‹ Histoire de Christophe Colomb: suivie de sa correspondance, dChapitre 13 sur 39 · SUR LES DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

SUR LES DÉCOUVERTES

l'Irlande. Sur la foi du récit de Diaz , qui pipétendit avoir apeFçu, em revenant de la Guinée , des contrées placées au couchant de Madère, un négociant de Gènes tenta aussi la découverte de ces terres, mais ils ne s'avancèrent pas ^tssez et n'aperçurent aucune nouvelle région.

Tous ces voyageurs communiquèrent leurs idées à Colomb ; mais quelle confiance pouvait-il accorder à des relations confuses, incertaines, souvent en contradiction les unes,avçc les autres, qui ne se trouvaient, jamais appuyées sur les calculs d'où dépendent les succès des voyage^ maritimes? et quelles notions assez positives pouvait-il en recueillir, pour engager un souverain puissant à une expédition si importante? Des fragmens de bois, des roseaux, des plantes, et les récits souvent erronés des marins, étaient^e là des indices suffisans pour Éaire soupçonner un nouveau monde ? D'ailleurs, le lieu d'où pouvaient être partis ces objets étrangers n'en était pas moins incertain , car les tempêtes transportent des corps à des distances immenses; et ces indices, qui semblaient annoncer que les cadavres appartenaient à une race d'hommes différente de la nôtre, ne pouvait-on pas les attribuer à l'altération que peut produire un long séjour dans les eaux de la mer? D'ailleurs, quelle est la confiance que l'on

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peutaccorder au rapport de ces navigateurs? L'un avait vu i trois îles, et n'en avait visité aticuné; l'autre avait demandé un navire pour explorer une île qu'il avait aperçue, et ne l'avait plus retrouvée; celui-ci s'était retiré par la* crainte de l'hiver, celui-là ne s'était point approché* de la prétendue Tartarie à cause du brouillard ; Valèsco affirmait avoir vu des terres , sa^ns pouvoir en indiquer la position; Diaz enfin apercevait tous les ans de nouvelles terres, et quatre voyages successifs ne lui suffirent pas pour les retrouver' lorsqu'il voulut les découvrir. Ignorans pour la plupart, incapables de rendre raison des objets qu'ils avaient vus, leur récit était obscurci par* des doutes ou embelli par des romans : aucun n'avait touché terre ; aucun n'avait remarqué la disposition des côtes; aucun ne produisait ni preuves , ni témoins à l'appui de ses prétendues découvertes; aucun, en un mot, n'offrait de faits positifs qui pussent servir de basQ à un système raisonnable.

Gormora et Mariana , historiens espagnols ,' veulent probablement parler d'Antoine de Léma*, ou de ce pilote de Madère dont nous venons de Élire mention , lorsqu'ils rapportent qu'un capitaine de navire faisant le commierce avec l'Afrique, fut transporté par la fureur des vents dan$

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4es régions inconnues^ et qu'il revint à Madère avec trois ou quatre matelots seulement, tout le reste de l'équipage ayant péri de fedm. Ils ajoutent qu'il trouva dans cette île Colomb, qui l'aO" cueillit avec bienveillance, et qu'étant mort peu de temps après , il lui laissa le journal de ses voyages, dont le navigateur génois profita, et où il apprit qu'il e^stait au-fdelà de la mer Atlantique des régions inconnues. Cette circon-' stance ne paraîtrait pas probable , car le P. Gu» milla {Histoire de rOrénoque, tom. II, p. 108.) rapporte, comme un £siit dont il fut témoin, qu'un navire chargé de vin , parti de TénérifFe , s'étant dirigé vers une des autres Canaries, et n'ayant que pour huit jours de vivres, fut jeté par la ten^ête contre la ville de Saint-Joseph de Orana, située à rembouchure de l'Orénoque, n'ayant plus à son bord que cinq ou six matelots qui ressemblaient plutôt à des squelettes qu'à des hommes. ])ilais l'historien Mariana doute lui^ même de la véracité du récit rapporté par le pilote de Madère, ou du moins de l'influence que qette circonstance peut avoir eue sur. les projets de Colomb. Acosta n'en &it aucune mention dans son histoire des Indes; d'ailleurs on ne dit pas comment s'appelait ce pilote. Si au reste les deux l^istoriens espagnols avaient en vue Antoine de

DANS LA MSa d'oCGIDENT. l3f

L^na , ou le pilote de Madère dont nous avons parlé plus haut, nous savons que ni l'un ni l'autre de ces deux navigateurs n'ont abordé dans les régions occidentales qu'ils croyaient avoir aperçues^ que même aucun des deux n'assura les avoir vues, et qu'enfin ils ne prouvèrent positi-^ vement, par aucun document certain , leurs pré» tendues découvertes. ÂussiDeLaet d'Anvers, dans ses notes qu'il ajouta à la dissertation de Grotius sur l'origine des peuples de l'Amérique, se déclare hautement contre ce récit, qu'il regarde comme fabuleux^ dans un passage qui se termine par ces mots :.« Rien n'est plus certain que ce fut « Colomb qui, aidé de ses connaissances géogra- «phiques et astronomiques, et s'étant bien pé- « nétré de la forme du globe, jugea qu'en disant «voile vers l'Océan Atlantique on devait ren- « contrer de nouvelles régions, et que la jalousie « des Espagnols contre la gloire de cet illustre «étranger leur fit forger cette fable calom- « nieuse (*) ».

Les mappemondes et les cartes géographiques de cette époque donnent aussi à soupçonner

(*) Nihil certius est, quam CSolumbum ex geographise atque astronomûe scientia et globi oriie judicasse, omnind neces^ ess^ Ooeano enaTigato in tersam ineidefe, et B^panos extranei ^oriam invidenteshanc fabulam finxisse.

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quelques terreis situées dans cette partie du globe, où l'on a depuis trouvé l'Amérique. Les uns y plaçaient les Antilles, les autres une ou plusieurs îles sous le nom de Brésil. Cette indicaticm se trouve dans un portulan sur peau de vélin , que je possède, et qui parsdt appartenir au commencement du i5*^ siècle; mais ces renseigneniens étaient vagues et incertains; lés terres s'y trouvaient toujours inexactement disposées, et les distances infidèlement déterminées; les mêmes noms se répétaient sous différentes latitudes; aussi n'auraient-elles été que d'un vain secours pour celui qui s'en serait servi daas une longue navigation entreprise à travers des mers inconnues : ces observations d'ailleurs et toutes ces instructions ne s'appuyaient que sur les rapports des navigateurs dont nous venons de parler, et nous savons jusqu'à quel point ils sont dignes de confiance.

Vers la fin du i5*^ siècle, les découvertes des Portugais avaient exalté toutes les invaginations : les savans , les politiques et les conamerçans , aussi bien que les marins , tous parlaient de découvertes , tous aspiraient à en tenter de nouvelles; aussi la navigation ne tarda pas à avoir ses charlatans , et il se trouva beaucoup d'imposteurs qui débitèrent des fables pour obtenir du crédit,

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en flattant l'avarice des marchands , en piquant la curiosité du peuple toujours avide de nouveautés. Ils s'insinuèrent même dans les cours , et ils y trouvèrent faveur et' protection. On ne cherchait de nouvelles terres que par la soif de l'or qu'elles renfermaient : cette fureur de découvertes était devenue une pierre philosophale d'un nouveau genre , et par un bizarre assemblage on voyait le même vaisseau porter, en même temps , le marchand le plus avide et le savant le plus zélé. En combattant l'autorité d'Otto , le comte Carli a prouvé victorieusement que dans les temps où les Portugais ne cherchaient qu'à se frayer un passage aux Indes orientales par les côtes de l'Afrique , Colomb avait conçut un projet entièrement nouveau et tout différent de celui des navigateurs de cette nation qui , à cettf. époque , n'avait aucun soup çon de l'existence de l'Amérique.

|34 SUR LES lÉGRITS

Sur la personne et lés écrits de Paul Tosca-

NELLI ET SUR UNE ERREUR DE L'fflSTORIEN

Mariana.

Paul Toscanelli , né en 1397 ? Célèbre astronome de son siècle , et connu plus particulièrement par l'invention du Gnomon de Sainte-Marie- Nouvelle à Florence, était en correspondance avec Un chanoine de Lisbonne, appelé Martinez, qui l'avait souvent consulté de la part du roi dont il avait obtenu la confiance, au sujet des découvertes quel'on Msait sur les côtes de l' Afrîque.L'historien Mariana a confondu Marc-Paul, voyageur vénitien, avec Paul le physicien, de Florence; entraîné par cette erreur, il avancé que Colomb avait pu recevoir quelques instructions d'un certain Marc- Paul, médecin florentin (*). Ne serait-ce pas en s'appuyant sur ce passage que Millier aurait prétendu que Colomb , sur la foi de Marc-Paul , conçut l'idée de pénétrer dans des régions inconnues ? ( Voyez note 8 ). Plusieurs fois j'ai été re-

(*) a quodam Marco Polo, medico florentino.

DE PAUL TOSCAmsiXI. l35

tenu par ce doute , mais divers motifs m'ont engagé à l'éloigner et à croire que la supposition de Mûller était basée sur toute -autre autorité que sur celle de Mariana. Voici les raisons de mon sentt««iait à cet égard : i^ Paul le physicien oe fut jamais appelé Marc-Paul , mais toujours^ Paul Toscanelli. of^ Tous les auteurs qui ont parlé de Paul le physicien , sans ai excepter llarmna luinnéme , l'^nt regardé comme floren* tin. En troisième lieu , le physicien de Florence n'a jamais voyagé , et n'a point laissé d'écrits qui aient été publiés. D'ailleurs , Mûller parle toujours de Marc^Paul j et c'est dans sa préfeice^ imprimée à la tête des voyages de ce Vénitien , cpi'il Eût menticm des découvertes de Colomb ; il le cfê^gne toujoiH*5 sous le nom de Poh ou Pauh, ou même sous celui de Paul le vénitien; jamais en parlant de lui il n'est question d'un fDédecin^ mais bien d'un voyageur; enfin, il ne' parle des himières que Colomb pouvait avoir recueillies dans ses relations avec lui, qu après avoir a&noncé les ouvrages de trois voyageurs italiens, parmi lesquels se trouvait Marc-Paul, éditicm imprmiée à Lisbonne. Il ne se laissa donc pas guider par l'ouvrage de Mariana , puisqu'au premier coup-d'œil il aurait vu qu'il était question d'un médecin de Florence et non pas d'un

l36 Sf}H i^S ÉCRITS

Yoy^eHr véuiti^m II est > cependant bien vrai que le physicien ; florentin , dans sa, lettre à Martinezy 4pnt il, envoya copie à jColomb, s'était fondé sur le^ 'rèkijtions.du voyageur vénitien, quetiqu'il jie. l'ait, pas^ nommé ; mais il resÉe encore un doute, o'^st de savoir si ces lettres sont tombées entre les mains de Miiller, et dans tous les cas il n'aurait pas dit que c'était Colomb, mais bien Toscanëlli qui avait profité des relations de Marc-Pàul,

Les lettres de Toscanëlli, adressées à Colomb et à Martinez , viennent jeter un tel jour sur cette expédition, que j'ai cru à propos de les insérer dans cet ouvrage.

Roscoë , écrivain que son exactitude et son impartialité rendent très recommandable, fait, dans la vie de Léon X, une honorable mention de Paul Toscanëlli et du gnomon que ce physicien a construit dans l'église de . Sainte-Marie-Nouvelle de Florence^ vers l'année i468; et il cite les commentaires de Christophe Landin sur Virgile, pour prouver les connaissances étendues que ce physicien* avait acquises dans la cosmographie. Il rappelle .ensuite les renseignemens qu'il voulut bien donner à Martinez et à. Colomb, et il n'oublia pas la carte qu'il envoya à ce dernier, « carte, ajoute-t-il, qui vient ré-

DE FADL TOSCANEIXI. l37

« clamer, en faveur de Toscanelli, une part ho- « norable dans la réussite de ce voyage. » Fie et Pontificat de Léon Z, tome ix, page iîi3. J'ai déjà eu occasion de parler des études géographiques que faisaient alors les Italiens, dans une note de ma traduction de l'ouvrage de ce célèbre Anglais.

Sur la situation des G4nqis en i475.

En 1475 Cajfa était tombée au pouvoir des Turcs ; les armes de ces infidèles menaçaient à chaquQ instant les établissemens génois, dans l'Archipel, d'aune, destruction générale. Peu de temps après, une guerre éclata entre les Génois elles Florentins, dont le sujet était la possession de Sarzana. Il est probable que Colomb passa à Gènes peu de temps après l'année i48o.

r38 IttOUT Bfi BEUX GIÉNOIS.

N^ xin.

Sur deux génois qui périrent en itoulant

TENTER UNE DÉCOUVERTE DANS LES MlËRS d'oC^ CIDENT.

Casoni rapporte dans ses annales de Gènes, que Tedisio Doria et Agostino Vivaldi s'étant embarqués sur fOcéan, on n'en eut plus de nouvelles. Cette circonstance arriva environ 200 ans avant la proposition faite par Colomb à cette république; nous pouvons présumer que ces navigateurs trop audacieux, manquaient des connaissances dont Colomb avait fait une ample provision. Le i3* siècle n'était ni le siècle des lumières, ni celui des découvertes; encofe est-il douteux que ces marins eussent eu en vue un projet semblable à celui de Colomb.

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