‹ Histoire de Cromwell (volume 2)Chapitre 45 sur 160 · LIVRE SECOND. QÎ · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. QÎ

le i4 juin devant la ville de Nazeby, qui a donné son nom à cette journée la plus décisive pour la cfaûte du trône.

La bataille (i) commença à dix heures du 1645. matin. Les parlementaires avaient pour mot de ralliement , Dieu soit notre force. Le mot des royalistes, Dieu et la reine Marie ^ rappelait le souvenir d'une reine qui avait déshonoré le trône et la religion par une cruauté fanatique; et les troupes d'un monarque aussi généreux que Charles I**" , auraient dû combattre sous une invocation moins sinistre pour lesvaincus. Au premier choc des deux armées, le prince Robert, à la tête d'une partie de la cavalerie royale , poussa vivement l'aile gauche des ennemis, et la poursuivit jusqu'à la ville de ]!7azeby. Ireton fut blessé et fait prisonnier: mais, pendant que le prince Ro-> bert se laissait emporter par ce commencement de victoire ; à l'autre extrémité , Cromwell ayant battu la cavalerie royale qui lui

(i) Whîtelocke's memorîals , p. i5o. '— Letter of CromweH.

faisait fkce, s'arrêta, et revint au centre du combat, où le général Fairfax se soutenait avec désavantage. Cromwell , à la tête de ses dragons victorieux, fondit sur Finfanterie royale , et la mit dans un tel désordre, qu'aucun secours ne pouvait plus lui rendre la victoire.

Charles I^, après avoir long-temps combattu, rejoignit le corps de réserve qui se trouvait réduit à {Inaction, étant privé des troupes que le prince Robert avait entraînées dans une poursuite inutile ; c'était la seconde bataille perdue par une faute semblable. Lorsque le priinoe reparut enfin , le roi voulut , en réunissant cette cavalerie à son corps de réserve, £anre un dernier effort contre l'ennemi qui avait achevé de vaincre. Il donna l'exemple , il poussa son cheval ; mais cette troupe, peu ralliée , refiisa de le suivre. On rapporte que , dans ce moment , un seigneur écossais , ef&ayé du dang^* personne où s'exposait le monarque , ayant détourné la bride du cheval, ce mouvement, mal interprété, devint le signal d'une déroute qui entraîna touL

' LIVRE SECOND. qS

L'armée {>arleineDtaire , qui n'avait éprouvé qu'une perte très*faîble , fit cinq mille prison* QÎers , s'empara de Tartilierie et des bagages du roi , ainsi que de beaucoup de dames qui suivaient , l'armée. On enleva même une cassette qui renfermait des papiers secrets , dont la publicité (i) devint un moyen de faire soupçonner la bonne Ibi du monarque dans les négociations, que naguères encore i^l entretenait avec les commissaires du parlement.

Cette victoire, si fatale au trône, fut le résultat de la réforme militaire , et snr-teut de la forte et pieuse disdpbne que rinfloence de Cromwell répandait chaque jour dans U nouvelle armée. C'est la remarque de Clar^idon; les troupes du roi (a) , lors «âoe (pt'elles avaient l'avantage, se raUiaieat aveo peine. La première armée parlementaire^ sous Ëssex et sous Valkr, avaît •égaiemenst montré plus de valeur que de constance et d^; discipline ; tandis que les troupes de Fair&x et de Cromwell ,

(i) LadloVs memoirs, v. I, p. 167.

(a) Clarendon'fl kistorj, p. 4)0.

victorieuses ou repoussées , gardaient ou reprenaient leurs rangs avec une opiniâtre régularité , et combattaient comme un seul homme, suivant Texpression de rÉcriture , qui s'applique si naturellement à ces courageux sectaires.

Un hasard heureux a fait retrouver l'original de la lettre ( i ) écrite par Cromwell à l'orateur du parlement, le soir même de cette grande journée; il parle beaucoup de cette protection divine dont se vantent toujours les vainqueurs; mais il en parle avec une force d'expression religieuse qui caractérise particulièrement son siècle, et avec cette adresse politique qu'il savait y mêler : « Je me sens , « dit-il, personnellement obligé de vous anct noncer 4e coup-de-main que Dieu vient de ce nous donner. La main de Dieu a seule a éclaté ; à lui seul appartient cette gloire , <c dans laquelle nous n'avons rien à partager « avec lui. Le général vous a servi avec hon- <c neur et fidélité ; et le plus grand éloge que

(i) Retrouvée par Horace Walpole, en 1754*

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