ILE BOURBON
Celte île est située à quarante lieues de l'Ile-de- France et jouit des avantages du même climat. Le gouverneur Milius , persuadé que le choléra, qui ravageait la colonie voisine , avait un caractère contagieux, interrompit toute relation avec l'Ilede-France, et fît les réglemens les plus sévères. Après plusieurs mois de succès sa vigilance fut trompée par la fraude : un bateau de la côte qui avait communiqué avec le navire le Pic-Far, lequel était parti de l'Ile-de-France le 7 janvier 1 820, pendant que le choléra y exerçait ses ravages, .débarqua furtivement des nègres de traite à peu de distance de la ville de Saint-Denis. La maladie s'y développa aussitôt et fit périr huit esclaves le premier jour : une partie des habitans s'enfuit en toute diligence. Un lazaret fut établi dans la ville,
et des postes en fermèrent les issues pour empêcher l'extension du fléau dans les campagnes : grâce à ces moyens de séqueslralion prudente le choléra ne franchit pas l'enceinte de Saint-Denis (i). Ainsi deux colonies voisines, n'offrant aucune diversité dans la disposition atmosphérique et dans l'action des agens de la nature nécessaires à la vie humaine, furent traitées différemment par le fléau dévastateur: l'Ile-de-France, où les lois sanitaires furent violées, perdit un habitant sur douze (a), tandis que l'ile Bourbon , qui se soumit à un système d'isolement semblable à celui que l'on oppose à la peste, n'en perdit qu'un sur quinze cents.
(1) Gazette ofQcicllc de Madras du 8 juin 1820. — Feuille hebdomadaire de Bourbon. — Correspondance du gouverneur Milius.
(2) D'après l'élat officiel dressé par [le gouverneur de cette île le nombre des décès cholériques s'éleva à 7,000, ce qui donne un décès sur douze habitans; mais un témoin oculaire, M. Combleholm , d'accord avec l'opinion publique, porte à 20,000 le nombre des victimes, ce qui d'après la population dé la colonie fait la proportion d'un sur 4