LIVRE PREMIER. l
de Charles I*', arrivait à cette époque où les nations fermentent et mûrissent. Elle était au même période que la France sous Richelieu.
La France perdit sa liberté, et elle eut pour dédommagement le siècle de Louis XIY. L'Angleterre, en fondant la sienne, se préparait une grandeur indépendacfte des hasards de la succession et du génie d'un roi.
L*esprit de liberté s'était annoncé avec beaucoup de force et même d'injustice, dans le premier parlement assemblé par Charles.
On avait refusé au monarque des subsides réclamés pour l'entretien d'une guerre approuvée par la nation. Réduit par ce refus à des ressources arbitraires, Charles avait été jeté dans des torts réels envers un peuple jaloux de sa liberté. Les plaintes s'accroissaient d'un parlement à l'autre; or, un parlement était une chose inévitable, à laquelle le roi devait revenir tôt ou tard. Il en assembla donc un nouveau, qu'il trouva plus difficile et plus impérieux que le précédent. C'était comme autant d'épreuves successives , dans lesquelles l'autorité du monarque allait toujours s'affaiblissant.
l6 HISTOIRE DE CROMWELL.
Cromwell fut membre du parlement de 1628, le troisième que Charles ait convoqué. La révolution n'était pas encore assez avancée pour qu'il y eût place pour Cromwell. Dans cette chambre, dont les intentions étaient nobles et pures, Cromwell ne se distingua point. On voit seulement qu'il fut membre d'un comité de religion. Ce choix indique assez que son esprit était alors particulièrement tourné vers cette théologie contentieuse , dont il fit une arme si puissante. Lorsque l'assemblée de i6a8, dominée par l'influence des Puritains, eut substitué à la modération qu'elle avait d'abord montrée, de violentes invectives contre les évéques, Cromwell (i) dénonça le plat papisme de l'évêque de Winchester, attaqua sous le même prétexte l'évêque de Winton, et se plaignit que les censures de la chambre contre certains prédicateurs devinssent , aux yeux de la cour, un titre qui les faisait porter aux dignités ecclésiastiques. Ce parlement fut dissous ; Charles régna seul.
(i) The Parliamentaiy Historj, v. vizi , p. 289.
LITRE PRBMISB. l'J
CroiErwell et le génie de la guerre câvile se reposèrent douze ans. Il semble que ce long exercice de Taniorité royale, ({ui fot mêlé de prospérités ^ aurait dm éiouflFer leis germes de la révototion ; Biais le pouiroir appaise un« sédition , un mouveneitt populaire ; il ne £siit rien sur des opôoiona ^ loéme coa ks réduisant au silence. £Ues se fortifient eu atlen* dant; et il arrive tot^'ours quelcfue moment' de relâelie ou de faiblesse, qui leur rend Toccaskm d'agir. Le peuple angUôs vécut douze années tranqroitte sous na roi absolu, mais mo* déré ; et lorscpa'apràs œ loi»g calme la nécesr site ramena le roi à la co«ivOcation des par* lemenls^ l'opposîtiosa refigîeuae et pof^ulaîre, toujours la même, et plus forte seulement de la justice de ses plaintes , se trouira prête poutf combattre et détruire la moBtarchie.
Dans cet intervalle, Cronkwell de fournit rien à l'histoire. H était père de faiai]le,et pauvre , trop obscur pour s'atteer une persécution personnelle, mais compris dans les rigueurs odieuses que le gouvernement exerçait à l'égard des sectaires. Ces mesures, exci-
l8 HISTOIRE DE CROMWELL.
tées par le zèle de Lawd , archevêque de Cantorbéiy, persécuteur d'autant plus aveugle qu'il était homme irréprochable j furent poussées sijoin, que beaucoup de Puritains aimèrent mieux renoncer à leur' patrie, et passèrent dans les colonies anglaises. Cette fuite , au lieu d'éclairer le conseil du Roi sur le danger de l'intolérance , y fit ajouter une nouvelle injustice : et , par une bizarre fatalité i à l'époque même où Cromwell (i), et quelques autres sectaires, s'embarquaient pour l'Amérique septentrionale , un ordre arbitraire du conseil interdit ces émigrations, et fit descendre Cromwell du vaisseau qui , pour toujours, allait peut-être l'éloigner de l'Angleterre, ir parait qu'il continua de se perfectionner dans le fanatisme, assistant aux pieuses assemblées des Puritains, et s'exerçant à ces prédications, à ce verbiage mystique dont il porta l'habitude dans les discussions politiques, et
(i) Rasworth, t. i, p. 410. — Ncale's history of thc Paritans/p. 33a.
Elenchus motuum nuperorum in JngUa; para seconda,
p. ai9'