‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 26 sur 131 · I.ITRB HUITliHS. 8l · texte numérisé non relu

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lord-maire de veiller au maintien de Tordre dans la ville , il fit placer de grand matin une garde à la porte du parlement. Les députés furent invités k passer dans la salle des récep* 1654. tions solennelles , ou le Protecteur leur fit un long discours. On connaîtrait mal Gromwell , si on négligeait, ou si on altérait de pareils monuments. C'est là qu'il faut surprendre le secret de son caractère politique. Cette harangue (i) singulière roule sur deux assertions principales, qui semblent les deux points d'un sermon. \

« Je ne me suis pas appelé moi-même à ^ cette place : voilà ma première vérité. Ce « n'est pas moi qui -me sers de témoin; mais « il y en a beaucoup qui portent témoignage « de moi : voilà ma seconde vérité. 2>

Cette division établie , Cromwell parcourt l'histoire de sa vie et les divers degrés de son élévation, récit d'un grand intérêt, si l'on pouvait y supposer quelque franchise; mais pour en juger, il suffira du passage où Crom-

(1) The Parliamentary hislory, ?. xx, p. 349. //. 6

S) HISTOIRB PB èROHWELL.

well se reportant • à Tépoque de la victoire de Worcester ,' ajoute .ces paroles ;. « En vérité , je « vous le dis , j'espérais alors obtenir la liberté 4c de rentrer dans la vie privée. Je demandai « la démission de mes emplois , je la demandai

fc plusieurs fois 9 et Dieu, peut être témoin^ « entre tous les. hommes et moi, pour décider « si je meiïs.. Beaucoup savent, que je ne « mecus pas sur le fait matériel ; et, quant à fc la question de savoir si je dis un mensonge « au fond ,de Tame , . en essayant de produire «c à vos yeux ce qu'alors je n'avais pas dans a le cœur; je le répète, que Dieu en soit le « juge. Les hommes sans charité qui jugent K les autres d'après eux/tmémes , peuvent pen- « ser ce qui leur plaira.; ia chose est véritable « dans le fait Ce que je dis sur la candeur « et l'ingénuité de mon ame est également « vrai; mais je ne pus obteiûr ce que je de* « sirais du fond de l'ame.. » '

Cette hypocrisie évidente , et pour ainsi dire superflue, peut donner une idée de la four-* berie habituelle de Cromwell, et sert à prouver la fausseté de son fanatisme, lors même qu'il

est le mieux joué et paraît le plus sincère.

Le Protecteur explique ensuite comment Tintérét de la liberté obligeait de prévenir la perpétuité du parlement; et, après avoir passé très-légèrement sur la manière dont cette assemblée fut dissoute , et dont le pouvoir tomba tout entier dans les mains du général, il se fait un titre de la modération qu'il montra, en bornant lui-même une autorité sans contrepoids et sans limites^

Dans ce récit, il place le parlement barebone^ qu'il avait choisi lui-même , et qu'il obligea de se démettre en sa faveur, faisant passer par mie sorte d'escamotage politique la démission forcée de cette assemblée sans titre, pour une concession de la souveraineté populaire.

« Je reçus, dit -il, cette abdication, après it avoir usé tous mes efforts et toutes mes « prières pour maintenir l'assemblée d'accord <c et pour la conserver. Par son abdication, « mon pouvoir se retrouva de nouveau arbi- « traire et illimité. »

Cromwell explique avec assez de franchise 1» raison «de ce pouvoir. « L'armée , dit - il ,

« était une partie très-coDsidérable de la nav c tion, sur*tout en l'absence de tout goumer-' « nement, et lorsqu'il ne restait que Fépée « pour mettre les choses en ordre. »

Cette raison pouvait dispenser Cromwell de toutes les autres; il n'en expose pas moins les circonstances de son élévation , et il énu* mère longuement les adresses et les félicitations des autorités judiciaires et civiles. Voilà ce qu'il appelle des témoignages , et ce qui fait la seconde partie de son discours. Confondant à dessein son pouvoir personnel avec les libertés de l'état, il établit qu'il y a des parties immuables dans la constitution , le gouverneinent représenté par une personne et un parlement, la périodicité du parlement.

«c Que maintenant , dit-il , on prétende avilir « ce gouvernement avoué par Dieu ^ reconnu « par les hommes, je veux être roulé dan»

«la tombe, et enterré avec infiimie plutôt a que d'y consentir jamais. Vous avez été (C appelés ici pour sauver une nation, plusieurs <c nations. » Puis parcourant avec véhémence les dangers qui résulteraient de la division:

« Que répondrez -VOUS à Dieu, s'écrie -t- il? « que répondrez - vous aux hommes , à ce « peuple qui vous a envoyés , qui attend de « vous FaUégement de ses maux , la paix , le «t repos , la stabilité ? lui direz-vous , quand « il s'agira de lui rendre compte : Nous avons € querellé entre zk>us , nous avons disputé « pour la liberté de FAngleterre. J'en atteste « le Seigneur, que la liberté de l'Angleterre, « la liberté du peuple , la garantie contre toute « tyrannie, est assurée par la constitution « présente, qui se défend assez d'elle-même. »

Enfin , le Protecteur déclare qu'il est résolu d'exiger de chaque membre une reconnaissance ex{»*esse de son autorité , et que provisoirement Fentrée de la chambre est interdite.

« le suis affligé (i), dit-il, très-afiligé, af- « fligé jusqu'à la mort, qu'il existe un motif « d'en user ainsi. Mais ce motif n'est que trop « réel; et si l'on ne satisfait pas aux choses < raisonnables qui sont demandées , je suis

(i) The Parlumeniary history, t. xx , p. 368.

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ce résolu , pour ma part , de faire mon devoir (f en cherchant conseil près de Dieu. »

Après ces paroles, dont la menace n'était pas douteuse , Cromwell prévint les membres qu'ils pourraient se rendre dans le vestibule de leur ancienne salle , pour y signer la reconnaissance exigée ; et il termina ce singulier discours , en leur déclarant que l'autorité législative leur appartenait toute entière et sans veto; et que pour sa part il desirait être lié plus que jamais,

Les plus ardents républicains du parlement , révoltés de cette dérision tyrannique, et ne voulant pas consacrer par leur suffrage l'usurpation de Cromwell, se retirèrent. D'autres pensèrent qu'il valait mieux sauver quelque chose en cédant , que de tout perdre, par la résistance ; et cet argument éternel de la faiblesse gagna le plus grand nombre.

La déclaration qu'il fallait souscrire était placée dans le lieu indiqué paf Cromwell, sur le passage de la chambre , et conçue en termes précis , qui ne laissaient pas de subterfuge à la conscience : « Je promets ici librement , et

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n m'engage à être sincère et fidèle envers le fc lord Protecteur et la république d'Angle* « terre, d^Écosse et d'Irlande. Conformément «r au mandat par lequel j'ai été envoyé pour r servir dans ce parlement, je ne proposerai «aucune altération du gouvernement tel qu'il cr existe en la personne d'un particulier et tf dans un parlement. i>

Dès le premier jour, cette déclaration fut souscrite par Torateur Lenthall, et par cent trente membres , que • la garde de Cromwelk laissa, passer immédiatement , et qui reprirent séance. Le lendemain, jour de jeune, fournit l'occasion d'un ajournement , qui dissimula un peu l'état précaire de la chambre, dont le registre des séances ne fait d'ailleurs aucune mention.

Cependant les membres admis s'occupèrent d'abord de fixer le sens de la reconnaissance qu'ils avaient souscrite. Ils votèrent qu'elle ne s'appliquait pas à l'ensemble des; articles de la constitution, mais seulement à la forme du gouvernement concentré daiis une personne et un parlement périodique. Cette restrictioo

ayant diminué les scrupules et fourni de nou-» veaux prétextes aux faibles, la reconnaissance fut encore signée par cent quatre-vingt-treize i654. membres. La chambre, voulant écarter Fidée de la violepce qu'elle avait supportée , imagina de sauver son indépendance aux dépens de son honneur, et vota spontanément que la reconnaissance imposée devait être souscrite par tous les députés. Elle préposa même deux de ses membres, pour recevoir les dernières sir y^natures , et relever les grenadiers de Cromwell.

La chambre , dès les premiers jours de son rétablissement, ordonna, de concert avec le Protecteur , un nouveau jeûne extraordinaire. Dans une proclamation mystique sur ce su^et ^ on demandait à Dieu de faire parler la puissance de son bras, pour calmer les esprits des hommes disposés au murmure, en leur montrant l'intérêt véritable et spirituel des chrétiens^

Cependant la chambre, d'après ta réserve et la distinction qu'elle avait faites , se bornant à reconnaître le pouvoir personnel du Protec*teur, reprit l'examen de toutes les autres dis-r

positions du fameux instrument (VétaL Les discussions interminables qui naissaient de cet examen occupaient entièrement l'assemblée ; et Ton peut présumer que Cromwell, ayant une fois obtenu le point capital , aimait mieux voir l'activité parlementaire se consumer sur des questions spéculatives, que de la laisser s'introduire dans les affaires, comme le long parlement l'avait fait avec tant de puissance.

Il résulta de cette liberté que la chambre, tout en attaquant une foule de dispositions secondaires, reconnut plusieurs fois le titre et les attributions du Protecteur. On discuta même si le protectorat serait électif ou héréditaire. Le major -général Lambert, auquel tous les historiens ont supposé l'ambition de succéder à Cromwëll, fit cependant un long discours en faveur de l'hérédité dans la famille du Protecteur. Mais les idées républicaines étaient encore trop fortes et trop récentes pour que cette proposition pût réussir. Deux cents voix contre soixante la rejetèrent. Cette grande opposition sur un pareil point contribua Jbeaucoup à irriter le Protecteur:

Cependant la chambre , après plusieurs mois de discussion, avait admis, avec peu de changement , les vingt-quatre premiers articles de l'instrument d'état; et, du reste, elle n'était intervenue dans l'administration que pour ratifier quelques nominations faites par le Protecteur. Le vingt -cinquième article fixait un intervalle de vingt jours , au - delà duquel les bills deviendraient lois sans autre sanction, s'ijs ne contenaient rien de contraire aux choses dans lesquelles le parlen^ent jugerait convenable d'accorder au lord Protecteur un vote négatif. On discuta vivement sur cette obscu* rite. Les Républicains , en laissant la substance et l'équivoque de l'article , triomphèrent d'obr tenir la suppression du titre de lord Protecteur , qu'ils remplacèrent par le mot à^ individu.

Mais quelques jours après, on décida que Yindividu qui partageait le pouvoir avec le parlement aurait le titre de lord Protecteur, C'est ainsi que l'opposition courageuse, mais comprimée de toutes parts, s'épuisait en arguties fort ennuyeuses pour Cromwell et pour le lecteur, et que je ne suivrai pas plus long-temps.

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Pendant la durée de cette session mourut la mère du Protecteur, femme estimable , étran* gère à la politique de son fils, recevant^ sa grandeur nouvelle avec simplicité et inquié-t* 1654. tude. Cromwell , qui lui prodigua toujours les égards et les soins du fils le plus respectueux, Tavait logée dans le palais de White-Hall.Il la voyait assiduement, Técoutait avec soumission, mais sans rien changer à ce qu il avait résolu* Elle le supplia vainement d'épargner les jours du Roi, Moins heureuse qu effrayée de la fortune de son fils , elle avait besoin chaque jour d'être rassurée par sa présence; et Ion racoâtç que depuis cette élévation , qui suscitait tant d'ennemis à Cromwell, elle ne pouvait entendre le bruit d'une arme à feu sans tressaillir et sans s'écrier, mon fils est mort. C'était le cœur de cette tendre mère qui expiait les crimes de Cromwell. En mourant, elle le pria -de ne pas mettre de faste dans ses funérailles, et de ne lui accorder qu'une sépulture mo*deste. Mais Cromwell, négligeant cette prière par tendresse ou par des vues politiques, ordonna la pompe funèbre avec beaucoup de

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magnificence , et fit enterrer sa mère dans Fabbaye royale de Westminster.

On remarqua le nombre prodigieux de flambeaux qui furent portés à la cérémonie; et ce grand appareil , aussi contraire à la simplicité républicaine (i) qu*à la réforme religieuse , choqua beaucoup les amis de la liberté.

Le Protecteur, depuis Timpérieux avertissement qu'il avait adressé à la chambre, n'a-^ vait pas paru dans cette assemblée , dont il laissait les actes s'accumuler, sans leur donner ni sanction ni refus. Il se trouva d'ailleurs retenu quelque temps dans son palais, par les suites d'un accident qui faillit lui coûter la vie. Parmi les félicitations et les hommages que lui attirait sa dignité nouvelle , il avait reçu en présent , d'un prince d'Allemagne , un atte*' lage de six chevaux, remarquables par leur vitesse et leur beauté. Etant allé seul (a) avec Thurloe faire une promenade à Hyde-Park^ dans une voiture légère , traînée par ces che-

(i) Ladlow*8 memoirs, T. it, p. 44^-

('i) ThurUe's staté papers, t. ii , p. 653-656,

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