‹ Histoire de Christophe Colomb: suivie de sa correspondance, dChapitre 16 sur 39 · N« XVI · texte numérisé non relu

N« XVI

Sur le voyage que Barthélémy, frère be Colomb, fit en Angleterre, et sur les offres que ce dernier fih de son plan a différeitres

PUISSANCES DE l'EuROPE. ^

Dépouillé par des corsaires, il se vit réduit à vivre misérablement en Angleterre, avec le produit des cartes marines qu'il dessinait^ Il présenta à Henri VU la Mappemonde dont nous avons parlé. en son lieu; l'inscription qu'on y lit ferait croire qu'il était fort content de sqn ouvrage, cependant on ne voit pas qu'il en ait tiré im grand profit ni qu'il ait réussi à faire goûter les projets de son frère à cette cour.

fRèHE D£' CQLOUB. l4l

Quelques historiens racontent encore que la mappemonde de Barthélémy étant tombée sous les yeux du roi, il fut à cette circonstance informé des projets de Christophe. Ce prince ordonna qu'on le fît venir aussitôt à sa cour, s'engageant à lui fournir largement tout ce qui lui serait nécessaire à l'exécution de cette entreprise; mais plusieurs écrivains regardent ce fût comme controuvé.

La découverte de l'Amérique chai ^ea toute la scène politique de l'Europe : mais que ce chan^ gement eût eu des suites plus étonnantes, et qile l'aspect qu'eût présenté la politique de l'Amérique et de l'Europe eût été différent, si cette découverte avait été achevée par les Anglais!

A peine daigna-t-on en France, dit Tiraboschi, honorer les idées de Colomb d'un court examen. Cet écrivain donne à l'ecclésiastique qui réconcilia Colomb avec la cour d'Espagne le nom de T, Jean Ferez de Marchena, franciscain.

Un certain Robert, moine, fit imprimer à Basle, en i533, la relation du premier voyage, écrite par Colomb à Lisbonne, et traduite en latin dans un ouvrage intitulé : Bellwn Christianorwn principwn, anni 1688, mais cette relation est imparfaite et toute dénaturée.

l4^ SUR LES VOYA<5«S

Sur le départ de Colomb pour son premier VOYAGE. — Erreur de quelques écrivaiics a cet

EGARD. ^FoRME DES CARAVELIJES , NAVIRES FOR-'

TUGATS.

Lorsque Colomb s'embarqua, il fut accompagné d'uHC foule de spectateurs qui applaudirent à son courage et lui annoncèrent un heureux succès; ce (départ forma le sujet d'une belle gravure, qui est la 8® de la iv® partie de V Histoire d'Amérique ^ par Théodore de Bry.

Celle qui est placée sous le n^ 6 représente Colomb armé et debout sur le pont de son navire, tenant d'une main une carte marine et de l'autre l'étendard de la croix. Une Diane guide son vaisseau, auquel succède immédiatement un autre; autour de lui folâtrent lesmaïades, les sy rênes, les tritons et tous les monstres n^riiis : plus loin on voit Neptune, et enfin, à une distance plus éloignée, le clair de la lune laisse apercevoir plusieurs îles. La composition de ce tableau est d'un bel effet. Dans l'inscription qui l'accompagne on

lit que ce qui fit soupçonner à Colomb Texistence d'un nouvel hémisphère au-delà de la mer Atlantique fut un vent qui , à de certaines épo- ([ues, soufflait con t^pninent du couchant, et qu'il avait déjà remarqué dans ses premiers voyages «ir les côtes de l'Océan.

J'ai lu dans les dictionnaires historiques publiés récemment en France, im rapport appuyé sur je ne sais quelle autorité, qui avance que Colomb à son départ fut poursuivi pat^ la populace qui l'outrageait par des marques non équivoques de mépris. Ces mêmes écrivains ajoutent qu'avant d'entreprendre son voyage, il avait l'asr pect d'un homme pensif et toujours occupé des méditations les plus profondes, et que tout le monde le regardait déjà comme un homme qui avait perdu la tête; en publiant ces Êiits ils s'appuient sur une ancienne tradition conservée en Espagne ; quant à moi , j'ai basé les circonstances que j'ai rapportées sur des documens authentiques, plutôt que d'aller chercher de vaines et d'incertaines traditions. Les auteurs qui ont suivi servilement ces traditions orales n'ont parlé que de trois voyages de Colomb faits en Amérique, et ils ^ iont mourir immédiatement après son troisième voyage. DicL kisL^par MM. Chaudon et Pdandme. Ly ott> 1 8 1 4^ tom. m , article Cohmb.

l44 SUR LES VOYA<GES

Moreri, pour comble d'inexactitxide, ne compte que deux voyages faits par Ghiistophe dans le Nouveau-Monde;

Pour revenir à son pren^fr voyage, quelques historiens prétendent que Colomb, piartant des îles Canaries, ne mit que trente-trois jours pour arriver à la première île qu'il a découverte, nommée par lui-même Saint-Sauveur. D'autres rapportent que dans ce trajet les marins révoltés avaient fait le complot de le jeter à la mer, se flattant , comme il était toujours occupé à contempler les astres, qu'on pourrait Êicilement supposer qu'il s'était laissé tomber naturellement au milieu de ses observations continuelles. Le Dictionnaire déjà cité racpnte la fuite des habitans de Tîle de Saint-Salvador , épouvantés à la vue des Européens, la rencontre d'une femme à qui Colomb donna des objets européens, présens qui invitèrent les habitans à retourner sur la plage ; il fait mention aussi de l'amitié contractée entré l'amiral et un cachique, et la permission accordée par ce prince aux Espagnols de construire un fort; mais il existe dans ces relations une erreur manifeste, et toutes ces circonstances , vraies eh partie et en partie supposées , doivent se rapporter à l'île de S.^Domingue, appelée alors Y Espagnole. Il place

la découverte de la Jamaïque dans le second voyage de Colomb, son long séjour dans cette île au milieu des privations et des souffrances que lui causait le manque de vivres, et l'impossibilité de sortir de cette situation ; il place encore dans ce même voyage la circonstance de l'éclipsé, quoique ce séjour forcé et les indices de leclipse ne puissent trouver place que dans le quatrième voyage de Colomb, que ce Dictionnaire a entièrement omis. Le temps employé dans son troisième voyage, il le lui fait^ passer dans la prison , et il suppose gratuitement Colomb retenu dans les fers, en Espagne pendant quatre ans, tandis qu'il fut mis en liberté aussitôt son arrivée dans ce pays, et tandis que le roi désapprouva hautement son incarcération.

J'ai rapporté ces petites observations, afin que Ion ne s'étonne pas des contradiction^ que l'on pourrait rencontrer entre ma narration et celle rapportée dans un livre qui se trouve dans les mains de tout le monde.

Comme dans le paragraphe suivant je dois parler d'armemens, de navires, et spécialement de caravelles , et que dans le cours de cette histoire j'ai souvent fait mention de cette dernière espèce de bâtimens , j'en donnerai ici la déjfinition qui se trouve dans l'excellent vocabulaire

î46 SUR LES VOYAGES

deitiârine , imprirtié k Milan en i8i3, en 3 tolumes in-4^.

Apréà avoir dit que le nom de caravelle est connu sur là Méditerranée pour désigner les plus grands bâtimens de guerre des Miisulmans, bâtimens qui sont mal construits et trop élevés de ponts, cet ouvrage nous apprend qu'on appelle en Portugal caravelle un petit bâtiment de lao à i4o tonneaux. Telles devaient être probablement les caravelles de Christophe Colomb.

Cependant celle que le lecteur verra représentée dans la troisième planche de cet ouvrage, qui probablement fot dessinée par Colomb luimême , et qui devait être le vaisseau de l'amiral, semble se rapprocher beaucoup de la foripe des bâtimens turcs que nous venons de décrire, puisqu'on la voit tellement élevée de ponts qu'elle paraîtrait disproportionnée dans cette partie. Peut-être que les Espagnols , ayant dominé long-temps les côtes et entreprenant souvent des expéditions dans la Méditerranée , empruntèrent aux Turcs la forme et le nom de ces caravelles.

Je crois que Ducange se trompe lorsque, dans son glossaire sur la moyenne et la basse latinité, il juge le mot caravelle d'origine italienne. Cette forme de bâtiment nous ayant été

»E COLOMB. r47

transmise par les Turcs ou par les Arabes, il est probable qu'il nous en ont aussi donné le nom; de manière qu'il est employé en Espagne depuis un temps très reculé, y ayant été in* troduit par les Arabes (*) ; delà il passa en France, où il se trouve dans quelques monumens du ilf siècle. On appelle encore caravelle une espèce de barques de pêcheurs dont on fait usage sur les côtes de la Normandie , quoiqu'il soit d'une forme bien difFéreûte delà carav^lte espagnole.

(*) Notre auteur détrompe; le mot decarayc^e est d'origine j^ecqse; dans le frec du moyanàge, Kof ^&» {ç^rayi, ^lon la pro* noQciation moderne) signifie un yaisseau; nous supppsons que ,^e terme dérive de Ka p«C«f du grec ancien , qui signifie une écrevisse de mer. Peut-être notre assertion paraîtra singulière; maïs ceux qui sont habitués à Tétùde des langues, savent combien la suite detf temps détourne les mots de Iftar primitive, signification; d^sôUeuys aocnn mot qui puisse ressembler à celui de caravelle, et qui désigne un bâtiment maritime, ne se trouve dans la langue arabe; aussi n'a-t-il pu être transmis aux Espagnols par 'lés Maures. Ce mot a été introduit dan's là langne «turque j mais^ommé tant d'autres que les Ottomans ont empruntés aux<p«rçes;«t fH^x Latins; c'esi pourquoi .nou& pensons que caravelle vient, de KfltpaCM, auquel mot on a fait subir la forme diminutive à la manière de nos langues méridionales. (Note du tra^icteur.*)

l48 SUR LES VOYAGES

N** xvm.

Sur la décunaisopt i>e l'aiguille aimantée, et

DE l'usage de l'astrolabe SUR MER.

Quoique la découverte de la déclinaison de l'aiguille aimantée soit attribuée, par quelques auteurs, à Sébastien Cabotto, vénitien, cependant nous n'avons pas de preuves suffisantes pour établir ce fait avec certitude. Il est certain que Cabotto n'entreprit point son voyage avant l'année 1496, et que Colomb obserVa la déclinaison de l'aiguille dans son premier voyage en i/^gi. Peutêtre que jusqu'alors personne n'avait été à même d'observer ce phénomène si important pour la navigation , qui cependant devait sauter aux yeux du premier qui se serait aventuré dans l'immensité de l'Océan, en suivant une ligne parallèle à l'équateur.

Remarquons en passant que Cabotto est désigné comme vénitien dans quelques lettrespatentes d'Henri VII, roi d'Angleterre, adressées à ce navigateur et à ses fils; ce document se trouve rapporté dans la collection des actes

publics de Rymer. Cependant tous les biographes et tous, les dictionnaires historiques se sont obstinés à le considérer comme Anglais et à lui donner Bristol pour patrie, peut-être parce qu'il vécut long-temps en Angleterre.

La découverte de la déclinaison de l'aiguille aimantée a donné lieu à de longues discussions. Plusieurs historiens s'accordent à dire que la gloire en est due à Cabotto , vénitien, et Lwio Sanuto affirme avoir entendu parler de cette cir* constance par Guido Gianetti di Fano, qui se trouvait à la cour du roi d'Angleterre, lorsque Cabotto lui annonça la découverte qu'il venait de faire. Les Français prétendent que Cabotto ne publia cette découverte qu'en 1 549, ^* queCrinnon, pilote de Dieppe, avait parlé de la déclinaison de la boussole en 1 534; mais rien ne prouve que Cabotto n'ait parlé de cet objet qu'en i549, et de risle seul vit le manuscrit du pilote français. Ce qu'il y a de certain, c'est que Cabotto partit pour son premier voyage en 1496; ce qui viendrait prouver que son observation serait antérieure d'environ 4<> ^^^ à celle du susdit pilote, et que si Colomb s'aperçut de cette déclinaison en rliyiy il a prévenu de 4 ^^^ ^u moins la découverte dont on voudrait attribuer la gloire à Cabotto.

iSd sur tES VOYAGES

Husieurs écritairis ont attesté l'habileté de Ciolomb dans l'astronomie et dans l'art nautique , et lui ont fait rbonnenr d'avoir le premier employé l'astrolabe snr mer. Oviédo, son contemporain, s'exprime ainsi dans son Histoire des Indes, livre ii : «C'est Topinio» de beaucoup a d'écrivains, et la Maison nous invite à le croire^ « que Christophe Colomb fut le premier qui tt s^dvisa de naviguer sur l'étendue de l'Océan en « observant les degrés de longitude, et en faisant « servir cette observation à ses manœuvres; car c< avaint lui, quoique Ton enseignât cet art dans les^ « écoles, il n'y avait qu'un petit nombre de marias^ « pournepasdireaucun,quis'aveiiturâtàlemettre « à l'épreuve sur mer, parce que c'est une théorie c< qui ne peut guère trouverd'application quedans « des mers très vastes et éloignées des côtes. Les a marins jusqu'à ce temps s'abandonnaient dans « leur navigation à leur propre jugement, etpne^ « liaient rarement pour guide l'art et les moyens « dont on use aujourd'hui sur ces mers; loin de « là^ ils ne connaissaient pas d'autre manière « que celle dont on fait usage dans la mer Médi- « terranée , sur les côtes d'Espagne, de Flandre, ce d'Afrique et dans tous les lieux où la terre n'est « pas à une grande distance. » Tels sont les termes de Casoni dans ses Annales de Gènes, en parlant

i)E COLOlklB. l5l

de diristophe Colomb» « Il avait étudié Tastro» « nomie, et, étant biea Êtmiliarisé avec l'us^ç « des instrumens d'observatipn , il conçut VinT « géaieuse pensée de transporter de la terre 5pr a mer l'usage de l'astrolabe et du quart de cercle, « et de le prendre pour gui4e en pleine mer pena dant le jour pour la déclinaison dij soleil, « et pendant la nuit pour les étoiles fixçs, « invention profonde et qui prouve encore « plus de sagacité que d'avoir trouvé le Nou- « veau-Monde ; car plie ne profita pas seule- « ment à l'Espagne, puisqu'elle fit naître ces a nombreuses découvertes qui se succédèrent si « rapidement, puisqu'elle permit aux navigateurs « de sillonner l'Océan, dans toute son étendue et «aux Portugais de fi:*anchir le cap de Bonne- « Espérance. »

L'astrolabe, instrument dont l'origine est si ancienne et dont l'usage remonte au second ou au troisième siècle de l'ère vulgaire, comme semble le prouver un ancien astrolabe dont on fait mention dans les Mémoires sur les antiquités et les beaux-arts de Rome dû mois de septembre 1817, et dans le dernier volume de la Bibliothèque italienne delà même année; l'astrolabe j dis-je , dès le i3® siècle, avait reçu une forme qui rendait son usage plus général.

iSa SUR LES VOYAGES

On conserve dans la bibliothèque de Saint- Laurent un traité manuscrit sur l'emploi de l'astrolabe par un certain Accorso de Parme; et Andelone delNéro, Génois, que j'ai déjà cité, avait écrit un livre (*) sur le même sujet, qui fut publié à Ferrare en 1477? dont on trouve encore le manuscrit à la bibliothèque de Riccardi. Les sciences, à l'époque du voyage de Colomb, se trouvaient encore dans l'enfance, mais cependant elles n'étaient pas aussi imparfaites que semble l'iosinuer l'auteur de l'Éloge historique de Colomb,

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