LIVRE ONZIÈME
Haro , il n'arriva que fort tard à Fontarabie , où la dernière victoire du parlement (i) était la seule nouvelle qui fut encore parvenue touchant l'état de l'Angleterre. Lockhart , nommé iSSg* plénipotentiaire du parlement , était d'ailleurs présent à ce congrès avec toute l'autorité et tous les souvenirs du protectorat ; et il obtenait des deux ministres les ménagements et les honneurs^que l'on croyait devoir à la fortune renaissante de la république. Charles II, qui s'était fait précéder par Ormonde , reçut de l'ambassadeur espagnojl quelques vaines démonstrations de respect , et le conseil de s'adresser à Mazarin (2). Mais le cardinal , qui était encore à Saint-Jean-de-Luz , refusa de recevoir le Roi , sous prétexte que cette entrevue donnerait mal-à-propos de l'ombrage au parlement , sans être utile aux intérêts de Charles. Les Mémoires .du temps ont expliqué cette froideur de Mazarin par des motifs de dépit personnel. Ils ont supposé que ce
(1) Lndlow^s memoirs , v. n , p. 697.
{%) Claiendon's history, p. 710.
ministre avait offert une de ses nièces à Charles II,. et qu'il fut blessé d'un refus où perçait l'orgueil du trône. D'autres racontent que Charles II avait lui-même inutilement re* cherché la main de cette belle Hortence Mancini, tant célébrée par Saint-Évremont, et qui vint , quelques années apf es , porter en Angleterre l'éclat de son esprit , de ses fautes et de ses malheurs. Quel que soit le crédit que l'on donne à ces anecdotes, il est certain que le cardinal (i), voyant plutôt les ■ imprudences
des conseillers de Charles , que la situation de
l'Angleterre , loin de soupçonner le prochain rétablissement de la monarchie , s'était alors fortifié dans l'opinion contraire. Cette fausse conviction peut assez expliquer son indiffé* reiice pour une cause , qu'il croyait perdue sans retour. Les Mémoires de Jacques II nous apprennent que cette indifférence alla même jusqu'aux plus injurieux procédés. Le Roi, revenu de Fontarabie, demanda vainement la liberté de rester en secret sur les terres de
(i) Lettre da cardinal Masaria, y. u, p. 177, 189.