INFLUENCE SUR LES POPULATIONS
Civile... 3C4 cas, 23G décès.
Militaire. 207 » 97 »
DÉCÈS
A domicile 72
Hôpital civil 164
» militaire 97
Le choléra n'a pas sévi dans la campagne; ceux qui y sont morts venaient journellement en ville, où la maladie s'était concentrée.
Aix a 22,675 ames de population civilej la mortalité cholérique a étéàe io,45 sur mille.
La population militaire était de 718 hommes; le nombre des victimes du choléra a présenté la proportion de i35 sur mille individus, ou soit
I sur 7 environ (7,4)''
En retranchant du chiffre total des décès ceux qui ont été constatés dans la garnison, on trouve qu'il est mort plus de femmes que d'hommes.
Voici quelle a été l'influence de la maladie sur les divers âges.
MASCCLIN. FÉMININ. TOTAt.
10 ans et au dessous.,
TOTADX. . .
La commune de Marignanne, dans l'arrondissement d'Aix, a présenté un fait de transmission bien caractérisé. Cette localité jouissait d'une santé parfaite, lorsqu'arriva le 8 juillet la femme Digne,
DU CnOLÉRA-MORBUS. 383 émigrée de Toulon, laquelle fut atteinte du choléra le lo et guérit. La femme Bonfils, qui la première l'avait accueillie à son arrivée, fut ellemême frappée de la maladie dans la nuit du i3 juillet et mourut le lendemain matin à onze heures. La femme Digne avait été soignée par la femme Véran-Santerre ; le 17 juillet le fils de celle-ci fut pris du choléra et succomba le 19. Le lendemain, Véran-Santerre, aïeul de ce dernier et habitant la même maison, reçut les atteintes du mal, mais eut le bonheur d'en triompher. Dès ce moment le choléra se répandit dans le village, et cinq personnes étant mortes en un seul jour, les habilans abandonnèrent leurs demeures et s'enfuirent dans la campagne. Cette division de la population eut un effet salutaire, car aucun autre accident ne fut constaté. Le chiffre des morts s'élevait à 24, et plusieurs victimes avaient directement communiqué entre elles.
Arles ne put pas échapper aUx coups du choléra, et cette maladie y fut infiniment plus meurtrière en i835 qu'en 1882; elle aurait même fait un nombre plus considérable de victimes si la population presque entière n'avait, dès le début, suivi l'exemple des Indiens et le conseil des hommes de l'art, en prenant la fuite et se disséminant dans le vaste territoire de la commune, et principalement sur les points les plus culmi-
38t HISTOIRE nans du plateau de là Crau , plaine immense où près de huit mille habitans, entassés dans les métairies, ont trouvé un abri assuré, tandis que quatre mille se réfugiaient dans d'autres parties de la banlieue. Il ne resta dans l'intérieur de la ville que quatre mille personnes dont la plupart ne pouvaient abandonner leurs foyers.
Le choléra fit son début le i4 juillet sur deux individus du sexe masculin, qu'il emporta en peu de temps. Le lendemain on constata six décès. Le chiffre des morts diminua ensuite, puis il oscilla entre i et 8. Le 27 du même mois il s'éleva à 10, et le 28 à 3a. Cette journée présenta la mortalité la plus forte. Le lendemain 29, il y eut 25 décès. De ce jour-là au mois d'août, le chiffre se maintint entre 27 et il descendit ensuite lentement, et la maladie ne disparut qu'au milieu du mois de septembre, après avoir fait Sog victimes; elle avait duré soixante-trois jours, comprenant neuf semaines; les plus meurtrières furent la troisième et la quatrième. La période décroissante commença dès la cinquième et continua sans interruption jusqu'à la fin de la maladie.
On peut, dans le tableau suivant, en suivre la marche jour par jour :
TABLEAU NUMÉRIQUE
UFS DÉCÈS CnOLKRIQCES COîISTATÉS A ARLES
( Jépartomcnl Jes Bojclies ilii-Rljiînc ) , </« l-j juillet an l4 septembre |835.
DÉCÈS
DÉCÈS
DiTKS.
TOTAL
DATES
TOTAL
niasciiliiii
féitiitiiiis.
mnsciilîns.
féminins.
Juin fit
report.
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Sur -ces 609 décès cholériques les campagnes n'en ont fourni que 70, bien que les trois quarts delà population urbaine s'y fussent réfugiés. Ainsi, parmi les 4)000 individus restés en \ille, il y a eu 489 décès, proportion vraiment effrayante, tandis que les 16,000 habitans disséminés dans la banlieue n'ont eu que 70 morts.
En comparant le chiffre total des décès cholériques au chiffre total de la population arlésienne, on trouve aS décès sur mille habitans.
Et en réunissant les deux chiffres de la mortalité durant les deux invasions, c'est-à-dire 249 en i832, et 609 en i835, ou soit 768, il y a alors une proportion de 37,27 morts sur millehabitans.
En i835 les femmes ont été plus frappées que les hommes , mais dans des proportions bien moindres qu'en iSSa.
L'influence du choléra sur les divers âges a présenté un fait remarquable: sur 609 décès 189 ont atteint des individus âgés de moins de 10 ans; la proportion est de i sur 2,69.
MASCDLIÏÎ. FÉMININ. TOTAL.
De 10 ans et au dessous 103 86 189
10 à 20 ans 5 17 22
20 à 30 ans..... 19 25 44
30 à 40 ans....;..*|..v. 20 19 39
40 à 60 ans.......i.i.... 21 ^2 43
50 à 60 ans.... 5.... 38 32 70
60 à 70 ans 22 26 48
70 à 80 ans. 13 26 39
80 et au dessus o 9
Totaux.... 247 262 509
DU CHOLÉRA-MORBUS. 387 Comme à Toulon , à Marseille et à Aix , le choléra a suivi à Arles sa marche ordinaire au milieu des changemens de la lempéralure et des varialions météorologiques.
Quelques cas de choléra ayant éclaté dans la commune d'Eyguières , des bruits absurdes agitèrent aussitôt la partie ignorante de la population. Des paysans qui s'approchaient de la fontaine publique pour s'y désaltérer, furent accusés d'avoir voulu y jeter du poison , et se virent exposés aux menaces d'une populace aveuglée.. Le maire publia une proclamation pour calmer cette effervescence; le vicaire de la paroisse joignit son influence à celle de ce magistrat, et le calme, fut rétabli.
Après Marseille, Aix et Arles , les communes du département des Bouches-du-Rhône qui ont le plus souffert, proportionnellement à leur population , sont : Saint-Chamas, qui a enregistré toS décès, comme nous l'avons déjà dit; les Martigues, qui en ont eu 70; et Aubagne, qui en a constaté 3g.
Vingt-cinq communes ont été atteintes dans le département des Basses-Alpes. Il y a eu 49 décès cholériques à Caslellane, SgàGréoux, 35'àMontagnac, 28 à Digne, et 22 à Entrevaux.
La maladie n'envahit que six communes du dépa.lement des Hautes-Alpes. On constata 28 décès à Gap, et 20 à Rosans.
Celui de Vaucluse eut 29 communes frappées du mal d'Asie. Après la ville d'Avignon , les localités le plus rudement atteintes furent Cadenet, Mondragon et Caderousse. Cette dernière eut 29 décès, Mondragon en enregistra 35, et Cadenet 33. Le choléra, dit-on, se manifesta à Cadenet un jour de fête (i). Un grand nombre d'étrangers s'y étaient rendus , et la foule était considérable. Plusieurs personnes, réunies dans une auberge, eurent des coliques et des vomissemens, et l'on attribua d'abord cet accident à la malpropreté des ustensiles de cuisine qui avaient servi à l'apprêt de quelques ragoûts; mais le lendemain la maladie ayant frappé de nouvelles victimes, tant à Cadenet que dans les communes voisines où les personnes qui avaient assisté à la fête étaient retournées, on n'hésila plus à reconnaître la présence du
redoutable fléau.
Le Gard eut 47 localités atteintes. Dès le 19 juillet, quelques morts, précédées de symptômes suspects, vinren t effrayer la population de Beaucaire
et diviser d'opinion les hommes de l'art. L'accroissement de la mortalité ordinaire fut très peu sensible; mais bientôt tous les doutes s'évanouirent. Le 23 l'autorité , qui jusqu'à ce jour-là n'avait pas voulu se prononcer, publia le premier bulletin,
(1) Ce qu'on appelle en ProVericc lou roumavagi.
DU CHOLÈUA-MOllBUS. 389
annonçant a6 décès depuis le 19 du même mois. Le choléra ne dispaï uyle Beaucaire qu'après y avoir enlevé i a8 personnes. Dès le début de la maladie, la terreur désorganisa la foire et dispersa tous les 'étrangers qui y étaient accourus; ce fut un malheur immense pour ce pays et les contrées environnantes.
ÎNimeseut 199 décès; on en constata 102 à Sauve^ 7 I à Durfort , 47 à Saint-Gilles , 4^ à Saint-Giniezde-Magloire, 35 à Vallabrègues, et 34 à Àlais.
La Drômen'eut que quatorze localités envahies; les plus maltraitées furent Nyons, où l'on enregistra 48 décès, et Valence , qui en eut 2g.
Le département de l'Ardèche, dont les limites louchent au sud le département du Gard, et à l'ouest celui de la Drôme, n'a ressenti que très faiblement les atteintes du choléra. Quelques communes riveraines du Rhône présentèrent un petit nombre de décès précédés de symptômes cholériques, et le préfet envoya sur les lieux le docteur Joyeux, médecin des épidémies, lequel, après avoir fait toutes les observations nécessaires, déclara que les malades avaient été atteints plutôt par des affections gporadiques ou accidejilelles que par le véritable choléra.
Trente-huit communes ont été infectées dans le département de l'Hérault. Un homme venant de be/Aers, où régnait le choléra, éprouva le aôjuillet,
390 nlSTOIRE eri arrivant à Montpellier, une attaque de cette maladie, laquelle parut c^er aux remèdes de l'art. Cet homme, logé dans la rue de la Valfère, succomba dans la nuit à une nouvelle crise. Les médecins qui l'avaient soigné persistèrent à soutenir que cette affection mortelle ne présentait pas cependant les symptômes caractéristiques du clioléra-morbus indien ; mais d'autres cas qui ne permettaient plus le doute donnèrent un démenti à la faculté. Les communes où la mortalité a été la plus forte sont Agde,qui a constaté 179 décès; Beziers qui en a eu 99, Montpellier 94, Cette 92, Saint-Thibery 64, Fronlignan 49, Serignan 45, et Lunel 43-
Le département de l'Aude, limitrophe de celui derHémult, eut quatorze localités atteintes. La première le fut le 27 juillet; c'est la commune de Gruissan, située dans l'arrondissement de INarbonne, sur une presqu'île, baignée de tous côtés par la Méditerranée et qui a 2,198 habitans. Dès l'apparition du fléau , une grande partie de la population prit la fuite. Celte émigration instantanée contribua essentiellement à arrêter les progrès du mal. L'épouvante qui s'empara des habitans de cette commune était d'autant plus excusable que tous les premiers malades furent emportés parla maladie dans moins de troisheures; 92 personnes y succombèrent dans l'espace de 20 jours ( du 27
DU CHOLÈItA-MORBUS. 391 juillet ail 18 août ); 127 furent aussi frappées de mort à Castelnaudary. Carcassonne, chef-lieu du département, n'eut à enregistrer, que 20 décès. Le chiffre total des morts dans ce département ne s'éleva qu'à 3o3. Le sexe féminin fut généralement frappé dans des proportions plus fortes que le sexe masculin. Les enfans ne fournirent qu'un très petit nombre de victimes; il n'y eut que 769 malades.
La Haute-Garonne et l'Isère eurent aussi quelques décès cholériques, mais ils furent tous isolés, et la maladie ne s'y manifesta pas avec cette gravité qui caractérise ordinairement sa marche.
Ainsi donc le choléra, dans sa seconde invasion en France en i835, a frappé neuf départemens : le Var, les Bouches-du-Rhône, le Gard, Vaucluse, les Basses-AJpes , les Hautes-Alpes, laDrôme, l'Hérault et l'Aude.
Ces départemens. sont limitrophes les uns des autres, et la violence du mal y a diminué en raison de l'éloignement du foyer primitif.
Ils présentent une population de 2,478,541. habitans. Il y a eu 22,886 cas déclarés et 1 3,683 décès constatés officiellement; ce qui donne 9,23. malades et 5,52 morts sur mille habitans.
L«s cas et les décès ont présenté dans chaque département les proportions suivantes :
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