ÉCLAIRCISSEMENS
DISSERTATIOir SUR LA PATWE DE COLOMB.
Dans les longues discussions qui ont eu lieu au sujet de la patrie véritable de Colomb, nous ne pouvons compter que trois opinions qui aient été mises en avant avec quelque apparence de vérité. Les uns prétendent qu'il naquit à Pra- ^ dello, village de la vallée de Nura, dans les états
de Plaisance. Les autres le font naître à Cuccaro,
bourg du Mont-Ferrat , dans les états de Piémont. Enfin le plus grand nombre l'a toujours regardé comme citoyen de la république de Gènes, bon- ^ neur dont les Génois, dans tous les temps, et particulièrement de nos jours, se sont montrés jaioux ; aussi l'académie des Sciences et des Lettres de Gènes, nomma en 1812 une commission de trois de ses membres pour faire un rapport à l'effet d'apprécier les prétentions des habitans
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de Plaisance et des Piémontais, qui, contre Topinion généralement admise jusqu'alors , réclamaient Christophe Colomb pour un de leurs concitoyens.
MM. Serra, Carrega et Piaggio furent chargés de cette commission délicate, et, après les recherches les plus exactes, ils présentèrent à l'académie un rapport très détaillé , d'après lequel l'opinion la plus ancienne et la plus génémle, touchant la patrie de Colomb , semble confirmée jusqu'à l'évidence (*).
Dans le premier chapitre on développe les opinions sur la patrie de Colomb, et on ajoute quelques mots sur son pays adoptif. Dans le second on indique les moyens que l'on a produits pour prouver quelle est sa véritable patrie, parmi lesquels , outre la relation des témoins , et le recueil des documens, on insiste particulièrement sur les traditions historiques; mais, c'est surtout dans le troisième chapitre que Ton commence à entrer en matière, en examinant d'abord les preuves alléguées par ceux qui pré-
(*) L'auteur, dans la vue d'éclaircir un point si intéressant, a jugé à propos de donner un extrait de ce rapport. Malgré la longueur de cet extrait, nous croyons que la fidélité qu'on est en droit d'exiger de tout traducteur nous oblige à ne rien retrancher de ce morceau. (Note du traducteur).
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tendent que Pradello , village de l'état de Plaisance, est la patrie de cet habile navigateur.
Ces argumens se réduisent à un compromis passé le 3o octobre 1 481, et réduit peu de temps après à un arbitrage, entre certains Dozj, débiteurs d'un cens de 80 livres pour des biens qui leur avaient été donnés en emphytéose par Dominique, possesseur d'un fidéi-commis institué par son aïeul Bertolino, d'une part , et les fils de Nicolo Colomb ^ frère de Dominique^ de l'autre ; et à un mandat de vente que Ton prétend fait à Gènes par Christophe et par Barthélémy, à un de leurs frères resté à Pradello, — « afin , » est-il dit dans ce mandat , « que Christo- « phe pût se servir du montant de la somme pour « son voyage d'Espagne vers de nouvelles terres ». Deux lettres d'auteur incertain, produites, et peut-être même composées dans le dix-septième siècle , par un prêtre de Plaisance , du nom de Colomb , ne semblent mériter aucune considération: dans une de ces lettres, un certain Colomb de Gènes demandait si quelques parens collatéraux de Christophe, avaient jamais demeuré à Pradello ; dans une autre , écrite par un espagnol inconnu,. on invitait les pauvres de la famille de Colomb, qui existaient encore à Pradello, à se rendre en Espagne.
Mais le compromis , l'arbitrage et la procuration de vente, quand même ces pièces seraient authentiques , ne prouveraient autre chose, si ce n'est que Christophe et Barthélémy, demeurant à Gènes, avaient peut-être un frère et quelques propriétés dans le territoire de Plaisance.
Le compromis n'a jamais été publié; ainsi l'on ne peut en rien dire de positif. Quant à l'ordre de vente, il ne fut jamais présenté que comme une simple copie , qui ne paraît elle-même rien offrir d'authentique. Campi, dans son Histoire ecclésiastique de Plaisance , a publié l'arbitrage. Mais quand même toute espèce de soupçon de non authenticité serait rejeté , ce document ne nous apprendrait autre chose , sinon , que l'aïeul de Christophe habitait Pradello, d'où l'on ne voit pas la nécessité de conclure que Pradello fût le pays natal de Christophe , ni la patrie de ses ancêtres. De manière que ce n'est pas sans raison que Ferdinand fils et historien de Christophe, pense que ceux qui le regardaient comme natif de Plaisance , « piii voleano salire sopra il « ve/z^o,» c'est-à-dire, qu'ils étaient en opposition avec la vérité (*).
Les argumens dont •s'appuient ceux qui veu-
(*) Nous avons une expression proverbiale qui répond à cette locution italienne ; Aller contre vents et marée. {Note du traducteur).
lent prouver que Cuccaro, bourg du Mont-Ferrat, fut la patrie de Colomb , et qui sont examinés dans le chapitre iv des Rapports, sont d'une nature différente de ceux que nous venons de considérer. Nous devons ces documensà un procès qu'un certain Bernardo Colombo di Cogoletoet qu'un certain Baldassarre Colombo, domicilié à Gènes, mais originaire de Cuccaro, intentèrent, vers la fin du seizième siècle, contre le fils de Diego Colombo , légitime descendant de Christophe, au sujet d'un majorât que celui-ci avait institué. Le principal soia des plaideurs fut d'établir la filiation de la famille de Colomb; à cet objet, après avoir dressé, selon leurs caprices, un arbre généalogique, on fit à Casale, sous l'influence des parens et des amis de Baldassarre, des perquisitions dans lesquelles on mit en avant tout ce qui pouvait appuyer leurs prétentions. Il y eut même un moine qui déposa que Christophe et ses firères étaient nés dans le château de Cuccaro , assertion du reste que Baldassarre fut obligé de rétracter.
Un des témoins cita un certain Cornachia qui prétendait avoir suivi Christophe dans ses voyages, mais cet individu n'existait plus depuis long-temps, et l'on ne cessait de débiter des fables sur son compte : les uns racontaient qu'il
avait navigué dès l'âge de 20 ans , mais que ne pouvant résister aux incommodités des voyages sur mer , il avait abandonné de bonne heure ce métier; les autres prétendirent qu'il était mort en i583, à lage de lao ans; d'autres enfin racontaient qu'il s'était embarqué, non à l'âge de 20 ans, mais bien à l'âge de 3o, avec Colomb , dont il était l'ami à l'époque du premier voyage de ce navigateur.
Il y eut des témoins qui déposèrent que Christophe était fils de Dominique Colomb, seigneur de Cuccaro , et que, dans sa jeunesse , s'étant enfui avec ses frères de ce château , il n'était plus retourné dans ce pays , de sorte que les habitans ne conservèrent plus qu'un vague souvenir du nom de cette famille.
. Mais , d'après Baldassarre, Dominique Colomb, son prétendu grand-oncle , et seigneur de Cuccaro, devait être déjà mort en i456; cependant, comme l'atteste Oviedo, Christophe envoyait encore des secours à son père, en i474; c'était donc un autre Dominique? D'ailleurs, on sait que Lancia, père de Dominique, propriétaire de Cuccaro, était un seigneur très riche, qui confia à son souverain la tutelle de ses enfans, et cependant le fils de Christophe nous apprend dans ses histoires que ses ancêtres mper malyagità di
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tfortuna erano i^enuti a grande nécessita, » c'està-dire , que par des revers de fortune ils étaient dévolus très pauvres.
Disons plus : est-il concevable que les fils d'un riche seigneuraient abandonné leur pays comme des fugitifs y sans conserver même le souvenir de leur origine? Peut-on croire que personne ne les ait ni reconnus, ni accueillis? Comment concevoir que Christophe ait pu entreprendre et terminer de longues études dans une université publique à peu de distance de Casale et de Cuccaro , sans que ses parens en eussent été instruits? Comment croire enfin que cet homme même à qui l'on ne cessait de reprocher, dans ses plus cruelles adversités, l'obscurité de sa naissance, ne répondît à ce reproche en déclarant son origine , s'il descendait effectivemekif des seigneurs de Cuccaro, de Conzano et de Rossignano? circonstance qui lui aurait obtenu le plus grand crédit auprès de la noblesse espagnole. L'on ne voit pas non plus, par le testament de Christophe, que ces fiefs fussent héréditaire^ dans sa fanaille. Barthélémy qui habitait l'ItaJie après la mort de son frère , ne les a jamais ré^ clamés , et Ferdinand , qui dans ses voyages à visité Gènes et Cpgoletto, n'a pas même songé au MonbJ^errat.
Mais supposons que l'on eût perdu les traces de ces trois jeunes gens fugitifs^ serait-il facile de concevoir encore qu'au bruit des découvertes qui étonnèrent l'Europe y aucim de ses parens, aucim de ses proches qui habitaient le Mont-Ferrat, ne s'empressât de Éaire connadtre les liens qui l'attachaient à Colomb , depuis qu'il s'était élevé à un si haut degré <le grandeur et de gloire, et que de toutes parts on l'avait proclamé l'homme le plus extraordinaire de son siècle? « Les prétendus parens, » est-il dit dans le rapport des académiciens génois dont nous donnons un. extrait, « se pressent en foule « autour des hoiâmes que la fortune a élevés, « et les vrais parens de Colomb ne se montrece raient pas au grand jour? d Argument d'autant plus contraire à la prétendue filiation de Colomb, que dans l'arbre généalogique, exhibé à cette occasion par le seigneur de Cuccaro, l'on ne voit jamais le nom de Christophe.
Il parait manifeste que les témoins produits par Baldassarre n'étaient pas bien instruits, si même ils n'étaient pas partiaux, circonstance qui lui serait encore plus défevorable; dans tout état de choses, oh n'aurait jamais dû les admettre dans une pareille contestation , selon les rigoureux principes du droit; aussi le conseil
des Indes débouta trois fois Baldassarre de ses prétentions et rejeta même la demande qu'il avait £gâte des secours alimentaires qu'il se croyait en droit d'exiger d'après les legs que fit Christophe en faveur de ses parens pauvres , quoique les parties adverses eussetit consenti à cette demande. Quelques historiens piémontàis , peii connus , ainsi qu'un écrivain de Mantoue , s'avisèrent de faire descendre Colomb du château de Guccaro ; l'écrivain de Mantoue le fit sans doute pour complaire au duc son ma^|:fl^ marquis de Mont-Ferrat; les deux autres y fil* rent vraisemblablement déterminés par une pen* sée généreuse, celle de rendre hommage à leur pays; mais comme ils ne produisirent aucune preuve à l'appui de leur assertion , c'est à juste titre que l'illustre aUteur de l'histoire littéraire de l'Italie (*) a' condamné leur opinion comitié manquant d'exactitude et de saine critique. Le même sort paraît réservé aux auteurs qui, depuis huit ou dix ans , tirèrent de l'oubli l'assertioiH de plusieurs écrivains, qui prétendirent que Colomb était originaire de Cuccaro; puisque, s'en tenant seulement aux pièces de ce Êaimeux procès, ils ne produisirent d'autres documens en faveur de leur sentiment, qu'une
(*) Tiraboschl
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consultation d'un jurisconsulte du Mont-Ferrat, qui, n'ayant en vue que d'établir l'existence du majorât et les droits des parens les plus éloignés, soit par oubli, soit plutôt dans l'impuissance de s'en servir avantageusement , omit le point le plus important, l'agnation de Baldassarre. '
Les prétentions du Duc de Beragua ne semblent pas mieux fondées. Intéressé à prouver la noblesse d'un de ses ancêtres , non seulement par des actions éclatantes , mais encore par son origine , ce seigneur prétendit après plusieurs années dans un opuscule , que Colomb descendait de la £amille des seigneurs de Cuccaro et qu'un comte de ce pays , le reconnaissant pour son parent , lui avait ^t l'accueil le plus amical. Rien ne paraît plus décisif qu'un passage de l'historien Herrera qui , après avoir reconnu Christophe pour Génois , rapporte les opinions de ceux qui le disent originaire de Plaisance , de Cogoleto ou de Cuccaro : cet historien ajoute que le conseil des Indes jugerait ses controverses , et nous avons déjà dit que ce conseil rejeta les prétentions des habitans du Mont-Ferrat. La déclaration de Ferdinand , fils de Christophe , est également contraire à ces prétentions : celui-ci , engagé à attribuer à son
père une illustre origine , jugea plus convenable de le regarder comme un apôtre envoyé de Dieu pour faire reconnaître son nom et sa divinité daitô toutes les contrées* Apostoh ; eletto da Dio per pubUcare il suo nome y da mari e da rinerCy non da al te terre e palagi.
Les chapitres 5 et 6 du rapport traitent des argumens qui ont pour objet de prouver que Colomb avait reçu le jour dans les états de Gènes ; les opinions sur le lieu véritable de sa naissance sont partagées , les uns le croyant natif de Finale, d'Oneglia ou de Savonne, villes de la rivière de Gènes , au couchant ; les autres lui donnant pour patrie Quinto , Nervi , Boggiaseo ou Cogoleto , bourg situé à peu de distance de Gènes.
Cogoleto remporta sur tous les autres endroits dans l'opinion commune ; les familles de Colomb qui existent encore dans ce lieu , Bernard de Cogoleto, compétiteur de Baldassarre<jui descendait d'aïeux de ce nom et de ce pays , deux vieillards trouvés là par Ferdinand , filis du grand Colomb , vieillards qui se disaient de la même Êimille , un portrait de ce célèbre navigateur qui est encore conservé dans l'endroit, les deux amiraux du même nom dont l'un fut probablement de Cogoleto ; toutes ces considérations paraissent
de^ raisops positives pçur déterminer ^^0T^enr tapement Vopinion qui n'avs^it pas enciore été appuyée sur un« s^ge qritiquci, Maûs on ne doit pas être surpris ^i les habitans de Cogoleto , dans u^ temps qù on avait l'idée de l'eKistence de deu3^ amiraux du nom de Colomb et où les liistorien^ contemporains n'avaient rien produit pqur éclairer l'opinion , ont confondu le navi-^ gateur dont nous uqus occupons avec les deux amiraux du même nom , et qu'ib s'en soient tenus au premier comme au plus célèbre et à celui qui pouvait honorer davantage leur pays. Mai^ c'^st en faveur de Gènes que l'on peut citer dçs monumens , des écrivains et une série non interropipue de traditions authentiques ; cette ville comptait déjà en 1 191 un Colomb aw nombre de ses habitans ; dans plusieurs monumens des ï3® , i4^ et i5® siècles , le nom de Con lomb se trouve mentionné dans les mqnunç^ns publics , circonstance qui doit servii^ de réponse 8^ux habitans de Cucc^ro qui prétendent qu'à cette époque il n'y avait aucun citoyen de ce nom à Cènes, Des monumens qui dateot des ^innées 1470, i473, et 1 474 font mention de Domenico Colomb^p , citoyen de Gènes, fils d'un certain Giovanni di Quinto, ainsi que de Domenico Colombo de Gènes , habitant de Savonna,
de IkHSienico Colombo ai 0uiiito , de Cristoforo, et JacQpo dit Diego , fils et successeur du susdit Dominique ; les notices qui le concernent vont jusqu'environ Vannée 1 5oo. Salinerio , auteur de Savonne, qui publia une partie de ces documens , fut forcé de reconnaître , malgré les prétentions de différens pays , que Christophe avait rendu un témoignage si clair du lieu de sa naissance que le moindre doute seraitune extravagance , et il finit par dire que Gènes était la patrie de Colomb : * Gemn^a, città nobiUssi" ^nuÂy erala patria di Calombo. »
La déclaration rapportée par Salinerio est celle que Colomb fit dans son testament daté de l'année 1498 , testament qui a été regardé par quelques-uns coiptnne nul , mais que jamais Ton n'a apposé apocryphe, et c'est en vain que l'on voudrait l'infirmer, de ce que Ferdinand n'en a pas fait mention dans son histoire , puisqu'il en résulterait que son père serait mort ah intestat , ce qui est faux ; il ne serait pas juste de se défier de ce docun^nt , parce que les Génois n'en aurai^ept pas parlé à Ferdinand lorsqu'il s'est rep4^ Cbns leur pays , car qui peut se vanter de connaître les entretiens qui eurent lieu entre ei^x et le fils de Colomb dans cette occasion, ? On a tort également d'alléguer la circons-
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tance que les Génois ont négligé de revendiquer un legs considérable que l'on ^a gratuitement prétçndu faire partie de ce testament.
Il paraît certain qu'en Espagne l'on a déchiré une page de cet acte et que l'on a altéré plusieurs chiffres, mais cela n'ôte rien à l'authenticité de ce que l'on a conservé. Ce testament fut publié dans cet état d'imperfection, et même on en a vu des copies sans signatures; mais les auteurs du rapport qui nous occupe en ont produit un exemplaire qui ne laisse rien à désirer, puisqu'il est complet et qu'il est muni de sa date et de la signature; caractères d'authenticité que laissaient à désirer toutes les copies que l'on avait publiées jusqu'alors.
Mais les personnes d^une opinion contraire aux auteurs du rapport, nous demandent comment il se fait que les dispositions de ce testa* ment n'aient point été exécutées? — Parce qu'elles furent révoquées dans la suite. — Mais si elles furent révoquées, nous objecte-1:-on encore , et si , dans les nouvelles dispositions , le testateur n'accorda plus aux Génois les avantages qu'il leur avait accordés d'abord , l'on peut en conclure qu'il ne regardait plus Gènes comme sa patrie. — Quant à nous , nous répondrons qu'il se peut que d'autres causes l'aient
engagé à changer ses dispositions premières, telles que les insinuations de ses parens, les troubles politiques de l'État , la négligence de ses concitoyens; mais pourrait-on croire qu'un homme qui s'était regardé comme Génois pendant le cours de sa vie , pût se rétracter sans adopter d'autre patrie dans ses derniers momens. D'ailleurs, qui pourrait assurer qu'après 1498
les mêmes relations amicales entre lui et les «
Génois n'existaient plus , puisque personne ne peut se vanter d'avoir vu son dernier testament. Bien plus , il existe des lettres , l'une de Séville, datée de 1 5o2 , par laquelle Christophe annonce à la banque de Saint-George un don considérable qu'il dispose en faveur de cette république pour la décharge des droits d'entrée et de sortie de Gènes , et la réponse des magistrats qui confirme la lettre de Christophe , et lui sert pour ainsi dire de commentaire. Il nous semble que ces deux documens prouvent assez que l'amour de la patrie n'était pas éteint dans le cœur de Colomb, que les magistrats de Gènes reconnaissent dans leur lettre pour un citoyen recommandable. Si cette dernière disposition en faveur de Gènes n'a pas eu lieu, ce fat sans doute parce que, soit par oubli, soit par tout autre motif, elle fat tacitement révoquée dans le codicille de
l'année 1 5o6 , codicille dans lequel il dispose en faveur de ses parens du legs qu'il avait d'abord fait à la république de Gènes. Si le gouvernement de cette république ne fit aucune démarche pour le revendiquer, ce fut prôbabl^nent parce qu'il n'avait aucun espoir de rentrer en possession de ce droit , ou parce que le gouvernement ligurien, inquiet sur sa propre existence, par suite des discordes civiles qui divisaient les nobles et le peuple, et menacé sans cesse par les armées des États voisins, ne pouvait guère s'occuper d'acquisitions éloignées et incertaines.
Cependant on aurait tort d'en conclure que Colomb avait changé de sentiment envers sa patrie, parce qu'on serait contredit par un codicille selon les coutumes militaires, ignoré de tout le monde excepté de ses héritiers, et qui ne fut découvert que depuis peu par le savant abbé Andrés. Colomb fit par ce codicille, en faveur de sa patrie la république de Gènes, une donation d'un petit livre de prières qui lui avait été donné par le pape ; dans le même acte , il fit encore un legs pour fonder à Gènes un nouvel hospice et assurer un revenu annuel pour Ventretien de cet hospice ; et enfin il constitua , e^ cas d'extinction* de ses descendans mâles, la république de Gènes habile à lui succéder dans
SDR LA PATWE DE COLOMB. 'jS
la dignité d'aïuiral des Indes et dans les prérogatives qui y étaient attachées.
En vain Ton veut attaquer l'authenticité de cet écrit ; que si l'on veut douter du don que lui fit le pape Alexandre VI, Von peut observer qu'il doit être cQn3idéré comme un prient de grande valeur, eu égard à la dignité de celui qui le faisait, et surtout en faisant attention que ce pape fut toujoiu's tr^ connu par son avarice ; que si Ton accuse ce codicille d'irrégularité , se fondant sur cette raison que Colomb n'était pas , au moment où il le fit, à la veille d'un combat, nous répondrons que Colomb n'était pas un jurisconsulte, mais bien un marin. Il ne faut pas non plus s'étonner si les dispositions de ce codicille ne furent pas exécutées , pui^u'il resta ignoré pendant long-temps, et que même les héritiers de Colomb se refusèrent à exécuter les dispositions de son testament.
Les objections que l'on fait touchant la signature, du codicille, qui est d^ cette forme : Xpof^em, pe ik>us paraissent mériter aucune con-» sidér^tîo^i, puisque nous sommes convaincue qu'il signait de différentes manières, tantôt en prenant le nom de Christapharus ^ tantôt en indiquant simplement sa qualité d'atniral, el abnirante; et qu'entre la première de ses signatures
et [celle qui est au bas de ce codicille la différence n'est pas grande; nous voyons d'ailleurs que plusieurs écrivains, en parlant soit de notre navigateur , soit du saint de ce nom , ont écrit indifféremment Chris topher et Christoferus, nom qui a beaucoup de rapport avec le Xpofe^ rensj du codicille. En admettant la falsification de cet acte , pourràit-on supposer que celui qui l'aurait fabriqué eût employé un nom dont la nouveauté seule aurait servi à en déceler la fausseté?
Quelques documens retrouvés depuis peu d'années dans les archives du • monastère de Saint-Étienne et dans celles des notaires de Gènes , offrent le nom de Dominique Colomb répété plusieurs fois, depuis l'année i456 jusqu'à l'année 1459. Il y est désigné comme fils de Jean Colomb, comme mari de Susanne Fonts^narossa, beau-père de Jacques Bavarello et père de Christophe, Barthélémy et Jacques, qui fiit connu plus tard sous le nom de Dièguè.
Mais, nous dira-t-on, si ce Dominique ne fut qu'un ouvrier en laine , comment se fait-il que le fils de Christophe ait prétendu appartenir à une famille illustre? — C'est sans doute, répondrons-nous, parce qu'il voulut couvrir d'un voile l'obscurité de son origine, qu'il n'a pas
désavouée ailleurs, lorsque ses intérêts ne semblaient pas l'exiger. Ce furent peut-être les mêmes motifs qui l'engagèrent à douter, dans certains momens, de l'origine de sa Êmiille et de la patrie de son père. — Pourquoi, ajoutet-on, les Génois, ayant reconnu l'origine de Colomb , ne lui érigèrent-ils pas une statue? — Parce que les Génois n'en élevèrent qu'aux citoyens qui avaient bien mérité de la patrie, et que Christophe ûe put être considéré comme tel, attendu que ses intentions bienveillantes furent dédaignées , et que d'ailleurs , la découverte de l'Amérique loin d'être avantageuse aux Génois a dû leur être fatale, puisque, par un décret, ils furent exclus du nouveau .Continent, ainsi que tous les autres peuples navigateurs de la Méditerranée. Malgré cela , le portrait de Colomb se voit encore dans les édifices publics de Gènes.
Nous voilà arrivés à la partie la plus intéressante du rapport qui a pour but de nous faire connaître la tradition historique sur la famille de Colomb. Les académiciens ont jugé à propos d'intervertir la série chronologique et de remonter depuis nos temps jusqu'au siècle de Colomb. Ils citent parmi les écrivains dte notre siècle , M. Barlow , ambassadeur des États-Unis d'Amé-
rique , auteur d'un poème dont Colomb est le héros, Malte-Brun 5, savant géographe très connu, Holmes , auteur des annales de TAmérique , enfin Corniani , auteur des siècles de la littérature italienne. Tous ces écrivains s'accordent à regarder Colomb comme Génois d'origine ^ et quelques-uns même comme Génois de naissance.
Parmi les écrivains du dernier siècle on Cite Jeari Munos , qui , par ordre du roi d'Espagne , compila l'histoire du nouveau monde , un professeur très distingué de Gottingue , qui publia en 1793 le plan d'une histoire des états de l'Eu* rope , Roberston , auteur de l'histoire de l'Ame* rique , l'abbé Andrés , et le chevalier Tiraboschi , Muratori ^ l'abbé Denina , Voltaire , auxquels on peut ajouter le comte Carli, qui, dans une savante dissertation insérée dans les opuscules intéressans sur les sciences et sur les arts (publiés en Italie) et ensuite dans le recueil de ses œuvres ( tome XIX ) , reveiidiqua eu faveur des Géiîois la gloire de la découverte de l'Amérique qu'Otto leur avait contestée. Je me flatte que les auteurs du rapport ne me sauront pas mauvais gré d'avoir ajouté l'autorité de cet écrivain à celles qu^ils avaient déjà invoquées.
Dans le 1 7® siècle , ils trouvent au nombre des écrivains qiui regardent Colomb comme G^-
nois , Pufendorff ^ Ogilby , géographe du roi d^Angieterre , Herrera et M ariana , tous les deux historiens espagnols , le cardinal Pallavicino , (jui chanta en stances les louanges de Gènes , et le Tasse , dont ils rapportent les beaux vers qui font allusion à la découverte du nouvel hémisphère. tJn certain Pietro Ordono de Cavallos ^ auteur d'une description des Indes occidentales que le comte Carli a citée dans la dissertation dont nous avons parlé plus haut , dit en propre termes que « Christophe Co- « lomb , Génois , découvrit le premier TAmé^ « rique. »
On cite parmi les auteurs du 1 6® siècle, Tomma^ 80 Porcacchi et Bernardo Segui , tous les deux toscans; Glareanus, allemand, Beuzone, milanais, Giovio de Gome , Bembo, Codamosto , l'un et l'autre vénitiens , Piero MaflFei , historien du Portugal^ Guichardin , Ramusius et Panvinio, On pourrait ajoutet» à ces écrivains , indépendamment de Bonfadio, que l'on a omis, je ne sais pourquoi, on pourrait ajouter , dis-je, Gaspare Varrerio , portugais , auteur d'un livre très savant «sfe Ophiraregione qu'il dédia en 1 55o au roi de Portugal , et qu'il paraît avoir composé plu-» sieurs annécMiuparavant ; cet auteur , déjà âgé lorsqu'il pftbna délivre* a pu être contemporain
8o DISSERTATION
de Colomb. Il raconte en propres termes que « Christophe Colomb ligurien , ouvrit une nou- « velle route aux navigateurs dans l'Océan occi- « dental. » On peut ajouter Bernardo Sacco , noble de Pavie , auteur d'une histoire de cette ville , dont il donnait connaissance à quelques-iuis de ses amis à Ronae , vers la moitié du i6® siècle , étant déjà vieux et pouvant par conséquent être considéré comme contemporain de Colomb; cette histoire resta long-temps en manuscrit, jusqu'à ce qu'un jurisconsulte nommé Bartholo la publia. Liv. 2 , chap. 2 de cette histoire, Sacco, en passant en revue différens peuples de la Ligurie , rappelle la gloire de Gènes et des familles illustres de cette ville , il rapporte les noms des Fieschi , des Spinola , des Adomi , des Iregoli , des Doria , des Riari , de Cicala , des Salvi , des Sauli , et il conclut enfin qu'il suffit de nommer « Christophe Colomb , l'homme qui découvrit (c des terres inconnues jusqu'alors , situées au- « delà de l'Afrique , c'est-à-dire , au-delà de VCh i< céan. »
Parmi les écrivains du 1 5® siècle , parmi les contemporains, les proches pareils, et le^ amis de Colomb , on cite Interiano , Foglietta , Bizzarro , Agostino Giustiniani , éditeur du Psalpterium polyglotte , Antonio Gallo , ch^nceiiéi' de la ré-
SUR LA PATRIE DE COLOMB. 8l
publique de Gènes , auteur d'une histoire de Colomb ; Cenarega ; chancelier de la république de Gènes ; Barthélémy , frère de Christophe , qui, dans l'inscription de la mappemonde qu'il présenta à Henri VIII , roi d'Angleterre, prend le titre de Génois; Alessandro Geraldino, évéque de Saint-Domingue , frère d'un nonce du pape et ami de Christophe ; un voyageur qui accompagna Colomb dans ses premières expéditions,' homme dont on ignore le nom , niais dont on conserve encore la relation que nous devons aux soiiis de Grineus qui l'a publiée dans son Nouus orhis ; Ferdinand , fils et historien de Christophe , et enfin Pietro Martire D'Anghiera, écrivain non suspect , puisqu'il est contemporain de Colomb , qu'il paraît bien informé de toutes les circonstances de la vie de ce navigateur, et qu'aucun lien ne l'attachait aux Génois. Il est à propos d'observer qu'outre l'ouvrage publié par Grineus , il y en eut un autre que Baldassarre Lido- publia dès l'année 1616, sous le même titre : No^^us orbis. On remarque dans cet ouvrage une relation de la vie de Colomb , faite, selon toute apparence, par xx^y auteur contemporain , mais qui diffère de celle qu'avait publiée Griixetis et qui a été citée par les auteurs du rapport. Cette description- fort rare, que je
8î) i>i3a«:RTATi09r
possède, commence, comme l'autre, par les mots Christophorus y Natione itaUcus f Patiiâ genuemi^ y gente Cokimbus , vir erat procerâ stqfuré, etp., ^t il contiaue à Élire le portrait de Colomb, dont je parlerai dans une autrç note.
J'aJQUteraj eiicpre le nom d'un écrivain d'autant moins suspect pour l'objet dont il s'agit, qu'il était étranger aux intérêts des Génois, qu'il fat contemporain de notre célèbre navigateur, et qu'il e^erçfii la même profession que Christophe Colomb. C'est Pietro Coppo da Isola, terre de l'Istrie, qui, dans un portulan impruné à Venise en iSaS, par Agostino de Bendoni, a laissé par écrit que « Christophe Colomb, Gé- « nois, eu i49^ trouva dans sa navigation vers «le couchaut, plusieurs îles, des choses nou- « velles, etc. » Cet auteur, qui après plusieurs voyages par mer avait composé son portulan avant l'année i-SaS , a dû être contemporain de Colomb , mort ' en 1 5o6 , puisqu'à l'âge de 20 ans il n'aurait pas pu avoir connaissance de ce qui a rapport à la navigation, et qu'il ne pouvait pas, à cet âge, avoir déjà entrepris et exécuté les longs voyages qu'il décrit. Les acad^iciens de Gènes., chargés du rapport sur la vie (^ Colomb, pouvaient difficilement avoir vu
€6 portulan très rare ; mais s'ils avaient consulté les notes du savant Morelli, bibliothécaire à Venise, qui servent de commentaire à une lettre très rare de Colomb, réimprimée à Bassano en 1810; s'ils avaient, dis-je, consulté ces notes , ils auraient eu connaissance du témoignage irrécusable que nous venons de citer. Nous croyons enfin devoir citer comme d^ tànoignages recommandables, le récit des succès de Coloaib, que publièrent à Gènes, deux conr temporains de cet habile navigateur , Francesco Marchesi, jurisconsulte, et Giovanni Antonio Grimaldi , citoyens d'un haut rang et qui avaient été ambassadeurs de la république de Gènes, auprès de la cour d'Espagne, à l'époque de la découverte de l'Amérique. De retour à Gènes leur patrie , ils donnèrent de la publicité aux nouvelles découvertes de Cliristophe Golomb , qu'ils regardaient comme leur concitoyen, ainsi que nous l'apprend Cenarega en citant les dépositions de ces deux illustres Génois. Je ne doute pas q^e les auteurs du rapport ne me sachent quelque gré d'avoir ajouté ces noms à la série des témoignages historiques dont nous sommes redevables à. leurs» lumières.. . ,
Depuis plusiew^ ajwpuéesj'avais fait c^iHKiiote, l<H*3que des lettres arrivées de Gènes me fiyént
part d'une nouvelle découverte très importante qu^on venait de faire dans la bibliothèque du feu sénateur Cambiaso. On trouva un ouvrage précieux contenant les privilèges de Christophe Colomb, manuscrit que les auteurs du rapport sur la patrie de cet homme célèbre croyaient perdu ; il est soigneusement écrit sur parchemin et il est orné de jolies peintures. Après la «érie des privilèges dont il y est fait mention, on y trouve une déclaration signée par des notaires publics 'de Séville, des alcades ou juges, et de plusieurs témoins qui attestent que ces documens sont fidèlement extraits des pièces originales présentées par l'amiral Christophe Colomb. Les ordres, les privilèges et les lettres que contient ce manuscrit, sont parfaitement semblables à ceux que renferme iin autre volume qui avait déjà été porté à Paris.. De ce fait on peut conclure que Colomb avait remis à son ami Oderigo , ambassadeur de la république, deux copies de ces privilèges, qu'il s'en était réservé une pour lui-même, et qu'il avait destiné la plus belle pour les archives publiques de sa patrie. Quelque descendant d'Oderigo les a probablement déposées toutes deux dans les ardbdves ,. circonstance qui paraît prouvée par une llettre originale de Philippe II à Ottaviano
Oderigo, élu doge de Gènes, lettre qu'il lui écrivit à l'occasion de cette élection. On trouva cette pièce jointe au manuscrit dernièrement découvert, et elle sert à prouver évidemment que la famille Oderigo fut, pendant quelque temps , possesseur de ce manuscrit. On trouva pareillement dans ce volume, deux lettres autographes adressées par Colomb à l'ambassadeur Oderigo, lettres qui furent publiées à la suite de l'éloge historique du navigateur génois, ouvrage que nous avons déjà cité. ,
Il est important d'observer que l'auteur dudit éloge, soit par inadvertance, soit avec intention, n a pas transcrit un passage d'une de ces deux lettres, dans lequel Colomb se plaint que la banque de Saint-George n'ait pas agréé les legs qu'il lui avait annoncés dans une lettre précédente; il se plaint de n'en avoir reçu aucune réponse et il cite le proverbe vulgaire en Italie : « Chi serve il comun , non serve nissun. ?> C'està-dire : Qui sert tout le monde ne sert personne ; témoignage manifeste qu'il croyait appartenir à ce pays, qu'il avait voulu avantager d'une partie de son héritage.
Dans le même manuscrit on trouve la réponse de l'administration de Saint-George à la lettre de Colomb. Nous pouvons assurer que si cet
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écrit n'est pas de la main de quelqu'un des employés de la banque, il est du moins de ce temps-là ; la forme des lettres et la qimlité du papier ne laissent aucun doute à cet égard : ne serait-^^e peut-être pas une copie de cet écrit que l'ambassadeur lui-même aurait voulu conserver pour sa propre satisfaction?
Indépendamment de quelques lettres que l'on a trouvées dans ce manuscrit, sa découverte seule nous parait détruire toutes les obj^rtions faites par les écrivains qui voudraient assigner à Colomb une autre patrie que la ville de Gènes. Il nous paraît également constater l'aitthenticité des lettre» initiales dont Colomb se servit dains sa signature, et nous semble ne laisser aucun doute sur la véracité des documens extraits des archives publiques. Ce document vient donc à Fappui des argumens du rapport que j'ai aikalysé dans cette note; j'ignore encore si ce parédeux manuscrit avait été destiné aux archives de Gènes ou à celles de Turin; mais tout porte à croire qu'il a été déposé, depuis peu de temps, dans celles de la capitale de la Sardaigne.
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Sur la question si c'est a gèices 6u dans quelqu'autre ville de cette république qu'est ne
Les moiteurs que nous yéhotiè de cit^ concluent dans leur rapport sur là véritable patrie de Colonib , qu'il naquit a G^ïies. À là vérité , éon frère Barthélémy , dans l'inscription qui accompagne la hïappemonde présentée au roi d'Angleterre , se nomtne Bartholomeus Cohmbus dé Terra fitbra , ce qui seriiblerait indiquer qu^il était iié dans une des maisons situées entré les ^^age:^ de Quiùto et de NéTVi , où l'on voit encore une tour connue sous lé notai de torre dei Cohtnbi(^')\ mais quand mêtne Barthélémy serait Hé dans ce village cela né déciderait rien relativement à la patrie de Christophe; d'ailleurs, par tes mots de Tertu rubra il pourrait avoir voulu désigner aussi bien un titre de noblesse que son lieu dé naissance. Items un ancien manuscrit , d'origine génoise , cité par les membres
{*) Tour des Colombo.
de la commission , où l'on trouve différentes notices iîitéressantes concernant la famille de Christophe , un notaire très accrédité a ajouté au bas d'une page que la maison occupée par son père lui avait été accordée en emphytéose par les moines bénédictins de St.-Etienne , et que cette donation était mentionnée dans leurs archives ; il ajouta que , d'après les registres de la paroisse , Christophe avait reçu le baptême dans cette église. Il est à regretter que l'on n'ait jamais pu retrouver ces registres , toutefois on apprend par quelques inscriptions consignées dans les livres de recette des canons que Dominique , père de Christophe, demeurait , avant i456 , dans la petite rue de Mulcento , où il demeura probablement jusqu'en 1489, époque à laquelle se trouve enregistré le dernier paiement effectué par lui. Comme il ne s'agit tout au plus que de dix ans , et que d'ailleurs le livre des recettes ne se trouvait pas complet , il est probable que Christophe soit né dans cette maison et qu'il ait été baptisé dans l'église de Saint- Etienne , ce qui s'accorde avec la remarque du notaire que nous venons de citer. Il est vrai que le père de Colomb possédait une autre maison près de la porte de Saint- André , mais il paraît qu'il ne l'habitait point.
SUR l'jépoqub ©e sa naissance. 89
Sur l EPOQUE de sa naissance.
Robertson se fonde sur deux lettres de Christophe Colomb rapportées par Ferdinand dans ses histoiires , pour placer la naissance de Christophe dans l'année i447- D'un autre côté , les documens consignés dans le mémoire relatif à la patrie de Colomb , porteraient à croire qu'il est né en 1437. Si au contraire on n'admet aucune èrrejir de date dans la lettre que Christophe écrivit en 1 5o3 au roi d'Espagne , il en résulterait qu'il serait né en l'année i455. Dans cette lettre , rapportée pgr Morelli , Christophe se plaint qu'après vingt années de service il se trouve encore dans la pauvreté , et dans un autre passage de la même lettre , il dit qu'il est entré au service de l'Espagne à l'âge. de vingthuit ans. Il aurait donc commencé à servir cette nation en i483 , et comme il n'aurait eu alors que vingt-huit ans , il serait né en i455. Mais MorelU lui-même , qui à la note 6 de la page 9 de cette lettre , a fait cette judicieuse observation,
gô Sun l'époque
croit également qu'une erreur pourrait s'être glissée dans l'impression des chiffres qui. indiquent l'âge de Colomb lorsqu'il entra au service du roi d'Espagne , car il ne serait pas probable de supposer une erreur dans l'énumération de ses années de service. Herrera vient encore appuyer ce fait , lorsqu'il rapporte les propres expressions de Colomb. Comftie il est bien avéré que la mort de Christophe eut Heu en i5o6 , il est évident que s'il était né en i455 il n'aurait vécu que cinq^ante-un an ; cependant dans deux lettres datées de 1 5o3 , psrmi les^ quelles se troute celle que nous venons de eifter , il se 'dit vieux; d'ailleurs , d'aptes les docomesis qui ont passé sous les yetix d'Herrera j Qïpistophef était (ïéjà d'im âge avancé lorsqu'il se trouvait encore à la cour en i5o2. Il serait éonc raisonnable de supposer le nombre vingt-b?ai< inexact et de lui substittfôr celai de trente^huit, ce qui ferait remonter l'époque de sa naissance à l'année ï445 ; cette supposition est d'autant plus admissible qu'à l'époque oà Colomb entra au service de l'Espagne il avaSt déjà fàd beaucoup d^études , plusieurs voyages , et que d'ailleurs , il est difficile qti'un jevtae homme de vingt-huit ans ait pu concevoir le pian d'une aussi vaste entreprise. Cette date , du reste , ne
DE SA ITAlSSAIfCE. 9I
s'éloigne que de deux ans de celle adoptée par Robettson, et tiendrait une juste proportion entre l'opinion de ceux qui font remonter sa naissance en 1437, et l'opinion de ceux qui, sur la foi de la lettre déjà citée , la reculent jusqu'en i455. Si cette hypothèse ne nous conduit pas à toute la précision et à toute la certitude qu'exige l'histoire , du moias elle ne nou» éloigne pas beaucoup de k vérité , puisqu'elle ne se trouve en opposition avec aucune circonstance de la vie de ce gl^nd homme.
N^ IVsuR l'jétat exercé ?ar ses farews.
G^iârega dit positivement, que le père de Qmstophe était ottvrier en laine, et que ses fils étaient cardeurs ; craignant même de n'être pas compris^ il vd jusqu'à expliqua quel était ce genre de travail. Mais il ajoute que Barthélany et Christof^e quittèrent bientôt ce m^er pour se ccmsacrer en^ièrem^o^t à la navigation^
^ 5cm LES cnnss
Slr ses éttdes a Patii: et AiiXEms- — Colomb
AUTEC».
Toos les écriTainSy et ceux même qui attribuent à Gènes Hionnenr de lui aroir donné naissance, s'accordent tous à penser quePavie réclame justement la gloire de l'aToir initié dans les études qui participèrent beaucoup à son immortalité. Campi , auteur de ITiistoire ecclésiastique de Plaisance^ déclare que ses parens l'envoyèrent à Pavie pour l'instruire dans les sciences; mais il ajoute qu'en revenant dans sa patrie , il reprit l'état de son père , ce qui n'est guère probable. Les auteurs qui le disaient originaire du Mont-Ferrat , conviennent également qu'il fut élevé à Pavie , quoique cette circonstance rende moins vraisemblables les autres opinions concernant son origine. Ferdinand , son fils , rapporte qu'il fit ses études dans l'université de cette ville , et qu'il parvint, par les travaux auxquels il se livra , à bien comprendre la géographie; et Pierre-Martire d'Anghiera ajoute qu'il s'était déjà familiarisé avec les connaissances du mou-
vement c^este, qui suppose une étude profonde en astronomie; il ajoute' encore qu'il savait se servir dii quart de cercle et de l'astrolabe, de manière qu'il devint, en peu d'années, le meilleur navigateur de son siècle.
C'est à l'obligeance des savans conservateurs des archive^ de l'Université de Pavie que je dois les noms des professeurs qui ont occupé les chaires de mathématiques et de philosophie naturelle , depuis l'année 1 460 jusqu'à l'année 1 480 , époque à laquelle Colomb a- dû suivre les cours de cette école. Nous allons en donner la liste.
« 1460. jid lecturain astrologiœ, ,, «Magister Stephanus de Faventia. (il y en a qui
lisent de Fantucio ou de Fantucus).
a Magister Antonius de Bernadigio. {Di Berna^
reggio). ' « 1461. Ad lecturam philosophiœ naturalis.
a Magister Frahciscus Pellacanus.
« Magister^ Albertus de Crispis.
« Ad lecturam' philosophiœ naturalis extraordi-
nariam.
« Magister Guido de Crema.
« Magister Joannes de Marliano.
« Ad lecturam astrologiœ. ^ « Magister Antonius de Terzago.