LIVRE PREMIER
de son entreprise. Charles s'avança sur Londres. Les négociations furent renouvelées. Il semble qu'il y avait, dans le caractère de ce prince , un obstacle à la paix comme à la victoire. Charles était brave, généreux; la pureté de ses mœurs devait rapprocher de lui les plus rigoureux sectaires; il montra dans toutes les discussions une grai^^e supériorité d'esprit. « Son malheur, dit Whitelocke, était <c d'avoir meilleure opinion du jugement des ce autres que du sien , quoique le sien fût pré- « férable. » Dans la confusion des avis qu'il recevait , et l'incertitude de sa propre volonté , il ne poussa point la guerre avec vigueur, il * ne se résigna point aux conditions de la paix, avec une promptitude qui pouvait tout réparer. Les républicains lui ont amèrement reproché sa déférence pour la reine ( i ) , princesse d'une rare beauté, d'un esprit distingué , mais que sa religion rendait suspecte à l'Angleterre. Charles l'aimait avec une ex-
(i) Memoirs of the life of colonel Hutchinson , written by mistriss Lacy Hutchinson, roi. i, p. 128 and i35.
5o HISTOIRE DE CROMWELL.
trême tendresse ; et lorsqu'il vit cette femme aimable et légère, résister avec un courage héroïque aux malheurs, où peut-être elle Tavait engagé; lorsqu'il la vit fugitive, proscrite , traversant la mer pour lui amener des secours , son estime et sa reconnaissance durent redoubler pour elle : ainsi les vertus privées peuvent entrer au nombre des faiblesses d'un roi.
1643. Pendant que la guerre générale se poursuivait avec peu d'avantages pour le parlement, Cromwell , attentif à exciter la sédition , parcourut les comtés de Cambridge, d'Essex, de Norfolk et de Suffolk (i), où lord Capel, désormais le plus ferme appui de la caus^ royale, devait exciter un soulèvement. Une association royale, qui se formait dans la ville de Lowerstorst, fut étouffée par son activité ; il dispersa les royalistes , qu'on appela conjurés , se saisit de leurs préparatifs et de leurs armes , et retint sous le pouvoir du par-
(i)The history of the parliament, wriuen by Thomas May, secretary of the parliament, book III, p. 69.