LIVRE CINQUIÈME
d'Olbridge , à peu de distance de cette ville , il rencontra un corps de troupes royales , sous les ordres du major Massey. Lambert et Fleetwood forcèrent le passage, après un combat assez rude , où le major Massey , le meilleur officier de l'armée de Charles , fut dangereusement blessé. Cromwell laissa sur ce point dix à onze mille hommes, et couvrit la Severn d'un pont de bateaux , pour attaquer lui-même sur un autre point plus rapproché. L'armée royale occupait l'autre rive et s'appuyait sur Worcester. Les officiers manquaient d'espérance et d'union. Le duc de Buckingham , célèbre par les agréments et la frivolité héréditaires dans sa famille, avait eu la vanité de prétendre au commandement général; et le refus raisonnable de Charles lui paraissait un outrage. Le général Lesley servait avec peu de zèle ; et la disgrâce constante qu'il éprouva sous le parlement et sous Cromwell , a pu seule l'absoudre du reproche de trahison.
Charles montrait beaucoup de bravoure et de gaieté.
Le 3 septembre , anniversaire de la victoire
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de Dunbaf , Cr<Miiw«ll fit passer la rivière à une partie de ses troupes, et renversa les premiers carp» de l'armée royale.
Le Roi , qui était resté tofite la nuit à ehe^ val , aceomiit , et trouva ses soldats qui se repliaient sur Worcester. La bataille reeomoaença avec plus d'ordre el de fiirear. Le jeune prince s'élança sur l'ennemi à la tête des dragons du régiment d'Hamilton. Le régiment de Cromwell plia quelques moments ; mais la supériorité du nombre remporta. Cbarfes alors combattit à pied ; son infanterie étant repoussée après un rude combat, il reprit un cheval, et voulut encore rallier quelque cavalerie; mais la bataille était perdue. Les plus braves officiers étaient blessés ou cKspersés, et Charles fut réduit à fîiir. « On ne sait pas ce que le c Roi est devenu , écrivait un officier prîson- « nier ; puisse Dieu le conserver, car on ne « vit jamais plus brave et plus généreux « prince. »
Une partie de l'inCa^ntepie écos^ise s^éfant repliée sur la viDe , les vainqueurs entrèrent avec les 6iy»ds , et le carnage continua dans
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ies rue». La foitevesse fut emportée d'assaut; «t Cromwell fit massacrer sur Theure toute la garDÎson ^ qui a^ait refusé de se rendre. Il avait envoyé plusieurs détadiements à la poursuite de» restes de la cavalerie ennemie ; et cm arrêtait partout les malheureux Écossais, eoirtre lesquels une vieille inimitié animait les habitants des campagnes. A peine un petit nombre se sauverent'ils jusque dans leur pays, où ils trouvaient d'autres eimemis non moins implacables. Le brave HamUton , laissé sur le champ de bataille , la jandM brisée d'un boulet de canon ^ mourut le lendemain , heureux d'échapper ainsi au suppliée dont le vainqueur voulait en vain flétrir les nobles chefs du parti vaincu.
Dans le transport d'une si grande victoire, qu'il appelait une misérieonk Muronnanie, Cromwell (i) écrivait au parlement : «Je ▼ous « prie de diriger toutes vos pensées à la gloire M du Seigneur, qui a opéré cette grande libé- « ration , et de ne pas sottIGnr que la satiété — - — ■ — ■ — — — — .^ — ^^ — ..- ■
(i) The Pftrliamsatary bîtloiy, v. ix, p. 47-
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ti de tant de miséricordes continues produise « parmi vous Torgueil et la licence, comme il ce est arrivé autrefois à un peuple élu de Dieu. « Mais puisse la crainte du Seigneur, inspirée « par ses miséricordes mêmes , conserver toii- € jours Tautorité , et maintenir dans Thumilité « et l'obéissance un peuple si protégé et béni « par tant de témoignages. Que la miséricorde « et la vérité émanent de vous comme un re- <c merciemeiit ofifert au Seigneur; c'est la prière « de votre humble et fidèle serviteur. »
Malgré la pieuse modestie de ce langage , Ludlow fait remonter à cette époque la première révélation des projets ambitieux de Cromwell. Il rapporte que Hugh Peters , fanatique célèbre, dit à son retour de Worcester, que ( I ) Cromwell se ferait Roi. On pouvait le croire en voyant que, sur le champ de ba»
taille , il avait conféré de sa main le grade de chevalier à deux de ses officiers , empruntant ainsi et les usages de la monarchie et la prérogative personnelle du souverain.
(i) Ladlow*s memoirs fT.itf p* 447*