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terre et on approche d'une d^s Açores ; mais à peine l'espoir venait de renaîtra dans tous les Cfoeurs, qu'un vent impétueux survient, défcjùre les voiles, porte le frêle vaisseau au milieu 4ps ondes écupjantes , et il produit une nouvelle tempête- plus terrible et plus effroyable que la première. Ce n'est qu'à la lueur des éclaii-s qu'on revoit la terre, et le navire aborde à l'em* bouchure du Tage. Le peuple se porta en foule sur la plage pour admirer ce navigateur intrérpide, et la cour de Portugal, quoique pleine de confusion par la réussite d'une entreprise qu'elle avait dédaignée , lui rendit le tribut d'honneur que l'on ne pouvait refuser au mérite couronné du plus brillant succès. Colomb, en quittant Lisbonne , se rendit à Palos et delà à Barcelone où r^^ttendaient les souverains. Il traversa toute l'Espagne au milieu des acclamations de la foule qui accourait sur son passage, et l'on peut dire que si l'incrédulité avait été l'obstacle le plus fort à l'exécution de ses projets, la réussite de cette entreprise n'inspira qu'un sentiment uni*versel d'étonnement et d'admiration. Son entrée à Barcelone offrit un triomphe d'un nouveau genre. Les habitans de l'Amérique, conduits en Europe commp témoins irrécusables de l'existence d'un nouveau Monde, non comme des ennemis
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sobjugtiés, tels qu'on les voyait dans les pompes triomphales des Romains, mais plutôt comme des amis qu'il avait acquit au nom espagnol, ouvraient Ja n^arche; après eux venaient les animaux , les plantes et les autres productions rares de ces îles; Toî» enfin, ce métal funeste, attirait les regards avides des spectateurs. C(> lomb venait le dernier : à sa vue l'air retentissait des acclamations universelles, et il semblait le seul objet des vœux de tout ce peuple. Les princes l'accueillirent avec distinction; ils voulurent entendre de sa bouche le récit de ses travaux, récit dont il s'acquitta avec modestie et qu'ils écoutèrent avec admiration. On le combla d'honneurs lui et sa famille; les grands s'epipressèrent de lui faire leur cour , et bientôt l'Europe entière ne retentit plus que du bruit de cet événement (20).
Colomb, malgré ces honneurs et ces fêtes, ne perdit point de vue le vaste objet qu'il s'était proposé, et disposa tout pour le nouvel armement. X^e^ marins et les soldats, avides de richesses, ne demandaient qu'à s'embarquer, les munitions arrivaient de toutes parts , et bientôt Colomb partit de Cadix avec 17 navires et i,5oQ hommes d'équipage. Cette fois il dirigea sa rqujte beaucoup plus vers le Sud qu'à son
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premier voyage, et découvrit, après 26 jours d'une heureuse navigation , trois îles , la Dominique, Marie-Galande et la Guadeloupe. Cette dernière était alors habitée par ces mêmes Caraïbes , ennemis anthropophages des habitans de Saint-Domingue. Mais à Tapp^roche de l'escadre , ces monstres avaient abandonné leurs demeures; aussi Colomb ne trouva plus dans cette île que des ossemens humains, des membres déchirés et des crânes ensanglantés ; il vit des malheureux Indiens, habitans d'autres îles , que ces monstres destinaient à la mort ; il vit enfin les filles, les épouses et les mères des prisonniers tendant vers lui leurs bras supplians. Colomb fit embarquer toutes ces victimes de la barbarie et les transporta avec lui à Saint-Domingue, ayant exploré dans la traversée plusieurs îles , qui , devenues plus tard des colonies florissantes , font aujourd'hui la prospérité de diverses nations d'Europe (21). Mais dès qu'il aborde à cette île , un spectacle affreux s'offre à ses regards ! Le petit fort où il avait laissé les Espagnols est en cendre , il n'est entouré que de cadavres mutilés, de vétemens en lambeaux et d'armes mises en pièces; indices certains de la destruction totale de la colonie. Colomb apprit, du frère du cachique, que ces
perfides Espagnols avaient violé l'hospitalité ; qu'ils avaient enlevé à leurs hôtes généreux leurs filles, leurs épouses et leurs trésors; qu'oubliant les sages conseils qu'il leur avait donnés avant son départ, la discorde s'était mise parmi eux , et qu'un chef d'Indiens ennemis , profitant de leur division , les avait surpris et déÉsiits , malgré les efforts du cachique lui-même, (Jui avait voulu les sauver en s'exposant à la fureur du combat, et que ce chef n'en était sorti qu'après avoir reçu une blessure dangereuse. Plusieurs compagnons de Colomb l'engagèrent à retenir ce prince en captivité , poyr Venger la mort de ses soldats. En rejetant ces perfides insinuations il donna , mais en pure perte , un exemple de sagesse et de modération , seul moyen de gagner des cœurs que n'ont point encore corrompus les vices de la civilisation.
Cependant Colomb paraissait n'avoir en vue que de formel dans cette île un établissement qui pût assurer la prospérité du commerce des Espagnols, en les mettant à l'abri des attaques des peuples qui habitaient l'intérieur des terres. Dans ce dessein il fit voile vers l'Est pour s'emparer des mines d'or, et près d'une baie qui par sa position lui paraissait importante, il fonda une ville , la première que les Européens aient
bâtie en Amérique , et à laquelle il donoa le nom d'Isabelle. U fit partir en même temps deux capitaines, l'un pour reconnaître les minas de Çib^o, et un autre pour l'Espagne, afin d'an* noncer le^ nouvelles découvertes qu'on venait de faire , et de réclamer de npuveaux secours* ^ais pendant qu'il dirigeait les travaux de Ja nouvelle ville, il tomba malade. Profitant de sdn état, un certain Bernard de Piae songea à prendre la fuite et à s'en retourner en Espagne avec les cinq navire^ qui étaient restés en rade. Colonib, instruit du dessein de ce traître, le fit arrêtçr, l'enyoya prisonnier en Espagne et fit punir les séditieux ; acte d'une juste rigueur , mais qui fiit peut-être la première cause d^ §es persécutions. Dans ces entrefeite^ ayant reçu un échantillon de l'or des riches mines de ce pays ^ il alla lui-même les visiter, après avoir confié le commandement de ses vaisseaux à ses çompagUQU^ les plus dévoués. Pour en imposier aux habitans des régions qu'il devait traverser > et leur donner une idée avantageuse de Ut puis- ^nçe et de la discipline des Européens, il se fit escorter par des troupes à pied et à dieval.
Arrivé aux mines, il ouvrit de nouvelles galeriea et fit construire un fort afin de protégea» les travaux, qu'il ne quitta qu'âpre y avoir lai^é
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un norabre suffisant d'ouvriers pour les continuer et leur avoir fourni les outils nécessaires à l'exploitation des mines.
De retour à Isabelle , il trouva bien changé le sort des habitans de sa nouvelle colonie ; les uns avaient péri, les autres étaient dans la plœ grande consternation : les vivres manquaient^ la AscipUne s'était relâchée , le climat surtout avait eu sur eux la plus funeste influence , les ouvriers industrieux avaient succombé les premiers, à l'excès des fatigues, et les nobles, qui n'avaient suivi Colomb que par la 'toif de l'or , et dans le seul but de rétablir leur fortune, élevés dan§ l'oisiveté, inhabiles aux travaux , enflés de leurs titres et de leurs prérogatives, hommes pour qui le nom seul de travail était un sujet de répugnance, murmuraient et refusaient d'obéir* Colomb se vît forcé de ne tenir aucun compte de c^s distinctions, établies souvent au détri*» ment du bonheur social , et il exigea , pour le salut de tous , que dbacun concourut à la défense commune et au soutien de la colonie; msôs cette sage détermination fut une source de querelles et d'accusations contre un chef juste et impartial, qui le -premier donnait l'exemple chi dévoument^ et qui le premier partageait avec etBc les fatigues et les travaux.
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Quoiqu'Isabelle soit une île délicieuse et dont la végétation riche et précoce semblait promettre une existence assurée et agréable, Colomb ne brûlant que du désir de continuer ses découvertes, se détermina à la quitter. Il nomma d'abord un conseil pour le gouvernement de cette île, et composa une compagnie d'Espagnols pour parcourir le pays et y tenir en respect les habitans. Ayant Ésiit ses dispositions, il se dirigea vers Cuba dont il parcourut les côtes; il découvrit aussi la Jamaïque et plusieurs autres petites* îles dont la position les rend d'un accès difficile; aussi Colomb, assailli par les vents et les tempêtes, manquant de vivres , et , pour comble de malheur , étant tombé malade , se vit forcé de s'en retourner à Isabelle , où il arriva en très mauvais état. Mais une surprise agréable l'attendait dans cette île; soi^ frère Barthélémy venait d'y arriver , envoyé par la cour d'Espagne avec des navires chargés de vivres et de munitions. Ce secours arrivait très à-propos , la colonie se trouvant alors dans la plus grande pénurie. Malgré les vives solUcitudes de Colomb pour ses compagnons et ses soldats, rien ne put le toucher davantage que sa réunion inespérée avec un frère qu'il aimait , et dont, depuis plusieurs années, il se trouvait
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séparé. Cependant de nouveaux malheurs menaçaient cet homme généreux. Les troupes qui devaient parcourir le pays s^étaient portées aux plus grands excès, les insulaires s'étaient de nouveau révoltés et menaçaient sa ville naissante. Colomb marcha contre eux, remporta une victoire complète, les soumit entièrement et knposa un tribut d'or et de coton à ces rebelles ; premier tribut qu'il eût imposé jusqu'alors, peu onéreux il est vrai, qu'il diminua même par la suite, mais qui cependant donna, nous devons l'avouer, un funeste exemple à ses successeurs, et fiit pour ces régions une source de malheurs et de calamités (22).
Déjà on cherchait en Espagne les moyens de perdre Colomb. Bernard de Pise , ce même capitaine qui avait violé ses ordres pendant le dernier voyage , et un moine envoyé dans ces contrées comme vicaire apostolique, revenus tous les deux en Europe sans avoir pu assouvir la soif de richesses qui les dévorait , travaillèrent de concert à jeter du discrédit sur une expédition qu'ils déclaraient chimérique et onéreuse pour l'État. Les* intrigues de l'ignorance et de l'envie eurent un trop facile accès à la cour , et les princes envoyèrent un de leurs confidens , nommé Aguado , qui fut chargé de
surveiller la conduite de Colomb. Cet homme sorti d'une classe obscure , plein d'arrogance et d'envie, ne lui épargna ni les offentes, ni les insultes 9 moyens ordinaires employés par les esprits médiocres dès qu'il leur est permis d'op^ primer les grands hommes. Il accueillit avec empressement toutes les accusations , 'et loin de concilier et de calmer des coeurs dont les coapables desseins se trouvaient déjà contrariés par la justice inflexible de leur chef, il ne fit que les aigrir, et l'on vit cet esclave d'une cour égarée , ne chercher qu'à humilier l'homme qui avait procuré à l'Espagne les plus brillantes conquêtes. Colomb reçut d'abord avec coura^ et dignité son persécuteur; mais , s'aperc^vant plus tard que les brandons de la discorde allaient s'allumer par la présence de ce lâche satellite du pouvoir , et qu'une funeste anarchie mendrçait de renverser sa colonie naissante , il résolut de retourner en Espagne pour confondre la Calomnie et l'imposture. Tandis qu'il prenait cette détermination , un ouragan terrible s'élève dans l'île et semble la menacer d'une entière destruction; le vent déracine les arbres, renverse le^ maisons, détache les rochers, submerge les vaisseaux qui étaient dans, le port et ensevelit dans la mer leurs matelots et leurs
pilotes. Les navires qui avaient transporté en Amérique l'ennemi de Colomb furent tous ^igbutis^ ^ ce vii courtisan se trouva sans défense à la merci de celui qui avait été jusqu'alors l'objet de ses persécutions. Mais Colomb , IcMn de profiter de sa situation , n'écoutant que la générosité de son cœur, oubliant les torts de son ennemi , lui oÉfirit un de ses navires pour s'en retourner en Espagne. Enfin, il s'embarqua lui-même après avoir laissé à son frère Barthélémy le gouvernement de l'île et nommé un juge suprême pour l'administration de la justice. De nouveaux malheurs attendaient Colomb dans ce voyage: le vaisseau s'étant trop approcl^é de la ligne , les vents d'Est le repoussèrent; la navigation se prolongeant, les vivres manquèrent, et l'équipage, après avoir murmuré , finit par se porter auK plus violens excès; les matelots , non contens d'égorger les innocens Indiens, qu'on transportait en Europe comme les trophées de leurs victoires, voulaient en Êdre une horrible pâture. Colomb frémit à cette idée; il semblait difficile de calmer leur fiireur; néanmoins par son éloquence il parvint à les fléchir et finit même par leur faire concevoir , malgré la faim qui les dévorait, que ces Indiens étsûent des hommes comme eux ! Cependant la
patrie paraît aux yeux des navigateurs ; ce ne sont pas les Açores comme le croit le pilote, c'est le cap Saint- Vincent que Colomb a reconnu, et on débarque à Cadix, L'arrivée de l'amiral à Burgos, où était la cour, dissipa les soupçons qui avaient plané sur lui , et méprisant les graves accusations de ses ennemis , le roi l'engagea seulement à modérer sa rigueur , quoiqu'elle ne fut que trop nécessaire pour mettre un frein à la cupidité , cause de tous le« crimes qui se commettaient en Amérique. Malgré les intrigues de l'envie devenue impuissante, la raison et la vertu triomphèrent, et l'on ne songea qu'à renvoyer Colomb en Amérique, pour faire prospérer, par son administration tutélai^e, la colonie qu'il avait fondée.
L'état des finances de l'Espagne mettait un obstacle à ce départ. Colomb voyant que les revenus de la colonie étaient insuffîsans pour balancer les dépenses premières qu'exigeait son établissement, craignit que le goût des découvertes ne se relâchât, et que la cour, fatiguée à la longue des sacrifices qu'il lui fallait faire , refiisât de fournir aux frais indispensables à cette entreprise déjà si onéreuse. Cette crainte lui fit concevoir une pensée qui ne devint que trop funeste aux colonies espagnoles. Il engagea
le gouvernement à envoyer en Amérique les criminels qu'on retenait aux galères pour les délits les moins graves, croyant que leurs travaux deviendraient utiles à cet établissement: calcul trompeur; Thomme noté d'infamie et qui déjà s'est familiarisé avec le crime, ne peut qu'empoisonner la société naissante qui le reçoit dans son sein , où la licence ne trouve point encore dé frein assez puissant dans des institutions que le temps n'a pas consolidées ; car il en est de même pour l'enfance des sociétés que pour celle de l'homme : c'est toujours sur cet âge que la corruption obtient les succès les plus faciles et les plus funestes. Mais loin que ces considérations vinssent éclairer l'esprit des chefs de l'Etat, ce projet fut accueilli avec transport , et le rebut de l'Europe fiit envoyé pour peupler la naissante Amérique. Cependant, malgré tout le zèle que témdîgnait la cour pour les projets de Colomb, l'envie lui suscitait à tout moment de nouveaux obstacles, et ce ne fut qu'après de longues sollicitations qu'il obtint deux navires pour envoyer des secours à Saint-Domingue.
Ce ne fiit même que deux ans plus tard qu'il reçut le commandement d'une nouvelle escadre, et tandis que la cour, en le comblant de présens et d'honneurs , semblait seconder ses vues ,
le ministre qui était chargé des affaires des Indes, en fevorisant l'en vie et la cabale, trahisssdt à la fois Colomb, le roi et la nation (a 3),
Ce hardi navigateur partit enfin de Saint- Lucar avec six navires; mais, à la hauteur des Canaries, ayant repris, à des corsaires français une caravelle qu'ils avaient capturée sur les Espagnols, il augmenta son escadre d'un vaisseau. Il en envoya trois à Saint-Domingue et se porta avec les autres vers le midi pour explorer le grand continent qu'il supposait exister dans cette direction du globe, selon les rapports des Indiens insulaires, et d'après une opinion vague répandue en Portugal.
Mais un calme perfide retint long-temps l'escadre sous l'équateur et les rayons du soleil tombant sur les vaisseaux , jetèrent la corruption dans les vivres. Ce malheur répandit la consternation et la mortalité parmi les matelote et les soldats; déjà tout l'équipage était menacé d'une mort affreuse , lorsqu'un rayon d'espérance vint luire dans le Cœur de Colomb en apercevant la Trinité, île située près de l'embouchure de l'Orénoque ; vain espoir qui fut détruit aussitôt qu'on s'en fut approché! A peine l'escadre se dirige-t-elle vers le fleuve qu'un danger effrayant, vient les menacer; les eaux s'étant heurtées à son
embouchure avec les flots d'une mer agitée, soHt refoulées vers leur source ; les Vaisseaux allaient être engloutis par les vagues, lorsque la force des courans les transporte avec violence au milieu d'un golfe d'une immense étendue, le golfe Paria. Colomb se crut d'abord au milieu d'un archipel , mais cherchant en vain une issue et voyant de tous côtés des fleuves qui débouchaient le long des côtes, il reconnut un continent. Il sortit à la fin de ce golfe, et après avoir lutté de nouveau contre les flots et les courans, il se dirigea vers l'ouest où il découvrit plusieurs îles; une ligne de côtes qui se prolongeait au loin lui fit enfin apercevoir qu'il avait découvert le premier le continent de l'Amérique (24)- Uniquement animé du désir de visiter la colonie qu'il avait formée, il dirigea sa route dans cette direction ; mais l'état de sa santé af- Êdblie par de longues souffrances et par de continuelles inquiétudes, l'obligea de relâcher à Saint-Domingue , espérant trouver le repos qu'exigeait son état dans cette ville nouvellement bâtie, et comptant, à son arrivée, envoyer son frère pour reconnaître le continent qu'il venait de découvrir; mais quoi! au lieu de citoyens paisibles il ne trouve que des hommes mécontens. La culture des terres est négligée, le
commerce anéanti et la voix des chefs luéconnue; il ne rencontre de toutes parts que désordres, tumultes, séditions. Il apprend que le juge suprême était en révolte contre ses frères; que ce fourbe les avait dépeints aux colons comme avares et cruels, et qu'il s'était insinué dans l'esprit du peuple par une politique astucieuse , et surtout par de perfides conseils qui tendaient à leur persuader de refuser le paiement des impôts ; bien plus , . il s'était impunément approprié les fonds destinés à l'entretien de la colonie, et, enhardi par le soutien qu'il espérait trouver dans un nombreux parti, il méprisait les conseils et les mienaces de l'autorité légitime. En vain Colomb tenta de le ramener à son devoir , soit en promettant le pardon à lui et à ses complices ^ soit en lui offrant son amitié et en lui assurant la conservation de ses charges et de ses dignités; cet ingrat et les méchans qui lui étaient dévoués, accumulèrent tant d'accusations contre Colomb, que ce grand homme , malgré l'éclat de ses exploits et les avantages qu'il avait pi*ocurés à l'Espagne (a 5), succomba; et, à la honte de la cour de Madrid, la perfidie triompha encore de la vertu et des talens.
Le gouvernement espagnol avait permis à
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«pielqnes particuliers de se rendre en Amérique et de tenter de nouvelles découvertes. De ce nombre était un certain Ojeda, ancien compagnon de Colomb, et devenu depuis un de ses ennemis les plus acharnés. S'étant embarqué avec Améric Vespuce Florentin , et ayant longé, pendant plusieurs mois, les côtes du nouveau continent, il avait enfin débarqué à Saint- Domingue. Cet homme, qui joignait à son ancienne inimitié pour Colomb une ambition démesurée, allunie le flambeau de la discorde parmi lea habitans, réveille leurs passions et cumule sur leur chef les accusations les plus atroces , .en le désignant même comme un am^ bitieux qui aspirait à la souveraine puissance de ces contrées. Pendant que dans Tîle les querelles des envieux étaient sur le point de faire éclater une guerre civile, en Espagne on donnait le gouvernemen&général des Indes au commandeur Bovadilla, en îe chargeant d'examiner l'état des colonies, de punir. les coupables, de Êiire.des enquêtes sur la conduite de Colomb et de l'envoyer même en Espagne s'il le jugeait à propos. Ainsi ce grand homme vit en même temps ses talens et ses services méconnus, le sentiment de la reconnaissance étouffé, et lui-même. livré À l'envie et à la malveillance de ses ennemis.
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Bovadilla, ce nouveau proccmsul, arriva à Saint-Domingue pendant que Colomb était parti pour soumettre les révoltés. A la nouvelle du débarquement de Bovadilk , Colomb refiisa.
d'abord de reconnaître une autorité qu'il ne pouvait regarder comme légitime ; il fut même sui? le point de la repousser par la force ; mais dès qu'une lettre écrite de la main du roi lui apprit que telle était sa volonté, s'étant dépouillé de ses titres, il s'y soumit et se rendit immédiatement à Saint-Domingue. Arrivé dans cette île, il apprit avec indignation que sa maison était occupée par le nouveau gouverneur; que ses possessions éjtaient confisquées ; .que ses. écrits, la propriété qui lui était la plus précieuse , avaient été mis sous les scellés , et qu'enfin son fi'ère Diègue venait d'être transporté sur un navire et jeté dans les fers. Cependant ce nouveau chef avait dimûmé les impôts , feinte modération par laquelle^l ouvrait aux ennemis de Christophe un vaste cliamp aux accusations qui déjà pesaient sur ce grand homme, accusations qui d'ailleurs furent toutes également accueillies quoique souvent en contradiction les unes avec les autres.
La juste rigueur de Colomb , l'agitation des esprits soulevés par le juge Roldano, et surtout
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rencomragement que reçurent les délateurs auprès du nouveau vice-roi , furent les causes de ces calonmies infâmes dont on voulut ternir la conduite de cet homme immortel. Il réclama en vain la protection de Bovadilla contre les violences dont il était l'objet; pour toute réponse il fat enfermé dans un fort. Son frère Barthélémy, mandé à Saint-Domingue, est égalanent emprisonné à son arrivée (a6), et ces trois frères , frappés du même sort , n'ont pas même la satisÊiction de se voir et de se consoler mutuellement. Ainsi cet homme extraordinaire aux ye%ix de tous les siècles, utile à r£spagne et au monde entier , devenu désormais l'objet des persécutions les plus atroces, se voit tout-à-coup privé de sa liberté et de ses b^B» chez ces mêmes peuples qui avaient été ténK>ins de sa gloire, au milieu de cette même colonie qu'il avait fondée, et sous les yeux de ces mêmes Indiens qu'il avait soumis. Les colons qui ne respiraient que l'avarice, la cupidité et h. licence, ftirent insensibles au triste sort de celui qui les avait enrichis. Il n'en fut pas de même des Indiens ; ces peuples que l'égoïsme navait point encore corrompus et qui ignoraient l'ingratitude, ce vice si commun dans nos villes^ vinrent en foule offrir à Colomb
leurs secours pour le délivrer. Cet homme sut refuser leurs généreux services et se soumit aua: ordres de son gouvernement quelque injustes qu'ils lui parussent. Bientôt on transporta Christophe et Barthélémy sur deux navires; on réunit toutes les accusations dirigées contre eux et elles furent envoyées, avec eux, à Tévêque Fonseca, ministre des Indes , ennemi acharné de Colomb.
Les deux navires commandés par Vallejo, mettent à la voile : cependant ce chef indigné à la vue de ce grand homme jeté dans les fers, veut le soustraire à un sort si injuste ; Colomb refuse ses offres, animé de la pensée généreuse que l'obéissance à son roi est en toute occasion un devoir sacré.
Cependant déclarons ici qu'il est encore douteux que l'ordre d'enchaîner Colomb soit émané du monarque, puisqu'il fut mis en liberté, ainsi que son frère, dès qu'il eut touché le sol de l'Espagne. Colomb se rendit à Grenade qui était alors la résidence de la cour. Introduit dans le palais, il se présente aux princes, mais en vain il veut parler pour sa défense et confondre la méchanceté de ses ennemis; aucun mot ne vient exprimer ses pensées, l'indignation s'est emparée de son âme, elle seule le maîtrise et son cœur est trop plein pour que sa bouche puisse
parler. Cependant les preuves de bienveillance que témoigne le monarque vinrent l'encourager; il a retrouvé la parole pour se justifier, et, avec cette éloquence persuasive qu'il devait à la grandeur de son caractère, et plus encore, ^ ce moment, à la justice de sa cause, il lui fut Êicile de manifester son innocence et de dévoiler l'odieuse trame de ses ennemis. Le roi fut ému du discours de Colomb , et ne jdoutant plus de sa véracité, il lui donna des preuves non équivoques de sa confiance , lui fit les promesses les plus flatteuses et rappela du gouvernement des Indes son persécuteur, le cruel Bovadilla, accusé d'avoir fait périr dans des tourmens horribles un grand nombre d'Indiens, et de n'avoir procuré de Igr à l'Espagne qu'à l'aide des cruautés les plus inouïes; enfin il assura même à Colomb que c'était contre ses ordres qu'il SLvmt été traité avec tant de dureté (a 7). Un certain Ovando fut envoyé à Saint-Domingue pour remplacer Bovadilla; nous verrons bientôt qu'il fut aussi fimeste pour Colomb que son prédécesseur. Cependant Christophe demandait à rentrer dans ses charges; la justice et l'intérêt public l'exigeaient à-la-fois , les promesses solennelles des souverains semblaient devoir le rassurer; mais les ministres, guidés par une
Élusse politique, trouvaient toujours de nouveaux prétextes pour retarder son départ, et ils éludaient ses justes réclamations , tantôt en employant la fkttei^^e, tantôt en se jouant de sa confiance et de sa bonne-foi; il s'en aperçut enfin , et ne songeant dès-lors qu'à se retirer des affaires, à s'éloigner du tumulte de la cour et à se soustraire aux pièges des malveillans, ses vœux se bornèrent à chercher le repos et la paix dans les douceurs d'une vie tranquille; mais la reine, toujours disposée en sa faveur, voulut encore seconder ses projets; elle le détourna de la résolution qu'il avait prise et le détermina à s'embarquer pour la quatrième fois. En effet, il partit de Cadix avec une escadre de quatre navires ; mais craignant que son voyage ne fut retardé par un mauvais voilier qui se trouvait dans son escadre, il se dirigea sur Saint-Domingue. Arrivé devant cette îWT, il veut entrer dans le port pour se mettre à l'abri d'une tempête qui le menaçait. Mais quoi! le fondateur de cette colonie florissante, l'homme qui a étendu les possessions et multiplié les richesses de l'Espagne, ce même homme est repoussé et se voit obligé de chercher ailleurs un refiige. Cependant il voit une flotte prête à partir pour l'Espagne ; sujet fidèle , citoyen généreux , il
oublie son offense, et ne songeant qu'aux in*téréts du pays qu'il sert , il conjure le gouverneur Ovando de ne pas laisser lever l'ancre à cette flotte. Une violente tempête était sur le point d'éclater, et Colomb voyant le danger qu'allaient courir ces vaisseaux s'ils s'exposaient à la mer, voulut, par un salutaire avis, épargner à l'Espagne une perte aussi considérable , et soustraire à la mort de nombreuses victimes; mais Tignorance et la présomption semblèrent ocMispirer contre ces infortunés ; les observations de Colomb furent dédaignées et la flotte sortit du port. A peine eut-elle quitté la rade que la tanpéte éclate, et, malgré les efforts redoublés des marins , la plupart des navires sont coulés à fond, entraînant avec eux , dans les abîmes des mers, Bovadilla, Roldano, leurs complices et leurs trésors. Ainsi le ciel dans son courroux punit les crimes de ces pervers, que leur victime, par une générosité sans exemple, voulut soustraire à la mort certaine qui les menaçait. Cependant Colomb fit voile pour le continent qu'il avait découvert, dominé sans cesse par l'idée de trouver dans la mer Atlantique un passage pour aller aux Indes Orientales. Les Portugais en doublant le cap de Bonne-Espérance^ avaient rendu les relations entre l'Eu-*
rope et llnde beaucoup plus faciles qu'elles n'avaient été jusqu'alors, et par les établissemens qu'ils avaient formés en Asie, ils s'étaient assurés un passage, et, pour ainsi dire, le monopole du commerce de ces contrées. Colomb sentit toute l'importance de cette découverte, et vit, dans l'exécution de son plan, le moyen d'arracher cet avantage aux Portugais, et d'assurer à l'Espagne la part la plus précieuse de ce commerce. Animé par cet espoir, il chercha long-temps un détroit qui pût établir une communication directe entre l'Océan Atlantique et la mer des Indes ; vaine pensée qui priva sa gloire d'un nouvel ornement, si toutefois la couronne qui ombrage sa tête eût pu recevoir de nouveaux lauriers ! En effet , si l'espérance de trouver ce détroit ne lui eût fait quitter le Yucatan pour se diriger vers l'Est, Colomb eût été le premier à pénétrer au Mexique ; mais le sort réservait à ces peuples le- plus inhumain et le plus féroce des conquérans. Cependant Colomb parcourut deux cents lieues de côtes , visita des peuples jusqu'alors inconnus, les uns doux et humains, les autres barbares et anthropophages , il entra enfin à Porto-Bello, nom que lui mérita la beauté de ses sites. Les mines de Varagua appelèrent aussi son attention ; en vain des ventset
des bourasques semblaient mettre un obstacle à ses projets; en vain les élémens conspirèrent contre ce grand homme; son génie et sa persévérance triomphèrent, et, après huit mois d'une pénible navigation, il pénétra jusqu'au fleuve de Varagua pour rendre désormais ces provinces tributaires de l'Espagne. Arrivé sur les côtes de ce pays, il envoya son frère à la découverte des mines qui en font la principale richesse. Assuré que l'exploitation en était facile, il crut, dans l'intérêt des Européens, devoir confier à son frère l'établissement d'une nouvelle colonie. Mais ses projets furent encore déjoués par des événemens qu'il n'est pas toujours accordé à la prudence humaine de prévoir. A peine quelques maisons venaient-elles de s'élever dans cette belle région , que les anciens habitans, mécontens de leurs nouveaux hôtes et irrités de la conduite du frère de Colomb, qui, dans une attaque inopinée avait fait emprisonner leur roi, se lèvent en masse et fondent comme des furieux sur cette colonie naissante. Le petit nombre des soldats Espagnols suffit néanmoins pour les repousser et pour les vaincre ; ils revinrent cependant à la charge et renouvelèrent si souvent le combat que tous les efforts des Européens devinrent inutiles, et
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ce ne fut que dans leurs nawes qn'ik purent trouYO* le saluL C'est ainsi que cette ccdonie cpii fusait Tespoir de Colomb, tomba dès sa naissance ; e^ son fondateur, en proie aux plus cruels tourm^is , jouet des vents et des tempêtes, fiit obligé de chercher un refuge à la Jamaïque.
Des malheurs nouYeaux et plus grands peut* être que c^ix qu'il avût éprouvés jusqu'ak>rs , Tattendai^it dans cette île. Ses vaisseaux étaient en mauvais état , et il n'avait aucun moyen , ni de £adre transporter l'équipage à St.-Domingue , ni d'envoyer dans cette île demander des secours. Cependant la concorde la plus amicale régnait entre les indigènes et les Européens. Colomb avait su la conserver par sa modération et par sa juste sévérité envers ses soldats. Cette sage conduite lui valut de la part de ces insulaires des sacrifices qui lui auraient été de la plus grande utilité , si ses ennemis n'eussent encore déjoué ses projets. En effet, les habitans de la Jamaïque lui fournirent des bateaux qu'il envoya à St.-Domingue sous la conduite de deux hommes courageux , Mandez et Fieschi , qui s'exposèrent sur ces fidèles navires à tous les dangers d'un voyage où ils espéraient servir leur chef et leur patrie. La fortune seconda leur dévoûmént (28) :
ils débarquèrent en effet à St.-Domiague ; mais le Gouverneur Ovando , qui redoutait le retour de l'amiral , les retint , et , loin de lui envoyer les secours qu'il réclamait , il empêcha même le départ d'un navire que Mendez avait acheté et que Fieschi devait conduire , chargé de provisions , à la Jamaïque. Cependant les compagnons de Colomb ne voyaient arriver, ni les secours que l'on attendait, ni les deux Espagnols qui avaient été les demander. La méfiance se répand parmi eux , et cette méfiance , ex-citée par la haine , les porte à se soulever contre leur chef. Ce grand homme fut accusé d'avoir envoyé les bateaux qu'il avait reçus des Insulaires à toute autre destination, et d'avoir ainsi trahi leur confiance , lui qui avait montré si souvent une sollicitude paternelle pour les compagnons de ses travaux ! Les raisons qu'il donna ne furent point écoutées , et l'esprit de révolte s'ètant emparé de tous les cœurs , la sédition éclata. Porraz , chef le plus hardi des conjurés , se répand en invectives contre Famiral , s'empare de quelques bateaux qui restaient dans le port et part avec l'élite des soldats (29). Colomb , abandonné des siens , ne voyant autour de lui que quelques amis fidèles , dont la plupart étaient épuisés par de longues fatigues , ne put chercher d'autre cou-
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solation que celle qu'il trouvait dans le témoignage de sa conscience ; mais c'était encore un bonheur pour cette âme forte et généreuse de pouvoir donner aux compagnons de son infortune un exemple de vertu et de courage dans les calamités de la vie.
Qu'il est affreux le sort d'un homme qui , ayant renoncé aux douceurs d'une vie tranquille pour aller chercher , loin de sa terre natale, la gloire et des titres à la reconnaissance, n'y trouve qu'abandon , indignes traitemens et les marques de la plus infâme ingratitude ! Tel était le sort de Colomb , telle était la position des infortunés dévoués à sa cause; heureux encore dans leur adversité s'il leur avait été permis d'espérer quelques faibles secours de la part des Indiens pour prolonger leur pénible existence! Mais non , tout espoir est perdu , les Indiens , fatigués d'avoir à leur charge des étrangers qui n'ont de commun avec eux , ni mœurs , ni langage , ni religion , refiisent désormais de leur envoyer aucun secours. Plus de vivres , plus de bateaux pour s'en procurer. La terre elle-même leur refuse le seul espoir qui semblait leur rester ; leurs bras affaiblis par de longues souffrances ne sauraient supporter les travaux du labourage.
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Mais Colomb, qui se montrait aussi intrépide devant les outrages de la fortune que devant leâ assauts des tempêtes , déploie un courage qui semblait s'augmenter avec les périls qui le me» naçaient , et cette fois encore il trouve dans son esprit inventif un remède contre tant ^e mauic« Ses connaissances astronomiques lui dévoilent le jour et le moment précis de l'apparition d'une éclipse ; il l'annonce aux habitans de cette île comme un signe de la colère du ciel qui veut les punir de la violation de l'hospitalité qu'ik devaient à des étrangers. Au jour et à l'heure marqués la lune semble se couvrir d'uti voile de sang ; à cet aspect les timides Indiens sont frappés de terreur : ils viennent supplier Colomb de fléchir le ciel irrité , ils apportent en foule au camp des Espagnols des vivres àe toute espèce , Colomb résiste faiblement , leurs prières redoublent , l'éclipsé touche à sa fin et bientôt le ciel est apaisé.
Une année s'était écoulée au milieu des plus cruelles inquiétudes, lorsque le navire deMendez entra dans le port de la Guadeloupe. Aussitôt Colomb s'embarqua avec ses compagnons d'infortune et en moins de deux mois ils arrivèrent à St.- Domingue. Le Gouverneur Ovando, cet homme astucieux et pervers , le reçut d'abord avec les
Sa VLE
honneurs dus à son rang et à son mérite , mais bientôt il laissa entrevoir les sentimens de haine et d'envie qui le dominaient , soit en rendant la liberté au traître Porraz et à ses complices , soit en persécutant le petit nombre de ceux qui étaient restés fidèles à leur chef. Colomb , réduit à l'alternative , ou d'allumer une guerre civile , ou de succomber sous le poids des persécutions, abandonna ces lieux qui avaient été jadis le théâtre de sa gloire , et devenus désormais celui de ses malheurs. Hélas ! à son arrivée en Espagne , il apprend la mort d'Isabelle , de cette reine qui ne cessa jamais , malgré les efforts de la calomnie et de l'intrigue , de protéger et d'honorer ses talens ; perte fatale , qui le détermina à s'éloigner de la cour et du monde ! Cependant le sentiment intime de son mérite et peutêtre encore plus, cet attachement qu'il montra toujours pour sa famille , l'engagèrent bientôt à demander au roi la récompense de ses travaux. Le prince l'écouta avec intérêt , et par des discours flatteurs , l'assura que l'on ferait droit à ses justes réclamations. Colomb attendait de l'équité du monarque la conservation jusqu'à la fin de ses jours des honneurs et des charges que ses talens et ses services lui avaient mérités ; il espérait surtout que son fils lui succéderait après
sa mort et qu'il laisserait ainsi dans sa famille un souvenir de sa gloire. Vaine espérance ! Les courtisans , jaloux du mérite de cet homme illustre, détournèrent encore le roi de cette pensée , et l'engagèrent à récompenser ses services par quelques possessions situées en Castille, au prix desquelles il dut renoncer ^ tous ses privilèges ; et l'on vit ainsi l'homme le plus célèbre de son siècle, le bienfaiteur de l'Espagne , n'obtenir pour ses nombreux travaux qu'une récompense vénale ! Cet acte d'ingratitude de la part du monarque porta le dernier coup à l'âme de Colomb. La douleur et l'indignation s'emparèrent de lui , ses maladies prirent un caractère sérieux et il s'aperçut bientôt qu'il touchait à ^ sa fin. Il écrivit à l'archevêque de Séville et versa dans le sein de cet ami toutes les peines qui remplissaient son cœur. Depuis ce moment il ne tourna plus ses pensées que vers la religion , et il cessa de vivre en Tannée i5o6. Après sa mort, la haine et la jalousie firent place à des sentimens plus généreux , et la renommée fit retentir de toutes parts le bruit de sa gloire. Le roi rendit aux cendres de cet homme immortel la justice qu'il avait refusée à lui-même ; de magnifiques obsèques honorèrent sa dépouille , et Diègue , fils aîné de Colomb , fiit nommé amiral et gou-
Verneur des Indes ; juste , mais faible et tardive
reconnaissance !
Si l'on rassemble les principaux: traits de la vie de Colomb que aious n'avons exposés qu'en abrégé, on reconnaîtra dans ce grand homme une réunion des principales vertus qui honoreat le citoyen , le politique et le guerrier.
Son zèle constant pour les progrès de la religion , ses soins pour propager TÉvangUe chez les peuples du nouveau continent , sa résignation dans l'adversité , et son penchant à pardonner les injures de ses ennemis , sont des témoignages touchans de ses vertus chrétiennes (3o). Sa fidélité inébranlable pour ses princes, malgré Toppression dont il fut l'objet, son impartialité dans ses jugemens, la douceur dont il usa toujours envers les Indiens , sa sévérité envers les malfaiteurs et la médiocrité de sa fortune , lorsqu'il lui eût été aussi facile de l'augmenter , déposent en aveur de sa justice , de son intégrité et de son désintéressement L'offre faite aux Génois de la conquête du nouveau monde , et ses dispositions dernières en faveur de sa ville natale , rendent un témoignage éclatant de son amour pour sa patrie. Toujours attaché à sa famille, il en donna des preuves manifestes lorsqu'il partagea avec ses frères le pouvoir confié à lui seul , et
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lorsque , en s'oublknt lui-même , il recommanda ses enfains aux bienfaits du monarque. C'était peu de posséder toutes les vertus que nous cherdierions en vain dans les héros de Tantiquité, il sut encore rivaliser avec eux par toutes celles qu'ils purent posséder- Nouveau Scipion , sa continence ne se montra jamais plus à découvert que lorsqu'il renvoya à son mari cette jeune Indienne venue de l'île d'Haïti pour lui rendre hommage , en éloignant en même temps deux filles séduisantes de Cariai (3i). Sans un grand désintéressement eût-il jamais participé aux frais d'une tentative incertaine , comme celle de la découverte de l'Amérique ? Sans posséder cette vertu aurait-il refosé les vastes fiefs de l'Inde qu'on lui offrit ? Serait-il mort dans la pauvreté, lui qui avait pu disposer des mines du nouveau monde (32t) ! Modeste au miUeu des triomphes, doux et affable envers ses inférieurs , il fut d'une générosité sans exemple , même envers ses ennemis. Personne mieux que lui ne sut gagner l'affection des Indiens ; personne ne sut comme lui les rendre tributaires d'une nation éloignée, sans porter à ces infortunés la dévastation et la mort. Les sages conseils qu'il donna à son roi ; l'art avec lequel il sut calmer les factions et apaiser les tumultes, prouvent combien ce grand
homme savait allier rhmnanité à la plus profonde politique. Qui voudrait enfin lui contester une de ses plus brillantes qualités , le courage , lui qui , jeune encore , eut à soutenir sur mer des combats nombreux et sanglans , lui qui attaqua des corsaires et leur reprit les navires capturés ; lui qui repoussa et soumit des Indiens nombreux qui en son absence avaient osé attaquer sa colonie ; lui qui s'exposa à la fureur des flots dans un vaste Océan jusqu'alors inconnu; lui qui , après avoir débarqué chez tant de peuples divers , osa faire une descente chez les Caraïbes ; cet homme enfin qui fut toujours inaccessible à la crainte et qui sembla défier la tempête , les flots et les vents qui paraissaient conjurés contre lui. Colomb comme mortel peut avoir été sujet à quelques erreurs , mais jamais aucun vice , aucun défaut moral n'a souillé sa grande âme.
D'une taille avantageuse, Colomb avait le visage ovale et coloré. Ayant reçu de la nature une vigoureuse constitution, il aurait probablement vécu plus long-temps s'il n'eût été affaibli par les fatigues , les chagrins et les inquiétudes, occasionnés , tantôt par les séditions des soldats et des matelots, tantôt par la rivalité des chefs.
par la jalousie des grands et par l'ingratitude du monarque.
Le portrait qui est au frontispice de cet ouvrage est copié de la gravure mise à la tête de la préface de la cinquième partie de l'Histoire d'Amérique par Théodore de Çry , gravure que Ton assure avoir été faite sur un autre portrait peint diaprés nature, par ordre du roi d'Espagne, avant que Colomb partît pour l'Amérique, probablement à son second ou à son troisième voyage (33). Capilupi , évêque de Fano , fit pour épitaphe de Colomb un distique latin que nous rapportons ici :
Par va licet cineres Ligurîs tegat uma Columbi, Acta tamen cœlo vix potUére tegi.
Il aurait peut-être suffi d'écrire sur son tombeau : j4 celui qui découvrit V Amérique. Les grands hommes peuvent, dans la postérité, être égalés et même surpassés par des hommes plus grands qu'eux , le seul Colomb ne peut jamais l'être par aucun mortel; sa gloire sera toujours sans égale. Il y a sans doute sur le globe beaucoup d'îles et de régions encore- inconnues; mais il n'est plus d'hémisphère à découvrir.