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CHAPITRE IV

LA FAMILLE BOURnÉE. — LES CORVÉES DTXMES ET REDEVANCES

Ceux qui ont deui chevaux c'est-ii-dtrc uoe demie rharroe doivent une corvée ou bien une livre quinze sols. Ceux qui n unt aucune charrue doivent deux

corvées de bras rach«ptables

pour dix sols.

(Registre de la ieigneurie de Chorey\

La chute de la puissante féodalité bourguignonre fut amenée progressivement par l'établissement des communes, par l'abandon que firent les grands seigneurs de leurs résidences rurales et par le séjour des ducs dans les pays de Flandre. Au XV* siècle on voit surgir, au milieu de la classe plébéienne, parmi les bourgeois que la fabrication et le négoce avaient enrichis, des hommes de loi intelligents et hardis qui donnèrent naissance à celte noblef^se de robe si nombreuse en Bourgogne et dans les autres paysd'Etat&« Le% Jeannin et lej Thîroux à Aulun,!^^^!^^-

may, les Fremiot et les Godran à Dijon, les Joly et les Delamarre à Beaune, appartiennent h cette souche populaire.

Les petites villes eurent leur part dans cette révolution nobiliaire : Nuits eut ses Maclieco et ses Desprîngle, Arnay ses Lacurne et ses Langlet. Saulieu ses Bretagne et ses Burteur, Seurre ses Bossuet et ses Berbis. Les bourgs même produisirent des illustrations parlementaires .

Ivry eut les Blondeau, Meursault les Grczelier, Pouilly les Comeau, Blîgny-sur- Oucho les Couchin et les Bouirée. Les nombreux descendants de ces deux dernières familles ont occupé des fonctions importantes ; ils se sont alliés aux plus puissantes maisons de Bourgogne et leur généalogie offre un grand intérêt pour notre province.

J'ai dit dans un autre chapitre que les Bourrée avaient été seigneurs de Chorey.

L'hîstoire complète de cette famille ne peut entrer dans le cadre de ce livre ; je m'attacherai particulièrement à la brancbe qui a possédé la seigneurie de Chorey. On trouvera dans les pièces justificatives une notice p\us c\^va\\\(^e.

La maison Bourrée existe encore àBIigny-sur-Ouche, à gauche de la rue qui iDonle à l'église. Les profils de ses ouvertures irrégulières accusent la fin du XV* siècle : cette date coïncide avec la résidence de Philibert, le maître aux comptes.

Vers la fin du XVIII* siècle, nous trouvons à Beaune deux frères Bourrée :

Antide, fortement attaché au parti de la royauté, avait d'abord habité Dijon. Tandis que son frère Jean cherchait dans le négoce une compensation au mince patrimoine dont il avait hériié, Anlide, veuf en premières noces de Marguerite Chanut, doublait la fortune de sa maison en épousant Barbe, fille de Melchior Espiard, bailli du comté de Charny.

Il m'a été impossible de trouver la date de l'arrivée à Beaune de ce personnage ; il est certain qu'il habitait cette ville avant 1595, puisque la liste de proscription dressée par le duc de Mayenne contre les principaux bourgeois contient son nom^ celui de son fils Abraham et celui de son gendre Jean Taveau. Ce dernier avtiit épousé Georgette Bourrée ; Pierre T^n^sax conseiller et receveur du gienîcr k Sfe\ ô«

la même ville s'était marié à Marguerite Bourrée : les deux frères avaient épousé les deux sœurs. Pierre Taveau fut l'aïeul de Françoise, femme du célèbre médecin beaunois Hugues de Salins.

Au milieu des grands évènemeuts qui signalèrent la dernière période de la Ligne, Aotide Bourrée avait fait entre ses huit enfants le partage anticipé de ses biens : cet acte porte la date de 1593. C'est en 160A qu'il écrivit son testament et il est probable qu'il mourut peu de temps après.

Nous venons de parler des deux filles aînées; le troisième enfajt, Jacob Bourrée, s'était marié le 21 juin 1587 avec Bénigne Renault; dans l'année 1605 il épousa en secondes noces Nicole Guisain. Ses trois filles s'allièrent à Jacques Goureau, seigneur de la Forge à Bouilland, Jean Guyon, bourgeois et Pierre Midao, avocat à Nuits.

Nous reviendrons ci après sur Abraham Bourrée, seigneur de Chorcy.

Le cinquième entant d'Antide, Isaac, fut tué au service du roi le 15 juin 1586. Daniel, le sixième^ t!L bourgeois et écbeiîD de Beaune, >> a^ tci^xx^ \^ ^ Tv^^^^^àsi»^

1596 avec Madeleine, fille de Jean Bouchin, seigneur de Varennes, et de Françoise de Souvert : j'ai donné dansina notice des Plaidoyers de Voiichin^ Thistori-. que de cette famille. Daniel Bourrée était, en 1586, receveur des deniers royaux à Beaune, ci maître-recteur du yrand Hôtel-Dieu. Une de ses petites -filles, Léonarde , fut la mère de Melchior Cochet de Saint-Vallier, célèbre auteur beaunois. Le fière de cette dernière, Marc Bourrée, maître et recteur de i'Hôtel-Dieu, fut empereur de l'Arquebuse de Beaune en

Les deu\ derniers enfants d'Antide Bourrée furent Marie, femme de Jean Regnault, lieutenant-criminel à Nuits en 1597, et Marguerite, qui épousa Kmiland Blondeau. Revenons maintenant à Abraham, le fougueux royaliste que lesligueurs avaient essayé d'emprisonner le 2 février

L'année même de la mort de son père, c est-à dire en 160â, Abraham Bourrée acheta, comme nous l'avons dit, la terre de Chorey, niais c'est seulement en 1615 que fut ratifiée la vente de ladite terre en toute justice et y avait environ vingt''

cinq feux. La maison forte clouse de fossés n'existait plus ; ses tours et ses cortines avaient été détruites en partie dans la guerre des Araiagnacs en 1A22. Il est probable qu'une seconde démolition eut lieu lors du siège de Beaune par Louis XI; enfin, ce qui avait pu rester debout fat anéanti pondant les guerres de la ligue. Il n*y avait aucun logis de maître et c*est à peine si le fermier, Etienne Gachon, pouvait remiser ses instruments et son bétail dans les hangars mal assujettis sur des parapets en ruines.

Le domaine de Chorey se composdt de deux mille journaux de terre, de cent dix huit ouvrées de vignes en noirién, de cinq cent cinquante-six ouvrées en gamay, de quatre-vingt-dix soitures de pré et d'an bois appelé la Trembleroye. La dixme payée par les habitants était de treize gerbes Tune et de six deniers par ouvrée, mais le seigneur ne touchait qu'un seizième de cette dixme : les quinze autres étaient partagés entre le curé et le prieur. En compensation les maîtres de la m* gncurie avaient diolt à une taille de quarante-cinq livres et à la redevance annuelle d'une poule que chaque ménage

pouvait rachf.t?! moyennant la somme de dix sols.

Ces détails pourront paraître futiles à certains lecteurs, mais je pense qu'ils intéresseront le plus grand nombre. L'histoire locale se compose d'une infinité de petits faits que les écrivains auraient tort de négliger. Il importe de connaître l'état des personnes dans nos villages et les notes que nous consignons ici nous font voir comment les choses se passaient il y a deux siècles et demi : a Les laboureurs qui ont charme à quatre chevaux doivent deux corvées de charrue ou bien trois livres dix sols pour chacune ; ceux qui ont deux chevaux, c'est à-dire une demiecharrue doivent une corvée et ceux qu| n'ont aucune charrue doivent deux corvées de bras rachetables pour dix sols. »

En dehors de ces impôts communs à tous les habitants, les seigneurs accordaient- quelquefois des terres en friche ou des parcelles de terrain propres à bâtir, moyennant une redevance convenue. Ces sortes de rentes formaient, pour Chorey, un total de quarante et une mesure de froment, évaluées h trois livres chacune, quarante-sept mesures d'avoine à trente-

trois sols Tune, neuf chapons à irenle sols la pièce et dix mesures de voisses pour les pigeons, estimées fi trente-deux sols la mesure. Le hameau de Gigny devait au seigneur de Chorey vingt livres en argent et une poule pour chaque habitant.

Le premier octobre 1591», Abraham Bourrée avait épousé Suzanne, fille d'Antoine Virot et de Bénigne Richard, seigneurs de Tailly. Cette dame était la sœur d'EIizabelh Virot, zjlée royaliste, mariée à Bénigne Saumaise et mère da célèbre critique et littérateur Claude Sanmaise.

En 1520, Abraham hérita do son beaupère et devint ainsi possesseur do. deux seigneuries. Ce personnage marchait de pair avec les premières familles de Beaone et de Dijon. En 1618 il fut parrain d'une fille de de Jean Saumaise, avocat à Dijon, et de Théodorine de Lamare.

La maison occupée à Beaune par le»

Bourrée était située rue Dijonnaise, près de l'auberge du Chapeau -Rouge^ à l'entrée de la rue des Ursulines, dont le couvent était voisin. Avant rétablissement du couvent cette dernière s'appelait rue du Change, à cause d*une maison de banque placée à son extrémité septentrionale.

L'hôtel Bourrée, dont la façade seule a été rebâtie, est inscrit sous le n*" 2 de la rue de Thôtel de ville ; il fait partie des dépendances de la mairie et est affecté au logement et aux bureaux du commissaire de police. On y voit encore de belles poutres profilées supportées par d'élégantes consoles et, dans la cour, une tour ronde surmontée d'une girouette ouvragée. Ces constructions accusent la fin du XV' siftcle ; elles précèdent donc l'époque d'Antide et d* Abraham Bourrée. Cette maison ne renferme aucune armoirie. Malgré sa fortune et ses alliances, Antide n'appartenait pas encoi^e à la noblesse. Le roi fienri IV fit une loi qui anoblissait les officiers du Parlement. Il est probable que le seigneur de Chorey, qui avait pris si chaudement le parti du roi pendant Toccupation du château de Beaune par les Ligueurs, profita de cette loi pour acquérir un titre de noblesse en s'appuyant sur les fonctions de Maîtres aux comptes, occupées par ses ancêtres. Il prit alors pour armes parlantes : dazur à troi^ bourrées ou sar» ments d^or.

Abrah^im mourut à Beaune le 2 avril 1626 ; il fut enterré le lendemain dans la

chapelle que son frère avait fait ériger à l'église Saint-Pierre de Beaune ; l'acte mortuaire de celte paroisse le qualifie de c( seigneur de Chorey *> •

Antide, fils aîné d'Abrahaoi Bourrée, hérita des seigneuries de Chorey et de Tailly. Il était avocat à Beaune et se maria le 16 juillet 1620 avec Françoise, fille de Pierre Brunet, conseiller du roi, et d'Anne de Lamare.

Les seigneuries de Vaublanc et de Mimande, commune de CbaudeDay-sur-^ Dheune, furent achetées aux héritiers Filzjean par Antide Bourrée qui alla se fixer à Dijon où il obtint la charge de trésorier des Etats de Bourgogne. L*abbé de La Bussière vendit à ce conseiller l'hôtel qu'il possédait à Dijon, rue du Grand- Potet ; cet hôtel avait été bâti en 1380 sur l'emplacement de l'ancien cimetière des Juifs. En 1626 Antide vendit sa maison de Beaune aux Ursulines.

Avant de parler de la descendance de ce personnage, disons quelques mots de ses deux frères. Pierre, né le là août 1610, fut pourvu de la charge de conseiller au bailliage de Beaune ; il mourut sans postérité. Bernardin, le plus jeûner

était né à Beaune le 14 octobre 1612, et mourut célibataire. En 1628,11 fonda à l'hôpital de Beaune une grand' messe avec vigiles et un déjtîuner pour les pauvres. Son tHvStameni, daté du 16 août 1639, donne au même hospice : « quatre mille livres, qui seront prises dans un coffre iHant au château de mon dère Antide à Chorey, le reste de l'argent devant revenir à mondit frère. » Bernardin voulut être enterré dans le cimetière de THôtel- Dieu et institua son oncle Daniel, seigneur de Varennes, son exécuteur testamentaire. Dans cet acte, dressé par Forest, notaire à Beaune, Bernardin prend le titre de seigneur de Tailly.

Antide Bourrée-Virot , seigneur de Chorey, eut quatre enfants : 1» Marguerite épousa, vers 1620, Abraham Ganiare, seigneur de Charnay ; 2*» Anne, né le 24 mars 1630, se maria, vers 1650, à Guy de Migieu ; 3» Abraham-François, dont il ^a être parlé ; i* Marc Bourrée, né vers 1633, épousa Anne Suremain, aliàs Sormain, fils de Hugues, avocat et maire d'Auxonne, élu du tiers-état en 1653.

Le registre paroissial de Chorey mentionne le baptême d'Antide Guiot, qui eut

pour roarraine cette dame Bourrée-Surem?in.

Marc Bourrée hérita des terres de Mimande et de Vaublanc, Il acheta la seigneurie de Corberon et foruaa une branche importante et illustre.

Abrahbm-François, l'aîné des fils d'Antîde Bourrée, eut la terre et le château de Chorey. Il était né à Dijon le 22 mai 1627, et passa dans cette ville la plus grande partie de sa vie, exerçant les fonctions de conseiller au Parlement. En 1670| il se fit représenter au baptême d'Abraham Guîot, fils de son jardinier de Chorey, par Jean Paillard, son homme de chambre.

Les registres de la Chambre des comptes mentionnent le dénombrement fait par Abraham-François Bourrée de la terre de Chorey que son père lui avait donnée en mariage: Les héritages mouvant de la seigneurie doivent vingt deniers par franc et sont aflectés de rentes fonctières portant lods. L'abbé de Cisteaux doit à la seigneu' rie de Chorey dix sols pour rexempiion clu droit de garde de ses vîgne;^. » Le terfier de la seigneurie fut établi en 1672 par Maistres Humbert et Estienne, tabel* lions à Beaune.

Abraham-François avait épousé Jeanne Le Maire, nièce de Robert Le Maire, auiQQÔnier de SaintBénigne, en 1602. Cette famille, peu connue, paratt remonter à Gillot Le Maire, qui vivait à Bligny-sur- Ocche en 1350. Jean Le Maire, anobli en 1469, était procureur de Charles-le- Téméraire.En 1586, Jules Le Maire était trésorier de France et général des finances. Leurs armes sont : d'or à deux fouets mis en pal et adossés, dazw\ au chef du même chargé de deux estoilles dor à six j)ointes.

Ce seigneur n*eut pas d'enfants ; il mourut au mois de septembre 1687, laissant sa fortune à Ami de de Migieu, le fils de sa sœur Anne. Ainsi s'éteignit la branche des Bourrée, seigneurs de Chorey.

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