‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 15 sur 131 · LIVRE S£PTi:ÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE S£PTi:ÈHE

coup d'avoir forcé cette populace de Londres , enivrée de démocratie , à supporter le renouveOeoient d'une pompe toute royale. Cromwell affectant une des prérogatives de la couronne, fit chevalier le lord -maire, et lui donna sa propre épée. Dans un pays , où les autorités municipales avaient toujours eu beaucoup de force, cette reconnaissance publique et respectueuse de la puissance du Protecteur Jie pouvait paraître un cérémonial indifFérent.

Ludlow ne dissimule pas qu'il en fut luimême frappé, et qu'il y vit un témoignage du progrès de l'usurpation.

Cette soumission, que Cromwell trouva dans les trois royaumes, était secondée par l'assentiment de tous les états de l'Europe.

Ce n'est pas , sans doute , que le meurtrier juridique d'un Roi, succédant au pouvoir de celui qu'il a fait périr, ne dût paraître un iiorrible exemple; mais la politique et les idées des différents peuples n'étaient pas encore assez rapprochées ; et l'Angleterre particulièrement était trop séparée des autres royaumes, par sa position et par ses anciennes //. 4

formes politiques, pour que cet exemple parût à craindre. La révolution était enfermée dans TAngleterre , comme le Puritanisme. Ailleurs , les assemblées qui en avaient été Finstrument n existaient pas, et les idées qui en avaient été la cause n'étaient pas comprises. Un sentiment de dignité, qui Ç6t aussi, une maxime de politique, aurait du sans doute interdire à des Souverains toute alliance avec le meurtrier d'un Roi. Ce sentiment n'arrêta point les ministres, qu'un hasard rendait alors maîtres absolus dans presque tous les états. Par une autre circonstance, qui paraîtrait singulière, si les démarches des cours devaient s'expliquer, par leurs opinion^, et non pas unicpiement par leur force ou par leur faiblesse, ce fiit ( I ) l'Espagne , que l'on vit la plus empressée à reconnaître l'usurpation de Cromv^ell. L'ambassadeur espagnol, don liouis de Carderas, vint le premier rendre hommage au Protecteur. Il l'engagea même à s'emparer ouvertement de la couronne d'Angleterre , lui

(i) Tlie Parliamentary iiiatory , v. xx, p. 268.

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ofiErant et lui promettant pour cette entreprise le secours de Sa Majesté Catholique , bassesse à Jaquelle Cromwell affecta de ne point répondre. L'ambassadeur de Portugal vint ensuite. Le cardinal Mas^œin , dont la politique était aussi dépourvue de fierté que de probité , û'hésita pcHnt à féliciter le Protecteur d'une âévaûon , qu'il pressentait depuis long-temps. Presque tous les autres états reconnurent Cromvrell. On remarqua même une ambassade de Télecteur de fivandebourg , puissance alors presque ignorée en JEurope. Une reine célèbre , que sa philosophie peu mcM'ale mettait au-dessus des bienséances et des devoirs , et qui sans doute ne s'intéressait guères à l'inviolabilité des trônes y au moment où elle méditait de quitter le sien , Christine , affecta même envers Cromwell tous les égards de Tadmiration et de l'amitié. Whitelocke, envoyé d'abotd en Suède comme ambassadeur de la république , fut reçu avec de grands honneurs, qui s'augmentèrent encore , lorsqu'il annonça l'élection, du Protecteur. Il vit souvent la reine, et conclut avec eUe un traité tout en

faveur des vues de Cromwell. Le génie singulier de Christine , souveraine absolue , aimait les victoires de la liberté anglaise ; et par un autre caprice , elle se plaisait à l'élévation de Cromwell qui , tout en détruisant cette liberté , lui semblait du moins interrompre la marche ordinaire du monde et démentir le préjugé des couronnes. La Reine , dans son estime pour l'ambassadeur anglais, alla même (i) jusqu'à lui confier quelques mois d'avance le projet de son abdication. Ce fut, en e£Fet, cette même année, qu'à l'âge de vingt-six ans, Christine, puissante et respectée, déposa la couronne, et qu'étant partie sans «uite et sous des vêtements étrangers à son sexe , elle vint à Rome se faire catholique, par indifférence pour toutes les religions.

Mais la négociation la plus importante pour le Protecteur, était celle qui devait glorieusement terminer la guerre contre la Hollande.

Avant d'être nommé Protecteur , Cromv^rell , dans une longue conférence avec Bevervingck,

(i) Wbitelocke*8 memorials, p. 564.

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