‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 77 sur 110 · PREMIERE JEUNESSE. — FAMILLE. — EMPLOIS. DÉTAILS DIVERS · texte numérisé non relu

PREMIERE JEUNESSE. — FAMILLE. — EMPLOIS. DÉTAILS DIVERS

ii . . . Pour M. Colbert le favori, M. Carpentier m'a encore dit qu'il l'a vu étudier au collège de Reims, et qu'il avoiï l'esprit si pesant, qu'il fut toujours des derniers de ses classes; qu'à cause île cela, il en l'ut retiré el mis à Paris chez un notaire nomme Chapelain , où il étoit encore si lourd qu'on s'en étonnoit. Depuis, il entra petit commis chez Sabbathier -, et sa fur tune a commencé par M. de Saint-Poange 3, auquel M. Le Tellier, devenu secrétaire d'État, avant donné sa première commission comme à son beau-frère, il y mil M. Colbert, son parent, pour faire le travail, et lui prenoit les appointerons; qu'après quelques années, M. Le Tellier Ti sa maison, reconnoissanl son espril peu sociable, el le donna à M. le cardinal pour conduire ses affaires domestiques. Etant fort nome, il gagna aussitôt l'esprit de M. le cardinal, qui étoit avare. Voilà son élévation.

«M. Carpentier m'a encore dit que M. Colberl dansoil for

irnal d'Olivier d'Ormessou, t. Il, \ — le reproduis ici ces extraits parce qu'ils sont d'un contemporain, el pr< pour montrer la passion des contemporains. Persécuté bien injustement par Colbert, dont il n'avait pas épousé leshaines contre Fouqnet, Olivier il Ormesson comme vrais les bruits les pins malveillants. Cela dit, il convient néanmoins de l'entendre et de tenir compte, dans une certaine mesure, de ses assertions.

2. Sabbathier ou Sabatier, était trésoriei des parti ■ esl à-dire de

l'impôt payé par les officiers de justice et de finance, à chaque mutation, pour s'.i-surer la propriété de leurs charges.

t. J.-B. Colbert de Saint-Poange, ou Saint-Pouange, était mort le 29 avril 1663.

oOi ANECDOTES SUR COLBERT.

et que c'étoît sa plus forte passion '. J'ai appris que le soir des fiançailles de sa fille , il avoit dansé , dans son domestique , deux courantes, et fort bien.

<r Le sieur Carpentier m'a encore dit que M. Colbert , le maître des requêtes 2, avoit l'esprit fort pesant, mais de grand travail ; fort défiant, peu ouvert, et ne parlant point à ses plus familiers ; aimant la grande dépense et à danser, et dansant tort bien, altier et colère.

e J'appris encore de lui que le père de M. Pussort étoit un marchand de Reims, qui s'allia avec M. Colbert de Vandières.. . ->

« ... Parlant de M. le commandeur de Jars, qui disoit que lesdaines de la cour ne sentoient plus que la soupe et le ragoût , et avoient bu à neuf heures du matin cinq ou six sortes de vins, M. le Prince se souvint d'un bon mot qu'il lui avoit dit, et, ne le voulant pas dire haut , il me tira dans sa ruelle et me dit à l'oreille que , l'ayant rencontré venant de chez M. Colbert , auquel il n'avoit pu parler, et lui ayant demandé ce que faisoit M. Colbert, il lui avoit dit : il pile du soufre, marquant son génie. . . »

« Le mardi 19 juin (1668), je fus dîner au Temple, avec M. le grand prieur. C'étoit le jour de la clôture de son chapitre , dans lequel M. Colbert avoit fait recevoir chevalier de Malte un de ses enfans , et , quoique sa naissance soit connue , il n'a pas laissé de faire paroître les plus belles preuves de noblesse de la France ; il se fait descendre d'Ecosse. C'est l'aveuglement ordinaire à tous les gens élevés. »

« A mon retour (novembre 1668), l'on me dit tous les bruits qui couroient sur les pensions qui se donnoient et dont on avoit remis des mémoires au roi : que M. Hotman prenoit 18,000 livres des fermiers des aides, et que l'on avoit fait voir au roi que tous les commis de M. Colbert prenoient davantage et plus hardiment que ceux de M. Fouquet. M. Colbert avoit la goutte très-forte, et l'on prétendoit qu'il y avoit beaucoup de gens de la cour déclarés contre lui. Le roi, néanmoins, l'avoit été voir deux fois. »

« Le lundi 11 lévrier (1669), dans l'assemblée chez M. le premier président, fut lu un discours que j'avois écrit sur deux questions faites dans cette assemblée. Ce même jour, j'appris que M. Duplessis-Guénegaud avoit donné sa démission au roi, et que

l . Cela fait penser à ce que dit Talleman't de la passion de Sully pour la danse; j'ajoute que les lettres de Colbert à Mazarin contredisent formellement ce passage.

•i. Colbert de Croissy, qui fut par la -suite ministre des affaires étrangères, grâce à la protection de sou frère.

charge étoil donnée à M. Colbert, moyennant 600,000 livres, el qu'il en devoil prêter le serraenl le lendemain mardi. Personne n'a été surpris de eette nouvelle, car, dès que le procès a été

c mencé contre M. Duplessis, on a cru que c'éloil pour avoir sa

charge. .. »

h (Février 1669). — .l'ai su que M. Mesnardeau de Beauraonl avuit été envoyé en exil pour avoir parlé au roi et voulu donner des mémoires contre M. Colbert. »

(( 1671). — M. Colbert fit, durant les fêtes de Pâques, le voyage deRochefort, qui esl un porl de nier que l'on construit, el l'on dit que c'est uni très gi inde dépense mal employée pour un dessein qui ne peu! jamais réussir et où le roi est fort trompé. C'est une entreprise il" M. Colbert, conduite par le sieur Terron, son pareul. L'on avuit. sur cela, donné des mémoires au roi, pour marquer les voleries de Terron; mais, au retour de M. Colbert, on parla bien de cette entreprise, et le roi témoigna être content de Terron. Néanmoins, le voyage du roi, qui avoit résolu d'y aller, tut rompu el n'a pas été fait; et. selon que j'en ai ouï parler à gens connoissans, c'est une grande folie. »>

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