‹ Histoire de Cromwell (volume 2)Chapitre 121 sur 160 · LIVRE ClHQÛlèME. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE ClHQÛlèME. 3o

CromweU victorieux, fit partir à l'heure même le lieutenant <- général Lambert pour s'emparer d'Édinbourg, qui, dans la conslernalion générale, se trouva sans défense et presque abandonnée de ses habitants. La ville ^gg^ maritime de Leith se rendit également à Lamb«rt.Du reste ^ Cromwell montra (i) cette fois autant de modération que d'activité dans Fusage de la victoire. Jaloux de faire mentir les mi* nistres presbytériens , et sachant bien que la poUdqite barbare, dont il avait efirayé llrlande, n'aurait en Ecosse ni le même prétexte ni la même utilité, il traita favorablement les prisonniers qui se trouvaient au nombre de près de neuf mille ; et il rendit la liberté au plus giand noml»v, a£Gectant de ne voir dans les Écossais que des frères égarés.

La prise d'Edinbourg n'avait pas entraîné la reddition de la forlieresse , où s'étaient re- Algies tous les ministres presbytériens de la ville , qui animaient à la résistance une nom* breuse garnison. Ayant rejoint Lambert à la

(,i) The parliamentary hiitorf^ ▼. xix , p. 43o. /. ao

3o6 HISTOÏRE BE CROMWBLL.

tête de toute son armée, au lieu de commander Tassant , Cromwell entreprit avec le gouverneur une négociation théologique , qui peut paraître un monument curieux de cette époque : elle commença par une invitation aux ministres presbytériens de venir librement prêcher dans leurs églises. Le gouverneur répondit en leur nom : que voyant la persécution personnelle dirigée par le parti de Cromwell contre les ministres de Jésus-Christ, ils se réservaient pour de meilleurs jours, et qu'ils attendaientceluiquiavaitunmomentdétoumé sa face de dessus les fils de Jacob. Cromwell ne laissa point ce refus sans réponse : et le gouverneur ayant allégué de nouveau les objections des ministres , Cromwell, qui sans doute avait beaucoup de loisir, comme il le dit lui-même (i), répliqua par une lettre longue et raisonnée. Les ministres se plaignaient qu'il voulût intervenir dans le gouvernement de Téglise. Cromwell se plaignait que l'église voulût gouverner le monde; et il employait le

(i) The Pttrliamentarj hûtorj, t. xu, p. 45o.

LIVA'fe CIWQUièME. So^

raisonnement dont s'est servi Bossuet pour* combattre l'autorité des églises réformées. Il se défendait d'avoir jamais persécuté les ministres qui se bornaient à l'explication de l'Évangile. « Les ministres, dit- il, sont les soutiens et c non les dominateurs de la foi du peuple; € j'en appelle à leur conscience. Ne nommenta ils pas sectaires ceux qui s'éloignent de leur a opinion , et que font-ils par-là , sinon d'ôter a aux chrétiens leur liberté et de s'arroger la a chaire infaillible. »

Dans un autre passage, Cromwell montre ces principes de tolérance religieuse , dont il fit un si grand usage pour se concilier toutes les sectes, ce Êtes- vous mécontents , écrivait-il «c aux ministres écossais, de ce que l'on prêche « le nom de Jésus-Christ? La prédication vous Qc paraît -elle exclusivement attachée à votre « ministère ? Notre liberté scandalise - 1 - elle a vos églises ? est-elle contraire à la loi ? Ana- « thème à la loi , s'il en est ainsi. Vous vous a méprenez sur le sens de l'Écriture. L'ordinaa tion est un acte de convenance , et non de « nécessité. Votre prétendue crainte que l'er-

ao.

3o8 HISTOIRE DE CROMWELL.

« reur ne s'introduise à la faveur de la liberté, « resseoible à la prudence d*an homiiie qui m garderait sous def tous les vins du psjs, de « peur qu'on ne s'emvrat Ge serait une jac louaie injuste et déraisonnaUe de refuser à c quelqu un la jouissance dlim droit naturel , « sous prétexte qu il peut en abuser. S'il abuse, « jugex-le. Lorsqu'un bomme parle Cbllement, c soufires4e, parce que vous êtes sages. STii se « trompe, la vérité se montre dans votre réa ponse, fennez4ui la bouche par despait>les c raîdonnaMesauxquellesiliiepttisserépondre.

< S'il blasphème et trouble l'ordre public, lais- « sez aux magistrats civils le soin de le punir. « S'il dit vrai, réjouiasecp-vous de la vérité. »

Cette lettre ( i ) est écrite avec une vigueur de raison bien éloignée du galimatias mystique, dont Cromwell a rempli quelques*ims de ses discours au parlement II parle ici de théologie en homme d'état, comme il traitait quelquefois les affiiires en fanatique. Ce qui peut faare croire qu'au fond et pour son siècle il n'était ja-

(i) Tharloe's 9tate paperf, t. i, p. i6i.

Page 1