LIVRE HUïTliMX. ' I
aux illusions naturelles du malheur et de l'exil ; tout fait croire ensuite que Charles fut servi au-delà de ses vœux , et que Tambition particulière précipita beaucoup d'entreprises imprudentes et mal concertées. Un grand nombre de jeunes gentilshommes , qui avaient suivi le Roi , passèrent en Angleterre. Leur chef était ce Rochester , si célèbre sous le règne de Charles second, par ses mœurs brillantes et corrompues. « Ils avaient des commissions « pour lever des troupes , dit Ludlow (i); ils a s'engagèrent contre une armée victorieuse, « commandée par un chef qui disposait de la « bourse de Tétat , pour acheter par-tout des « intelligences. » L'or de Cromwell avait gagé des traîtres jusque auprès delà personne du Roi; un serviteur particulier de ce prince , correspondait avecThurloe. La conjuration royaliste fut livrée avant que d'être commencée. On trouve à ce sujet, dans les mémoires du temps, de ces détails qui montrent les dernières bas« sesses de l'humanité : un jésuite , confident de
(i) Lndlow*s memoirs, v. u, p. 5x3.
Io8 HISTOIRE DE CROMWELL.
toute l'entreprise , dénonça son propre frère , porteur d'une commission du Roi pour lever un régiment. Le Protecteur fit arrêter à Londres quelques jeunes gens , et Ton saisit plusieurs dépots d'armes.
Cromwell, immédiatement après la dissolution de la chambre, s'était hâté d'assurer une somme de 60,000 livres sterling par mois , pour le service de la marine et de l'armée. Il avait, en même temps, renouvelé les droits de l'excise ; en y mêlant plusieurs dispositions favorables au peuple. Ces lois , émanées du Protecteur et de son conseil , étaient une usurpation manifeste sur les attributions de la chambre. Mais Cromwell cherchait à remédier à la haine dont il était l'objet , en s'assurant la foi de l'armée , et en se montrant personnellement l'auteur du soulagement du peuple. Dans cette même vue, il rendit à la ville de Londres l'administration de sa milice , sous le commandement du. major Skippon , auquel le peuple était accoutumé depuis le commencement de la révolution.
La coaspirabon royaliste , dont le Protecteur
LIVRl!: HUITIÈME. IO9
fit tant de bruit, ne le menaça jamais d'un véritable danger ; aucun des noms illustres qui pouvaient soulever le peuple , ne s'y trouvait engagé. Rien ne se fit de concert ; une i654. première réunion , que devait commander Rochester, se dissipa d'elle-même, ef&ayée de son petit nombre.
Dans Touest , la conspiration fiit poussée plus loin ; deux nobles , Penruddock et Grove , ayant réuni une centaine d'hommes de cavalerie , entrèrent à f(Mrce ouverte dans Salisbury , où se tenaient alors les assises ; ils enlevèrent le shériff , les juges , et firent proclamer le Roi. Mais ce coup hardi ne répondant à rien , et n'étant pas soutenu par des forces suffisantes, il fallut quitter la ville ; ils se retirèrent ainsi jusques dans le Devonshire , perdant plus d'hommes sur la route qu'ils ne pouvaient en recruter. Un capitaine au service de Cromwrell les atteignit dans cette dernière position , et les défit entièrement; les chefs furent pendus. On en ramena quelques-uns à Salisbury, pour les exécuter dans cette ville même ; on déporta les soldats dans les Indes, et cette entreprise,
IIO HISTOIRE DE CROHWELL.
impuissante et mal conçue , ne servit qu'à donner à Cromwell de nouveaux prétextes de despotisme.
i655. La plus odieuse des mesures tyranniques qu'il mit en usage, celle qui semble le plus appartenir au désordre des révolutions , fut de frapper sur tous les Royalistes une contribution du dixième de leurs biens. Les Républicains, d'abord mécontents de la douceur et de l'impartialité que Cromwell avait afFectées envers le parti royaliste , furent indignés de cette odieuse spoliation. Dans leurs principes , Cromwell n'ayant aucun titre légal , la résistance à son gouvernement , les entreprises contre sa personne , n'étaient nullement criminelles. Us avaient eux-mêmes puni par la confiscation et la mort toutes les tentatives contre le parlement ; mais attaquer Cromwell usurpateur , leur paraissait une chose de droit naturel, et permise même aux Royalistes. « Au- « cun homme sage, dit Ludlow (i), ne croira « que supprimer un particulier qui agit avec une
(i) Ludlow*S memoirs, ▼. 1I9 P* 5i9.