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Taux étrangers , après s*étr€ amusé quelque temps de leur rapide allure , U lui prit fantaisie de les guider lui-même. Il laissa Thurloe dans la voiture et prit la place du cocher, « ne croyatit pas , dit Ludlow, qu'il fut plus < difficile de conduire quelques chevaux que « de mener trois nations. » Mais les chevaux , vifs et indociles sous la main de leur nouveau conducteur, s'effarouchèrent et emportèrent la voiture, qui fut bientôt renversée. Dans cette chute, un pistolet que portait Cromwell , fit feu , sans le blesser lui-même. On releva le Protecteur, étourdi et meurtri de sa chute, mais moins maltraité que Thurloe.
On peut remarquer dans de récit Tattention de Cromwell à porter toujours des armes sur lui. Entouré de conspirations ^ une perpé^ tuelle défiance le tourmentait, et le rendait chaque joiu* moins accessible. Deux gardes nombreuses veillaient sur White - iBall. Dans quelques circonstances solennelles , dans les réceptions d'ambassadeurs , dans les banquets publics , il montrait beaucoup de magnificence et d'affabilité ; mais sa vie habituelle était
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tombre et retirée. Sa cour n'avait d'autres vices que Tambition , le fanatisme et l'hypocrisie. On n'y voyait que des officiers et des prêtres. Les amusements du théâtre , les distractions mondaines , en étaient bannies ; et ce séjour de cupidité , d'ambition, de grandeur, avait toute l'austérité d'un cloître. Cromwell affectait les mœurs les plus sévères. Ayant reçu qu^quefois avec honneur un parent du Roi de Danemarck , il refusa tout^à-coup de le voir, sous prétexte que c'était un jeune homme sans moeurs. Cette même Christine ^ si passionnée pour la gloire de Cromwell , éprouva de sa part une réprobation humiliante. Cromwell avait d'abord réponduà l'admiration de la reine de Suède par des témoignages de respect. Il lui avait adressé son portrait , avec quelques vers latins, composés par Marvel, l'un des poètes de sa cour, et parfaitement imités par Voltaire :
D'un peuple généreux j*ai vengé la querelle ; Les armes à la main j*ai défendu ses droits.
Regardez, sans pâlir, ceUe image fidèle.
Mon front n'est pas toujours Tépouyante des Rois<
Mais Christine, après son abdication, ayant voulu visiter rAngleterre et la cour du Protecteur, Cromwell (i) , que Whitelocke avertit de ce projet, parut le blâmer, et y refuser son aveu , en alléguant les mœurs trop libres et la conduite légère de la Reine.
La fin de cette session querelleuse fut principalement occupée par divers bills pour assurer le Tretour d'un parlement trieiïnal, même sans la convocation du lord Protecteur.
Cette assemblée, si attentive à garantir la liberté «des élections , rendit un bill (2) qui déclarait incapables d'y concourir les ivrognes, les jureurs, les joueurs, et les profisinateurs du dimanche, toutes exceptions étrangères à la loi civile , et favorables à l'arbitraire le plus illimité. Cest une des idées fausses qui causent les plus épouvantables tyraiinies de vouloir soumettre la vie privée à l'inquisition de la loi. Dans la révolution d'Angleterre, on recherchait les moeurs et les principes , comme
(i) Whitf'locke^s memorials, p. 575.
(2) The Parliamentarj bistory, t/xx, p. 45 1.
dans la nôtre on poursuivait les opinions et les souvenirs.
Cromwell avait beaucoup obtenu de cette assemblée ^ d'abord si difficile & dominer; elle avait reconnu son pouvoir et son titre ; elle lui avait accordé une liste civile de 200,000 1. st. , et la possession de tous les domaines royaux ; elle ratifia le choix des hommes qu'il avait pla<;és dans la commission du sCi^au, dans la trésorerie et dans les tHbunaux. Mais elle n'en était pas moins un objet d'espérance et d'en-
couragement pour tous les ennemis du Protecteur ; il paraît même, que quelques-uns de ses membres entretenaient des intelligences roya-listes. Ludlow affirme que le mécontentement' de Cromwell fut porté à l'excès par le refus que fit l'assemblée de reconnaître l'hérédité du protectorat. Il attendit cependant l'expiration des cinq mois prescrits par la constitution. L'assemblée se hâtait, de crainte d'être surprise par quelque dissolution soudaine.
Cromwell, au lieu de suivre le calendrier ordinaire , supputa le temps , d'après la manière de compter des^ soldats; et aussitôt que ce
compte abrégé se trouva complet, le fàii janvier , lorsque l'assemblée espérait encore quei(][ues jours de durée , il la convoqua dans la salle peinte, et prononça la dissolution, 16S4. après une longue harangue, pleine de colère et d'amertume.
Les discours de Cromwell sont trop fréquents et trop longs, pour ne pas faire supposer qu'il y avait à -la -fois de sa part calcul et manie. Cet homme d'une impétuosité si féroce , plaçait dans son éloquence un des grands moyens de son pouvoir ; et les habitudes théologiques lui avaient laissé un inépuisable besoin de parler , qui semblerait contraire à cette profondeur de dissimulation qu'on lui attribue. Mais le verbiage mystique du temps sert à Cromwell d'un voile merveilleux. C'est ainsi qu'il reproche à l'assemblée « d'avoir « arrêté l'œuvre de Dieu, de n'avoir pas fait « valoir le talent confié dans ses mains, « d'être un ombrage funeste , à l'abri duquel « croissent les mécontentements et les trou- « blés. »
Une partie du discours est consacrée à des
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accusations et des plaintes de tout genre, sur la résistance de rassemblée. Au milieu de reproches amers et multipliés , on est étonné d'entendre le Protecteur s'écrier : « J'en <c vois parmi vous un grand nombre , pour « chacun desquels je donnerais ma vie; oui, « je voudrais , par la grâce de Dieu , donner <c ma vie pour vous , tant je suis loin de porter a un cœur peu charitable et peu chrétien à « l'égard de vous tous, considérés individuelce lement. »
Ailleurs , il proteste de nouveau de son indifférence pour les honneurs et pour la grandeur de sa famille. « Si vous m'aviez offert, <c dit-il, une chose, une seule chose sur le « modèle de Tancien gouvernement ( je parle « comme ayant réfléchi devant Dieu , comme a ayant toujours gardé la même opinion j us- « qu'à ce jour, opinion bien connue du grand « nombre de ceux qui m'écputent ) ; si vous « aviez inséré dans l'acte cette chose, c'est-à- « dire l'hérédité du gouvernement dans ma ce famille, j'aurais refusé; je n'aurais pu faire c( autrement, suivant ma conscience actuelle
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ce et mes lumières. Ce fut toujours mon prin- <c cipe, quand ce gouvernement m'a été propose se, d'en exclure l'hérédité. Je me souvins que ce Dieu a déclaré quel gouvernement il donnait ce aux Juifs , et qu'il le plaça dans les mains de « ceux qui avaient servi à la délivrance de la « patrie ; et, considérant cette promesse rap- « portée par Isaïe , que Dieu d'abord , et pour « le commencement , voulait donner un gou- « vemeur et des juges , je savais seulement ce que Dieu commencerait; et, quoiqu'il l'ait « £ut aujourd'hui par le choix d'une personne « très-indigne, je pensai qu'il pouvait encore « user du même droit dans l'avenir. Je dis a qu'il faut des hommes choisis pour leur « amour de Dieu , de la justice et de la vérité , «c et non par succession héréditaire ; car, comme a dit FEcdésiaste , quel homme saitsUl engena drera un fou ou un sage ? *
«Peut-être je vous fais cette déclaration avec € trop de chaleur, comme pour un intérêt perce sonnel , et j'ignore quelle place elle trouvera % dans vos cœurs ; mais , quoiqu'il arrive ^ je « m'appuie sur ma sinoérité et ma franchi$e* »
Ludlow remarque, dans cette déclaration, plusieurs fourberies à- la -fois; Cromwell ne répond que de son refus actuel, et se ménage le pouvoir de changer d'opinion. Il fallait flatter l'ambition de Lambert , et acheter sa complicité par l'espérance de lui succéder. Enfin , en insinuant que le Protecteur devait être choisi parmi les libérateurs de la patrie, c'est-à-dire les généraux de l'armée, il jette en avant la perpétuité du despotisme militaire.
Le droit de l'épée est , en effet , le pouvoir sur lequel'Cromwell s'appuie toujours au milieu de ses hypocrisies parlementaires ; et ce dis^ cours en ofiBre un exemple trop remarquable pour être oublié. « Dieu merci , dit Cromwell , « j'ai été endurci aux difficultés , et je n'ai a jamais trouvé que Dieu m'ait manqué , quand « je me suis fié à lui. Je puis , au fond dn « cœur, rire ou chanter, quand je vous parle a de nos embarras ; et quoiqu'on puisse trouver <( difficile de lever de l'argent sur la nation , <c sans l'autorité du parlement, j'ai en réserve (c un argument pour le bon peuple Anglais ; <c c'est de savoir s'il aime mieux faire sa volonté-^
n, en se perdant , que d'obéir à la nécessité. « Gela sera mon excuse ; mais je ferais tort « à ma patrie , que de le supposer. »
Voilà le maître et les principes qu'avait amenés cette révolution , qui commença pour une taxe irrégulière de quelques schelings.
Ce qui donne à Cromwell le privilège d'un pareil langage , dans un pays et dans un temps où les idées de liberté étaient si fortes, ce n'est pas seulement sa puissance et son génie , c'est ce nom de Dieu toujours invoqué , c'est Dieu toujours présent dans ses discours. Peut-on rien imaginer de plus dramatique et de plus adroit, que ce morceau sur les grands événements et l'issue de la révolution d'Angleterre : « C'était, disent quelques personnes, la four- « berie du lord Protecteur ( je prends cela « pour moi), c'était la ruse de cet homme et ce ses intrigues, qui conduisaient tout ; et, comme « on dit encore dans les pays étrangers , il y cr a cinq ou six hommes en Angleterre qui ont a de l'habileté, ils font toute chose. Oh quel a blasphème dites - vous là ! parce que des
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a hommes qui sont sans Dieu dans ce monde , « ignorent et ne peuvent comprendre ce que a c'est que de prier, de croire, de recevoir «t les retours de Dieu, et d'être inspiré par « l'esprit de Dieu. » £t ailleurs il ajoute : « Ceux <x qui attribuent à telle ou telle personne , « ridée et l'accomplissement de ces grandes « choses que le Seigneur a opérées au milieu « de nous, et qui prétendraient qu'elles ne tf sont pas la révolution de Jésus -Christ lui- « même, sur qui repose le gouvernement, « ceux-là parlent contre Dieu, et ils tombées ront sous sa main , sans le secours d'un mé- «c diateur ; ainsi , quoique vous puissiez penser « de certains hommes ; quoique vous disiez :
« cet homme est rusé , politique , subtil ; •c prenez garde, je vous le répète, de juger « les révolutions de Dieu, en croyant examiner «-le produit des inventions des hommes (i)« ^ On se demande si ce langage est celui de
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(i) Il est fort étonnant qae M. Home n*ait fait aucon usage ni aucune mention de pareils discours , et qu'il se ontente de comparer l'élocution de Cromwell à celle d*un paysan grossier.
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Mahomet , parlant aux imaginations ardentes d'un peuple ignorant et sauvage. Mais plutôt, ces paroles suffiraient pour prouver que Cromweil ne fut pas fanatique de bonne foi; elles ne peuvent plus paraître inspirées par le premier enthousiasme d'une grande entreprise.
C'est une apologie , c'est une réponse calculée. On voit un ambitieux , inquiet que son secret ne lui échappe , reniant son génie pour cacher ses desseins, et se hâtant de redoubler le voile du fanatisme autour de sa gloire qui le trahit.
Sur la fin de ce discours , Cromwell parle , en termes assez ouverts, d'une conjuration formée par quelques officiers de l'armée , et qu'il affecte de lier à là résistance du parlement. C'était la conspiration , réelle ou faus^se, du colonel Overton , arrêté depuis quelques mois en Ecosse , où U servait sous le général
* Monk. Un autre colonel , plusieurs officiers de la même armée , im chapelain du régiment
de Pride , furent enlevés par le même oi^re ;
ils avaient, dit-on, pour objet, de se défaire de Monk 4 dont ils connaissaient le dévoue-
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ment à Gromwell, et.de marcher sur Londres à la tête des troupes qu'ils pourraient entraîner. Cromwell (i), par la corruption, et quelquefois par la violence , avait établi une vaste inquisition, pour intercepter les correspondances de tous les hommes qu'il soupçonnait.
Il fut ainsi prévenu des projets , ou du mécontentement de ces officiers. Monk , fidèle exécuteur des ordres de Cromwell, lui envoya quelques vers trouvés dans les papiers du colonel Overton , et qui , sans doute , étaient peu respectueux pour le Protecteur; ils commençaient ainsi : <c Qu'est-ce qu'un Protecteur ? «c un singe de Roi , un César de tragédie , recc présenté par un paysan. » Il n'y eut jamais d'autres preuves de cette conspiration. Il est probable qu'elle se bornait au mécontentement .de quelques Républicains , qui se plaignaient trop hautement pour conspirer, mais dangereux par leurs tajents , leur audace , et l'exemple de la haine qu'ils portaient à Cromwell.
Overton citait, pour sa défense, les expressions
(i) Eknchus moiuum nvjperorum , p. 287.