M. Peyret-Lalher ; loc. cit., p
même passion que lui, participait à ses travaux et composait des traités où la magie jouait un trop grand rôle. Quarante ans durant, ils tentèrent des exploitations plus ou moins malheureuses sur plusieurs points du Lyonnais et de la Provence. Au bout de ce temps, ils avaient dépensé plus de 200,000 livres et ils plaidaient contre l'administration, c'est-à-dire contre Richelieu. La baronne de Beausoleil avait le tort de croire (elle était de son temps) aux farfadets qui favorisaient ou contrecarraient les mineurs, à la baguette divinatoire, aux verges métalliques servant à reconnaître les sources et les filons. En 1642, Richelieu fit mettre l'inoffensive magicienne à Vincennes et son maria la Bastille; ils y moururent, diton, bientôt après, rêvant sans nul doute aux trésors \ainement poursuivis, dont le mirage les avait séduits et ruinés ' .
Colbert, nous l'avons dit, s'accommoda de la législation en vigueur, sans tenter de l'améliorer. Cette législation admettait le régime des Concessions et des compagnies privilégiées, tout en respectant, dans une certaine mesure, les droits des possesseurs du sol. A une époque oiï le numéraire était la richesse par excellence, où l'arrivée au Havre d'un navire ayant à bord quelques centaines de mille francs était un événement, l'espoir de découvrir quelque abondant filon d'or ou d'argent devait tenir bien des esprits en éveil. On était d'ailleurs sous l'impression de l'étrange livre de la baronne de Beausoleil,
1. Des exploitations métalliques du Lyonnais, par M. Foiunel, professeur à la Faculté des sciences de Lyon. — Ce travail est inséré dans les Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts d* Lyon, 1801.
la Restitution de Pluton, qui signalai! un grand nombre
de ces mines dans les diverses provinces, particulièremenl en Provence '. Ses indications fussent-elles fausses pour la plupart, on pouvait au moins trouver des mines de plomb ou de cuivre, et conserver ainsi, dans le royaume, tout en occupant un grand nombre de bras, les sommes dont l'achat de ces métaux enrichissait l'étranger.
Les Suédois passaient alors pour les premiers mineurs de l'Europe. En 1607, Colberl en lit venir un certain nombre. Un de ses agents, dont il appréciait particulièrement l'aclivité et l'intelligence, Reich de Penautier, avait insisté pour avoir des ouvriers de ce pays, ou tout au moins de Giromagny, en Alsace. « J'ai fait construire en Languedoc, écrivait-il, nue fonderie de cuivre qui sera considérable, suivant les apparences. Pourvu que j'aie ces gens-là, j'espère que, l'année prochaine, l'on verra clair dans celle affaire -'. o Un arrêt du L2lJ juillet 1666 l'autorisa à faire travailler aux mines de cuivre, plomb, etc.. avec défense aux propriétaires de mettre obstacle aux fouilles. On avait flatté Colberl de l'idée qu'en quatre mois et avec une avance de 144,000 livres, quelques mines du Languedoc fourniraient 800 quintaux de plomb, .'iOO marcs d'ar-
1. Grobet; loc. cit. Irr partie, p. 339. —Le livre de la baronne es| très-curieui en son genre. Gobet, dont le travail parut en 1779 , l'accompagna d'indications historiques et d'observations qui le complètent et ajoutent encore à l'intérêt qu'il présente.
2. Bibl. Nat., Mas. Mélanges Colbert, roi. 145, lui. :;. — C'est ce Penautier, alors trésorier des états du Languedoc et plus tard agent général du clergé, qui l'ut compromis quelques années après d&ns L'affaire de la Brinvilliers. Ou voit dans M""- de Sévigné ci dans Saint-Simon que sans Colbert et l'archevêque do Toulouse, surtout -ans l'argent qu'il sema à profusion et Fort a propos, il ne serait pas sorti net de cettf? affaire. Voir La police sous Louis XI V, chap. iv.
156 CHAPITRE XXJI1.
genl et quantité de cuivre1. S'il avait compté sur ce résultat, les doutes ne tardèrent pas à se produire. Le 1er octobre 1668, le sieur Besche, chef des ouvriers suédois, l'informa, an moment de partir pour le Rouergue, qu'il venait de visiter le pays de Foix et qu'il était ckécouragé de ce qu'il avait vu ; contrairement à ce qu'on lui avait écrit dans son pays, il faudrait du temps pour obtenir de minces rendements. Une compagnie privilégiée, dont Penautier, l'ingénieur de Clerville, Kiquet et plusieurs financiers faisaient partie, avait été formée par Colbert pour l'exploitation des mines du Languedoc. L'union, par malheur, ne régna pas parmi les associés. Un des inspecteurs, Cardillat, écrivait, le 2 octobre 1668, à Colbert, que le directeur de la mine de Cals, près de Carcassonne (c'était une mine de plomb dont on espérait beaucoup), avait été maltraité par les ouvriers, parce qu'il ne les payait pas. faute d'argent, et s'était retiré cliez lui. Or, Cardillal attribuait tous les désordres à un parent de Colberl. lîaelielier, l'un des directeurs de la compagnie, qui promettait beaucoup, ne tenait rien et n'avait que des paroles sans effet. « Cependant, ajoutait-il, personne n'ose branler ni prendre le parti des gens à qui il fait injustice, d'autant qu'il publie partout, monseigneur, qu'il a l'avantage d'être votre proche parent. Mais enfin, il semble qu'il ail été envoyé pour ruiner toutes choses... Si vous prenez, la peine de vous informer de sa conduite, vous trouverez que c'est un homme sans foi et sans ordre, et (pie le mal
1. Avis de César d'Arçons- sur les mines métattieptes r/>»>t il am I"
direction pour le service du roi , préeédé d'une dédicace à Colberf
1667), Gobet ; IIe partie, p. i'7. — Les mines don! il s'agit étaient
••elles du Mas-Cabardès. de la Uade, sur la Montagne-Noire, de Lanel
i'l de bavejean.
esl enoore plus grand que je ne le tais. Pour conclusion, ■ mi ne l'ail presque rien aux mines, ni aux fonderies, h gèle que j'ai pour le service du roi, que j'ai eu l'honneur de servir pendant dix années, m'oblige à ne pas vous déguiser ce que je sais. »
De sou côté, Bachelier écrivait à Colbert, le 10 octobre, qu'il venait de visiter dans le Rouergue des mines de enivre connues des anciens, niais en si mauvais état, qu'A faudrait bien de l'argent el du temps pour les rendre praticables. La correspondance el les mémoires d'un particulier, le sienr Lhenier, qui exploitait déjà pour son compte plusieurs mines du Languedoc, .jettent le jour sur ces affaires. Le 20 novembre 1668, il manda à Colbert qu'en dix-huit mois il avait dépensé 50,000 livres pour établir dc<, aleliers et conslruire. deux fonderies, d'où il était sorti du plomb et du cuivre de lionne qualité, el qu'en huit mois Bachelier avait dépensé 60,000 livres pour tout ruiner. A l'entendre, la compagnie des mines voulait le perdre, l'évincer à tout prix, el c'est Bachelier qu'elle avait chargé de ce soin. Il adressait eu même temps au ministre un long mémoire sûr ce qui serait à faire pour cultiver et pour fondre avec utilité les mine* du Languedoc1.
Les premières lettres qu'on ait de Colbert sur les mines
datent de 1669. Elles montrent < bien, à cette époque.
maigre de- avertissements de mauvais augure, ses illusions étaient grandes, el comment on se plaisait autour de lui à les entretenir. « Le sieur de Penautôer, écrit-il le •2\ mai au chevalier de Llerville. esl arrivé ici, qui m'a
1. J'ai inséré ce mémoire, avec la correspondance de Bescbe, Car dillat et Chenier, gans l'Appendice du t. IV des Lettres
j . :."'i cl SUÎV. ,
donné beaucoup d'espérances de nos mines ; mais je ne serai point bien persuadé d'un succès avantageux que vous ue les ayez visitées, et que je n'en aie appris votre sentiment. Je m'assure que le sieur Besche trouve la mine de Foix non-seulement très-assurée, mais très-bonne, et que les deux mines de Rouergue sont toutes pures de cuivre. Vous pouvez croire avec quelle impatience j'attends la confirmation d'une si bonne nouvelle. » Il lui recommandait en même temps de visiter plusieurs mines que Besche avait condamnées, et de stimuler ce dernier, dont le roi venait de placer le frère en Bourgogne, par la promesse d'avantages encore plus considérables. 11 espérait avoir bientôt assez de cuivre pour la fonderie de Toulon et de plomb pour couvrir le Louvre. Il aurait voulu enfin que Besche décidât les ouvriers suédois à faire venir leurs femmes, sans sïnquiéter des frais, que le roi prendrait à sa charge.
On était loin de s'entendre. En effet, ces ouvriers, que la compagnie continuait à ne pas payer, désertaient Les ateliers ; il fallut envoyer un ingénieur sur les lieux pour faire une enquête. Moins confiant que le ministre. Clerville ne cacha ni ses incertitudes, ni ses craintes. Une lueur d'espoir ayant percé dans une de ses lettres, Colbert s'en réjouit avec lui, persuadé que le bon ordre qu'il avait établi avant son départ des mines, contribuerait beaucoup au succès. On a vu les fâcheuses impressions de Besche en 1668: elles ne faisaient qu'empirer, et Colbert, à chaque instant, croyait devoir vanter son adresse et son habileté, pour lui redonner du cœur. Il l'invitait d'ailleurs à supprimer les agents inutiles, à ne pas s* acharner aux mines évidemment mauvaises. Dépité à la fin par le peu de succès de celles du Languedoc, Besche
forma le projet d'ouvrir des fouilles dans le Béarn. « Vous devez l'en empêcher, écrivil Colberl à un ingj^ nieur, étant nécessaire de s'appliquer de préférence aux mines dont le succès paroi! [dus certain. <> Il était d'avis qu'on s'appliquât à cinq ou six gisements parmi les plus rapprochés <\<'> fonderies el les plus fructueux ; on verrait ensuite s'il y avait lieu d'en attaquer d'autres. « J'attends avec impatience, disait-il eu terminant, îles nouvelles de la visite universelle que vus avez faite de tous nos travaux. Vous savez assez combien je les ai à cœur pour croire que vous ne pouvez rien faire qui me soit plus agréable que de les faire avancer. » El un peu plus tard : '< .le n'ai rien de plus à cœur que d'être tiré une fois des diMiles el des incertitudes où je suis sur ce sujet. »
La visite dont le résultat était attendu avec tant de perplexité constata le faible rendement des mines. Ce qui ajoutait aux inquiétudes de Colbert, c'est que Besche, qu'il n'osait gourmander, retenait une partie de l'argent donl on le chargeait de faire la distribution aux Suédois, qui. de leur côté, cachaient leurs procédés de travail aux ouvriers français. « Outre l'aversion qu'ils ont, écrivait GlervUle, à instruire nos gens de leurs connoissances, je soupçonne qu'il y a encore quelque tromperie cachée par Laquelle on veul empêcher de discerner le bien ou le mal de cette fusion de matières ferrugineuses qui a t'ait jusqu'à celte heure le principal de nos doutes. »
Vers la même époque, Colberl invita un autre ingénieur a surveiller la fonte des matières, celte opération devant décider ce que l'un aurait à espérer « du grand travail qui s'étoil fait depuis trois ou quatre ans. » Il lui ordonnait d'assister à toutes les manipulations et d'en transmettre immédiatemenl le résultat. « Je voua ai tant
ItJO CHAPITRK XX 111.
expliqué, lui écrivit-il le S mars 1670, combien j'ai à cœur d'être tiré des incertitudes où je suis il y a longtemps sur le sujet des mines, que je ne puis assez vous recommander, présentement que vous êtes à Cals, de faire exactement toutes les observations que je vous ai marquées, afin de m'éclaireir si précisément de ce qu'on peut en attendre, que je n'aie plus aucun doute sur ce qu'on en pourra tirer dorénavant. » Saisissant au vol. vers la même époque, les bruits qui lui venaient d'une province nouvellement rattacbée à la France, il se réjouissait de la découverte, à Sainte-Marie-aux-Miues, eu Alsace, « de filons qui prometloient des matières de bonne qualité, en abondance, » et prescrivait à l'intendant d'aider de tout son pouvoir les gens qui proposaient d'y établir une fonderie.
La confiance lui revint aussi, sur ces entrelaites, du •coté du Languedoc. On avait trouvé, dans une des mines du Rouergue, un bm filon. a Vous counoissez assez. écrivit-il à Bescbe, qui lui avait donné cette heureuse nouvelle, combien j'ai à coeur le succès des mines, pour ne rien négliger de ce qui peut contribuer à leur progrès, h Faisant appel à l'intérêt particulier du Suédois, flattant sa vanité, insistant sur sa longue expérience et ses connaissances, Colbert lui demandait avec instance ce qu'on pouvait attendre de ces mines, afin d'envoyer les tonds nécessaires. En réalité, il n'y avait rien à espérer. « La compagnie, lui écrivit alors le ministre (6 décembre 1670), vous fera savoir ce qu'il y aura à faire, tant pour le licenciement des ouvriers, que pour les autres choses que vous devez observer dans cette occasion l. » Peu de temps après
1. On lit dans le livre III des Mémoires du Perraalt, au sujel de ces
,i II TES, CANAUX HT MINES. 161
-M février i«'»ti , il chargeai! Penautier de faire vendre sans délai le cuivre et le plomb provenant des mines de (lais pour payer les ouvriers, el d'avancer au besoin ce qu'on leur devait.
Voilà à quoi avaienl abouti tanl d'efforts, sans <|ue les changements de direction y lissent rien. Au mois d'avril 1664, Colberl avait nommé grand maître et surintendant tiénéral alternatif el triennal des mines et minières de France le sieur de Bailleul, marquis de Château-Gontier. Six ans après, au mois d'août 1670, le président Tubeuf était appel»'' ii son tour à cet emploi. Les résultats, c'està-dire les mécomptes, restant identiques, Colbert se lit nommer lui-même, le \ janvier 167.2, grand maître, surintendant et réformateur général des mines et minières. Deux systèmes avaient été essayés presque simultanément. L'efforl personnel, représenté par Chenier, dont
déboires : « C'était aussi vers ce temps-là (1(170) que M. Colbert fai- <nil rechercher les métaux en plusieurs endroits de la France, sur les avis qu'on lui donna qu'il yen avait abondamment de toutes les fâVjons; car les ministres ne manquent jamais de gens qui leur donnent des avis suivant leur inclination; ef M. Colberl eût été fort aise que toutes choses se fussenl trouvées en France: il me renvoyait tous les échantillons de ce qu'on fouillait, pour les faire éprouver dans les fourneaux de l'Académie des sciences. Après plus de cinquante mille écus de dépenses, il se trouva que les frais de la fouille excédaient de beaucoup le produit : et qu'il était beaucoup plus expédient d'acheter du plomb et de l'étain en Angleterre et du cuivre en Suède (car on n'avait guère fouillé que de ces trois métaux), que d'en vouloir tirer de France. A cette occasion, le ministre me dit : m Nous avons fait là une folie d'autant plus inexcusable, qu'elle a été faite il y a soixante ans ou environ, sous Henri IV, comme on le voit par des pièces d'or et d'argent que nous avons, où il y a écrit : \'.r auro gallico, ex argento gallico.n Je lui dis que dans soixante ans. et même plus tôt, on ferait encore l;i même faute, si on n'écrivait dans plusieurs livres qu'on s'était mal trouvé de cette entreprise, n