COLBERT ET LE CARROUSEL DE IGG
« On me contoit aujourd'hui ce qui se passa dans le temps du grand carrousel que Louis XIV donna eu 1662. C'étoil M. de Louvois qui avoil proposé au mi de donner ce carrousel. La proposition auroit assez plu à Louis XIV. sans la dépense, qu'il regardoit comme considérable et qu'il n'étoit pas en étal de faire alors. M. de Louvois avoit compté embarrasser M. Colbert par cette idée; l< roi en parla à M. Colbert, mais comme d'une chose impossible . M. Colbert répondit au roi qu'il ne pouvoil assez approuver le con seil que M. de Louvois avoil donné a sa majesté; quec'étoit un projel digne d'un aussi grand mi. Le roi lui demanda à combien il estimoit qu'iroit la dépense . si ce seroil un objet de 3 ou 4U0 mille livres. M. Colbert dit au roi qu'il ne l'alloit point le llatter sur cette dépense, qu'il l'albiit que la fête t'ùt digne tir celui qui la donneroit, el qu'elle coûteroil au moins un million. Le roi crut alors la chose impossible, et demanda à M. Colberl comment il imaginoit pouvoir trouver cette somme. M. Colberl priale mi de ne se point mettre en peine de l'argent, et lui dit qu'il ne lui de-
i . .1/ mioires du due de Luynes sur lu cour ie Louis AT. 'publics par MM. Dussent et Soulié, t. IL p. 333.
mandoit qu'une seule grâce, qui étoit de vouloir bien en garder le secret pendant huit jours.
« C'étoit dans le temps que l'on venoit de donner les fermes générales ; les fermiers craignoient fort que l'on ne leur retirât le domaine de Paris. M. Colbert les envoya quérir aussitôt après la conversation qu'il eut avec le roi, et leur demanda pour quel prix ils mettoient le domaine de Paris dans les fermes générales. Comme leur intérêt étoit d'y donner une moindre valeur, ils dirent à M. Colbert un prix fort au-dessous de ce qu'il savoit être la valeur réelle; M. Colbert leur répondit qu'il étoit persuadé que le domaine de Paris rapportoit davantage, mais que, pour en être plus certain, le roi le retiroit pour six mois ; il convint avec eux d'un prix dont li1 roi leur tiendroit compte, et dont ils furent contens ; même, le prix étant plus fort que leur estimation , ils furent obligés de lui en faire des remercimens. M. Colbert alla rendre compte au mi de Ce qu'il venuit de faire, et lui dit que sa majesté pouvoit déclarer le carrousel, qu'il étoit même convenable qu'il fût annoncé dans toutes les cours étrangères et indiqué pour dans trois ou quatre mois.
«Ce conseil fut suivi exactement; il vint de toutes parts un prodigieux nombre d'étrangers. Trois semaines ou un mois avant le jour destiné pour le carrousel, M. Colbert représenta au roi que tout n'étant pas encore arrange pour cette fête, il étoit plus convenable de la remettre pour quinze jours ou environ. Ce court intervalle ayant obligé ceux qui étoient venus de rester à Paris, la eonsoBLmation extraordinaire quecettcafllucnce attira dans la ville augmenta considérablement les revenus de sa majesté par rapport aux entrées, et, lorsque la t'éie eut été donnée avec toute la magnificence possible et que le roi voulut savoir ce qu'elle lui coùtoit . M. Colberl lui montra que, bien loin de lui avoir coûté, elle lui avoit valu plus d'un million, tous frais faits, m