‹ Histoire de Christophe Colomb: suivie de sa correspondance, dChapitre 25 sur 39 · N^ XXXI · texte numérisé non relu

N^ XXXI

Sur la. modisration de Colomb;

Voici un passage de la lettre de Christophe, que sa naïveté rend digne d'attention. « A peine « étais-je arrivé, que l'on m'envoya deux jeunes

«fiUés ornées de riches vêtemens; la plus âgée « ne paraissait avoir pas plus de onze ans, l'autre « n'en avait que sept. î31es se livraient à des actes « et des danses tellement lascives, et elles sém- « Liaient montrer une telle expérience , que nos « courtisanes vieillies dans le métier n'auraient «pas paru plus exercées....... Mais j'ordonnai

« qu'on leur donnât des vêtemens européens et « qu'on les reconduisît aussitôt à terre. »

Ne serait-ce point ici le lieu de réfuter l'imputation mensongère d'un écrivain mal avisé qui prétend que Colomb avait permis à ses compagnons de foire dévorer les pacifiques Indiens par des chiens affamés dressés à suivre ces malheureux à la piste, comme à la chasse des bêtes féroces. Ce foit est extrait de l'histoire àe Gerolamo Benzone, Milanais, et de Bry n'a pas manqué de le représenter dans ses gravures. Mais qu'elle est grossière l'erreur de ceux qui n'hésitent pas d'attribuer une pareille atrocité à Christophe Colomb !

L'histoire de Benzone ni celle de de Bry ne parlent de Colomb dans cette circonstance ; mais on rapporte seulement qu'un certain Valboa, commandant envoyé en Amérique quelque temps après la mort de Christophe , à qui l'on attribue la découverte de la mer Australe, et qui se trouva

\gO VERTUS

avec Piasarre, ayant vu dans la province d'Esqua^ raga, et spécialement dans la cour d'un p^it prince de ce pay3, plusieurs Indiens^ hommes efféminés, adonnés à un vice qui outrage la nature, plein d'indignation contre leur inÊunie^ il les fit déchirer par ses chiens. Un écrivain français voulant décharger la mémoire de Colomb des soupçons de cette cruauté, dit que ce n'est pas Christophe qu'il faut en accuser, mais bien les aventuriers espagnols qui vinrent à sa suite, et ces troupes innombrables, aurait-il dû ajouter, qui vinrent de toutes parts inonder l'Amérique après la mort de l'illustre Génois. Toute la vie de Colomb respire une douceiu* et une humanité envers les peuples conquis, toujours accompa^ gnées d'une justice qui ne se démentit jamais.

L'histoire de Benzone, bien qu'elle ne soit pas toujours véridique , surtout lorsqu'elle a rapport aux événemens qui nous occupent, mérite cependant notre attention pour les circonstances qui se rattachent à la vie politique et aux expéditions de Colomb. Elles m'ont semblé tellement importantes que j'ai jugé à propos d'en donner <un extrait, quant à ce qui regarde les actions de cet homme célèbre.

DE GOJLOMB. I9I

N^ xxxn.

Sur la pauvreté de Colomb.

Écoutons Colomb lui-même déplorer sa pauvreté dans la lettre dont nous avons déjà fait mention : « Vingt ans de service ne m'ont rap- « porté aucun profit; vingt ans de peines, de t périls et de travaux , ne m'ont pas procuré ea « Espagne un toît pour reposer ma vieillesse ; « lorsque je veux dormir ou prendre quelque t repas frugal, je n'ai que l'auberge pour tout « refuge , encore n'ai-je point souvent de quoi « payer mon écot. » Dans le cours de cette lettre, il recommande au roi son fils Diègue, qu'il dit avoir laissé en Espagne privé d'honneurs et de tout moyen d'existence; il espère trouver dans son prince la justice, mais il compte n'y pas rencontrer l'ingratitude, et c'est ainsi qu'il écrivait pendant son quatrième voyage.

igîi SUR LES DIVXRS PORTRAITS

N*^ XXXIU.

Sur les divers portraits de Colomb.

Un autre portrait de Colomb avait été gravé par de Bry, à côté de celui d'Amérîc Vespuce, dans une médaille insérée dans la gravure qui a pour titre : Americœ retecHo, mise à la suite de la préface de la iv® partie de l'Amérique» Mais l'on ne doit pas regarder ce portrait fait d'après nature, peut-être même que l'auteur, en le gravant, n'a. suivi que son caprice. C'est pourquoi de Bry, qui ne put se procurer l'autre portrait qu'après la publication de la iv^ partie de son ouvrage , l'inséra dans la v®, quoique ce ne ffit pas là sa place.

Nous avons fait graver le portrait de Colomb , que l'on peut regarder comme le seul authentique, en tête de cet ouvrage, et nous avons placé au frontispice les deux médailles.

Je crois encore que le graveur a suivi les caprices de son imagination , lorsqu'il a représenté Colomb , debout sur son vaisseau , avec l'astFO-

klbe à la main, dans la gravure placée ^n tête de la préÉaice de la iv® partie de l'ouvrage de de Bry. Cependant cette estampe ne laisse pas de méritar quelque attention : on y voit toute la proue du vaisseau parfaitement dessinée; Colomb, l'astro* labe à la main , observe le ciel , et tourne surtout ses regards vers le soleil, qui semble se lever dans le fond du tableau ; près de lui on voit son armure surmontée de son casque; d'un côté du vaisseau sort un vieux triton qui tient une jambe coupée; ime naïade avec des pattes d'écrevisse a la tête ornée de plumes de paon ; d'un autre côté, Thétis, ou plutôt Minerve, présente un bouquet de plantes et de fleurs, ce qui fait probablement allusion aux productions de l'Amérique; d'autres naïades ou syrènes la suivent ; les perroquets voltigent çà et là; une tortue sort sa tête de l'eau, et, sur une autre, traînée par quatre lions, apparaît Neptune, qui parcourt la mer impétueusement; des terres étendues se voient dans le lointain. Dans cette espèce d'allégorie, qui porte le titre Aniericœ retectiOy on aperçoit le globe, sous lequel est couché le Temps, ou plutôt l'Océan; autour de lui les vents soufflent avec violence. Deux déités, dont l'une semble être Janus aux deux visages, et l'autre la déesse des fleurs, soulèvent les coins d^un immense rideau et dé-

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