Qu'étaient donc î ces citoyens qui n'étaient pas dans le cens qui comprenait tous les » citoyens ?.... Il fallait qu'il y eût de la différence entre n'être point -> dans le cens, selon l'esprit de la loi Voconienne, et n'être point » dans le cens, scion l'esprit de la constitution de Scrvius Tuilius, — « Ceux qui ne s'étaient point fait inscrire dans les cinq premières

• classes, où l'on était placé selon la proportion de ses biens, n'é-

• taient point dans le cens, selon l'esprit de la loi Voconienne ; ceux

• qui n'étaient point inscrits dans le nombre des six classes nu qui » n'étaient point mis par les censeurs nu nombre de ceux qu'on ap-

• pelait œrarii, n'étaient point dans le cens suivant les institutions de » Servius Tullius. • Ainsi, selon Montesquieu, les censi de la loi Voconienne composaient les cinq premières classes, tandis qu'en réalité ils ne composaient que les quatre premières. Cette légère inexactitude de Montesquieu vient de ce qu'il n'a pas tenu compte de la

; DES CHEVALIERS ROMAINS 28d

Quant aux citoyens de la cinquième classe, qui ne possédaient qu'un bien de cent vingt-cinq mille à deux cent cinquante mille as, c'est-à-dire de cinquante mille à cent mille sesterces, ils n'étaient regardés que comme possesseurs d'une demi-fortune 1 , d'un demicens; ils n'étaient pas censi, quoiqu'ils fussent hommes des classes (classici)*. Ils n'étaient pas soumis à la loi Voconia et pouvaient instituer leur fille héritière de tout leur bien, quand même ce bien eût été eslimé 90 mille sesterces.

Si Von suppose au contraire, comme MM. Bœckh et Zuuipt, qu'au temps des deux dernières guerres puniques, le chiffre du cens de la première classe était seulement de cent mille as de deux onces, ou de quarante mille sesterces, même si on l'élève avec Aulu-

del'n lion précise du census de la loi Voconiennc par Asconius /» Vrrrem de pratura urbana. 41, s. v IS'cquc census essel). Le census élait celui qui possédait cent mille sesterces ou 250.000 as de deux onces. Si les citoyens de la cinquième classe eussent été" censi la limite inférieure de leur fortune eût été celte somme de 250,000 as ou 100,000 sesterces. Elle n'était, comme nous Pavons vu, que de 125,000 as ou 50,000 sesterces.

1 Asconius f/n Verrem de prœlura urbana, 41, s. v. Xequc census *?«*•/) dit: « Cenlum millia scslerlium . .. llujusmodi ndeo facullales » census vocabanlur. • Cinquante mille sesterces étaient donc co que nous ap|)elons une dcmi-forlune ; c'était celle des citoyens de la cinquième classe. — 8 H n'est pas étonnant que les citoyens de la cinquième classe fussent distingués, par la loi civile, des censi ou citoyens des quatre premières classes ; car cette distinction était, dès l'origine, faite par la loi militaire et parla loi politique. La quatrième classe, scion Dcnys (IV, 17 et 18], formait, dans la légion de Scrvius, le dernier rang des phalangiles : « *E«'ev aW ( v («tdtpTT.v ju^pav) » rtâîiv î/nv iv tûU «r^ 1 urritTjV. » |.n cinquième classe fournissait l'infanterie légère, qui combattait hors des rangs :^t>.oU, velilcs)- Dans l'assemblée centuriaie, Denys dit encore (IV, 20, fin) que le plus souvent le vote prenait fin dès l'appel de la première classe, que rarement on allait jusqu'à appeler la quatrième, et quo la cinquième classe cl la dernière ne figuraient dans l'assemblée que pour la forme : « 11 Si -i^Ttr, x/.t,ji; xa\ *j «Xeuxata ttïfsaxovro. »

m HISTOIRE

Gelle à cent vingt-cinq mille as ou à cinquante mille sesterces 1 , la loi Voconia, faite en l'an 168 av. J.-C, devient tout à fait incompréhensible. Comment un législateur, qui voulait restreindre les héritages des femmes, qui même, selon Cicéron, avait été à leur égard d'une révollante injustice, leur aurait-il permis d'hériter jusqu'à vingt-cinq mille deniers ou deux cent cinquante mille as de deux onces, si cette somme eût été au moins double de la valeur d'une fortune de première classe?

A qui d'ailleurs cette loi s'appliquait-elle ? aux censi, c'est-à-dire, d'après Asconius, à ceux qui avaient plus de cent mille sesterces ou de deux cent cinquante mille as. Ceux qui avaient moins en étaient exempts. Dans l'hypothèse des érudits allemands, les quatre dernières classes et même une grande partie de la première eussent échappé à la loi. La fille unique étant favorisée, la loi ne s'appliquait dans sa plus grande rigueur qu'aux successions à recueillir par plusieurs enfants 2 . Un père qui avait cinq cent mille as de fortune à partager entre un fils et une fille, n'était pas fort embarrassé pour rétablir entre eux l'égalité. Il en était quitte pour léguer à sa fille cent mille sesterces, comme la loi le permettait. Ainsi la loi Voconia, si le cens de la première classe eût été de cent mille as, n'eût produit d'effet possible que dans le partage des successions qui eussent valu plus que le double du cens de la première classe, et d'effet certain, que dans le partage de celles qui auraient

t Aulu-Gelle, VII, 13. — 2 Si l'on suppose qu'un père avait deux GIlcs et qu'il lût ceruus, comme elles ne pouvaient Être liéritièies, mais seulement légataires, et que la somme des legs ne pouvait dépasser la valeur laissée aux hériiiers, le père nu pouvait léguer à chacune de ses filles que le quarl do sa forlune.

nfcS cheVaUerS romains *h

été plus de cinq fdis plus considérables. On ne peut supposer que Caton eùl dépensé son éloquence pour faire voter une loi qui n'aurait obligé presque personne, et dont l'application eût été un fait exceptionnel, comme le serait en France, celle d'une loi qui dérangerait l'égalité des partages entre les enfants de millionnaires.

Expliquons comment Aulii-Gelle a fait, sur le discours de Galon pour la loi Voconieîhte. un contresens qui a obscurci toute une partie de l'histoire romaine. Dans ce discours, il devait être question des censi, c'est-à-dire des citoyens des quatre premières < lasses qui étaient soumis à h loi ; des classici, c'est à-dire des citoyens des classes y compris ceux de la cinquième que la loi Voconia n'obligeait pas parce qu'ils n'étaient pas censi ; enfin des citoyens infra classent, c'est-à-dire des ararii placés dans les sousclasses 1 et qui étaient aussi exemptés de celte loi. La signification des mots class.ctts et infra classent était oubliée à l'époque d'Adrien, et dans les écoles, où l'on expliquait le discours de Galon, les grammairiens avaient l'habitude d'agiter celle question (quaii solet) ' 2 . Aulu-Gclle était personnellement fort ignorant de l'histoire de l'ancien droit rumain, et, dans ses promenades, il s'adressait pour comprendre la loi des Douze-Tables, à des jurisconsultes qui ne la

« Sur les ararii et les sous-classes, voir plus haut, liv. II, cl». II, § I. — 8 Aulu Gelle, VII, 13. n° 3. . /7oc co ftrictim notart quoniam, «in M. Catonit oratione qua Yoronium Un m iwnit. orjtm sout, • quid sit classicu*. quid un m classcm • Les mois quart sutet prouvent que la dissertation fjrauimalii ;ik* sur lésons J. s n.o:s ctasslctts cl infra classent te faisait pas partie du discours de ('nlon. Un mu ieu censeur du temps des guerres puniques et les Romains qui l'écoutaient n'avaient pas besoin de commentaire pour compicndrc les mois de la langue politique de leur siècle.

comprenaient pas plus que lui, et qui s'excusaient en disant que, pour l'interpréter, il faudrait avoir étudié le droit des Faunes et des Aborigènes l . C'est au milieu d'un siècle si étranger aux vieilles institutions de la République, qu'il n'en comprenait même plus le sens, qu'Aulu-Gelle commentait le discours de Galon. Il trouva dans ce discours cette indication très-exacte que les classici étaient ceux qui avaient au moins cent vingt-cinq mille as de cens. Se reportant aux chiffres du cens de Servius, Aulu-Gelle y trouva que les citoyens de la première classe avaient une fortune d'au moins cent mille as. Il en conclut que les classici, qui en avaient cent vingt-cinq mille, étaient tous de la première classe. Il ne s'aperçut pas que les as de l'époque de Servius étaient des as d'une livre, et que les as de l'époque de la loi Voconienne étaient des as de compte de deux onces, dont dix valaient un denier d'argent. Il confondit les chiffres relatifs à deux époques si différentes, et écrivit cette note rapide (slrictim notavit) qui n'est qu'une suite d'erreurs 2 . < Les hommes des classes (classici) n'étaient pas

> tous ceux qui étaient dans les classes, mais seule- » ment ceux de la première classe, qui avaient un » cens de cent vingt-cinq mille as ou plus. On appelait

l Àulu-Golle, XVI, ch. X, n°» 6 et 7. — * Aulu-Gelle, VII, 13. i Classici dicebantur non omnes qui in classibus erant, ted prima » (antum classit homines, qui cenlum et viginti quinque milita œris • ampliusve censi erant. Infra classem aulem appellabanlur secundœ » classit ceterarumque omnium clatsium qui minore summa œris » quam supra dixi censebanlur. Hoc eo strictim notavi quoniam in » M. Catonis oralione qua Voconiam legem suasil quari solet quid

> sil classicus, quid infra classem. » L'annotateur a mêlé ici son interprétation fausse avec la pensée de Calon. Si Caton eût dit que les classici étaient les hommes de la première classe, cela n'eût pas fait question dans los écoles, et la note d'Aulu-Gcllc eût été superflue. Mais Caton disait seulement, ce qui était vrai, que les classici avaient, au moins i 25,000 as de cens.

» infra classem ou citoyens placés en sous-classe,

> ceux de la seconde classe et de toutes les autres

> classes, qui avaient un cens moindre que celui que je » viens d'indiquer. J'ai écrit cette note sommaire, » parce que dans le discours de M. Galon par lequel » il soutint la loi Voconia, on a l'habitude de se de- » mander ce que signifient classicus et infra classem. »

Ce contre-sens a passé de là dans tous les historiens modernes de Rome, et jusque dans le livre de M. Mommsen \ et Ton s'en aperçoit à l'embarras de toutes les traductions du mot classici. On ne voit pas pourquoi ce terme qui signifie les citoyens classés, se serait appliqué en particulier à la première classe, et non aux autres. Cette restriction du sens n'est point naturelle ; elle a été imaginée par Aulu-Gellc, et l'analyse de la loi Voconia nous a prouvé qu'elle n'était pas exacte .

Aulu-Gelle lui-même, lorsqu'il n'a pas à expliquer un passage embarrassant, rend au mot classicus son sens naturel et véritable. 11 emploie* les expressions classicus assiduusque 3 aliquis scriptor, non proietarins pour désigner un auteur d'une assez bonne latinité ; et l'on pourrait traduire ainsi cette comparaison : « Un écrivain qui appartienne au moins aux

i Mommsen, Histoire romaine, Irad. de .M. Alexandre, liv. I, ch. VI, p. 122. c Les citoyens de la première classe seuls doivent

• venir au recrutement avec une armure complète. Ils sont plus spé- > cialement appelés miliciens des classes {classici,. » — 2 Aulu-Gelle, XIX, ch. 8. n° 15. — 3 Le mol assidui deYigne tous les citoyens des cinq classes et des trois sous-classes qui contribuaient à payer le tribut. Il compicud les classici et les errant, et s'oppose au nom des prolétaires qui no payaient pas. Cieéton, De Rcpublica, II, 22. « Quum » (Servius) locuplctcs Assiduos appellasscl ab are dando ; eos qui aut . non plus mille quinqentum œris aul omnino nibil in suum censum

• praler capui atlulisscnl, proletarios nominal il. • La loi des Douze- Tables, citée par Aulu-Gelle (XVI, ch. 10, n° 5), portail : « Assiduo » virukx assiduus esto : proletario eivi quivis volet vindex esto. »

29i HISTOIRE

» élusses ou aux sous classes, et non au prolétariat de » la littérature. • Feslus 1 définit aussi les témoins nommés. classici, non pas des témoins de la première classe, mais des témoins qui ont quelque fortune et qui sont dignes de foi.

Le mol classici s'appliquait donc aux citoyens des cinq classes, et 125,000 as, minimum de la fortune d'un classieux bu 168 av. J. -G., étaient la limite inférieure du cens de la cinquième classe.

Comme l'erreur d'Aulu-Gcllc est venue d'une confusion entre les chi lires de l'époque antérieure à la première guerre punique, et ceux de l'époque qui l'a suivie, nous avons distingué dans deux tableaux successifs, les classes, sous-classes et catégories infé-* Heures des citoyens, et nous avons mis en regard les différents chiffres représentant à chacune de ces deux époques, la moindre fortune des citoyens qui s'y trouvaient rangés 2 .

1 Fostus, s. v. Clatsici teslcs. . Qui censu aliquo tunt ac /Wc digni. • — i Ces dcu.\ tableuux sonl placés nu commencement du volume.

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